
Les biothérapies semblent efficaces chez les patients asthmatiques sévères même en présence d’une intoxication tabagique active ou passée significative (≥ 10 PA). Devrions-nous revoir notre réticence à la prescription ?
AAujourd’hui, des analyses du registre européen SHARP (Severe Heterogeneous Asthma Research collaboration, Patient-centred ; https://europeanlung.org/sharp/) nous permettent d’y voir plus clair sur l’impact du tabac sur nos façons de prescrire les biothérapies chez les patients asthmatiques sévères et sur la réponse à celles-ci.
Une enquête sur les conduites tenues en présence d’un tabagisme a tout d’abord été menée auprès des médecins travaillant les centres des 16 pays européens inclus dans l’étude. Celle-ci révélait que 13 % d’entre eux refusaient de prescrire des biothérapies chez des fumeurs actifs, dans un contexte de manque de niveau de preuve, inhérent à l’exclusion de ces patients des études de phase 3 et du peu de données de vie réelle disponibles. Parallèlement, la moitié des répondants assuraient être insatisfaits des recommandations actuelles concernant la population de fumeurs qu’il n’est pas rare de rencontrer en pratique courante.
Il nous a ensuite été présenté des données de réponse thérapeutique aux biothérapies en vie réelle à 1 an. Les données issues de 3 689 patients ont été analysées, incluant 2 282 sujets non-fumeurs (NF), 505 ex-fumeurs de moins de 10 PA (ExF<10), 766 ex-fumeurs d’au moins 10 PA (ExF≥10) et 136 fumeurs actifs (F). Quel que soit le groupe, une amélioration importante des patients étaient observée, sans différence significative en fonction du statut tabagique, notamment concernant la proportion d’obtention du contrôle de l’asthme évalué sur un score ACT ≥ 20 et/ou un score ACQ ≤ 1,5 (NF + 219%, ExF<10 + 220%, ExF≥10 + 215% et F + 200%) et la réduction de la proportion de patients exacerbant plus de 2 fois par an (NF -69 %, ExF<10 -67 %, ExF≥10 -65 % et F – 61%). Les effets bénéfiques sur le VEMS exprimé en variation de % prédit ne différaient pas non plus en fonction du statut tabagique. De manière intéressante, l’AQLQ moyen semblait augmenter en % du total obtenu du score de façon plus importante pour les sujets fumeurs (+ 118%) que pour les autres groupes (de +18 à +23 %). Nous ne disposions pas néanmoins de la proportion de sujets dépassant la différence minimale cliniquement significative de l’AQLQ entre les groupes.
Ces résultats semblent indiquer que malgré des réticences à leur prescription, les effets des biothérapies demeurent intéressants chez les patients asthmatiques sévères ayant une intoxication tabagique active ou antérieure importante (≥ 10 PA). Des études complémentaires de confirmation de ces résultats mais aussi d’exploration de nouvelles pistes de réflexion, notamment sur le lien entre biothérapie/contrôle de l’asthme/obtention du sevrage tabagique, semblent plus que jamais nécessaires.
Dorian Hassoun, service des explorations fonctionnelles, CHU de Nantes
D’après la Session AD02 Asthme Communication : Efficacité des biologiques en fonction du statut tabagique chez les patients asthmatiques sévères : données du registre européen SHARP



