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Et les adolescents alors ? les résultats d’ASPEN dans cette population !

L’étude ASPEN a récemment été publiée dans le New England Journal of Medicine 1. Elle a démontré une diminution significative du nombre d’exacerbations dans les groupes de patients recevant du brensocatib (un inhibiteur de cathepsine C) à la dose de 10 et de 25 mg en comparaison au groupe placebo chez des sujets de 12 à 85 ans. Une diminution du déclin du VEMS avait été mise en évidence dans le groupe brensocatib 25 mg. Ont été présentées ce jour les résultats concernant spécifiquement les adolescents (12-18 ans).

Pour être inclus les patients devaient avoir entre 12 et 18 ans, un poids d’au moins 30 kg et au minimum une exacerbation dans les 12 mois précédant le screening. La randomisation était de 2 :2 :1 pour les adolescents (1 :1 :1 pour les adultes), avec donc 2 fois plus de patients dans les groupes brensocatib 25 et 10 mg que dans le groupe placebo. Cette population (n=31) était beaucoup plus exposée aux macrolides que les adultes inclus dans ASPEN. Dans les 2 groupes brensocatib, il existait une réduction du nombre annuel d’exacerbations (HR 0,41 pour brensocatib 10 mg [0,11-1,58] et 0,73 [0,2-1,68] pour le 25 mg), malheureusement non significative du fait de la faible puissance de l’étude dans ce sous-groupe. Quelle que soit la posologie de brensocatib, 59,2% des patients n’avaient eu aucune exacerbation pendant l’année de traitement, contre 35,4% des patients du groupe placebo. Le résultat le plus impressionnant concernait le déclin du VEMS.  En effet, les patients du groupe placebo ont présenté une importante détérioration de leur fonction respiratoire (perte en moyenne de 267 ml de VEMS), alors que dans les 2 groupes recevant du brensocatib, le VEMS était resté globalement stable (variation moyenne + 27 ml dans le groupe 10 mg et +65 ml dans le groupe 25 mg). La tolérance était bonne chez ces adolescents avec un cas d’hyperkératose (groupe brensocatib 10 mg) et un cas de gingivite (brensocatib 25 mg).

Au total, ces données sont rassurantes en terme de tolérance dans cette population d’adolescent. Le brensocatib semble efficace (sous réserve de la faible puissance de l’étude) que ce soit en termes d’exacerbation ou de déclin du VEMS. Il serait intéressant de mieux caractériser ce groupe de patients, qui apparait comme particulièrement grave au vu du déclin important du VEMS dans le groupe placebo durant l’étude.

D’après Maitre B et al. Exacerbation Rate and Lung Function in Adolescent Patients With Non-Cystic Fibrosis Bronchiectasis: An Analysis of the ASPEN Trial. Exacerbation Rate and Lung Function in Adolescent Patients With Non-Cystic Fibrosis Bronchiectasis: An Analysis of the ASPEN Trial. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A7421 (D18)

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Toxicité pulmonaire de la cigarette électronique

La cigarette électronique, si elle peut aider les fumeurs au sevrage tabagique, comme nous l’avons rapporté mardi, n’est pas un produit inoffensif. Depuis la vague de milliers de patients hospitalisée en 2019 et 2020 (le recensement des cas a été interrompu par le Center of Disease Control en raison de la pandémie COVID-19, ce qui ne signifie pas que le phénomène s’est interrompu…) pour une pneumopathie associée au vapotage, appelée EVALI en anglais, de nouvelles preuves d’une toxicité respiratoire de la cigarette électronique chez l’homme apparaissent.

La première étude exploite les données d’une cohorte « COVID-19 Real World Data infrastructure » regroupant plus de 5 millions de patients ayant souffert d’une infection par SARS-Cov2 prouvée entre Janvier 2029 et Décembre 2023 1. Ils sont classés en quatre groupes : les patients cancéreux, les patients recevant un immunomodulateur dans le cadre d’une pathologie rhumatologique, les patients suivis en hématologie et les enfants et les adultes (1 790 162 patients) de la population générale.

Les 3 534 patients qui utilisent une cigarette électronique sont appariés à 10 témoins chacun, selon l’âge, le sexe et le statut immunitaire. Dans le groupe cigarette électronique, la fréquence du SDRA est de 4,66% (165 parmi 3 543 patients) versus  0,883% (313 parmi 35 430 patients) dans le groupe témoin. Le risque de SDRA viral est donc multiplié par 5,27 (IC 95% : 4,38-6.35) en cas de vapotage. Autrement dit, 1 patient vapoteur sur 25 développe un SDRA.

