Un dépistage du cancer du poumon…et des maladies cardiovasculaires : d’une pierre deux coups !

Sébastien Gendarme1

  1. Chef de Clinique, Service de Pneumologie et Oncologie Thoracique, Hôpital Tenon, APHP- Sorbonne Université, Paris

Après le cancer du sein, du côlon et du col de l’utérus, un nouveau programme de dépistage organisé s’apprête à voir le jour en France : celui du cancer du poumon. Actuellement en phase expérimentale sous l’appellation « programme IMPULSION », ce dépistage repose sur la réalisation d’un scanner thoracique faiblement dosé et s’adressera aux personnes âgées de 50 à 74 ans, ayant fumé plus de 20 paquets-années, encore fumeuses ou sevrées depuis moins de 15 ans. Un dépistage du cancer… mais aussi des maladies cardiovasculaires ?

Deux essais cliniques randomisés, NLST (États-Unis) et NELSON (Pays-Bas, Belgique), ainsi que les études menées au cours des quinze dernières années, ont permis de définir un cadre pour expérimenter un dépistage organisé du cancer du poumon en France :

  • ce dépistage repose sur la réalisation d’un scanner thoracique à faible dose, effectué à intervalles réguliers (deux fois à un an d’intervalle, puis tous les deux ans), avec des algorithmes d’interprétation standardisés pour limiter le nombre de faux positifs ;
  • il permet de réduire la mortalité par cancer du poumon d’environ 20 %, en détectant les tumeurs à un stade plus précoce ;
  • il doit cibler des individus présentant un risque élevé de cancer du poumon, afin d’être pertinent en termes de santé publique. La sélection peut se faire selon des critères d’âge et de tabagisme ou à l’aide de scores cliniques de risque.
    Cependant, les personnes à risque de cancer du poumon sont aussi exposées à d’autres maladies liées au tabac. Le tabagisme est effectivement reconnu comme un facteur pro-thrombotique et athérogène : il favorise la formation de caillots sanguins et l’apparition de plaques d’athérome dans les artères, augmentant ainsi le risque de syndromes coronariens aigus (SCA), d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), d’anévrismes de l’aorte ou encore de maladies vasculaires périphériques. La population ciblée par le dépistage du cancer du poumon est donc également à haut risque cardiovasculaire. Les études NLST et NELSON le confirment : dans ces essais, les décès étaient autant liés aux maladies cardiovasculaires (24,8 % et 21,4 %) qu’au cancer du poumon (24,1 % et 21,4 %)1,2. Dans une expérimentation française (LUMASCAN, Créteil), 20 % des participants à un programme de dépistage du cancer du poumon présentaient des antécédents d’événements cardiovasculaires majeurs ou en ont développé un dans les cinq années suivant leur inclusion dans le programme3. Par ailleurs, lorsqu’une évaluation du risque cardiovasculaire est intégrée au parcours de dépistage du cancer du poumon, les données montrent que la majorité des participants ne sont pas pris en charge conformément aux recommandations, comme l’a révélé une étude anglaise où 56 % des sujets ne suivaient pas les mesures de prévention recommandées4. Cette vulnérabilité pourrait impacter l’efficacité du dépistage du cancer du poumon en réduisant l’espérance de vie des personnes dépistées et en limitant l’accès aux traitements comme la chirurgie5.
    Au-delà de son objectif principal, le dépistage du cancer du poumon pourrait donc constituer une « porte d’entrée » pour un parcours de prévention cardiovasculaire, et offrir ainsi un double bénéfice en luttant à la fois contre le cancer du poumon et les maladies cardiovasculaires.
Article réservé aux abonné.e.s à Info Respiration u003ca href=u0022https://splf.fr/abonnement-info-respiration/u0022u003eS’abonneru003c/au003en• Si vous êtes abonné.e, connectez-vous u003ca href=u0022https://splf.fr/login/u0022u003ehttps://splf.fr/login/u003c/au003e

Retour en haut
SPLF-APPLI

GRATUIT
VOIR