La dyspnée d’effort chez les patients asthmatiques sévères à l’ère des biothérapies

Nous avons pris connaissance de nouvelles données issues de la cohorte multicentrique française RAMSES (https://etude-ramses.fr/, NCT04077528, inclusion de 2019 à 2024) initiée par le groupe de travail Asthme et Allergies de la Société de Pneumologie de langue Française et intégrée au réseau de recherche national de recherche clinique dans l’asthme sévère CRISALIS-F-CRIN. Cette cohorte s’intéresse aux problématiques de prise en charge en vie réelle des patients asthmatiques sévères avec actuellement près de 2 000 patients inclus pour une fin du suivi prévue le 09/09/2026.

Les travaux présentés ce matin avaient trait à l’évaluation de la prévalence de la dyspnée d’effort chez les patients asthmatiques sévères, traités ou non par biothérapies. Il s’agit d’une thématique importante car peu de données sont disponibles à ce sujet en vie réelle, au contraire de celles sur le contrôle de la maladie, sur les exacerbations et sur la réduction du recours à la corticothérapie orale.

La dyspnée d’effort était évaluée par le score modified Medical Research Council. L’objectif principal était la détermination de la prévalence des patients asthmatiques sévères présentant un score mMRC ≥ 2. Les objectifs secondaires comprenaient l’identification des facteurs associés à la dyspnée d’effort et l’impact du traitement par biothérapie.

Parmi les 2041 patients inclus dans la cohorte RAMSES, 569 présentaient des données suffisantes pour répondre à l’objectif principal. Cette population était représentative de la population de patients asthmatiques sévères avec une majorité de sujets féminins (63,1 %), un âge médian de 57.4 ans (IQR à 21,2 ans) et un mauvais contrôle de l’asthme dans 65.5% des cas (défini sur un score Asthma Control Test < 20). Un total de 307 patients étaient traités par biothérapie, cohérent avec des patients principalement suivis en CHU.

La prévalence de la dyspnée d’effort (mMRC ≥ 2) était de 48.5% (IC 95% : 44.4 à 52.6 %). Dans le cadre d’un modèle de prédiction par régression logistique, les auteurs identifiaient comme facteurs significativement associés à la dyspnée d’effort un index de masse corporel ≥ 30 kg.m²avec un Odds Ratio (OR) à 4,72 (IC95% 2,13 ; 10,88) et une durée prolongée de présence d’un asthme sévère avec un OR estimée à 1,7 (1,27 ; 2,35) pour chaque décennie supplémentaire. A l’inverse, les facteurs suivant étaient considérés comme protecteurs : type de centre de suivi (centre hospitalier général vs universitaire) avec OR à 0,29 (0,17 ; 0,75) ainsi que l’amélioration du contrôle de l’asthme (score ACT, chaque +1 point/25) avec OR à 0,8 (0,74 ; 0,86). Bien que non significatif, une tendance d’association existait entre le genre féminin et la dyspnée d’effort avec un OR à 1,82 (IC95% 0,92 ; 3,65) chez les patients inclus.

L’utilisation d’une biothérapie n’était pas associée à une amélioration de la dyspnée dans le cadre d’un modèle intégrant le score ACT (OR 0,75 ; IC95% 0,38 à 1,49). Cependant, dans l’hypothèse que les effets des biothérapies sur la dyspnée d’effort passeraient par le biais d’une amélioration du contrôle de la maladie, une analyse de médiation a été réalisée. Il était ainsi estimé qu’environ 63 % de l’effet de la biothérapie sur la dyspnée d’effort était médié par le score ACT (IC 95 % : 5,1–254,2). Cet effet était toujours présent même après retrait de l’item n° 2 du score ACT (« Au cours des 4 dernières semaines, avez-vous été essoufflé(e) ? ») avec une médiation estimée à 57.9 % (IC 95 % : 15,8–292,2). L’amplitude des intervalles de confiance limite néanmoins la précision de ces estimations.

Cette étude nous rappelle que la dyspnée d’effort demeure un symptôme fréquemment rapporté par les patients asthmatiques, même à l’ère des biothérapies. Si celle-ci est améliorée sous biothérapie, principalement par le biais de l’amélioration du contrôle de la maladie, nous devons continuer à l’évaluer et à proposer à nos patients d’autres modalités de prise en charge, qu’il s’agisse de la pratique d’activité physique, de séjours de réadaptation respiratoire ou d’accompagnement à la perte pondérale.


D’après la Session AD02 Asthme Communication n°61 : Prévalence de la dyspnée d’effort et facteurs associés dans l’asthme sévère :  données de la cohorte française RAMSES à l’inclusion.

Présentée par le Pr C. CHENIVESSE (Lille)

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