


Simon Valentin, département de Pneumologie, CHRU de Nancy
Zoom sur la réussite française de cette rentrée 2025 : les résultats de l’étude FONCE-HTAP.
Faut-il proposer une réadaptation à l’exercice à nos patients atteints d’HTAP ? Les avis sont souvent partagés sur cette question. L’étude académique FONCE-HTAP (financée par le PHRC), dont l’objectif était d’évaluer l’efficacité et la tolérance à long terme d’un programme de réadaptation à l’exercice d’une durée de trois mois chez des patients atteints d’HTAP, permet d’apporter des éléments de réponse avec un excellent niveau de preuve.
Cette étude randomisée contrôlée multicentrique française a inclus des patients prévalents, atteints d’HTAP « stabilisée », dans 9 centres du réseau français. L’originalité de cette étude repose sur sa randomisation selon le design de Zelen (dites « à double consentement »), permettant de construire un bras contrôle aveugle de l’intervention thérapeutique. En pratique, les patients inclus signaient un premier consentement pour participer à une étude de cohorte, sur 12 mois, avec un suivi respiratoire rapproché puis les patients étaient randomisés à leur insu en deux bras (groupe réadaptation et groupe contrôle) sans qu’aucune mention de réadaptation n’ait été apportée initialement. Les patients randomisés dans le bras « réadaptation » devaient donner un deuxième consentement pour recevoir l’intervention. Le critère de jugement principal était le temps d’endurance à 75 % de la charge maximale, mesuré lors d’une épreuve d’effort à douze mois (soit 9 mois après la fin du programme de réadaptation).
Quarante-neuf patients ont été inclus et 47 randomisés dans l’étude : 26 dans le bras contrôle et 21 dans le bras réadaptation (parmi lesquels un patient a refusé de participer à la réadaptation). Leur âge moyen était de 54 ± 7 ans, dont 27 femmes (55,1 %). La majorité des patients étaient atteints d’HTAP idiopathique (n=35, 71,4 %) avec une hémodynamique pulmonaire « stabilisée » : PAPm moyenne à 37 ± 1 mm Hg avec un index cardiaque moyen à 3,0 L/min/m2. A l’inclusion, le temps médian d’endurance était de 6,0 minutes (3,4 – 10,2) dans le groupe réadaptation et de 5,8 minutes (4,9 – 10,9) dans le groupe contrôle. A 12 mois, il augmentait à 7,4 minutes (5,0 – 21,3) avec la réadaptation, contre 4,6 minutes (3,5 – 9,9) dans le groupe contrôle p=0,047). Les patients du groupe réadaptation avaient tendance à être plus fréquemment à faible risque de mortalité à un an à l’issue de l’étude (n=20, 95,2 %) par rapport au groupe contrôle (n=15, 71,4%). L’aggravation clinique (i.e., progression de l’HTAP ou transplantation ou admission non programmée pour HTAP ou décès) était notée chez un patient dans le groupe réadaptation (4,8 %) versus 7 patients dans le groupe contrôle (28,0 %), RR=0,17 (0,02 – 1,27). Enfin, la tolérance du programme de réadaptation était excellente, sans aggravation clinique observée ni décès. Les données hémodynamiques pulmonaires et de test de marche de six minutes n’étaient pas différentes entre les deux groupes.
Cette étude multicentrique prospective, incluant un design permettant de se protéger du biais de déception, montre un effet positif sur le temps d’endurance mesuré à 12 mois, d’un programme de réadaptation à l’exercice d’une durée de trois mois, chez des patients prévalents atteints d’HTAP, avec des données rassurantes sur la tolérance d’un tel programme. Les patients du groupe réadaptation avaient tendance à présenter moins d’aggravation clinique de leur HTAP.
D’après la session Poster PS-38 : Pulmonary arterial hypertension: risk assessment and impact of current and newly developed treatments. Laurent Bertoletti (France)



