Empreinte carbone du secteur de la santé : des marges de progression à tous les niveaux

Baptiste Verneuil

Ingénieur de projet santé au Shift Project
d’après une interview réalisée par Agnès Lara


Lorsque l’on aborde la transition énergétique, sont souvent pointés du doigt des secteurs économiques très consommateurs d’énergie fossile comme le transport, le bâtiment, la production d’énergie…, mais qu’en est-il de l’empreinte carbone du secteur de la santé ? Comment réduire nos émissions de gaz à effet de serre en pratique ? Les réponses de Baptiste Verneuil, co-auteur d’un rapport du Shift Project sur le sujet.

Quel est le fardeau du secteur de la santé sur l’empreinte carbone nationale ?

Baptiste Verneuil : Le secteur de la santé représente 11 % du produit intérieur brut (PIB) français. Il comprend l’ensemble des établissements, les transports, les achats de produits (de santé, alimentaire…) et représente 8 % de l’empreinte de carbone nationale française1. Or, pour respecter les Accords de Paris, la France devra baisser ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 80 % d’ici 2050, ce qui correspond à une réduction de 5 % par an. Le secteur de la santé devra donc nécessairement faire sa part. La moitié de l’empreinte carbone nationale de la santé (environ 4 %) est liée aux médicaments et aux dispositifs médicaux, et l’autre moitié à la construction des bâtiments, à la consommation d’énergie, aux transports (patients, professionnels de santé) et à l’alimentation. Avec 35 milliards d’euros chaque année, la France est le deuxième plus gros marché du médicament en Europe ! Médicaments et dispositifs médicaux ont des empreintes carbone similaires, représentant respectivement 29 % et 21 % des émissions de GES du secteur de la santé (figure 1).

Avez-vous pu identifier les sources d’émission de gaz à effet de serre pour les produits de santé ?

BV : Ces émissions se produisent tout au long de la chaîne de production, depuis l’extraction des matériaux, leur transformation, leur transport, jusqu’à leur conditionnement. Chaque étape nécessite des énergies fossiles. Si les médicaments représentent une part importante de l’empreinte carbone de notre pays, la plus grande part ne provient pas des emballages, mais de la production très énergivore de leurs principes actifs. Dans 60 à 80 % des cas, les molécules sont produites en Chine et en Inde qui tirent majoritairement leur électricité du charbon, ce qui démultiplie encore l’empreinte carbone de la production. Les nouvelles biothérapies peuvent également avoir un impact particulièrement important, du fait de procédés de fabrication plus complexes (voir encadré ci-contre).
De leur côté, les dispositifs médicaux regroupent un large spectre d’équipements, dont beaucoup de consommables à usage unique : gants, seringues, poches à perfusion… Les IRM, le matériel de Pression positive continue (PPC) et d’oxygénothérapie, pèsent également fortement dans la balance. Par exemple pour l’oxygénothérapie, la production d’oxygène liquide est très énergivore et l’approvisionnement régulier en bouteilles implique de nombreux transports. En ce qui concerne la PPC, une partie non négligeable de son empreinte carbone provient des déplacements des prestataires pour les opérations de réglage et de maintenance des équipements. De leur côté, les concentrateurs consomment un volume important d’électricité : 300 watts (550 watts pour
les « haut débit »), ce qui représente 2 200 kWh pour une utilisation 20h par jour toute l’année, soit l’équivalent de la consommation annuelle moyenne d’un français. Cette consommation peut entraîner un reste à charge pour les particuliers d’environ 500 € par an.

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