
La session A24 a mis en lumière l’ambition du programme IMPULSION : structurer un dépistage organisé du cancer du poumon chez des patients à risque, indissociable d’une stratégie de prévention primaire centrée sur le sevrage tabagique
Le cancer du poumon (CP) demeure une urgence majeure de santé publique. Responsable d’1 décès sur 20 en France, c’est la 2nde cause de mortalité toutes causes confondues. Chaque jour, près de 145 nouveaux cas sont diagnostiqués — l’équivalent d’un Airbus A320 — et 83 décès surviennent, soit une rame entière de TER. Face à ce fardeau, la session A24 a mis en lumière l’ambition du programme IMPULSION : structurer un dépistage organisé du CP chez des patients à risque, indissociable d’une stratégie de prévention prim aire centrée sur le sevrage tabagique.
Après un rappel explicite sur le programme IMPULSION par le Pr COURAUD, le Pr URBAN a rappelé que, malgré une amélioration lente, 24 % des sujets majeurs fument de manière quotidienne. La consommation des 50–74 ans, cœur de la population cible du dépistage, reste élevée, en particulier avant 60 ans. Le tabac demeure le principal déterminant de mortalité par CP, mais aussi BPCO, maladies cardiovasculaires et autres cancers, pour un coût social de 156 milliards d’euros en 2019.
Si le sevrage tabagique améliore l’espérance de vie à tout âge, son impact sur la mortalité par CP est lent : la mortalité évitée est faible avant 10 ans de sevrage, atteint 50 à 65 % après 10 à 20 ans, et jusqu’à 80 % au-delà. Ces données soulignent les limites d’une stratégie reposant exclusivement sur la prévention secondaire et justifient pleinement l’association du sevrage au dépistage.
Le dépistage par scanner low dose apparaît ainsi comme un déclencheur puissant du sevrage tabagique. Les participants au dépistage sont plus motivés pour arrêter de fumer, avec davantage de tentatives d’arrêt, en particulier en cas de mise en évidence d’une anomalie scanographique (vrais et faux positifs). En outre, la réduction de mortalité liée au dépistage est significativement plus importante chez les patients sevrés, suggérant un effet synergique entre dépistage et sevrage.
C’est le cœur du programme IMPULSION : proposer systématiquement une aide au sevrage tabagique, dès l’inclusion et idéalement en amont du scanner. Les objectifs sont clairs : augmenter l’acceptation de l’aide, améliorer les taux d’abstinence, réduire les rechutes et tester différentes intensités d’intervention. Une aide proposée de façon structurée est en effet acceptée par 80 % des participants, avec environ 15 % d’arrêts confirmés à 1 an, et jusqu’à 30 % à 6 mois pour les stratégies les plus intensives. Le programme repose sur une mobilisation des ressources de proximité : IDE formés, IDE tabacologues territoriaux IPA, médecins de soins primaires ou secondaires, voire UCT.
Le Pr GOUNANT a ensuite rappelé que le dépistage ne se limite pas au cancer et que les principales causes de mortalité — maladies cardiovasculaires, cancers et BPCO — sont souvent asymptomatiques et fréquemment détectées sous forme de lésions incidentes. Ces lésions sont fréquentes au TDM de dépistage : emphysème (43 %), anomalies interstitielles pulmonaires (ILA, 20 %), calcifications coronariennes (CC, 12 %), masses rénales ou anomalies osseuses. L’emphysème et les ILA sont associés à une surmortalité globale et par CP, justifiant une prise en charge structurée. Dans IMPULSION, leur détection conduit à des parcours dédiés (spirométrie, avis pneumologique, imagerie ciblée). Les CC permettent une stratification du risque cardiovasculaire, orientant la prise en charge vers le médecin traitant ou le cardiologue. La détection d’ostéoporose rappelle enfin le rôle central du radiologue dans l’identification et la hiérarchisation des anomalies cliniquement pertinentes.
Avec IMPULSION, le dépistage du CP devient un véritable outil de prévention globale, associant détection précoce, sevrage tabagique et prise en charge des lésions incidentes. Au-delà du nodule, c’est une vision intégrée du patient à risque qui se dessine, à l’interface de la pneumologie, de la radiologie et des soins de premier recours. Un changement d’échelle indispensable pour espérer infléchir durablement la mortalité liée au tabac.
Benoît Roch, unité d’Oncologie Thoracique, CHU Montpellier
D’après la Session A24 – Vers un dépistage organisé du cancer bronchique : l’expérimentation IMPULSION



