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Caractéristiques des nodules pulmonaires détectés lors de dépistage : vigilance pour les nodules isolés supracentimétriques des lobes supérieurs

Le Dr Storme a présenté de nouvelles données de l’étude DEP’K80 sur les caractéristiques des nodules pulmonaires détectés par scanner thoracique faible dose dans le dépistage du cancer du poumon en France. Ces résultats mettent en lumière l’importance de la taille, du nombre et de la localisation des nodules pour évaluer le risque de malignité.

L’étude DEP’K80 est la première en France à évaluer la faisabilité et l’efficacité du dépistage du cancer pulmonaire par scanner thoracique faible dose en conditions de vie réelle. Réalisée entre 2016 et 2020 dans le département de la Somme, cette étude multicentrique a inclus 1 369 participants à risque (fumeurs ou ex-fumeurs (<15ans) âgés de 55 à 74 ans, ≥30 paquets-années). Parmi eux, 1 029 ont réalisé un scanner à l’inclusion, avec un taux global de positivité de 5,3% à T0, 4,5% à T1, et 1,3% à T2. Au final, 43 cancers ont été diagnostiqués, correspondant à une incidence cumulée de 2,5% après trois tours de dépistage. Les données concernant les caractéristiques des nodules n’étaient pas encore présentées.

La localisation dans les lobes supérieurs, l’aspect mixte et la taille >10 mm associés à un risque accru de malignité

Dans l’étude DEP’K80, 1 050 nodules ont été détecté chez 408 patients (prévalence de nodules de 29,8%). Il s’agissait principalement de nodules solides (86,4%), situés dans les lobes supérieurs (45%) et mesurant entre 5-10mm (46,9%) – 10,6 % mesuraient plus de 10 mm.

L’analyse univariée a montré que les nodules isolés dans les lobes supérieurs, les nodules avec un aspect mixte, et ceux mesurant plus de 10 mm étaient associés à un risque accru de malignité. En analyse multivariée, la taille des nodules (>10 mm) était un facteur prédictif indépendant de malignité (OR : 17,75; p < 0,001), tout comme l’aspect mixte des nodules (OR : 3,02; p=0,019). À l’inverse, la présence de nodules multiples était associée à la bénignité (OR : 0,57; p=0,018).

Ces résultats sont comparables à ceux d’autres études européennes de dépistage, avec une prévalence de détection des nodules de 26,9 % dans l’étude NLST et de 30,3% dans l’étude ITALUNG.

En conclusion

Cette étude confirme que les nodules isolés de plus de 10 mm, en particulier ceux situés dans les lobes supérieurs, présentent un risque accru de malignité et nécessitent une évaluation diagnostique rigoureuse chez ces patients.

Ces données appellent à développer des protocoles de suivi et des outils de stratification des risques pour le dépistage du cancer pulmonaire par scanner low dose.


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Cibler la superfamille du TGF-β : une opportunité pour de nouveaux biomarqueurs dans l’HTAP ?

Malgré les progrès des dernières années concernant la compréhension de la physiopathologie de l’HTAP et l’apparition de nouvelles voies thérapeutiques, aucun biomarqueur diagnostique ou prédictif de réponse au traitement n’est disponible dans l’HTAP. Le congrès de l’ERS a été l’occasion de présenter les avancées sur la compréhension du rôle de la voie de l’activine dans l’HTAP, ciblée par le sotatercept.

Une dérégulation de la voie de l’activine dans l’HTAP

Il est actuellement démontré qu’il existe une modification des protéines de la voie de l’activine avec une augmentation significative desactivines A et B, de la follistatine et de FSTL3, ainsi qu’une diminution significative de l’inhibine-alpha dans le sérum de patients atteints d’HTAP 1 . Ces données ont été validées dans une cohorte de 80 patients atteints d’HTAP permettant de confirmer la valeur pronostique indépendante de l’activine A et de FSTL3. Ce dernier marqueur était également pronostique chez des patients admis en unité de soins intensifs pour insuffisance cardiaque droite.

