
Dans ce brillant exposé, la Dr Sameh MSAAD, de Sfax, a présenté les particularités phénotypiques et endotypiques du SAS chez la femme, et, données de prévalence à l’appui, a expliqué pourquoi il était important d’avoir une approche de repérage adaptée à la femme.
Le SAHOS a longtemps été considéré comme une pathologie franchement masculine, avec un ratio H/F de 8/1. Actuellement, à la lumière d’une meilleure connaissance du SAHOS de la femme, et de meilleurs conditions diagnostiques, on trouve plutôt un ratio à 1,4/1. Il existe également une nette augmentation après la ménopause. Néanmoins, les femmes souffrent encore d’un sous-diagnostic, et de SAHOS confondus au profit de diagnostic de dépression ou de fibromyalgie notamment. Dans l’étude de Wimms et col., on retrouvait des symptômes différents chez les femmes, avec moins de ronflements et d’apnées observées 1. Au-delà du stéréotype de la femme sous-déclarant son ronflement et sa somnolence, on retrouve d’avantage d’insomnie, fragmentation du sommeil, cauchemars, nycturie, bouche sèche, algies diffuses, troubles de mémoire ou de concentration, troubles de l’humeur, céphalées, fatigue persistante chez les femmes 2. Par ailleurs, à symptômes identiques, le diagnostic est posé chez 25% des hommes versus 14% des femmes 3.
Une différence d’expression phénotypique
En terme de sévérité, l’IAH est plus bas chez les femmes avant la ménopause, mais cette différence s’annule après la ménopause4, 5. Les femmes présentent d’avantage d’hypopnées et d’efforts respiratoires inducteurs de micro-éveils (ERIM), et moins d’apnées franches par rapport aux hommes. Les apnées sont de durée plus courte, mais pas les hypopnées 6. Ces différences s’expliquent par un pharynx plus tonique et compliant et justifient que les pauses respiratoires soient moins souvent rapportées chez les femmes. Chez la femme jeune, le SAS prédomine en sommeil paradoxal ; ce phénotype diminue progressivement avec l’âge et est perdu après la ménopause 7. Par ailleurs, l’IAH est plus bas en phase lutéale, ce d’autant plus que cette phase hormonale est marquée par une diminution de la quantité de sommeil paradoxal 8.
Un endotype physiopathologique distinct de celui des hommes
Ces différences phénotypiques sont sous-tendues par un endotype différent. Premièrement, la répartition de la masse grasse est différente chez les femmes, avec moins de dépôt autour du pharynx et de la base de langue, donc moins d’impact sur l’IAH à IMC identique, et une progression de l’IAH plus faible chez la femme pour la même prise de poids 9. Deuxièmement, le seuil d’éveil est plus bas chez la femme, ce qui explique les événements plus courts, peu désaturants mais éveillants, qui sont observés, ainsi que la fragmentation du sommeil plus marquée et l’augmentation de la prévalence du COMISA à IAH identique par rapport à l’homme 10. Troisièmement, les femmes ont un loop gain plus bas 11. Enfin, la compliance pharyngée est plus basse du fait de l’imprégnation hormonale et de VAS plus courtes, et il y a donc plus de résistance au collapsus. Après la ménopause, cette protection disparaît, mais c’est aussi le cas du SOPK dans lequel il existe une carence en progestérone.
Pour conclure, le SAS de la femme présente bien des particularités par rapport à celui de l’homme sur le plan diagnostique, et ces particularités sont sous-tendues par des spécificités physiopathologiques. La prévalence du SAS de la femme est importante, pour peu qu’on fasse attention à ces symptômes spécifiques.
Justine Frija, université Paris Cité, Inserm Neurodiderot, Hôpital Bichat, Paris
D’après la session A10, une « machine » de chaque côté du lit, vendredi 30 janvier 2026
- Wimms AJ, Kelly JL, Turnbull CD, McMillan A, Craig SE, O’Reilly JF, et al. Mild obstructive sleep apnoea in females: post hoc analysis of the MERGE randomised controlled trial. ERJ Open Res 2024;10:00574–2023. https://doi.org/10.1183/23120541.00574-2023. ↩
- Basoglu OK, Tasbakan MS. Gender differences in clinical and polysomnographic features of obstructive sleep apnea: a clinical study of 2827 patients. Sleep Breath 2018;22:241–9. https://doi.org/10.1007/s11325-017-1482-9. ↩
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- Antonaglia C, Citton GM, Siciliano M, Ruaro B, Salton F, Confalonieri M. Obstructive Sleep Apnea Syndrome in women: gender in sleep respiratory medicine is a first step towards personalized medicine. Sleep Breath 2025;29:250. https://doi.org/10.1007/s11325-025-03420-1. ↩
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