Le risque de SDRA chez les patients fumeurs de tabac combustible n’a pas été étudiée dans cette cohorte. Mais il est bien connu et semble de plus faible amplitude 2.

La seconde analyse une cohorte de 2 181 228 patients asthmatiques, âgés de 52 [37-66] ans, dont 70% de femmes 3. Parmi eux, 127 795 ont présenté au moins une exacerbation. Les données sont issues du système d’assurance américain. Le risque d’exacerbation aigüe d’asthme est multiplié par 5,43 (IC 95% : 4,59-6,42, p < 0,001) chez les vapoteurs alors qu’il est multiplié par 1,32 (IC 95% : 1,29-1,34, p < 0,001) chez les fumeurs. La cigarette électronique augmente le risque d’exacerbation modérée (OR 3,65, IC 95% : 2,60-5,12, p < 0,001) et sévère (OR 10,02, IC 95% : 8,30-12,09, p < 0,001). Les facteurs de risque d’exacerbation sévère sont : le vapotage (OR 9,71, IC 95% : 8,02-11,75, p < 0,001), le jeune âge (OR 0,99, IC 95% : 0,98-0,99, p < 0,001), le sexe masculin (OR 1,15, IC 95% : 1,12-1,18, p < 0,001), l’obésité (OR 1,26, IC 95% : 1,23-1,29, p < 0,001) et l’origine afro-américaine (OR 1,32, IC 95% : 1,23-1,41, p < 0,001). De plus, la consommation de cigarettes électroniques est associée à un risque augmenté de recours à la ventilation mécanique (OR 2,33, IC 95% : 1.85-2.93, p = 0,003).

Au-delà des études in vitro et in vivo suggérant une toxicité du e-liquide comme de la vapeur de cigarette électronique, les premières données robustes observées chez l’homme viennent confirmer la nécessité d’une politique de santé publique. Il s’agit de prévenir l’utilisation de la cigarette électronique chez les non-fumeurs et notamment les plus jeunes, particulièrement sensibles à l’attrait des saveurs sucrées, ainsi que la renormalisation dans la société que permet cette consommation préentée comme plus saine.

D’après la session B42 Hot topics in COPD, cough, smoking cessation and vaping. Jiang et al. Vaping Accentuates Risk of Acute Respiratory Distress Syndrome. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A3661
D’après la session D26 Clouded consequences : unraveling the mechanisms and health effects of vaping and e-cigarettes. Ramirez CM et al. Unmasking the Respiratory Risks of Vaping in Asthma Exacerbations ? Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A7569

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La dénervation bronchique pour réduire les exacerbations de BPCO, mais pour qui ?

La dénervation bronchique ciblée par radiofréquence est une technique endoscopique qui permet de réduire, via l’inhibition de l’hyperactivité parasympathique pulmonaire, le nombre et la sévérité des exacerbations (EA) des patients avec une BPCO sévère. Les résultats définitifs de l’essai contrôlé randomisé en double aveugle AIRFLOW-3 ont été présentés.

