
Lors de la session commune SPLF-SRLF « Actualités en infectiologie », placée sous l’égide du GREPI, le Dr Ariane Gavaud, infectiologue à La Pitié-Salpétrière a partagé les résultats de l’étude MYCADO. Cette cohorte multicentrique française a inclus les patients admis pour une pneumonie à Mycoplasma pneumoniae confirmée dans l’un des hôpitaux participant au cours de l’épidémie 2023-2024. Retour sur ses principaux résultats.
Les épidémies de pneumonies à Mycoplasma pneumoniae reviennent de façon cyclique au cours du temps. La dernière a eu lieu entre l’automne 2023 et le printemps 2024, avec un pic épidémique au mois de janvier 2024. À cette occasion, une initiative a conduit à mener une étude de cohorte multicentrique dans 74 hôpitaux français (hexagonaux et ultramarins). Elle visait a décrire la présentation et le pronostic des infections à M. pneumoniae chez les adultes admis à l’hôpital. Les patients inclus étaient des patients âgés de plus de 15 ans et 3 mois, admis pour une infection confirmée à M. pneumoniae (par PCR ou présence d’une sérologie positive en IgM), hospitalisés entre septembre 2023 et février 2024.
Caractéristiques de la cohorte Mycado
Sur les plus de 4000 patients criblés, 1309 ont été inclus. Il s’agissait de 55% d’hommes, âgés en médiane de 43 ans, admis dans 95% des cas pour des signes respiratoires, présentant des signes ORL dans 15% des cas et digestifs dans 10% des cas. L’évolution était généralement subaiguë, avec une admission après une médiane de 7 jours d’évolution des symptômes. La présentation clinique comprenait une désaturation à moins de 95% dans 73% des cas ; biologiquement, il existait un syndrome inflammatoire avec élévation de la CRP, mais une procalcitonine peu élevée (0,12 en médiane). La présentation scanographique comprenait des micronodules bronchiolaires (65%), en proportion équivalente aux condensations (64%). Le diagnostic était principalement fait par PCR dans 90% des cas.
Le délai à la mise sous une antibiothérapie efficace était de 4j après début des signes. D’ailleurs, sur les 112 souches qui ont pu être étudiées, seules 4% portaient une résistance aux macrolides.
Un tiers de formes sévères
Les formes sévères, nécessitant l’hospitalisation en soins critiques ou aboutissant à un décès intra-hospitalier, représentaient 32% des cas : 15% des patients ont nécessité le recours à la ventilation mécanique invasive, pour une durée médiane de 9 jours ; et l’incidence des décès intra-hospitaliers a atteint 4,6% des patients admis en réanimation et 2,1% des patients non admis, dont 71% attribuables directement à la pneumonie. Parmi les facteurs associés au décès, il faut noter l’atteinte multilobaire, la présence d’une insuffisance hépatique associée, mais surtout, l’absence d’antibiothérapie active sur M. pneumoniae préalable à l’admission.
Des indications précieuses sur la sensibilité aux macrolides
Ce très beau travail, accepté pour publication dans le Lancet Infectious Disease, représente la plus grande cohorte de pneumonie à M. pneumoniae. Il donne des données épidémiologiques à jour sur la sensibilité des souches responsables de pneumonie nécessitant le recours hospitalier et permet de confirmer la sensibilité des isolats épidémiques aux macrolides, contrairement aux isolats de l’épidémie synchrone en Asie, ou 80 à 90% des isolats étaient résistants aux macrolides.
Des travaux ancillaires, avec des données intéressantes sur les présentations extra-respiratoires en particulier, sont attendus.
Jonathan MESSIKA, USIR, Hôpital Foch, Suresnes.
D’après la communication « Infections sévères à Mycoplasme pneumoniae » présentée par Arianne Gavaud (Paris), session A16 « Actualités en infectiologie » du samedi 25 janvier 2025