Les données des analyses protéomiques chez les patients traités par sotatercept

Le professeur Savale du centre de référence de l’hypertension pulmonaire, a complété ces données en nous présentant des résultats d’analyse protéomique chez 31 patients inclus dans les études de phase 2 PULSAR et de phase 3 STELLAR (17 patients au total dans le groupe placebo et 14 patients dans le groupe traité par sotatercept)2. Des modifications d’expression de 52 protéines ont été mises en évidence à 24 semaines entre les 2 groupes de patients avec une diminution de protéines de fonction cardiovasculaire autres que le NT-proBNP, comme INHBB, FSTL3 ou BMP9 et 10, mais également une modification de protéines de l’inflammation, du métabolisme et de la régulation cellulaire. La diminution de BMP9 et 10 pose question sur leur rôle dans l’apparition de télangiectasies, effet secondaire rapporté chez un peu plus de 15% des patients exposés au sotatercept. Des études sont encore nécessaires pour confirmer ces données et discuter de l’intérêt d’utiliser ces biomarqueurs en pratique clinique.

Marianne Riou, service de pneumologie, hôpitaux universitaires de Strasbourg


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Quelles nouveautés dans l’hypertension pulmonaire suite au 7ème congrès mondial ?

La première session de l’Assemblée 13 de mardi matin est revenue sur les conclusions du 7ème congrès mondial de l’hypertension pulmonaire (HTP) qui a eu lieu à Barcelone du 29 juin au 1er juillet 2024. Elle a présenté les avancées dans le domaine depuis les dernières recommandations ESC/ERS publiées en 2022.

Une définition hémodynamique inchangée mais des évolutions dans la classification

La définition hémodynamique de l’HTP reste inchangée mais c’est l’occasion de s’interroger sur la gestion des patients avec une HTP pré-capillaire modérée (pression artérielle pulmonaire moyenne comprise entre 21 et 24 mmHg et résistances vasculaires pulmonaires entre 2 et 3 unités Wood) ou une hypertension pulmonaire à l’exercice, qui doit être interprétée en fonction du contexte clinique et du groupe d’HTP. Des changements dans la classification de l’HTP ont été présentés. Ils concernent notamment la clarification du statut de « répondeurs à long terme aux inhibiteurs calciques » en tant que sous-groupe de l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) idiopathique, l’ajout de sous-groupes dans le groupe 2 (HTP associée aux cardiopathie gauches) et la différenciation des sous-groupes du groupe 3 (HTP associée aux maladies respiratoires) en fonction des maladies pulmonaires plutôt que des anomalies fonctionnelles.

Un algorithme diagnostique simplifié

Une simplification de l’algorithme diagnostique a été présentée avec une approche par étapes dont l’objectif principal est de discerner les patients qui doivent être orientés vers un centre expert d’HTP et qui doivent bénéficier d’un cathétérisme cardiaque droit. Le test de vasoréactivité, visant à identifier les patients répondeurs aux inhibiteurs calciques, doit toujours être réalisé en cas de suspicion d’HTAP idiopathique, héritable ou induite par les médicaments/anorexigènes. Une recherche de mutations de gènes impliqués dans l’HTAP doit être proposée en cas de diagnostic d’HTAP idiopathique, héritable ou associée aux anorexigènes, en cas de maladie veino-occlusive pulmonaire et d’HTAP associée aux cardiopathies congénitales, d’autant que de nouvelles mutations ont récemment été mises en évidences sur les gènes TBX4, KDR ou SOX17.

L’introduction du sotatercept dans l’algorithme thérapeutique

Le remodelage vasculaire pulmonaire dans l’HTAP est complexe et multifactoriel impliquant des anomalies de régulation de la voie BMP/TGF-béta, voie ciblée par le sotatercept, innovation thérapeutique qui vient d’obtenir l’AMM européenne. L’efficacité des combinaisons thérapeutiques est actuellement bien démontrée avec proposition d’insérer le sotatercept dans l’algorithme thérapeutique à plusieurs niveaux après la première réévaluation. Une quadrithérapie (comprenant les médicaments ciblant les 3 voies classiques de l’HTAP associées au sotatercept) pourra être discutée chez les patients les plus sévères. La transplantation pulmonaire reste une option pour des patients sélectionnés dont la réponse aux thérapies est insuffisante.

