
Le Dr Mikos nous a rappelé que la coqueluche, infection due à Bordetella pertussis, a été identifiée au début du XXᵉ siècle par Jules Bordet et Octave Gengou. Son nom évoque à la fois le “chant du coq” des quintes de toux et la capuche portée autrefois pour se protéger. Longtemps vue comme une maladie infantile, elle connaît aujourd’hui une résurgence inquiétante, touchant tous les âges, dans un contexte post-épidémique marqué récemment par l’émergence de Mycoplasma pneumoniae.
Rappels sur la coqueluche
En 2024, plus de 30 000 cas de coqueluche ont été recensés en Europe, et on compte déjà plus de 15 000 cas au premier trimestre 2025. L’ensemble des pays européens sont concernés, à l’exception notable de l’Islande et du Liechtenstein tout comme certains territoires d’outre-mer tel que la Guadeloupe. La République tchèque fait partie des pays les plus durement touchés. Ce rebond s’explique en partie par une couverture vaccinale insuffisante, alimentée par la défiance envers les vaccins, mais aussi par une politique de vaccination centrée uniquement sur l’enfant. L’absence de vaccination obligatoire chez l’adulte contribue à une sous-estimation de l’enjeu, alors même que ces derniers sont de plus en plus impliqués dans la chaîne de transmission. Le vaccin acellulaire, plus sûr mais moins efficace pour bloquer la circulation bactérienne, joue également un rôle. La maladie évolue en trois phases (catarrhale, paroxystique, convalescente) après une incubation de 7 à 10 jours. Les nourrissons peuvent développer des formes graves, parfois mortelles (SDRA, hypertension pulmonaire, leucocytose). Chez les adolescents et adultes, les formes sont souvent atypiques ou silencieuses, rendant le diagnostic difficile. La coqueluche peut aggraver voire favoriser l’apparition d’un asthme (risque accru d’hospitalisation) et la BPCO, où l’incidence est multipliée par cinq avec des formes plus sévères. Le diagnostic repose sur la PCR si les symptômes datent de moins de 25 jours, puis sur la sérologie (spécificité optimale à 75 UI/mL). Le traitement repose sur les macrolides (azithromycine, clarithromycine), efficaces s’ils sont administrés dans les 2 à 3 premières semaines. Les cures courtes sont aussi efficaces que les longues. Le cotrimoxazole est une alternative. Une prophylaxie est recommandée dans les 21 jours suivant un contact à risque. Dans les formes graves, une leucaphérèse ou une exsanguino-transfusion peut être nécessaire. Enfin, la résistance aux macrolides reste exceptionnelle, bien plus rare que celle observée avec Mycoplasma pneumoniae. Toutefois, des cas émergents ont été rapportés en Asie, suggérant une vigilance accrue.
Vaccin anti-coqueluche
Sur le plan préventif, deux types de vaccins existent. Le vaccin à germes entiers, toujours utilisé en Pologne et dans plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire, induit une immunité plus durable à médiation Th1/Th17. Le vaccin acellulaire, plus utilisé en Europe, offre un meilleur profil de sécurité mais une protection plus brève. Chez l’adulte, des vaccins combinés (dTcaP) sont disponibles, notamment pour les femmes enceintes, chez qui la vaccination est essentielle pour protéger les nouveau-nés. L’OMS n’a pas encore défini de stratégie de revaccination universelle à l’âge adulte, mais certaines recommandations nationales (CDC pour la BPCO, GINA pour l’asthme) existent. Des vaccins de nouvelle génération sont en cours de développement, notamment des vaccins nasaux atténués, génétiquement inactivés, conjugués, recombinants ou encore à germes entiers atténués.
La coqueluche reste une menace mondiale, dont le contrôle passera nécessairement par une meilleure reconnaissance de sa charge chez l’adulte et un renforcement de la stratégie vaccinale, en particulier chez les femmes enceintes.
Louise Bondeelle, Département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse
D’après la communication de Marcin Mikos – Pneumo-pédiatre, Pologne
Références : Resurgence of Bordetella pertussis, including one macrolide-resistant isolate, France, 2024, Rodrigues et al. Euro Surveill. 2024 Doi: 10.2807/1560-7917.ES.2024.29.31.2400459
Intranasal application of a bifunctional pertactin-RTX fusion antigen elicits protection of mouse airway mucosa against Bordetella pertussis colonization. Espinosa-Vinais et al. Cvaccines, 2025 https://doi.org/10.1128/msphere.00959-24



