Rediffusion Comment phénotyper l’asthme sévère ?
Dr Laurent Portel, Libourne
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Dr Guillaume DARGENTOLLE (Dijon) a présenté une étude observationnelle basée sur les données de pharmacovigilance française concernant 5 biothérapies disposant d’une autorisation de mise sur le marché (omalizumab, mepolizumab, benralizumab, dupilumab et tezepelumab). L’analyse portait sur la période comprise entre leur date de mise sur le marché et le 17 septembre 2024, toute indication confondue, et s’appuyait également sur les données d’exposition de l’assurance maladie (Open Medic) entre 2014 et 2024. Les effets indésirables graves et inattendus ont fait l’objet d’une analyse détaillée à partir des données cliniques disponibles.
En 2024, plus de 90 000 patients étaient traités par biothérapie : 43 600 par dupilumab, 23 778 par omalizumab, 11 754 par mepolizumab, 8 065 par benralizumab et 4 774 par tezepelumab. Les mineurs représentaient 10% des patients traités par omalizumab et dupilumab, 4% de ceux traités par mepolizumab et tezepelumab et seulement 1% des patients traités par benralizumab. La prescription était essentiellement hospitalière, sans précision sur les spécialistes prescripteurs, tandis que les prescripteurs libéraux étaient principalement des pneumologues. L’asthme représentait l’indication principale pour toutes les biothérapies à l’exception du dupilumab, qui était majoritairement prescrit pour la dermatite atopique.
Au total, 1830 cas regroupant 3299 effets indésirables (1,8 effets/cas) ont été analysés. Les déclarations étaient essentiellement réalisées par les médecins (77%) et pharmaciens (14%) alors que les notifications faites par les patients restaient minoritaires (3 à 11% selon les molécules). La proportion de cas grave était notable, représentant 43% des signalements.
La majorité des effets indésirables étaient commune à toutes les molécules : asthénie, réactions au site d’injection, manifestations cutanées, céphalées, nausées, douleurs abdominales et arthralgies. Ces dernières semblaient survenir de façon plus tardive sous mepolizumab (11 mois versus 4 mois pour les autres biothérapies). Une résolution rapide à l’arrêt du traitement était généralement observée, bien que certaines arthralgies aient nécessité une corticothérapie et/ou des antalgiques de palier 1 et 2. Le dupilumab était associé à des conjonctivites et blépharites, principalement chez les patients traités pour une dermatite atopique, ainsi qu’a des hyperéosinophilies désormais bien documentées, le plus souvent asymptomatique mais pouvant parfois entrainer des manifestations systémiques.
Peu décrits jusqu’à présent, des effets indésirables thrombo-emboliques ont été rapportés sous omalizumab : 13 cas d’embolies pulmonaires, 9 cas de thromboses veineuses, 2 cas de thromboses artérielles. Des effets indésirables spécifiques à certaines indications ont également été mis en évidence, notamment 4 cas d’hémophilie acquise sous omalizumab dans l’indication de pemphigoïde bulleuse ainsi que des pneumonies organisées sous dupilumab chez des patients traités pour une polypose nasosinusienne.
Aucun signal oncologique significatif n’a été identifié, en dehors d’une augmentation du nombre de tumeurs cutanées sous dupilumab. Celle-ci semble toutefois liée à un biais d’indication, les patients concernés étant traités pour des pathologies dermatologique.
Ces résultats soulignent l’importance de poursuivre la déclaration systématique des effets indésirables, y compris lorsqu’ils sont déjà connus, afin d’améliorer la surveillance et la sécurité d’utilisation des biothérapies.
Marina Gueçamburu, service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux
D’après la session CO07 – Asthme, « Effets indésirables des biothérapies de l’asthme sévère : étude observationnelle à partir des données de la base de pharmacovigilance française depuis leur mise sur le marché »
Données de pharmacovigilance concernant les biothérapies ayant l’AMM en France Lire la suite »

AAujourd’hui, des analyses du registre européen SHARP (Severe Heterogeneous Asthma Research collaboration, Patient-centred ; https://europeanlung.org/sharp/) nous permettent d’y voir plus clair sur l’impact du tabac sur nos façons de prescrire les biothérapies chez les patients asthmatiques sévères et sur la réponse à celles-ci.