Enfin, les techniques émergentes d’imagerie multimodale et les nouvelles technologies ont permis de mieux comprendre les interactions entre le ventricule droit et les vaisseaux pulmonaires. L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes d’adaptation du ventricule droit car il pourrait s’avérer être une cible thérapeutique intéressante.

Les articles de conclusion des différentes Task forces du 7ème congrès mondial de l’hypertension pulmonaire sont disponibles sur le site de l’European Respiratory Journal (publiés en 08/2024).

Marianne Riou, service de pneumologie, hôpitaux universitaires de Strasbourg


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Escalade précoce vers une triple thérapie inhalée après une exacerbation sévère de BPCO

Hana Mullerova (Cambridge, Royaume-Uni) a présenté une étude s’intéressant à l’impact d’une escalade thérapeutique précoce vers une triple thérapie inhalée à la suite d’une exacerbation de BPCO modérée à sévère sur la survenue d’exacerbations ultérieures et d’évènements cardiovasculaires.

Des essais contrôlés randomisés de grande envergure ont démontré un bénéfice dans la BPCO des triples thérapies inhalées sur la réduction des exacerbations modérées à sévères, l’amélioration de la fonction pulmonaire, la qualité de vie et la dyspnée par rapport aux bithérapies inhalées 1. En 2022 Tkacz et al. 2 ont montré que le risque d’exacerbation et d’exacerbation sévère augmentait respectivement de 11% et de 7%, pour chaque retard de 30 jours à l’initiation d’une triple thérapie inhalée. Ce retard était également associé à une augmentation de 2,1% des coûts liés à la BPCO au cours du suivi.

Évaluation de l’impact de l’initiation précoce d’une triple thérapie inhalée

Hana Mullerova (Cambridge, Royaume-Uni) a présenté une étude s’intéressant à l’impact d’une escalade thérapeutique précoce vers une triple thérapie inhalée budésonide/glycopyrronium/fumarate de formotérol (BGF), à la suite d’une exacerbation de BPCO modérée à sévère sur la survenue des exacerbations ultérieures et d’évènements cardiovasculaires (insuffisance cardiaque, infarctus du myocarde, arrêt cardiorespiratoire).Cette étude, réalisée à partir d’une base de données américaine, incluait des patients atteints de BPCO, âgés de plus de 40 ans, ayant présenté au moins une exacerbation sévère ou deux exacerbations modérées sous bithérapie inhalée. Le traitement de fond de l’ensemble des patients a été modifié en faveur d’une triple thérapie inhalée (budésonide/glycopyrronium/fumarate de formotérol (BGF)) dans les 12 mois suivant l’exacerbation. Le délai d’initiation de la triple thérapie était considéré comme précoce s’il survenait dans les 30 jours suivant l’exacerbation, retardé entre 31 et 180 jours et très retardé entre 181 et 365 jours.

Une initiation précoce réduit le taux annuel d’exacerbations et les événements cardiovasculaires

Parmi les 10 103 patients inclus, 1 122 patients (11,1%) faisaient partie du groupe initiation précoce, 4 064 patients (40,2%) du groupe initiation retardée et 4 917 patients (48,7%) du groupe initiation très retardée. L’initiation précoce d’une triple thérapie inhalée a permis de réduire le taux annuel d’exacerbations de 23% par rapport à une initiation retardée (intervalle de confiance à 95% (IC95%) [0,71–0,82]; p<0,01 et de 31% par rapport à une initiation très retardée (IC95% [0,65-0,73] ; p<0,01).

De même, les évènements cardiovasculaires (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, arrêt cardiorespiratoire) ont été réduits de 23% (IC 0,73-0,81) dans le groupe initiation précoce par rapport au groupe initiation retardée et de 19% (IC95% 0,77-0,86) par rapport au groupe initiation très retardée. Durant la période de suivi, en moyenne 524 jours, on note que 72,8% des patients ont présenté une nouvelle exacerbation sévère, 54,2% un évènement cardiovasculaire et 25% sont décédés.

En conclusion

L’initiation précoce d’une triple thérapie inhalée après une exacerbation de BPCO modérée à sévère pourrait permettre de réduire le risque de nouvelles exacerbations et d’évènements cardiovasculaires.

