Karol Szymanowski (1882-1937) et Willy Burkhard (1900-1955). Dans la Montagne magique de Davos

Jean-Pierre Orlando
Marseille


Dominique Huybrechts a récemment publié un ouvrage fort intéressant, intitulé « Les Alpes et les compositeurs »1, que je recommande aux pneumologues
mélomanes (il y en a parmi nous n’est-ce-pas ?) et dont je me suis, je l’avoue, largement inspiré. Il a répertorié tous les compositeurs qui, pour une raison ou une autre, se sont rendus dans ces massifs montagneux: de l’inspiration musicale au ressourcement, du repos physique au refuge politique, sentimental ou idéologique. Certains sont décédés de tuberculose* après avoir sillonné les montagnes suisses (Carl Maria von Weber, 1786-1826), ou après avoir séjourné plus ou moins longuement au bord du lac de Côme (Vincenzo Bellini, 1801-1835), ou au sanatorium de Davos – cette Montagne magique – pour combattre leur phtisie. En vain. Ce fut là le destin de Karol Szymanowski et de Willy Burkhard. Une occasion de vous les faire connaître.

En préambule…
Pendant longtemps, le massif alpin est resté dans les esprits comme une zone dangereuse et redoutable. Mais dès la fin du 18e siècle, il est devenu un espace d’émerveillement et de contemplation. S’est alors organisé, pour le plaisir de la découverte, un voyage alpin mieux connu sous le terme de « Grand
Tour » pour les Anglo-Saxons ou de « Kavaliertour »pour les germanophones, d’une durée de deux semaines à trois mois. La haute société bourgeoise et occidentale en était friande, comme le prouvent de nombreux témoignages décrivant ce genre de périple. Ce Grand Tour intéressait surtout des Anglais fortunés mais aussi certains artistes et intellectuels aisés tels les compositeurs Robert Schumann, Carl Maria von Weber, Franz Liszt, Charles Gounod et Félix Mendelssohn, dans le but principal de mieux se connaître au contact de la nature, du silence et de la fascination. « Nous avions à peine voyagé une demiheure que la lune apparut, les nuages se dispersèrent et le temps devint radieux et beau. J’étais presque honteux d’avoir cette chance mais je pus en profiter pleinement… je me suis senti bien et meilleur ».
Il est indéniable que les Alpes ont été une source d’inspiration pour Johannes Brahms, Gustav Mahler ou Richard Strauss, pour n’en citer que certains. Mais
pas que : les Alpes ont été aussi un asile politique. Tel Richard Wagner dans les suites du mouvement insurrectionnel de la ville de Dresde auquel il a participé.
Tel Igor Stravinsky coincé en Suisse lors de la déclaration de la Première Guerre mondiale, où il résidait pour faire soigner son épouse souffrante**.
Les Alpes ont été aussi un lieu de soins pour améliorer l’état de santé des tuberculeux sur une supposée efficacité de l’air pur sur les poumons
malades, ce qui a vu éclore dans l’entre-deuxguerres (entre 1920 et 1930) une multitude de sanatoriums, dont celui de Davos, où s’est réfugié le compositeur Karol Szymanowski, loin de sa terre natale, la Pologne.

Retour en haut
SPLF-APPLI

GRATUIT
VOIR