Une enquête sur les conduites tenues en présence d’un tabagisme a tout d’abord été menée auprès des médecins travaillant les centres des 16 pays européens inclus dans l’étude. Celle-ci révélait que 13 % d’entre eux refusaient de prescrire des biothérapies chez des fumeurs actifs, dans un contexte de manque de niveau de preuve, inhérent à l’exclusion de ces patients des études de phase 3 et du peu de données de vie réelle disponibles. Parallèlement, la moitié des répondants assuraient être insatisfaits des recommandations actuelles concernant la population de fumeurs qu’il n’est pas rare de rencontrer en pratique courante.
Il nous a ensuite été présenté des données de réponse thérapeutique aux biothérapies en vie réelle à 1 an. Les données issues de 3 689 patients ont été analysées, incluant 2 282 sujets non-fumeurs (NF), 505 ex-fumeurs de moins de 10 PA (ExF<10), 766 ex-fumeurs d’au moins 10 PA (ExF≥10) et 136 fumeurs actifs (F). Quel que soit le groupe, une amélioration importante des patients étaient observée, sans différence significative en fonction du statut tabagique, notamment concernant la proportion d’obtention du contrôle de l’asthme évalué sur un score ACT ≥ 20 et/ou un score ACQ ≤ 1,5 (NF + 219%, ExF<10 + 220%, ExF≥10 + 215% et F + 200%) et la réduction de la proportion de patients exacerbant plus de 2 fois par an (NF -69 %, ExF<10 -67 %, ExF≥10 -65 % et F – 61%). Les effets bénéfiques sur le VEMS exprimé en variation de % prédit ne différaient pas non plus en fonction du statut tabagique. De manière intéressante, l’AQLQ moyen semblait augmenter en % du total obtenu du score de façon plus importante pour les sujets fumeurs (+ 118%) que pour les autres groupes (de +18 à +23 %). Nous ne disposions pas néanmoins de la proportion de sujets dépassant la différence minimale cliniquement significative de l’AQLQ entre les groupes.
Ces résultats semblent indiquer que malgré des réticences à leur prescription, les effets des biothérapies demeurent intéressants chez les patients asthmatiques sévères ayant une intoxication tabagique active ou antérieure importante (≥ 10 PA). Des études complémentaires de confirmation de ces résultats mais aussi d’exploration de nouvelles pistes de réflexion, notamment sur le lien entre biothérapie/contrôle de l’asthme/obtention du sevrage tabagique, semblent plus que jamais nécessaires.
Dorian Hassoun, service des explorations fonctionnelles, CHU de Nantes
D’après la Session AD02 Asthme Communication : Efficacité des biologiques en fonction du statut tabagique chez les patients asthmatiques sévères : données du registre européen SHARP
Biothérapies chez les patients asthmatiques sévères fumeurs : quelle preuve ? Lire la suite »

Aujourd’hui, nous avons eu l’occasion d’en apprendre plus sur les relations entre l’imprégnation hormonale au cours de la vie chez les femmes et l’asthme. Les auteurs se sont basés sur les données de CONSTANCES (https://www.constances.fr/), cohorte épidémiologique française de grande envergure (220 000 sujets) menée de 2012 à 2021. L’objectif principal était d’étudier les associations entre l’exposition hormonale d’une part et la fonction respiratoire et l’asthme d’autre part. L’exposition hormonale était explorée par le biais de l’exposition endogène (ménarche-ménopause) mais aussi exogène (utilisation de la pilule contraceptive et traitement hormonal de la ménopause).
Les données d’un total de 61 921 femmes d’une moyenne d’âge de 46 +/- 12,9 ans ont été analysées. La prévalence de l’asthme, définie ici par auto-déclaration ou survenue d’une crise d’asthme/symptômes asthmatiques ou par la prise d’un traitement inhalé, était de 10,3 %, plus élevée que la prévalence retrouvée dans la même cohorte sur la période 2013-2014 1.