Marina Gueçamburu, service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux, Pessac


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Actualités dans les traitements des pneumopathies interstitielles diffuses

Le Dr Kahai a présenté une étude ayant évalué la faisabilité d’un essai contrôlé randomisé portant sur une intervention diététique dans le cadre des PID et qui montre un bénéfice sur le poids.

La prise en charge globale des patients atteints de pneumopathies interstitielles diffuses (PID), incluant des soins médicamenteux et non médicamenteux, est aujourd’hui fortement recommandée par les directives internationales et soutenue par les associations de patients. La dénutrition, reconnue comme un facteur de mauvais pronostic chez les patients PID, demeure un défi médical, et le bénéfice attendu d’une prise en charge diététique personnalisée est inconnu.

Une étude de faisabilité chez les patients avec PID et signes de dénutrition 

Le Dr Kahai a présenté une étude pionnière évaluant la faisabilité d’un essai contrôlé randomisé portant sur une intervention diététique dans le cadre des PID. Cette étude a inclus des patients atteints de PID, présentant un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à 20 kg/m² ou une perte de poids non intentionnelle de plus de 5 % de leur poids habituel (soit plus de 2 kg) au cours des 12 mois précédents. Les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes : l’un bénéficiant d’une intervention diététique spécialisée de 12 semaines avec des conseils nutritionnels individualisés, et l’autre recevant uniquement une brochure contenant des recommandations diététiques minimales. Le poids des patients a été mesuré à 0, 2, 4, 8 et 12 semaines.

Bénéfice d’une intervention diététique personnalisée chez des patients atteints de PID 

Au total, 40 patients ont été recrutés et l’intégralité d’entre eux ont achevé l’essai. La perte de poids moyenne constatée durant l’année précédant l’essai était de 8,2 kg (IC95 % : 6,4-10 kg). Parmi eux, 65% (13 dans chaque groupe) étaient sous traitement antifibrosant (5 sous pirfénidone et 21 sous nintédanib). L’analyse par régression linéaire mixte des mesures répétées du poids a montré une perte moyenne de -0,33 kg/mois (IC 95 % [-0,53 à -0,13 kg], p=0,001) dans le groupe témoin, tandis que le groupe bénéficiant de l’intervention diététique a présenté un gain pondéral moyen de +0,14 kg/mois (IC95% [-0,11 à 0,39 kg], NS). La différence mensuelle entre les deux groupes était de +0,47 kg/mois (IC95% [0,15 à 0,79 kg], p=0,004). Cette différence est restée significative après ajustement sur l’âge, le sexe, le tabagisme, l’indice de comorbidité de Charlson, l’IMC de départ, l’utilisation de médicaments antifibrosants et l’indice physiologique composite (+0,47 kg/mois ; IC95%  [0,12 à 0,83 kg], p=0,009). Cet essai constitue la première étude démontrant la faisabilité et le bénéfice d’une intervention diététique personnalisée chez des patients atteints de PID, avec une excellente adhésion et une inversion significative de la perte de poids.

Lucile Sesé, service de physiologie et Service de pneumologie, Centre de référence des maladies pulmonaires rares, Hôpital Avicenne, Bobigny, France


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Oxygénothérapie de longue durée : 9 heures de liberté supplémentaires par jour !

L’étude REDOX a évalué la possibilité de réduire l’oxygénothérapie de longue durée de 24 à 15h par jour, et en a mesuré les effets en termes de risque d’hospitalisation et de mortalité.

L’oxygénothérapie de longue durée (OLD) est un traitement de l’hypoxémie sévère chronique dont les indications actuelles se basent les résultats de deux essais publiés dans les années 1980, MRC 1 et NOTT 2. Ces essais incluaient un total de 290 patients atteints de BPCO. Dans l’étude MRC, la survie était améliorée sous OLD 15h par jour par rapport à l’absence d’OLD. Dans l’étude NOTT, l’OLD 24h par jour a montré un bénéfice en termes de survie versus l’oxygénothérapie nocturne seule. À ce jour, le bénéfice présumé d’une OLD supérieure à 15 heures par jour n’a pas été prouvé dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé. En revanche, dans une population de 2 249 patients atteints de BPCO avec hypoxémie de repos, Ahmadi et al. 3 ont montré l’absence de différence de survie dans le groupe l’OLD 24 h par jour par rapport au groupe OLD 15 h par jour.