Cet essai international multicentrique avait pour objectif principal la réduction du nombre d’EA modérée ou sévère de BPCO dans les 12 mois suivant la dénervation bronchique versus une procédure placebo, chez des patients suivis pour une BPCO de profil exacerbateur fréquent GOLD-E, avec un VEMS entre 25 et 80% et une symptomatologie respiratoire évolutive (évaluée par le COPD Assessment Test ou CAT ≥ 10) malgré un traitement médical maximal. Cette intervention était faite en ambulatoire et durait environ 45 minutes pour appliquer une énergie par radiofréquence de 15-30 Watts dans chaque bronche souche successivement. Quatre cent soixante-quatre patients ont été inclus, principalement des femmes (55%), d’âge médian de 68,5 ans, avec majoritairement une BPCO GOLD-III (VEMS médian 39%) et seulement 22% avaient un emphysème significatif sur le scanner (-950UH de densité scanographique). En médiane, chaque patient avait présenté 3 EA non sévères l’année précédente, une dyspnée médiane classée 3 sur l’échelle mMRC et un CAT médian à 24. À 1 an de l’intervention, il n’y avait pas de différence significative pour le nombre d’EA (Hazard Ratio à 1,25 [0,987-1,581]). Cependant, il existait une différence significative fonctionnelle avec une stabilisation du VEMS (versus une baisse de 70mL dans le groupe contrôle, p < 0,05) et une réduction du VR (versus une augmentation de 200mL dans le groupe contrôle, p < 0,05) associée à une amélioration significative de dyspnée sur l’échelle mMRC (- 0,25 point dans le groupe interventionnel, p < 0,05). Le principal effet secondaire était l’EA de BPCO (21% dans le groupe interventionnel, 17% dans le groupe contrôle, non significatif). Du fait des résultats préliminaires de l’étude en ouvert (rapportée en 2024) objectivant des complications œsophagiennes avec 3 fistules oeso-trachéales, la technique a été améliorée avec une sonde œsophagienne concomitante pour limiter l’impact direct de la radiofréquence, sans récidive de fistule par la suite. Après analyse post-hoc, le fait d’avoir peu d’emphysème (≤ 20%) et une hyperinflation marquée (volume résiduel ≥ 175%) permettait de distinguer un sous-groupe spécifique répondeur à cette technique. Ces derniers gagnaient significativement en moyenne 160mL de VEMS, une réduction de plus de la moitié des EA, avec une amélioration pertinente et significative de l’ensemble des questionnaires de dyspnée (≥ 1 point sur le mMRC) et de qualité de vie. Une étude complémentaire « AIRFLOW-4 » sera donc menée afin de confirmer les résultats du sous-groupe de répondeurs.

D’après la communication de Criner DJ. et al. Results from AIRFLOW-3: randomized, double blind, sham controlled study of targeted lung denervation in patients with COPD. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A3112. (session B14)

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Et vos patients ? Prennent-ils leur biothérapie ?

L’asthme fait partie des pathologies chroniques dont l’observance thérapeutique est parmi les plus faibles. Les biothérapies indiquées dans l’asthme sévère apparaissent a priori moins exposées à cette problématique que les traitements inhalés du fait de leur fréquence et de leur voie d’administration. Qu’en est-il en pratique ?

Une analyse rétrospective présentée par Justin Kwiatek (GSK Collegeville, États Unis) incluant les données de plus de 16 000 patients adolescents et adultes issus de la plateforme américaine Komodo, a retenu notre attention. Les patients étaient âgés de 12 ans ou plus et avaient initié une biothérapie entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2024 parmi le dupilumab (4 996 patients), l’omalizumab (3 731 patients), le benralizumab (3 586 patients), le mepolizumab (3 489 patients), le tezepelumab (434 patients) et le reslizumab (anti-IL5 non commercialisé en France ; 100 patients).

La consommation de biothérapie était estimée sur la base des données de dispensation pharmaceutique et d’administration, lorsqu’elles étaient disponibles. Les patients ont ainsi été catégorisés en 4 groupes :

  • 63 % des patients étaient « persistants » : 1 injection non réalisée maximum et plus de 50% de réapprovisionnement à la pharmacie. Au sein de ce groupe, le pourcentage moyen de jours couverts par le traitement sur la période était de 90%. La « persistance » était de 72,2% pour le benralizumab, 69% pour le reslizumab, 68% pour le mepolizumab, 57,2% pour le dupilumab, 56,1% pour l’omalizumab et 54,8% pour le tezepelumab.
  • 12 % étaient « partiellement non persistants » : au moins 2 injections consécutives non réalisées ou ≤ 50% de réapprovisionnement à la pharmacie, correspondant à 69% de jours couverts par le traitement.
  • 3 % étaient « non persistants » : au moins 2 injections consécutives non réalisées et ≤ 50% ou moins de réapprovisionnement à la pharmacie soit 36% de jours couverts par le traitement. 
  • 22% étaient considérés comme ayant arrêté le traitement avec au moins 3 injections consécutives non réalisées. Au sein de ce dernier groupe, le pourcentage moyen de jours couverts par le traitement était de 35%. Les pourcentages d’arrêt du traitement étaient respectivement de 13,9%, 18%, 20,2%, 23,3%, 29,6% et 33,2%. Les raisons associées à ces arrêts de traitement n’étaient pas disponibles.