De manière intéressante, certaines expositions plus importantes aux œstrogènes, représentées ici par une ménarche précoce ou l’utilisation actuelle d’une pilule œstroprogestative étaient associées à un risque plus important d’asthme selon la définition choisie par les auteurs. Paradoxalement, le statut ménopausique (ménopausée ou non) et l’âge de survenue de la ménopause n’était pas associée significativement à la présence d’un asthme suggérant des mécanismes allant au-delà de la simple durée de la vie reproductive (âge ménarche-âge ménopause). Ceci était aussi valable pour les symptômes d’asthme (somme sur 5, questions posées non précisées) qui étaient d’autant plus présents que la ménarche était tardive (> 14 ans) mais moins présents en présence d’une vie reproductive de durée longue (> 39 ans).
Sur le plan fonctionnel respiratoire, des données ont été présentées sur le lien entre les imprégnations hormonales et les variables spirométriques (VEMS/CVF et CVF) exprimées en z-score (GLI-2012 2) sur la cohorte entière. De manière intéressante, une exposition œstrogénique prolongée (âge précoce de la ménarche, prise de pilule, parité élevée) était associée à une augmentation du z-score de la CVF et une diminution de celui du rapport VEMS/CVF. Ces données sont néanmoins d’interprétation délicate car les z-scores impliquent une confrontation à une population saine de référence, pour laquelle les imprégnations hormonales ne sont pas contrôlées. Des analyses complémentaires sont en cours sur leurs impacts sur l’identification de profils spirométriques anormaux, en particulier l’obstruction, et l’estimation de la sévérité du VEMS et de la CVF.
Bien que l’étude présente des biais inhérents à la méthodologie de la cohorte (identification de l’asthme, quantification des symptômes par un score non consensuel) et des limites quant à l’évaluation de l’imprégnation hormonale (critères indirects), elle soulève néanmoins de nouvelles questions sur les spécificités de la présentation de l’asthme chez les femmes au cours de la vie. Des données longitudinales au cours des différentes étapes de la vie hormonale des sujets féminins aideront probablement à affiner notre vision de ce sujet.
Rappelons, comme cela l’a été tout au long des sessions de cette édition 2026, que les spécificités féminines de la présentation des maladies respiratoires dépassent probablement les seules considérations hormonales et que d’autres dimensions, sociales, professionnelles, environnementales seront tout aussi importantes à explorer.
Dorian Hassoun, service des explorations fonctionnelles, CHU de Nantes
D’après la Session AD02 Asthme Communication n°72 : Expositions hormonales au cours de la vie, asthme actuel et fonction respiratoire des femmes : données de la cohorte CONSTANCES Présentée par Oufella A.
Imprégnation hormonale, asthme et fonction respiratoire : du nouveau ? Lire la suite »

L’étude NOVELTY incluait des patients atteints d’asthme et/ou de BPCO, avec un diagnostic effectué par un médecin, suivis pendant une période pouvant aller jusqu’à 3 ans. Parmi les 11 192 patients inclus, 52% étaient des femmes, avec un âge moyen de 59 ans pour les femmes et 61 ans pour les hommes. Les hommes avaient un tabagisme cumulé plus élevée (30 vs 14 paquets-années, p < 0,001). Concernant les symptômes, les hommes signalaient plus fréquemment une toux productive chronique (33% vs 29%, p < 0,001), mais les femmes avaient un score total de qualité de vie de Saint Georges (SGRQ) plus élevé (36 vs 34, p < 0,001). Les hommes avaient un volume expiré maximal en 1 seconde (VEMS) de base plus faible (72% vs 79%, p < 0,001) mais le déclin annuel du VEMS était plus prononcé chez les femmes (−1,6% vs −1,2%, p < 0,001). Les femmes ont présenté des exacerbations moyennes plus élevées que les hommes entre l’inclusion et la troisième année de suivi (p < 0,001).