Essai REDOX : mesurer l’impact de la réduction de l’OLD à 15h par jour (vs 24h/j)

Josephin Sundh (Suède) a présenté les résultats de l’essai contrôlé randomisé de phase IV REDOX (The Registry Based Treatment Duration and Mortality in Long-Term Oxygen Therapy) 4 dont l’objectif était d’étudier l’impact de la réduction de l’OLD à 15h par jour sur le risque d’hospitalisation et de décès toutes causes à 1an. Cet essai multicentrique était basé sur le registre suédois d’insuffisance respiratoire, Swedevox, incluant des données nationales de manière prospective des patients qui commencent une OLD depuis 1987 (couverture d’environ 85 % de la population), une ventilation au long cours depuis 1996 (couverture estimée à 90 %) et une ventilation en pression positive continue (PPC) depuis 2010 (couverture actuelle d’environ 75 %). Dans cette étude, l’ensemble des patients ayant une primo-prescription d’OLD pour une hypoxémie chronique sévère, définie par une PaO2 inférieure à 55mmHg, ou une saturation inférieure à 80% en air ambiant ou une PaO2 inférieure à 60mmHg en air ambiant associée à des signes d’insuffisance cardiaque ou à une polyglobulie, étaient randomisés en deux groupes (1:1) : OLD 24h ou 15h par jour.

Évaluation du délai d’hospitalisation et de la mortalité à un an

Dans le groupe OLD 15h par jour, l’oxygénothérapie était interrompue uniquement en journée. Le critère de jugement principal était le délai d’hospitalisation toutes causes confondues ou de mortalité à un an. Les critères de jugement secondaires comprenaient les hospitalisations et la mortalité (toutes causes confondues, de cause respiratoire ou cardiaque) à trois et douze mois, ainsi que les symptômes rapportés par les patients (dyspnée, asthénie, bien-être, préférence concernant la durée d’oxygénothérapie) grâce à des questionnaires complétés à 3 et 12 mois. Les patients étaient stratifiés selon la sévérité de l’hypoxémie initiale et de la pathologie respiratoire sous-jacente.

Pas de diférence significative sur le risque d’hospitalisation ni de décès à 1 ans

Parmi les 241 patients randomisés 59% étaient des femmes, l’âge moyen était de 76 ans et les principales causes d’hypoxémie chronique étaient la BPCO (71%) et la fibrose pulmonaire (14%). Le risque d’hospitalisation ou de décès à 1 an dans le groupe OLD 24h/j n’était pas inférieur à celui du groupe OLD 15h/j (hazard ratio (HR) 0,99 ; IC95%, [0,72-1,36]). Les résultats étaient similaires après ajustement sur l’âge et le sexe. Il n’existait pas non plus de différence entre les groupes concernant l’incidence des hospitalisations, les décès toutes causes, les symptômes rapportés par les patients et les évènements indésirables. De même, les analyses en sous-groupe ont montré un résultat similaire dans la population de patients avec une PaO2 < 55mmHg, atteints de BPCO ou dans la population sans BPCO associée.

En conclusion

Cette étude suggère que l’OLD 24h par jour n’apporte pas de bénéfice supplémentaire en termes de réduction du risque d’hospitalisation ou de décès à un an par rapport à une OLD 15h par jour. Cette étude pourrait permettre de raccourcir la durée de prescription quotidienne et de diminuer ainsi les contraintes liées à cette thérapeutique pour les patients.  

Marina Gueçamburu, service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux, Pessac


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Transplantation pulmonaire : quoi de neuf ?

De l’élargissement des indications et du pool de greffons à la prédiction des complications post-greffe, les évolutions sont nombreuses dans le domaine de la transplantation pulmonaire.