Le taux d’exacerbation était significativement accru chez les patients qui n’étaient pas persistants (groupes 2, 3 et 4) par rapport au groupe 1, indépendamment des caractéristiques de la population à l’initiation (type de couverture médicale, âge, genre, taux annuel d’exacerbations notamment) (Rate ratio 1,18 ; intervalle de confiance à 95% : 1,12–1,24). Il n’était néanmoins pas possible de savoir si ces exacerbations étaient la cause ou la conséquence de la moindre persistance.

A l’heure où nous fixons des objectifs de rémission de l’asthme sous traitement par biothérapie, cette étude rappelle l’importance de questionner l’observance avant de conclure à un échec thérapeutique en cas de persistance des exacerbations.

D’après Kwiatek J et al. Real-world persistence to biologic therapies and its impact on outcomes in patients with Asthma. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A7147.

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Nouvelles générations de traitement pour le déficit en alpha-1 antitrypsine

A ce jour, le seul traitement spécifique du déficit sévère en alpha-1antitrypsine (DAAT) disponible est la supplémentation intraveineuse par de l’alpha-1 antitrypsine purifiée à partir de prélèvements de sang de donneurs, ce qui est parfois une source de tension d’approvisionnement lorsque ces derniers sont moins nombreux. Ce traitement permet de ralentir l’évolution de l’emphysème mais n’a aucun effet sur les atteintes hépatiques secondaires à la polymérisation de certains variants comme le variant Z. Le développement de nouvelles stratégies de traitement est donc nécessaire pour répondre à ces défis.

Au cours d’un symposium entièrement consacré aux avancées dans le déficit en alpha-1 antitrypsine, le Pr Wilson a fait une synthèse sur les nouvelles thérapeutiques en cours d’évaluation.

  • La première piste est le développement d’une alpha-1 antitrypsine recombinante pour supprimer la dépendance aux dons de sang. L’INBRX-101 a ainsi montré un profil intéressant dans une étude de phase 1 1. Il fait maintenant l’objet d’une étude de phase 2 chez les patients non-fumeurs actifs atteints d’un emphysème et présentant un VEMS ≥ 30% avec un VEMS/CVF post-bronchodilatateur < 0,7 (NCT05897424).
  • Une deuxième stratégie en cours d’évaluation est l’utilisation de petites molécules qui ont comme objectif de corriger le défaut de conformation de la protéine mutée pour limiter sa polymérisation intra-hépatique et augmenter sa sécrétion dans le sang. Une preuve de concept a démontré l’efficacité de cette approche dans un modèle murin 2. Une étude de phase 1 est en cours pour conforter ces résultats chez des patients avec le génotype ZZ ou MZ (NCT06738017).
  • La troisième approche est l’utilisation de siRNA dont le développement est plus avancé avec le fazirsiran qui fait l’objet actuellement de deux études de phase 3 ciblant les patients de génotype ZZ présentant une atteinte hépatique (NCT06165341, NCT05677971) 3. Ce traitement prometteur pour l’atteinte hépatique amènera à une surveillance pulmonaire des patients traités, sa conséquence étant une suppression de l’expression de la protéine et donc des taux sanguins d’alpha-1-antitrypsine nuls.
  • La quatrième approche consiste à utiliser la technique d’édition de l’ARN pour restaurer la production d’une protéine fonctionnelle 4. Deux études de phase 1/2 sont en cours incluant les patients de génotype ZZ (NCT06677307, NCT06405633).
  • La cinquième approche utilise la technique d’édition de l’ADN et fait l’objet d’une étude de phase 1/2 incluant des patients de génotype ZZ avec une atteinte pulmonaire ou hépatique (NCT6389877).
  • Enfin, la dernière approche utilise la thérapie génique avec injection d’un transgène pour induire la production d’une protéine normale 5. Une étude de phase 1 est en cours utilisant un vecteur nébulisé chez des patients de génotype ZZ et ZNull (NCT06049082).

La recherche dans le DAAT est donc très active avec de nombreuses pistes testées permettant d’envisager à l’avenir différentes modalités de traitements spécifiques de l’atteinte pulmonaire et hépatique. Néanmoins, rappelons qu’avec un mode de vie sain sans tabagisme, sans consommation d’alcool excessive et sans surpoids, la probabilité de développer une atteinte pulmonaire ou hépatique est faible dans le DAAT ce qui justifie d’améliorer son dépistage pour mettre en place précocement ces mesures de préventions simples.

