
L’aide au sevrage tabagique s’appuie depuis près de vingt ans sur 3 outils : les substituts nicotiniques, le bupropion et la varénicline. Une molécule, la cytisine (ou cytisinicline), pourrait bien bouleverser nos prise en charge. Dans la session consacrée aux actualités en tabacologie, Nancy Rigotti (Boston, Etats-Unis) a abordé les principaux résultats des études sur ce traitement.
La cytisine est un agoniste partiel des récepteurs nicotiniques. Son mécanisme d’action est similaire à la varénicline. Les essais ORCA 2 et 3 1 ont mis en évidence une efficacité supérieure au placebo de la cytisinicline sur le sevrage à 3 mois (pour ORCA-3 : 30,3% contre 9,4% pour le placebo, p<0,0001), avec un traitement qui semble plus efficace sur 12 semaines plutôt que 6, et un bon profil de tolérance. Néanmoins, certains points restent en suspens : quelle efficacité sans association avec un soutien comportemental, dans le sevrage des autres produits de la nicotine (la cigarette électronique au premier plan), et quelle efficacité par rapport aux autres traitements ? Pour cette dernière question, une revue systématique de 2024 trouvait une efficacité supérieur par rapport aux substituts nicotiniques (RR : 1,36 ; IC 95% : 1,06-1,73), mais pas à la varénicline (RR : 0,96 ; IC 95% : 0,63-1,45) 2. Toutefois, une analyse des résultats des études ORCA 2 et 3 et de l’étude EAGLES (portant sur la varénicline) 3, présentée en poster, a retrouvé une supériorité de la cytisine pour l’abstinence continue à 24 semaines (OR ajusté : 1,9 ; IC 95% : 1,1-3,4) et une meilleure tolérance sur la nausée, effet indésirable fréquemment rapporté avec la varénicline (OR ajusté : 0,1 ; IC 95% : 0,1-0,3).
Un autre poster, toujours basé sur les données des études ORCA 2, ORCA 3 et ORCA V1 (un essai de phase 2 évaluant la molécule pour le sevrage de la cigarette électronique) (4, suggérait que la cytisine pourrait à l’avenir être aussi une solution envisageable dans le sevrage du vapotage, notamment compte tenu de son bon profil de tolérance après 52 semaines de traitement au dosage de 3 mg trois fois par jour, avec seulement 5,7% des patients arrêtant la prise en raison des effets indésirables. Une demande d’AMM a été déposée à la FDA en juin 2025, avec une commercialisation attendue aux Etats-Unis dans le premier semestre 2027. Si la molécule est disponible dans certains pays européens, elle ne l’est pas encore en France, mais il n’est pas exclu qu’elle le devienne dans les mois à venir.
Yiannis Psonka, unité de Tabacologie, Institut Cœur Poumon, CHU de Lille, Boulevard du Pr Jules Leclercq, 59037 Lille
D’après la communication orle de N. Rigotti : ‘For the First time in Forever’: Cytisinicline, a New Medication for Nicotine Dependence (session D3) et les posters de M. Rubinstein : Comparative effectiveness of cytisinicline and varenicline for smoking cessation: a matching-adjusted indirect comparison (session D102) et de N. Rigotti : Cytisinicline for cigarette and e-cigarette smoking cessation: long-term safety data from the orca-ol clinical trial (session C102).
- Rigotti NA, et al. Cytisinicline for smoking cessation: The ORCA phase 3 replication randomized clinical trial. JAMA Intern Med 2025;185(6):648-655. ↩
- Puljević C, Stjepanović D, Meciar I et al. Systematic review and meta-analyses of cytisine to support tobacco cessation. Addiction 2024;119(10):1713‑25. ↩
- Anthenelli RM, Benowitz NL, West R et al. Neuropsychiatric safety and efficacy of varenicline, bupropion, and nicotine patch in smokers with and without psychiatric disorders (EAGLES): a double-blind, randomised, placebo-controlled clinical trial. Lancet 2016;387(10037):2507‑20. ↩
- Rigotti NA, et al. Cytisinicline for vaping cessation in adults using nicotine E-cigarettes: The ORCA-V1 randomized clinical trial. JAMA Intern Med 2024;184(8):922. ↩