Le succès des poumons « inacceptables »

Avec une survie médiane améliorée à 6,2 ans, la transplantation pulmonaire est devenue une option de traitement de plus en plus acceptable pour les maladies pulmonaires en phase terminale. Outre le bénéfice en termes de survie, une amélioration significative de la qualité de vie est constatée chez la grande majorité des patients. Au cours de la dernière décennie, de nombreux progrès ont été réalisés dans le domaine de la transplantation pulmonaire. L’élargissement des critères d’indication et des techniques de « bridge » pour les patients en attente d’une greffe ont conduit à une augmentation des listes d’attente et à des changements dans les schémas d’allocation à l’échelle mondiale. De plus, l’utilisation de poumons de donneurs auparavant considérés comme inacceptables a augmenté, incluant des donneurs après un arrêt cardiaque, des donneurs plus âgés et des fumeurs, ce qui a considérablement élargi le pool de donneurs disponibles. L’utilisation de la perfusion pulmonaire ex vivo a également accru le nombre de poumons adaptés à la transplantation. Cependant, l’usage de ces poumons autrefois inacceptables n’a pas eu d’effets négatifs sur la survie ni sur les résultats à long terme des greffons, tout en réduisant la mortalité sur liste d’attente.

Les omics pour prédire le rejet de greffe ?

Malgré des avancées en immunosuppression, la dysfonction chronique du greffon (CLAD), grève le pronostic des patients en l’absence de traitement efficace. L’un des enjeux majeurs réside dans sa détection précoce pour en prévenir le développement. Les paramètres cliniques traditionnels ne prédisent pas efficacement les rejets de greffe. La recherche se concentre désormais sur la “transplantomique”, qui repose sur une énorme quantité de données issues de la génomique, de la transcriptomique, de l’épigénomique, de la protéomique et de la métabolomique. L’intégration des données « OMICS » reste un défi pour identifier des biomarqueurs et cibles thérapeutiques. Ces approches pour comprendre le rejet de greffe sont encore en développement, mais offrent des perspectives prometteuses.

Louise  Bondeelle, département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse


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Sélection de posters : nouveautés antivirales

De l’évaluation d’un nouveau vaccin contre le rhinovirus au développement de modèles pour le criblage d’antiviraux, des avancées se font jour dans la lutte contre les virus.

L’infection par le rhinovirus (RV) représente une charge importante pour les systèmes de santé à l’échelle mondiale. Bien que les infections soient généralement bénignes et auto-résolutives, elles peuvent entraîner des maladies respiratoires graves chez les nourrissons et contribuent à la majorité des exacerbations aiguës de l’asthme et de la BPCO. Le développement d’un vaccin efficace contre le RV s’est révélé difficile en raison de l’hétérogénéité antigénique entre les quelque 180 souches de rhinovirus.

L’étude présentée sous forme de poster par Stephen Shaw (Allemagne) vise à évaluer l’immunogénicité et l’efficacité d’un nouveau vaccin monovalent avec adjuvant basé sur la protéine VP0 du RV. Ce vaccin RV VP0 a démontré une forte immunogénicité et une réponse immunitaire antivirale améliorée contre plusieurs souches hétérotypiques de rhinovirus chez les souris et les primates. Ce candidat vaccin entrera prochainement en essais cliniques de phase 1.

Une autre étude a évalué l’utilisation de cellules épithéliales respiratoires humaines différenciées ex vivo, ainsi que des tranches de poumon (PCLS) de rat et de tissu pulmonaire humain pour le criblage d’antiviraux. L’inhibiteur de la neuraminidase BCX2798 a été testé contre le virus parainfluenza humain de type 3 (HPIV-3), responsable d’infections respiratoires sévères, notamment chez les personnes immunodéprimées et âgées. En raison de l’absence de traitements antiviraux ou de vaccins, HPIV-3 reste une cible de recherche majeure. Les résultats ont montré une réduction significative de la charge virale sans toxicité. Ces résultats encouragent le développement de ces modèles comme alternatives à l’expérimentation animale, tout en nécessitant des confirmations in vivo pour évaluer l’efficacité clinique de ce candidat antiviral.


Louise  Bondeelle, département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse

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Qu’a-t-on appris sur le dupilumab dans l’asthme sévère ?

Plusieurs communications ont présenté des données nouvelles sur le dupilumab, cependant toujours dans le cadre d’études cliniques et non en vie réelle. Elles ont traité des aspects cliniques, fonctionnels ou biologiques, avec des données à tous les âges de la vie. 

