
Plusieurs points permettent de rapprocher syndrome d’apnées du sommeil (SAS) sévère et syndrome obésité hypoventilation (SOH) : éléments de physiopathologie, symptômes, traitement… Le Pr Trzepizur a synthétisé ces aspects au cours d’une passionnante session sur l’obésité.
Le Pr Wojciech Trzepizur (Angers) a commencé par rappeler que l’hypoventilation est le témoin de l’altération des capacités de la pompe ventilatoire. Elle va être d’abord nocturne puis diurne, et constitue un marqueur de sévérité de nombreuses pathologies respiratoires.
Des symptômes identiques, des traits physiopathologiques communs
La symptomatologie du SAS et du SOH est proche avec une somnolence diurne excessive fréquente. Dans une étude présentée à l’ERS 2024, non publiée actuellement, il n’y avait pas de différence sur la somnolence (échelle d’Epworth), la qualité de vie (WHO-5) et la qualité de sommeil (échelle de Pittsburgh PSQI) entre les patients avec SAS et ceux avec un SOH.
L’abaissement de la capacité résiduelle fonctionnelle (CRF) dans l’obésité entraîne une ventilation à faible volume et haute fréquence, qui diminue la traction trachéale et augmente donc le risque de collapsus des voies aériennes supérieures 1. Par ailleurs, l’hypoventilation est également favorisée par les apnées obstructives, qui peuvent être longues et se répètent au cours de la nuit. Il existe une corrélation entre durée des apnées et pCO2 diurne 2.
Des comorbidités et un pronostic en commun
Dans les deux pathologies, il existe une augmentation des pressions artérielles pulmonaires (PAP) à l’échographie cardiaque 3,4. Dans l’étude de Nowbar, le pronostic du SOH était défavorable avec une mortalité importante à 18 mois (23%), mais les sujets avec SOH étaient nettement plus obèses et avaient un IAH nettement plus élevé que les sujets sans SOH dans l’étude, ce qui augmentait leur risque cardiovasculaire 5. Dans l’étude de Kendzerska, l’IAH était corrélé au risque cardiovasculaire, mais après ajustement sur les autres facteurs de risque cardiovasculaire, il n’existait pas de différence de mortalité cardiovasculaire entre les différentes classes de sévérité du SAS 6.
Des éléments de traitement qui se chevauchent
Dans le Pickwiwk project, Juan Masa a suivi les patients pendant 5 ans, en comparant des sujets avec SAS et SOH, sous PPC ou ventilation à deux niveaux de pression introduite en état stable. Il n’y avait pas de différence sur le taux d’hospitalisation, la pCO2, la survie globale et cardiovasculaire, la qualité de vie, les paramètres de l’échographie cardiaque 7. Ces résultats sont concordants avec ceux de Howard et col., qui ont randomisé les sujets SOH sans polysomnographie préalable et ne retrouvaient pas de différence sur la gazométrie, les hospitalisations et la survie entre PPC et ventilation à deux niveaux 8. Il faut toutefois souligner que l’effet de la PPC n’est pas forcément immédiat dans le SOH. Ainsi, dans l’étude de Lastra, les patients en échec de PPC initialement (temps de sommeil passé à moins de 90% de SpO2 d’au moins 20%) étaient contrôlés sur la gazométrie à 6 mois, mais l’étude était sur un petit effectif 9. La PPC est par ailleurs plébiscitée par les patients, d’avantage que la ventilation à deux niveaux 10.
À retenir
En conclusion, SAS et SOH ont des intrications physiopathologiques, diagnostiques et de traitement qui nécessitent de repenser la façon de prendre en charge le SOH, sans négliger la nécessité de personnaliser le traitement et de ventiler les sujets avec une acidose très importante ou non compensée.
Justine FRIJA, université Paris Cité, Inserm Neurodiderot, Hôpital Bichat, Paris
D’après la communication « Le SOH n’est-il finalement qu’un SAHOS très sévère ? » présentée par Wojciech Trzepizur (Angers), session « Maigrir et bien dormir en 2025 », organisée par le groupe Sommeil, samedi 25 janvier 2025
- Masa JF, Pépin J-L, Borel J-C, Mokhlesi B, Murphy PB, Sánchez-Quiroga MÁ. Obesity hypoventilation syndrome. Eur Respir Rev.2019;28:180097. doi : https://doi.org/10.1183/16000617.0097-2018. ↩
- Berger KI, Ayappa I, Sorkin IB, Norman RG, Rapoport DM, Goldring RM. CO(2) homeostasis during periodic breathing in obstructive sleep apnea. J Appl Physiol. 2000;88:257–64. ↩
- Corral J, Mogollon MV, Sánchez-Quiroga M-Á, Gómez de Terreros J, Romero A, Caballero C, et al. Echocardiographic changes with non-invasive ventilation and CPAP in obesity hypoventilation syndrome. Thorax 2018;73:361–8. doi : https://doi.org/10.1136/thoraxjnl-2017-210642. ↩
- Esnaud R, Gagnadoux F, Beurnier A, Berrehare A, Trzepizur W, Humbert M, et al. The association between sleep-related breathing disorders and pre-capillary pulmonary hypertension: A chicken and egg question. Respir Med Res. 2021;80:100835. doi: https://doi.org/10.1016/j.resmer.2021.100835. ↩
- Nowbar S, Burkart KM, Gonzales R, Fedorowicz A, Gozansky WS, Gaudio JC, et al. Obesity-associated hypoventilation in hospitalized patients: prevalence, effects, and outcome. Am J Med. 2004;116:1–7. doi : https://doi.org/10.1016/j.amjmed.2003.08.022. ↩
- Kendzerska T, Gershon AS, Hawker G, Leung RS, Tomlinson G. Obstructive sleep apnea and risk of cardiovascular events and all-cause mortality: a decade-long historical cohort study. PLoS Med. 2014;11:e1001599. doi : https://doi.org/10.1371/journal.pmed.1001599. ↩
- Masa JF, Mokhlesi B, Benítez I, Gomez de Terreros FJ, Sánchez-Quiroga MÁ, Romero A, et al. Long-term clinical effectiveness of continuous positive airway pressure therapy versus non-invasive ventilation therapy in patients with obesity hypoventilation syndrome: a multicentre, open-label, randomised controlled trial. Lancet 2019;393:1721–32. doi : https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)32978-7. ↩
- Howard ME, Piper AJ, Stevens B, Holland AE, Yee BJ, Dabscheck E, et al. A randomised controlled trial of CPAP versus non-invasive ventilation for initial treatment of obesity hypoventilation syndrome. Thorax 2017;72:437–44. doi : https://doi.org/10.1136/thoraxjnl-2016-208559. ↩
- Lastra AC, Masa JF, Mokhlesi B. CPAP titration failure is not equivalent to long-term CPAP treatment failure in patients with obesity hypoventilation syndrome: a case series. J Clin Sleep Med. 2020;16:1975–81. doi: https://doi.org/10.5664/jcsm.8712. ↩
- Arellano-Maric MP, Hamm C, Duiverman ML, Schwarz S, Callegari J, Storre JH, et al. Obesity hypoventilation syndrome treated with non-invasive ventilation: Is a switch to CPAP therapy feasible? Respirology 2020;25:435–42. doi : https://doi.org/10.1111/resp.13704. ↩