Résultats spécifiques liés à l’asthme
L’asthme était plus fréquent chez les femmes que chez les hommes (63% vs 41%, p<0,001). Ces dernières étaient plus souvent hospitalisées au cours des 12 derniers mois que les hommes (0,06 vs 0,03, p < 0,001). En revanche, concernant les marqueurs inflammatoires, les hommes présentaient des taux d’éosinophiles sanguins plus élevés à l’inclusion (0,24 vs 0,21 cellules par µL, p < 0,001) ainsi qu’une fraction exhalée du monoxyde d’azote (FeNO) supérieure (37 vs 30ppm, p < 0,001).
Résultats spécifiques liés à BPCO
Concernant la BPCO, elle était plus fréquente chez les hommes que chez les femmes (44% vs 25%, p<0,001). Les femmes atteintes de BPCO étaient plus jeunes, plus fréquemment fumeuses actives (34% vs 26%, p < 0,001), mais présentaient une exposition tabagique inférieure à celle des hommes (34 vs 48 paquets-années, p < 0,001).
Ainsi, des différences significatives et cliniquement pertinentes liées au sexe ont été observées dans la présentation clinique et l’évolution de la maladie a la fois dans l’asthme et dans la BPCO.
Marina Gueçamburu, service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux
D’après le poster PO161 « Différences selon le sexe des caractéristiques et paramètres cliniques chez les patients ayant un diagnostic médical d’asthme et/ou de BPCO dans l’étude Novelty ».

Instaurer une biothérapie dans l’asthme sévère
Avant d’instaurer une biothérapie dans l’asthme sévère, une démarche par étape doit être appliquée afin, premièrement, de confirmer le diagnostic d’asthme. Il est donc recommandé, avant une escalade thérapeutique et/ou l’initiation d’une biothérapie, d’adopter une démarche structurée et systématique à la recherche d’un diagnostic différentiel et/ou d’une pathologie associée (Grade A). Il est recommandé de rechercher de manière systématique à l’interrogatoire et à l’examen clinique des éléments évoquant un diagnostic différentiel (dyspnée, toux, sifflements isolés et/ou invariables, signes extra thoraciques) (Grade C) ou une pathologie associée en cas de VEMS <40 %, de déclin rapide du VEMS, de DLCO réduite, d’hypoxémie persistante hors exacerbations (Grade C) ou en cas d’hyperéosinophilie ≥1,5×10⁹/L (Accord professionnel). Enfin, lorsqu’un scanner thoracique est réalisé, il est recommandé de rechercher systématiquement des atypies radiologiques (bronchectasies non cylindriques et/ou de diamètre >1,5 vaisseau, micronodulation bronchiolaire profuse, nodules pulmonaires, impactions mucoïdes denses) (Grade C).
Il est ensuite nécessaire de confirmer la sévérité de l’asthme tout en ayant évalué à chaque consultation, et avant toute modification thérapeutique, l’observance et la technique de prise (Grade C). Le bilan diagnostic d’asthme sévère doit comprendre la recherche d’une sensibilisation allergique et l’exposition domestique et/ou professionnelle aux pneumallergènes (Grade A). Les facteurs aggravant doivent être recherchés tels que l’exposition tabagique (Grade A), l’environnement domestique (irritants, moisissures) (accord professionnel) et professionnel (allergènes irritants respiratoires) (Grade B), une pathologie rhinosinusienne, un RGO, un SAOS, une obésité associée et de proposer les prises en charge adaptées (grade détaillé dans les recommandations).
La troisième étape inclut le phénotypage de l’asthme sévère avec la détermination a la fois du phénotype clinique (histoire de la maladie, comorbidités) et inflammatoire (éosinophiles, FeNO, comorbidités T2 etc) avant de débuter une biothérapie. Ce traitement doit être initié uniquement chez les patients atteints d’asthme sévère défini comme un asthme non contrôlé malgré un traitement de fond inhalé optimisé (CSI à forte dose, BLDA +/- un autre contrôleur), et après prise en charge des facteurs associés de non contrôle (technique d’inhalation, observance, comorbidités, expositions) et en présence d’au moins deux exacerbations sévères dans les 12 mois précédents (Grade A).