Vers l’obtention de la rémission clinique chez l’enfant sous dupilumab

La rémission clinique sous biothérapie est un sujet brûlant et les analyses post hoc de l’étude VOYAGE (NCT02948959) présentées à l’ERS ont permis d’en savoir plus sur son obtention chez l’enfant. Pour rappel, cette étude avait démontré l’efficacité du dupilumab sur la réduction du taux annualisé d’exacerbations sévères (Risque relatif (RR) réduit de 59,3%) chez les enfants asthmatiques modérés à sévères non contrôlés de 6 à 11 ans. La rémission clinique était définie par la présence de 3 critères :

  • l’absence d’exacerbation et d’utilisation de la corticothérapie orale,
  • la normalisation (z-score > -1,64) du rapport VEMS/CVF et du VEMS pré-bronchodilatation,
  • un score ACQ-5 <0,75 (bon contrôle) ou < 1,5 (contrôle bon ou partiel).

Sous dupilumab, une proportion significativement plus importante d’enfants atteignait une rémission clinique (3 critères) à la 52ème semaine avec critère ACQ-5 strict (<0,75) par comparaison au groupe placebo (41,9% versus 23,7%, p=0,0008). Cette différence était globalement conservée lorsqu’une rémission clinique avec ACQ-5<1,5 était considérée (45,8% vs 27,2%). De manière intéressante, la représentation des flux (alluvial plot) d’obtention des critères de rémission (0, 1, 2 et 3 critères) montrait que la majorité des enfants atteignait la rémission clinique « complète » (3 critères) dès la 12ème semaine.

L’étude VESTIGE nous aide-t-elle à y voir plus clair sur l’amélioration du VEMS sous dupilumab ?

Le(s) mécanisme(s) sous-tendant l’amélioration du VEMS sous dupilumab reste(nt) globalement méconnu(s). VESTIGE (NCT04400318) est une étude dont l’objectif principal est d’évaluer l’effet du dupilumab sur l’inflammation pulmonaire (% de participants avec une FeNO <25ppb) et les changements relatifs des volumes des voies aériennes par imagerie fonctionnelle respiratoire (% de changement de volume des voies aériennes à la CPT) à la 24ème semaine.

Lors du congrés, les analyses du mucus par imagerie ont été rapportées. Elles montrent une réduction statistiquement significative des scores de mucus (-4,9 [0,8], p<0,001) et de leur volume (-0,11 [0,02] mL, p<0,001) des patients traités par dupilumab (n=72) comparé au groupe placebo (n=37) à la 24ème semaine. À ce temps, 67,3% des patients sous dupilumab présentaient un score de mucus <4 (absence ou faible impact) contre 23,3% dans le groupe placebo. En plus de confirmer l’amélioration significative du VEMS sous dupilumab par rapport au placebo, il a été montré que cette amélioration était corrélée positivement avec celle du score de mucus (coefficient de Pearson à -0,61, p<0,001).

Concernant l’inflammation, les patients traités par dupilumab avaient une probabilité 9,8 fois plus importante d’avoir une FENO <25ppb (57% des patients) par rapport aux patients contrôles (11%).

Enfin, le traitement par dupilumab était associé à une fréquence plus importante d’obtention de la rémission clinique par comparaison avec le placebo (38,9% vs 18,9%, soit un OR à 2,83 ; IC95% 1) à la 24ème semaine. La rémission était définie ici par l’absence d’exacerbation sévère, l’absence d’utilisation de corticoïdes systémiques, un score ACQ-5<1,5 et un VEMS preBD ≥80% (ou amélioration de plus de 100mL).

Les résultats de l’étude, notamment concernant les volumes des voies aériennes en imagerie, seront probablement publiés dans les semaines qui suivent.

Que faire de l’augmentation précoce des éosinophiles circulants chez les patients asthmatiques sévères traités par dupilumab ?

Ceux qui prescrivent le dupilumab ont probablement déjà été confrontés à l’augmentation des éosinophiles circulants lors de la première année de traitement et à la question suivante : que dois-je faire ? Les résultats de l’étude d’extension TRAVERSE et de l’étude QUEST apportent une réponse à cette question.

