Du nouveau pour les infections à M. abscessus ?

Les infections à M. abscessus, notamment M. abscessus stricto sensu, nécessitent un traitement initialement intraveineux (IV) avec relais par d’autres molécules orales lors de la phase d’entretien (parfois pas si facile que cela à concocter). La tigécycline, disponible uniquement en IV, est très efficace mais mal tolérée. Kevin Winthrop nous a présenté une étude de phase 2 évaluant l’omadacycline, une nouvelle cycline per os, dans les infections à M. abscessus.

Il s’agit d’une étude de phase 2, exploratoire, comparant l’omadacycline en monothérapie à un placébo pendant 3 mois. Le critère de jugement principal était l’amélioration clinique (score de symptômes) à 3 mois. Pour être inclus, les patients devaient présenter au moins 2 symptômes, et chacun des symptômes (toux, douleurs thoraciques, expectorations, hémoptysie, dyspnée, fatigue, fièvre, anorexie, sueurs nocturnes, amaigrissement) était évalué sur une échelle de 0 à 4. Soixante-quatre patients (68% de femmes), dont 41 dans le groupe omadacycline, ont été inclus. De manière étonnante, quasiment 35% des patients avaient une co-infection à M. avium complex. Les patients avaient majoritairement des symptômes respiratoires légers à modérés et peu de symptômes généraux. En termes d’amélioration des symptômes (i.e. au moins l’amélioration de la moitié des symptômes), il n’existe pas de différence significative (34% vs 20% ; p=0,21), mais lorsqu’on ajoute le critère « absence de détérioration clinique », la différence devient significative (34.1% versus 12% dans le groupe placebo, p=0,045). En terme de qualité de vie (QOL-B), on note plus de changements positifs dans la majorité des domaines dans le groupe omadacycline. On note une négativation plus fréquente des prélèvements (56,4% vs 29,2% des patients avec au moins 1 culture négative à 3 mois, p=0,035). Le point le plus important est la bonne tolérance de l’omadacycline, contrairement à sa cousine la tigécycline. Les nausées restent le principal effet indésirable. Aucune souche résistante à l’omadacycline n’a été mise en évidence dans cette étude où le groupe traitement avait reçu de l’omadacycline en monothérapie. Des données supplémentaires sont nécessaires pour cette étude considérée comme preuve de concept de l’utilisation de l’omadacycline dans les infections à M. abscessus.

En conclusion, ces premiers résultats sont encourageants en termes d’amélioration clinique et de négativation d’au moins un prélèvement. La bonne tolérance est également un élément positif pour cette molécule ; l’absence de sélection de souche résistante alors que le traitement est donné en monothérapie apparaît plutôt comme un élément négatif puisqu’on s’attend, comme pour toute molécule active, à une sélection rapide de mutants résistants. En tout cas, la recherche continue pour essayer d’améliorer la prise en charge de ces infections, ce qui est déjà une très bonne nouvelle en soi !

D’après Winthrop K.L. et al.A phase 2, double-blind, randomized, placebo-controlled, multi-center study to evaluate the efficacy, safety, and tolerability of oral omadacycline in adults with nontuberculous mycobacterial pulmonary disease (NTM PD) caused by Mycobacterium Abscessus complex (MABc). Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A3168 (Session B20).

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