
La question de la poursuite de l’anticoagulation après 6 mois chez les patients ayant présenté un premier épisode de maladie thromboembolique veineuse (MTEV) reste centrale. La décision repose sur une évaluation individualisée du risque de récidive et du risque hémorragique.
Plusieurs situations cliniques doivent être distinguées :
Évènement thromboembolique provoqué par un facteur majeur transitoire
Lorsqu’un premier événement TEV survient dans un contexte de facteur de risque majeur transitoire (chirurgie, immobilisation prolongée, traumatisme, contraception œstroprogestative ou grossesse), le risque de récidive est faible (< 5%).
Une anticoagulation curative de 3 à 6 mois est alors suffisante, sans indication à une poursuite prolongée.
Événement thromboembolique non provoqué
Près d’un événement TEV sur deux survient sans cause apparente. Dans cette situation, le risque de récidive est élevé dès le premier épisode non provoqué, atteignant 30 à 40% des cas à l’arrêt du traitement anticoagulant, avec un risque annuel estimé à 9%.
Par ailleurs, le risque de décès par récidive après arrêt du traitement est environ 4 fois plus élevé pour un premier épisode d’embolie pulmonaire (EP) qu’après une thrombose veineuse profonde (TVP) isolée.
Dans ce cas, la décision de prolonger ou non l’anticoagulation au-delà de 6 mois repose sur plusieurs paramètres : la sévérité de l’épisode initial, la présence de facteurs de risque de récidive et le risque hémorragique.
Quels patients peuvent interrompre le traitement ?
Les facteurs en faveur d’une non-prolongation du traitement (au-delà de 6 mois) après un premier épisode de MTEV non provoquée sont : le fait d’être une femme < 50 ans avec un score HERDOO2 ≤ 1, un évènement déclenché par un facteur transitoire mineur, une TVP sans EP et l’absence de facteurs de risque persistants.
Quels patients doivent poursuivre l’anticoagulant au long cours ?
Les facteurs en faveur d’une prolongation du traitement sont un syndrome des antiphospholipides (SAPL), un déficit en antithrombine, une EP non provoquée à haut risque de mortalité ou une MTEV non provoquée récidivante.
Question de l’anticoagulation prolongée à dose réduite
D’après les résultats de l’étude RENOVE publiée dans le Lancet en 2025 [1], chez la majorité des patients nécessitant une anticoagulation au long cours, la réduction de moitié de la dose d’anticoagulants oraux directs (AOD) constitue l’option à privilégier, à l’exception de certains sous-groupes tels que les patients en situation d’obésité. Cette stratégie est associée à une réduction relative de 39 % du risque de saignement.
Et dans les événements thromboemboliques associés au cancer ?
Actuellement, les recommandations internationales préconisent de poursuivre l’anticoagulation chez les patients atteints de cancer qui développent un événement TEV, tant que le cancer reste actif ou que le traitement du cancer est en cours.
L’étude API-CAT publiée dans le NEJM en 2025 [2] a montré que chez des patients atteints d’un cancer actif ayant reçu au moins six mois de traitement anticoagulant pour un événement TEV, un traitement prolongé avec une dose réduite d’anticoagulant par apixaban ne s’accompagne pas d’augmentation du risque de récidive d’événement TEV, et permet de réduire le risque de saignement de 25 % par rapport à une dose pleine.
Perspectives
Dans l’avenir, le projet européen MORPHEUS « AMéliORation du Pronostic de la maladie tHrombo-Embolique veineUSe non provoquée au moyen d’un traitement anticoagulant personnalisé », coordonné par le Pr Couturaud sous l’égide du réseau français F-CRIN INNOVTe », visera à éclaircir cette question en développant un outil de prédiction de risque de récidive de MTEV, multidimensionnel et adaptatif, décliné au moyen d’un modèle de décision médicale partagée. La deuxième étape du projet visera à valider l’outil développé dans le cadre d’un essai randomisé en cluster.
Marianne Riou, service de Pneumologie, hôpitaux universitaires de Strasbourg
D’après la présentation du Pr Francis Couturaud Session A14 – Actualités, samedi 31 janvier 2026