D’après la communication orale de Andrew A. Wilson, Boston University, Boston, USA, Next-generation therapies for a monogenic lung disease (symposium B13).

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Comment mieux identifier les patients à risque d’échec de la VNI ?

La télésurveillance de la PPC (pression positive continue) comme de la VNI (ventilation non invasive) permet de générer des alertes (en général sur l’observance, les fuites et l’IAH (index apnées-hypopnées), a minima) conduisant à des actions ciblées de la part du prestataire de santé et/ou du prescripteur. Il est classique de considérer comme un traitement de bonne qualité l’association d’une observance > 4h, d’un niveau de fuites non intentionnelles < 24 L/mn et d’un IAH < 5/h. Si la télésurveillance peut être une aide importante dans notre pratique quotidienne, le nombre de plus en plus important de patients sous appareillage (notamment sous PPC) va générer un nombre considérable de données à gérer, sans parler de l’impact écologique non négligeable. Il est donc important de pouvoir déterminer sur quels patients focaliser notre attention.

A. Prigent et al. ont présenté une étude rétrospective (EqualiNIV) évaluant une nouvelle variable (la variabilité de l’observance [VO]) comme élément prédictif de la qualité de la VNI chez 511 patients insuffisants respiratoires chroniques appareillés depuis au moins 4 mois et télésurveillés. La VO a été décrite dans une étude de la même équipe, présentée dans la même session par B. Giachetti et al. Les patients étaient principalement des hommes (60,7%) âgés de 71,4 ans et ventilés depuis 6 ans en moyenne. Ils ont été répartis en 3 groupes selon la VO : groupe 1 (VO < 3), groupe 2 (VO 3 – 13) et groupe 3 (>13). Le groupe 1 était constitué principalement d’hommes, sous VNI depuis plus longtemps et avec une plus grande proportion de traitement de bonne qualité. L’observance moyenne y était significativement plus élevée et le niveau de fuites non intentionnelles significativement plus bas. Ce groupe générait moins d’alertes de télésurveillance que les groupes 2 et 3. La VO peut donc aussi constituer un élément pronostic prédictif d’une meilleure qualité de ventilation à 6 mois.

La surveillance de cet indicateur pourrait aussi nous permettre de concentrer nos efforts en télésurveillance sur les patients plus à risque d’être en échec de traitement ou de recevoir une VNI non optimale.

Dans le même ordre d’idées, deux présentations ont introduit la notion de l’intérêt des PROMs (Patient Reported Outcome Mesures) dans la télésurveillance. Z. Owadally et al. ont étudié, sur une population de 153 patients sous VNI, l’intérêt d’un questionnaire de qualité de vie (S3NIV) en association avec les données de télésurveillance de la VNI. Les auteurs ont distingué 4 groupes de patients en relation avec les réponses au questionnaire allant de Q1 (moins bonne qualité de vie) à Q4 (meilleure qualité de vie). Dans le groupe Q1, on retrouvait plus de femmes (44,4% vs 36,8%) avec un index de masse corporelle plus bas (32,6 kg/m2 ± 11,9 vs 37,7 ± 7,9). L’équipe a montré que les patients dans Q1 avaient moins souvent une ventilation de bonne qualité à M1 (53% vs 71%) et qu’ils arrêtaient plus souvent leur traitement à 6 mois (29% vs 11%). De nombreuses limites dans ces deux études doivent être soulignées au premier rang desquelles le caractère rétrospectif et la méconnaissance des étiologies sous-jacentes, mais aussi de la réelle qualité de la VNI appréciée par le contrôle de l’hypoventilation alvéolaire.

La télésurveillance constitue une grande opportunité pour améliorer la prise en charge de nos patients. Néanmoins, il est crucial de focaliser nos efforts dans ce domaine sur les patients les plus à risque de difficultés thérapeutiques (abandon ou traitement de mauvaise qualité). L’identification d’éléments comme la variabilité d’observance ou l’ajout des PROMs à des données purement chiffrées sera probablement l’objet d’études enfin prospectives sur le sujet.

