Transplantation de cellules progénitrices, une piste pour guérir l’emphysème ?

L’emphysème se caractérise par une destruction irréversible des alvéoles pulmonaires, sans traitement curatif disponible à ce jour. Toutefois, le poumon possède des cellules progénitrices dotées d’un potentiel de régénération, en particulier les cellules basales p63+, qui pourraient être exploitées à des fins thérapeutiques

En 2024, un premier essai démontrant la possibilité d’isoler des cellules basales progénitrices par fibroscopie avec brossage au niveau des bronches segmentaires et sous segmentaires, de les cultiver pendant 3 à 5 semaines puis de les réimplanter au cours d’une seconde fibroscopie a été publié. Cet essai incluait 20 patients atteints de BPCO GOLD 2 à 4, âgés de 40 à 75 ans et ayant une DLCO inférieure à 80%.  Trois patients étaient inclus dans le groupe contrôle et 17 dans le groupe intervention. Au cours de la seconde fibroscopie, 2 millilitres de suspension cellulaire contenant 0,7 à 5,2 x 10^6 cellules par kilogramme de poids corporel étaient déposées dans 20 segments pulmonaires. Les patients devaient maintenir une position verticale et éviter de tousser dans les 2 heures suivant la procédure. Les résultats montraient une amélioration significative de la DLCO à 12 semaines (p=0,001).

Cette année, Wei Zuo (Shangai, Chine) a présenté les données de la phase 2 contrôlée, randomisée incluant 58 patients atteints de BPCO, quasi-exclusivement des hommes, ayant une DLCO entre 30% et 80% de la valeur prédite. Parmi eux, 2% étaient GOLD 1, 8% GOLD 2, 40% GOLD 3 et 50% GOLD 4. Le VEMS médian était de 0,92L et 80% étaient des anciens fumeurs.

Les résultats montrent une amélioration significative de la DLCO et une augmentation du volume alvéolaire à 24 et 52 semaines sans que la technique de mesure du volume alvéolaire ne soit précisée. De même, une amélioration faible mais significative du score COPD Assessment test et de la dyspnée selon mMRC étaient retrouvés à 24 et 52 semaines. En revanche, il n’existait pas d’amélioration du volume expiré en 1 seconde (VEMS) ni de la capacité vitale forcée (CVF) ce que les auteurs expliquaient par le fait que les cellules transplantées favorisaient principalement la régénération alvéolaire, sans impact significatif sur les petites voies aériennes. Enfin, l’analyse scanographique montrait une réduction de l’emphysème au niveau des bases, probablement liée à l’effet de la gravité lors de la réimplantation des cellules basales.

Concernant la tolérance, le risque d’exacerbation était augmenté (48% vs 24%) de même que la dyspnée (36% vs 12%) et la toux (28% vs 8%).

Cet essai de phase II ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques dans l’emphysème. Cependant, cette technique doit être évaluée sur des cohortes plus larges, en tenant compte d’une sélection rigoureuse des patients en raison des effets indésirables potentiels, ainsi que des enjeux éthiques et réglementaires liés aux méthodes de culture utilisées.

Marina Gueçamburuservice des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux


D’après, Autologous transplantation of airway basal stem cells in COPD patients: A randomized, single-blind, placebocontrolled phase 2 trial, Wei Zuo (Shangai, Chine).

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