Enfin, concernant le choix de la biothérapie, il est recommandé de discuter de l’indication et du choix de la biothérapie au cours d’une Réunion de Concertation Asthme (RCA), de prendre en compte les préférences et les objectifs des patients lors du choix d’une biothérapie, dans le cadre d’une décision médicale partagée et de de prendre en compte les facteurs prédictifs de réponse lors du choix d’une biothérapie (Accord professionnel).
Traitements de fond dans l’asthme sévère
Il est recommandé de considérer comme option thérapeutique une triple thérapie associant CSI, BDLA et anticholinergique de longue durée d’action chez les patients asthmatiques sévères ayant au moins une exacerbation dans les 12 mois précédant (Grade A). En revanche, il est recommandé de ne pas prescrire d’anticholinergique de longue durée d’action en l’absence d’exacerbation au cours des 12 derniers mois chez des patients traités par CSI/BDLA (Grade A). Concernant l’azithromycine, il est suggéré de proposer un traitement par azithromycine en seconde intention aux patients asthmatiques sévères non contrôlés non éligibles aux biothérapies, dans le respect des contre-indications, à la posologie de 500 mg 3 fois par semaine (Grade A).
Concernant l’immunothérapie allergénique, l’initiation d’une immunothérapie allergénique sublinguale aux acariens dans l’asthme sévère doit être discutée au cas par cas en RCA chez des patients sans exacerbation, contrôlés, avec un VEMS ≥70%, y compris sous biothérapie (Accord professionnel). En dehors d’un essai thérapeutique, il est recommandé en l’état actuel des connaissances de ne pas associer une biothérapie avec une immunothérapie allergénique dans l’objectif d’arrêter la biothérapie (Accord professionnel).
Enfin, il est recommandé chez les asthmatiques sévères de calculer la dose annuelle de corticothérapie reçue en incluant les cures courtes (Accord professionnel), de diminuer de façon systématique et supervisée la corticothérapie systémique continue en utilisant des marqueurs objectifs d’activité de la maladie (Accord professionnel) et de rechercher systématiquement une insuffisance surrénalienne lors de la diminution ou du sevrage d’une corticothérapie systémique (Accord Professionnel).
Espacement des biothérapies
Il est recommandé de définir les objectifs médicaux et personnels du patient, intégrant des paramètres objectifs et chiffrés, avant l’instauration d’une biothérapie et d’évaluer la réponse au traitement par biothérapie après 6 mois de traitement sur les objectifs déterminés. Afin d’évaluer la réponse à la biothérapie, il est recommandé d’évaluer par ordre de priorité : (1) la réduction de la fréquence et de la sévérité des exacerbations et des hospitalisations, (2) la diminution du recours à la corticothérapie orale et la diminution de la dose annuelle cumulée puis (3) l’amélioration du contrôle des symptômes et de la qualité de vie, ainsi que (4) l’obtention de la meilleure fonction respiratoire possible (Accord professionnel). La décision de poursuivre ou non le traitement doit rester individuelle, partagée avec le patient, et prendre en compte la satisfaction et la tolérance (Accord professionnel).
Marina Gueçamburu,service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux
D’après la Session RD02-Recommandations 1. SPLF – Asthme sévère
Nouvelles recommandations de prise en charge de l’asthme sévère Lire la suite »

Nous avons pris connaissance de nouvelles données issues de la cohorte multicentrique française RAMSES (https://etude-ramses.fr/, NCT04077528, inclusion de 2019 à 2024) initiée par le groupe de travail Asthme et Allergies de la Société de Pneumologie de langue Française et intégrée au réseau de recherche national de recherche clinique dans l’asthme sévère CRISALIS-F-CRIN. Cette cohorte s’intéresse aux problématiques de prise en charge en vie réelle des patients asthmatiques sévères avec actuellement près de 2 000 patients inclus pour une fin du suivi prévue le 09/09/2026.
