Séance d’introduction – Virus (ré) émergents

Lors de la séance inaugurale de la Biennale de la société francophone de pneumologie se tenant en Guadeloupe, le Pr Hervé Fleury a présenté un panorama des virus émergents, soulignant leur impact croissant en pneumologie à travers une analyse historique, biologique et épidémiologique des mécanismes d’émergence, de transmission inter-espèces et des risques pandémiques.

L’orateur a commencé par les filovirus, en particulier les virus Marburg et Ebola. Bien que ces virus provoquent principalement des fièvres hémorragiques, certains cas documentent des manifestations pulmonaires sévères, telles que des œdèmes pulmonaires ou des hémorragies intra-alvéolaires, surtout dans les formes avancées. La transmission interhumaine par fluides biologiques pose également des risques pour les professionnels de santé, notamment lors d’interventions respiratoires.

Le Hantavirus (notamment le Sin Nombre Virus, apparu en 1993 aux États-Unis) constitue un exemple majeur d’infection virale à tropisme pulmonaire. Chez l’homme, il peut entraîner un syndrome pulmonaire à hantavirus (HPS), caractérisé par une fièvre brutale suivie d’une insuffisance respiratoire aiguë non cardiogénique, avec œdème pulmonaire massif. Ce tableau impose une ventilation invasive rapide, avec une mortalité allant jusqu’à 35-40 %. La contamination se fait par inhalation d’aérosols issus des excrétions de rongeurs infectés.

Des virus zoonotiques émergents, tels que les arenavirus (Lassa) ou les henipavirus (Nipah et Hendra), qui induisent également des atteintes respiratoires sévères. Le virus Nipah, transmis par des chauves-souris frugivores et relayé par les porcs, provoque fréquemment une pneumopathie aiguë, associée à une atteinte encéphalitique. Le taux de létalité élevé (jusqu’à 75 %) et la possibilité de transmission interhumaine suscitent une inquiétude croissante dans les milieux hospitaliers.

Le monkeypox, renommé Mpox par l’OMS en 2022 (le virus ayant été isolé en 1958 chez des singes à Copenhague, d’où son nom initial, bien qu’il se transmette à l’humain principalement par les rongeurs), a été brièvement abordé. S’il est surtout connu pour ses atteintes cutanéo-muqueuses, des formes graves peuvent entraîner des complications respiratoires, telles que des pneumonies virales ou des surinfections bactériennes, nécessitant alors un isolement respiratoire.

Le Pr Fleury a ensuite détaillé la complexité des virus grippaux (H5N1, H7N9), avec leur capacité de réassortiment génétique. Il a particulièrement insisté sur le risque posé par une adaptation du H5N1 aux mammifères, qui pourrait aboutir à un virus hautement pathogène et transmissible entre humains. Cette forme pourrait engendrer une grippe aviaire humaine à composante pulmonaire sévère, avec détresse respiratoire et mortalité élevée. Des cas récents de contamination de félins domestiques et de mammifères marins soulignent le danger d’un franchissement de barrière d’espèce.

Parmi les arbovirus, s’il est vrai que la majorité cible le système vasculaire ou nerveux, certains comme la dengue sévère ou le virus Oropouche peuvent déclencher une inflammation pulmonaire, parfois accompagnée d’épanchements pleuraux. La fièvre hémorragique de Crimée-Congo, désormais présente en Europe du Sud, bien que principalement vasculaire, n’est pas exempte de complications pulmonaires.

Concernant le SARS-CoV-2, le Pr Fleury a retracé les leçons tirées de la pandémie, notamment la compréhension du tropisme respiratoire des coronavirus et la capacité de certains variants à provoquer des formes graves avec SDRA, fibrose post-infectieuse et exacerbation de comorbidités respiratoires chroniques (BPCO, asthme sévère).

Il a également rappelé les risques liés au MERS-CoV, transmis par les dromadaires, dont la létalité élevée est en grande partie liée à des atteintes pulmonaires aiguës, et qui demeure une menace en cas d’extension interhumaine plus efficace.

Enfin, il a évoqué des scénarios plus prospectifs, comme l’émergence d’un prion respiratoire ou la généralisation de virus aux conséquences pulmonaires graves, jusque-là cantonnés à des foyers restreints.

En conclusion, le Pr Fleury a terminé sur une note à la fois sérieuse et ironique, en mentionnant la thèse des “virus venus de l’espace”, soulignant l’importance de rester ouverts, rigoureux et humbles face à l’imprévisible.

Louise Bondeelle, département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse


D’après la séance inaugurale : Hervé Fleury, Professeur émérite à l’Université de Bordeaux – Société Ventum Biotech

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