Bruno Stach
Pneumologue à Valenciennes. Président du Syndicat de l’Appareil Respiratoire
d’après une interview réalisée par Caroline Guignot
Le 10 janvier 2026, une grande partie des médecins libéraux – dont de nombreux pneumologues – entamaient une grève nationale d’une dizaine de jours pour protester contre le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026 et plusieurs réformes touchant de plein fouet l’exercice libéral. Le Dr Bruno Stach, pneumologue à Valenciennes et président du Syndicat de l’appareil respiratoire rappelle les revendications qui ont nourri ce mouvement, et qui ont été pour partie entendues.
Pourquoi les médecins libéraux ont-ils initié ce mouvement de grève en janvier dernier ?
Cela faisait plusieurs mois que la médecine libérale faisait l’objet d’attaques en règle de la part des parlementaires. Les discussions qui ont eu lieu dans le cadre du PLFSS 2026 ont constitué un nouveau palier pour nous car le texte proposé aux parlements bafouait véritablement la convention médicale.
Cette dernière est normalement négociée entre les deux parties, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et les médecins. Or, certaines mesures conduisaient à tourner le dos à ce principe de discussion. Je pense notamment à l’article 77, qui permet à la CNAM de décider unilatéralement de la baisse du tarif de certains actes, qui a bel et bien été voté dans le PLFSS. Or, des baisses tarifaires ont déjà été actées pour certaines spécialités, comme les radiologues, ou les pneumologues qui ont perdu une cotation supplémentaire à l’interprétation des radiographies. Preuve des craintes de baisses tarifaires que nous craignons de voir se généraliser si l’article
77 venait à être appliqué.
Une autre limitation prévue par ce texte visait pour la première fois à pénaliser financièrement les professionnels de santé n’ayant pas renseigné systématiquement le Dossier Médical Partagé (DMP) de leur patient, alors que ce dispositif n’est pas finalisé.
Ce point a finalement été retiré par le Conseil d’État, au motif qu’il ne relevait pas d’une loi de finances, mais il pourrait tout à fait faire l’objet d’une petite loi ultérieure.
Juste avant le projet de loi, les députés Garot et Moulier avaient fait des propositions visant à réguler l’installation des médecins libéraux et à leur imposer des obligations en contrepartie de la liberté d’installation.
Tout cela, mis bout à bout, a alimenté une énorme colère qui s’est traduit dans ce mouvement de grève. Tout cela s’inscrit à l’encontre de la convention et des missions de la médecine libérale, qui constitue un pont essentiel entre le premier recours et l’hôpital, un rôle qui fonctionne particulièrement bien en pneumologie d’ailleurs. Depuis plusieurs mois, les médecins libéraux s’organisent en Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et pour les spécialistes hors médecine générale en Équipe de soins spécialisés (ESS), et tout cela finit par nous démotiver à investir autant de temps dans l’organisation de ces équipes de soins spécialisés.