Les travaux présentés ce matin avaient trait à l’évaluation de la prévalence de la dyspnée d’effort chez les patients asthmatiques sévères, traités ou non par biothérapies. Il s’agit d’une thématique importante car peu de données sont disponibles à ce sujet en vie réelle, au contraire de celles sur le contrôle de la maladie, sur les exacerbations et sur la réduction du recours à la corticothérapie orale.
La dyspnée d’effort était évaluée par le score modified Medical Research Council. L’objectif principal était la détermination de la prévalence des patients asthmatiques sévères présentant un score mMRC ≥ 2. Les objectifs secondaires comprenaient l’identification des facteurs associés à la dyspnée d’effort et l’impact du traitement par biothérapie.
Parmi les 2041 patients inclus dans la cohorte RAMSES, 569 présentaient des données suffisantes pour répondre à l’objectif principal. Cette population était représentative de la population de patients asthmatiques sévères avec une majorité de sujets féminins (63,1 %), un âge médian de 57.4 ans (IQR à 21,2 ans) et un mauvais contrôle de l’asthme dans 65.5% des cas (défini sur un score Asthma Control Test < 20). Un total de 307 patients étaient traités par biothérapie, cohérent avec des patients principalement suivis en CHU.
La prévalence de la dyspnée d’effort (mMRC ≥ 2) était de 48.5% (IC 95% : 44.4 à 52.6 %). Dans le cadre d’un modèle de prédiction par régression logistique, les auteurs identifiaient comme facteurs significativement associés à la dyspnée d’effort un index de masse corporel ≥ 30 kg.m–²avec un Odds Ratio (OR) à 4,72 (IC95% 2,13 ; 10,88) et une durée prolongée de présence d’un asthme sévère avec un OR estimée à 1,7 (1,27 ; 2,35) pour chaque décennie supplémentaire. A l’inverse, les facteurs suivant étaient considérés comme protecteurs : type de centre de suivi (centre hospitalier général vs universitaire) avec OR à 0,29 (0,17 ; 0,75) ainsi que l’amélioration du contrôle de l’asthme (score ACT, chaque +1 point/25) avec OR à 0,8 (0,74 ; 0,86). Bien que non significatif, une tendance d’association existait entre le genre féminin et la dyspnée d’effort avec un OR à 1,82 (IC95% 0,92 ; 3,65) chez les patients inclus.
L’utilisation d’une biothérapie n’était pas associée à une amélioration de la dyspnée dans le cadre d’un modèle intégrant le score ACT (OR 0,75 ; IC95% 0,38 à 1,49). Cependant, dans l’hypothèse que les effets des biothérapies sur la dyspnée d’effort passeraient par le biais d’une amélioration du contrôle de la maladie, une analyse de médiation a été réalisée. Il était ainsi estimé qu’environ 63 % de l’effet de la biothérapie sur la dyspnée d’effort était médié par le score ACT (IC 95 % : 5,1–254,2). Cet effet était toujours présent même après retrait de l’item n° 2 du score ACT (« Au cours des 4 dernières semaines, avez-vous été essoufflé(e) ? ») avec une médiation estimée à 57.9 % (IC 95 % : 15,8–292,2). L’amplitude des intervalles de confiance limite néanmoins la précision de ces estimations.
Cette étude nous rappelle que la dyspnée d’effort demeure un symptôme fréquemment rapporté par les patients asthmatiques, même à l’ère des biothérapies. Si celle-ci est améliorée sous biothérapie, principalement par le biais de l’amélioration du contrôle de la maladie, nous devons continuer à l’évaluer et à proposer à nos patients d’autres modalités de prise en charge, qu’il s’agisse de la pratique d’activité physique, de séjours de réadaptation respiratoire ou d’accompagnement à la perte pondérale.
Dorian Hassoun,service des explorations fonctionnelles, CHU de Nantes
D’après la Session AD02 Asthme Communication n°61 : Prévalence de la dyspnée d’effort et facteurs associés dans l’asthme sévère : données de la cohorte française RAMSES à l’inclusion.