Les patients ont été catégorisés selon l’existence ou non d’un doublement (≥2X) des éosinophiles circulants à la quatrième semaine par rapport à l’état basal. Au terme des 52 semaines de l’étude QUEST, l’existence d’un doublement précoce des éosinophiles ne modifiait pas significativement l’efficacité du dupilumab sur la réduction des exacerbations ni sur l’amélioration du VEMS pré-bronchodilatateur. Ces constatations étaient confirmées dans l’étude TRAVERSE jusqu’à la 96ème semaine.

Enfin, ce doublement des éosinophiles n’était pas associé à un taux d’effet secondaire différent ni à un arrêt plus fréquent du dupilumab.

Si ces données sont rassurantes, il est important de rappeler que l’apparition de signes cliniques concomitants de l’hyper-éosinophilie doit être explorée rigoureusement (effet secondaire ? autre cause d’hyperéosinophilie ?) et faire l’objet, le cas échéant, d’une déclaration à la pharmacovigilance.

D’après la presentation orale OA2779 “ Impact of early transient increase in eosinophils in patients with moderate-to-severe asthma on the long-term efficacy of dupilumab in TRAVERSE” de Ian Douglas Pavord (Oxford (Oxfordshire), Royaume Uni) et coll. Session de presentations orales 265 “Airway diseases therapeutics: novel research studies » du lundi 9 septembre 2024.


Dorian Hassoun, service des explorations fonctionnelles, CHU de Nantes

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Le piégeage gazeux sur le scanner thoracique haute résolution chez l’asthmatique sévère, une aide au choix de la biothérapie ?

Une étude a évalué la valeur pronostique de réponse au traitement par benralizumab du piégeage gazeux mesuré par scanner thoracique chez des patients asthmatiques sévères.

L’atteinte des voies aériennes distales (VAD) joue un rôle central dans la physiopathologie de l’asthme sévère et contribue à la sévérité des symptômes et à la persistance de l’obstruction bronchique. Cependant, la relation entre l’implication des VAD et la réponse aux traitements, notamment aux thérapies biologiques, reste peu explorée.

Mesurer le piégeage gazeux par scanner thoracique avant introduction du benralizumab

Une étude prospective multicentrique en ouvert a cherché à évaluer la valeur pronostique du piégeage gazeux, mesuré par scanner thoracique dynamique haute résolution, avant l’introduction du benralizumab (30 mg SC) chez des patients asthmatiques sévères, caractérisés par au moins deux exacerbations annuelles et un taux d’éosinophiles sanguins ≥ 300/mm³. La quantification du piégeage aérien a été mesurée chez 44 patients avant l’introduction du benralizumab par cartographie de réponse paramétrique (PRM), afin d’analyser la composante distale de l’atteinte des voies aériennes (SAD). L’analyse ROC a été utilisée pour comparer la capacité prédictive des différents paramètres. Les patients ont été classés en répondeurs (n=31) et non-répondeurs (n=13) en fonction de leur amélioration clinique 12 mois après l’initiation du traitement (0 ou 1 exacerbation mineure, ΔFEV1 > 300 ml et ΔACQ5 > 0,5).

La possibilité de prédire les patients susceptibles de répondre au benralizumab ?

Les résultats montrent que la PRM SAD ajustée à l’âge offre une meilleure capacité prédictive de réponse au traitement, avec une sensibilité de 84,6 % et une spécificité de 60 %. En comparaison, le taux d’éosinophiles sanguins, présente une performance inférieure, avec une sensibilité de 62 % et une spécificité de 63 % pour un seuil de 365/mm³.

Ces résultats suggèrent que l’évaluation du piégeage gazeux par quantification en scanner thoracique haute résolution pourrait être un outil pour identifier les phénotypes d’asthmatiques sévères susceptibles de répondre favorablement au benralizumab.

Cindy Barnig, Pneumologie, service d’oncologie thoracique et allergologie respiratoire, CHU de Besançon


D’après la presentation orale OA 2772 “Air trapping measured at HRCT predicts benralizumab response better than blood eosinophil count in severe asthma” de Arnaud Bourdin et coll. Session de presentations orales 265 “Oral presentation: Airway diseases therapeutics: novel research studies” du lundi 9 septembre 2024.

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