Les modulateurs de CFTR, ces traitements qui ont révolutionné l’histoire de la mucoviscidose

Pierre-Régis Burgel

Université Paris Cité, Hôpital Cochin, Assistance Publique Hôpitaux de Paris, France
d’après une interview réalisée par Agnès Lara


L’arrivée des caftors depuis une dizaine d’années a considérablement modifié l’évolution de
la maladie et les parcours de soins. Le Pr Pierre-Régis Burgel a fait partie des pionniers de
la recherche internationale dans ce domaine. Il raconte pour Info Respiration cette formidable
aventure et la façon dont ces molécules ont radicalement transformé la vie des patients.

Pouvez-vous nous rappeler rapidement la physiopathologie de la mucoviscidose ?

La mucoviscidose est identifiée depuis déjà 80 ans, mais pendant 70 ans, le traitement ne s’est adressé qu’aux conséquences de la maladie : infections pulmonaires, dilatations des bronches, insuffisance respiratoire. Le gène affecté dans la mucoviscidose n’a été découvert qu’en 1989. Il concerne le canal ionique transmembranaire CFTR (Cystic Fibrosis Transmembrane Conductance Regulator), qui transporte des ions chlorure et bicarbonate, et qui est présent sur le pôle apical des cellules épithéliales de différents organes exocrines : appareil respiratoire, mais aussi tube digestif, pancréas, foie, appareil génital masculin, glandes sudoripares.
Plus de 2 100 mutations différentes du gène CFTR ont été identifiées à ce jour, dont certaines seulement rendent ce canal dysfonctionnel. Selon les anomalies génétiques, la protéine peut ne pas être synthétisée ou ne pas être adressée à la membrane cellulaire (mutations de classe I et II), peut adopter une conformation tridimensionnelle anormale affectant le transport des ions à travers la membrane (mutation gating ou de classe III) ou peut encore entraîner un défaut de conductance ou de stabilité dans la membrane (fonction résiduelle, classe IV, V et VI). La mutation la plus fréquente, F508del, concerne 82 % des malades en France. C’est une mutation de classe II où la protéine mal repliée est dégradée dans le réticulum endoplasmique, faute de pouvoir rejoindre la membrane cellulaire. La dysfonction et/ou l’insuffisance de canaux CFTR à la surface des cellules épithéliales entraîne la production d’un mucus plus abondant et plus visqueux car déshydraté. Celui-ci s’accumule dans les poumons, ce qui entraîne une inflammation neutrophilique et augmente le risque d’infection bactérienne. Même si différents organes sont concernés, c’est l’atteinte pulmonaire qui porte le plus lourd fardeau en termes de morbi-mortalité : dilatation des bronches, puis progressivement évolution vers l’insuffisance respiratoire chronique, avec la transplantation pulmonaire comme seule alternative au décès.

Comment les premiers modulateurs de CFTR ont-ils été découverts ?

Une fois la protéine CFTR et son rôle de canal ionique identifiés, des screenings à haut débit ont été réalisés à l’aide de tests robotisés, permettant de tester à très grande échelle de nombreuses molécules pour leur capacité à restaurer les transports ioniques dépendant du canal CFTR in vitro. Plus de soixante-dix mille composés ont ainsi été testés, puis chimiquement modifiés pour optimiser leur effet. L’ivacaftor (Kalydeco®) est le premier à avoir reçu une autorisation de mise sur le marché en 2012 aux États-Unis. Administrée sous la forme d’un comprimé oral matin et soir, cette petite molécule est un potentiateur qui agit spécifiquement en améliorant l’ouverture du canal membranaire et a pu démontrer une amélioration des symptômes, de la fonction respiratoire et de la qualité de vie chez des patients porteurs d’une mutation gating. Les tests de la sueur montraient une baisse rapide de la concentration d’ions chlorure témoignant d’une amélioration des transports ioniques.

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