D’après les communications de :
S. Pontier, Z. Owadally, M. Guillemot, M. Lebret, R. Barthes, D. Adler, J.C. Borel, M. Rahim, and J.B. Texereau. Differences in patient characteristics according to a patient-reported outcome score (S3NIV) in the first month following initiation of non-invasive home ventilation: the Inoval-1 study. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5591. (session C35)
Prigent, C. Blanloeil, D. Jaffuel, F. Gagnadoux, and L. Grassion. Unravelling telemonitoring data to predict good NIV quality: the E-QualiNIV study. A
m J Respir Crit Care Med 2025;211:A5327. (session C20)
B. Giachetti, C. Blanloeil, E. Mugellini, and A. Prigent. Could positive airway pressure (PAP) telemonitoring data predict high treatment quality?
 Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5321. (session C20)
S. Pontier, Z. Owadally, M. Guillemot, R. Barthes, D. Adler, J.C. Borel, M. Lebret, M. Rahim, and J.B. Texereau. Relationship between NIV telemonitoring data and patient-reported outcomes (S3NIV) in the first six months of treatment: the INOVAL-1 study. 
Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5590. (session C35)

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Quelle place pour la cigarette électronique dans le sevrage tabagique ? 

L’utilisation de la cigarette électronique reste débattue. Son rôle dans l’aide au sevrage tabagique doit être établi en France.

En effet, sa fabrication comme la composition du e-liquide ne sont soumises à aucun contrôle, très loin de la législation à laquelle sont soumis les substituts nicotiniques, dont la prescription reste en première ligne. Il faut ajouter, comme source de réticence, les preuves de plus en plus établies d’effets potentiellement dangereux sur la santé respiratoire et sur le risque de future dépendance des adolescents au tabac combustible. Pourtant, la cigarette électronique est un outil efficace dans le sevrage tabagique.

Cette méta-analyse regroupe les données de 309 essais randomisés contrôlés incluant 143 823 patients.

La cigarette électronique augmente les chances de sevrage tabagique comparée au placebo (OR 2,50, IC 95% : 2,00-3,20), à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) (OR 2,50, IC 95% : 2,00-3,13), aux substituts nicotiniques (OR 1,39, IC 95% : 1,11-1,72) et au bupropion (OR 1,43, IC 95% : 1,11-1,82).  

Par contre, l’efficacité de la cigarette électronique ne diffèrerait pas de celle de la varénicline, qu’elle soit utilisée seule (OR 0,92, IC 95% : 0,68-1,19) ou en association avec les substituts nicotiniques (OR 0,67, IC 95% : 0,40-1,14). 

La cigarette électronique est un outil d’aide efficace aux victimes du tabac. Elle doit donc s’inscrire en complément d’une démarche de sevrage tabagique, accompagnée par un professionnel de santé.

D’après : Pitre T et al. Comparative effectiveness of electronic cigarettes and pharmacotherapy for smoking cessation : a systematic review and Bayesian network meta-analysis of randomized trials. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A7067 (session C95).

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Comment l’industrie réinvente la nicotine pour contourner la réglementation.

Le tabagisme reste la première cause de mortalité évitable dans le monde. Il s’agit donc d’un enjeu de Santé publique majeur amenant à la recherche de nouvelles réglementations plus efficaces comme la proposition de la FDA de réduire drastiquement la concentration autorisée de nicotine dans les cigarettes standards 1. En retour, l’industrie du tabac et des e-cigarettes innove sans cesse pour maintenir ses profits en proposant de nouveaux produits maintenant les sujets captifs de leur addiction à la nicotine.

Le Dr Jordt est revenu sur les nouveaux analogues synthétiques de la nicotine mis en circulation au cours des dernières années aux Etats-Unis. Actuellement, 2 formes de nicotine synthétique sont commercialisées : la S-nicotine qui est la forme retrouvée dans le tabac et son énantiomère la R-nicotine. Des travaux chez la souris montrent que l’adjonction de R-nicotine dans l’eau de boisson ne provoque pas de révulsion des souris contrairement à la forme S. La forme R serait ainsi moins désagréable en goût et pourrait faciliter l’initiation de la consommation de ces produits sans données précises sur les risques à long terme par rapport à la forme S. Mais l’industrie voit plus loin en proposant par exemple la 6-methyl-nicotine qui ne répond plus à la définition de nicotine décrite dans la législation américaine sur le tabac permettant à ces nouveaux produits de ne plus être soumis à cette réglementation. Or, des données expérimentales anciennes montrent que cette molécule est 5 fois plus puissante que la nicotine mais également plus toxique avec 3 fois plus de risque d’induire des convulsions et une dose léthale 3 fois moins importante que celle de la nicotine. Il n’y a pas de données toxicologiques chez l’homme.