Présentée par le Pr C. CHENIVESSE (Lille)
La dyspnée d’effort chez les patients asthmatiques sévères à l’ère des biothérapies Lire la suite »

Mieux identifier l’asthme sévère pédiatrique pour mieux le traiter
L’asthme sévère ne concerne qu’une minorité d’enfants asthmatiques, mais il concentre une morbidité élevée, la majorité des dépenses liées aux soins et entraîne une altération majeure de la qualité de vie. Sa définition repose sur la nécessité d’un traitement de palier 5 selon GINA, après vérification rigoureuse du diagnostic, de l’observance, de la technique d’inhalation et prise en charge des comorbidités 1. La distinction entre asthme difficile à traiter et asthme sévère authentique est une étape clé avant toute escalade thérapeutique. Les recommandations récentes soulignent l’importance d’une évaluation structurée, idéalement en centre expert, intégrant le phénotypage afin d’orienter les décisions thérapeutiques.
Les biothérapies ont transformé la prise en charge de l’asthme sévère de l’enfant, avec une réduction significative des exacerbations sévères, des hospitalisations, de la dose de corticoïdes inhalés ainsi qu’une amélioration de la qualité de vie. La réponse au traitement est en général visible dès 6 mois, notamment sur les exacerbations. Le taux de patients répondeurs est élevé, de plus de 90%. Il n’existe toutefois pas à ce jour de facteur prédictif robuste de patient meilleur répondeur au sein des phénotypes définis par les AMM. En l’absence de réponse, un arrêt ou un changement de biothérapie doit être envisagé. Un suivi harmonisé et individualisé est indispensable pour une évaluation globale du patient et évaluer précisément les critères de réponse au traitement 2. La durée optimale de traitement reste non définie, probablement plusieurs années, avec un taux de rechute surtout sur les symptômes inter-critiques à l’arrêt plus faible chez l’enfant que chez l’adulte 3ce qui interroge sur un éventuel effet modificateur des biothérapies sur l’histoire naturelle de la maladie.
Intégrer les dimensions pharmacologiques et sociétales
Les biothérapies représentent la majorité des médicaments en développement. Ces anticorps monoclonaux obéissent à des règles pharmacocinétiques spécifiques, et disposent d’une demi-vie assez longue autorisant des administrations relativement espacées. La variabilité pharmacocinétique est relativement limitée après l’âge de 6 ans, le poids constituant alors le principal déterminant posologique 4
Au-delà des considérations cliniques, la réflexion s’élargit aux enjeux économiques et sociétaux. Les formes sévères de l’asthme (5%), bien que minoritaires, représentent la part majoritaire des dépenses de santé (environ 50% des dépenses de santé liées à l’asthme). Dans ce contexte, l’arrivée des biosimilaires ouvre des perspectives en termes d’accès aux soins, de sécurisation des approvisionnements et de maîtrise des coûts, sans compromis démontré sur l’efficacité ou la tolérance. Les médecins prescripteurs doivent être acteurs des dépenses de santé, dans un contexte de déficit majeur de l’Assurance Maladie. L’intégration des biosimilaires dans l’algorithme décisionnel thérapeutique constitue un levier supplémentaire pour une prise en charge de l’asthme sévère intégrant la durabilité : la prescription d’un biosimilaire de l’omalizumab en Europe permettrait selon une étude médio-économique une économie de 641 millions d’euros et de traiter 96 000 patients supplémentaires 5.
Dr Flore Amat, service de Pneumologie et Allergologie Pédiatrique, Hôpital Robert Debré, Paris
D’après la présentation « Chronologie du patient asthmatique sévère » présenté par le Dr Flore Amat, les Prs Stanislas Grassin-Delyle et Laurent Guilleminault, du samedi 25 janvier 2026.
Flore AMAT, service de Pneumologie et d’Allergologie Pédiatrique Hôpital Robert Debré Paris
D’après la présentation « Chronologie du patient asthmatique sévère » présenté par le Dr Flore Amat, les Prs Stanislas Grassin-Delyle et Laurent Guilleminault, du samedi 25 janvier 2026.