

Cette session a présenté les résultats d’études attendues sur le depemokimab dans l’asthme sévère associée à la rhinite chronique avec polypose nasosinusienne
Le depemokimab réduit significativement les exacerbations chez les patients asthmatiques sévères présentant une rhinite chronique avec polypose nasosinusienne associée.
Le depemokimab est un anticorps monoclonal humanisé ciblant l’interleukine 5 et dont la structure de la région Fc a été modifiée pour augmenter sa demi-vie. Pour mémoire, dans l’essai SWIFT-1/2 publié dans le NEJM en 2024, le depemokimab, administré à une posologie de 100 mg sc tous les 6 mois, a démontré son efficacité dans la réduction des exacerbations sévères (≈ 50%) chez les patients souffrant d’asthme sévère éosinophilique (≥ 150/µL à l’inclusion ou ≥ 300/µL sur l’année précédente) 1
Les analyses en sous-groupe de l’essai de Phase III SWIFT-1/2 se sont intéressées au sous-groupe des patients asthmatiques sévères présentant une rhinite chronique avec polypose nasosinusienne. Dans le groupe des patients asthmatiques avec une polypose nasosinusienne « CRSwNP » (n=113), 80 patients ont reçu du depemokimab et 33 du placebo tandis que dans le groupe des patients présentant un asthme isolé « Asthma-only » (n=649), 422 ont reçu le depemokimab et 227 du placebo. Il n’y avait pas de différence significative concernant le nombre d’exacerbation sévère dans l’année précédant l’inclusion.
Au décours de l’essai, Il a été observé une réduction significative de 69% (IC95% : 42-83) du nombre d’exacerbations, chez les patients du groupe « CRSwNP » traités par depemokimab en comparaison avec le placebo, contre une réduction de 51% (IC95% 36-62) dans le groupe « Asthma-only » (depemokimab vs placebo). Il est à noter néanmoins que les patients du groupe « CRSwNP » avaient un taux annualisé d’exacerbation durant l’étude plus élevé que ceux du groupe « asthma-only » (1.61/an IC95% 0.99-2.6/an vs 1.03/an IC95% 0.85-1.26/an). Parmi les critères secondaires, le groupe « CRSwNP » traité par depemokimab démontrait une amélioration statistiquement significative du score du Questionnaire de Saint-Georges (-8.32 IC95% -15.77,-0.88) ainsi que du score de contrôle de l’asthme ACQ-5 (-0.76 IC95% -1.23,-0.28) en comparaison avec le groupe placebo bien que les différences cliniquement pertinentes n’aient pas été atteintes (MCID à -4 et -0.5 respectivement). Aucune différence significative n’a été observée pour les variations de VEMS.
Le depemokimab entraîne une réduction rapide et persistante des symptômes liés à la polypose nasosinusienne.
Au-delà des effets sur l’asthme lui-même, nous avons obtenu ce jour des informations intéressantes concernant les effets du depemokimab sur la PNS elle-même. Ces données sont issues des essais de phase III ANCHOR-1/2 dont l’objectif principal était d’évaluer les effets du depemokimab à 52 semaines chez les patients présentant une rhinite chronique avec une PNS imparfaitement contrôlée (Nasal Polyp Score ou NPS ≥ 5) et une obstruction nasale modérée à sévère (nasal obstruction Visual Response Scale ≥ 2) sur le score endoscopique (NPS) et sur l’obstruction nasale (VRS). L’article de Gevaert et al. publié cette année dans le Lancet a démontré que le depemokimab améliorait significativement à 52 semaines de traitement le score endoscopique NPS ainsi que l’obstruction nasale rapportée par les patients 2.
Aujourd’hui, il nous a été présenté des résultats d’analyses secondaires concernant la cinétique d’action du depemokimab sur l’obstruction nasale et la perte d’odorat rapportée par les patients. Une amélioration significative de l’obstruction nasale rapportée par les patients était observée dès la 3ème semaine chez les patients traités par depemokimab en comparaison avec ceux traités par placebo et se poursuivait jusqu’à la 52ème semaine. Une cinétique comparable était observée concernant l’amélioration de la perte d’odorat rapportée par les patients (visual response scale). Il est à noter néanmoins qu’un important effet placebo était observé avec près de 40% de patients répondeurs sur le critère d’obstruction nasale et 20% concernant la perte d’odorat dans le groupe contrôle.
Au total, le depemokimab présente un intérêt dans la prise en charge des patients asthmatiques sévères présentant une rhinite chronique avec polypose nasosinusienne associée tant sur les effets sur l’asthme que sur la polypose nasosinusienne.
Dorian Hassoun, service d’explorations fonctionnelles, CHU de Nantes
D’après les communications suivantes de la session : Cutting-edge trial data on biologics for airway diseases: asthma, COPD, chronic rhinosinusitis with nasal polyps and chronic cough Twice-yearly depemokimab demonstrates efficacy in patients with asthma and comorbid chronic rhinosinusitis with nasal polyps (CRSwNP): Phase III SWIFT-1/2 studies Enrico Marco Heffler (Italy)
- Jackson DJ, Wechsler ME, Jackson DJ, Bernstein D, Korn S, Pfeffer PE, et al. Twice-Yearly Depemokimab in Severe Asthma with an Eosinophilic Phenotype. N Engl J Med. 2024. ↩
- Gevaert P, Desrosiers M, Cornet M, Mullol J, De Corso E, Keles Turel N, et al. Efficacy and safety of twice per year depemokimab in chronic rhinosinusitis with nasal polyps (ANCHOR-1 and ANCHOR-2): phase 3, randomised, double-blind, parallel trials. Lancet. 2025;405(10482):911-26. ↩