A ce jour, la législation européenne sur les produits du tabac permet de contrôler cette nouvelle molécule car la définition de nicotine dans le texte européen inclut l’ensemble des alcaloïdes nicotiniques. Cependant, de nombreuses autres molécules existent déjà et plusieurs éléments montrent que l’industrie de la e-cigarette reprend les comportements de l’industrie du tabac en investissant dans la recherche sur les molécules de synthèse de remplacement des additifs, en finançant la recherche académique appuyant les allégations de sécurité des produits et en réalisant une analyse approfondie du paysage réglementaire en collaboration avec des groupes de réflexion spécialisés dans l’identification des failles de la réglementation pour ensuite les exploiter. La lutte contre les produits du tabac et leurs dérivés est donc loin d’être terminée avec encore et toujours des pratiques de contournement de la réglementation et de publicités destinées à tromper les consommateurs.

D’après la communication orale de Sven Eric Jordt, Duke University School of Medicine, Durham, USA, Nicotine Analogs and Synthetic Nicotine (symposium C13).

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L’IA bientôt au secours des intensivistes respiratoires pour évaluer le bon positionnement des sondes d’intubation !

Le mauvais positionnement de la sonde d’intubation orotrachéale (SIOT) expose d’une part au risque de fuites autour du ballonnet (micro-inhalations), voire d’auto-extubation accidentelle si elle se situe trop haut et d’autre part au risque d’intubation sélective et d’atélectasie si elle se situe trop bas dans la trachée. La bonne position de la SIOT doit donc être vérifiée régulièrement, notamment lors de chaque radiographie thoracique (RT). Ce contrôle radiographique peut cependant s’avérer parfois difficile selon les conditions techniques des RT faites au lit. Le mauvais positionnement de la SIOT peut aussi passer inaperçu par défaut d’attention, voire négligence du clinicien. Pour remédier à ce problème, s’aider d’un modèle d’intelligence artificielle (IA) pour interpréter automatiquement et systématiquement la position de la SIOT sur les RT pourrait donc s’avérer utile et pertinent.

Un tel modèle d’IA a donc été développé par une équipe taïwanaise à partir de données issues d’une multitude de RT de patients de réanimation, anonymisées et sélectionnées au hasard pour constituer un set d’entrainement et un set de validation. Le modèle d’IA utilisé (Python et Yolovv5) est capable de détecter la carène, la SIOT et les canules de trachéotomie sur les RT. Il permet aussi de mesurer précisément la distance entre l’extrémité de la SIOT et la carène et déclenche des alertes lorsque cette distance est < 3 cm ou > 5 cm. Pour la validation externe, trois réanimateurs ont évalué l’interprétation du modèle d’IA sur un ensemble supplémentaire de RT. Le set d’entrainement du modèle d’IA a comporté 2 278 RT et a été testé sur 253 RT supplémentaires. Le modèle s’est avéré très performant avec des scores de précision, de rappel, de précision moyenne et d’exactitude de 0,963, 0,964, 0,966 et 0,962, respectivement. Avec le set de validation externe, le modèle atteignait une précision de 90,36 % pour identifier la position optimale de la SIOT. Suite à l’intégration du modèle dans la pratique clinique, le système d’alerte basé sur l’IA a permis de réduire significativement la durée médiane de mauvais positionnement de la SIOT de 3 jours (IQR :1,25-4,00) à 2 jours (IQR :1,00-3,00). Le modèle d’IA développé ici permet donc, de façon automatisée, d’évaluer efficacement avec une grande précision la position de la SIOT sur les RT des patients de réanimation. L’intégration d’un tel modèle dans la pratique clinique quotidienne ne pourrait que permettre d’améliorer la qualité et la sécurité des soins en réanimation.

D’après la communication de Tsai MJ., et al. Utilizing artificial intelligence for enhanced interpretation of endotracheal tube position in chest radiographs. Am J Respir Crit Care Med 2025; 211: A5684. Session C38.

L’IA bientôt au secours des intensivistes respiratoires pour évaluer le bon positionnement des sondes d’intubation ! Lire la suite »

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