asthme

Tout savoir sur les biosimilaires dans l’asthme, à l’aube de leur arrivée

L’avènement des biothérapies dans l’asthme sévère a débuté il y a 20 ans. Ces molécules, au nombre de cinq aujourd’hui ont transformé la prise en charge de nos patients. Le brevet de la molécule la plus ancienne, l’omalizumab, tombe désormais dans le domaine public et elle peut maintenant être développée par des industries concurrentes du laboratoire producteur historique.

Mais alors, qu’est-ce donc qu’un biosimilaire ?

  1. Similaire ne veut pas dire identique. En effet, plusieurs éléments de fabrication peuvent être sources de variations par rapport à la biothérapie de référence. Ainsi, le choix de la cellule hôte, des lieux de culture, les étapes d’extraction, de purification et l’usage d’excipients lors de la formulation galénique entrainent des modifications post-traductionnelles induisant des différences avec la molécule initiale. Le biosimilaire est cependant superposable en termes de qualité, d’efficacité et de sécurité.
  2. Un biosimilaire n’est pas un générique. Alors qu’un générique est une petite molécule de structure simple et bien définie, développée via une synthèse chimique de bioéquivalence, sans différence avec la molécule initiale, le biosimilaire est une molécule hautement complexe de grosse taille, de poids élevé, issue d’une synthèse biologique. Par ailleurs, le coût de développement des biosimilaires est multiplié par 100 comparativement aux génériques, et sa durée multipliée par 3.
  3. Le dossier de demande d’AMM comporte, pour les génériques un dossier bibliographique et l’étude de bioéquivalence, alors qu’il est plus complexe avec les biosimilaires, du fait de la nécessité d’études de novo de pharmacodynamie, toxicologie, et d’essais cliniques de phase I et III.

Développer un biosimilaire comporte des différences substantielles par rapport au développement du médicament de référence.

Ainsi, la phase initiale analytique, pré-clinique va être allongée, pour démontrer la similarité entre les 2 médicaments. A contrario, la phase d’études cliniques prouvant la sécurité, l’immunogénicité et l’efficacité va être grandement raccourcie, étant donné la ressemblance avec le médicament de référence.

Grande particularité pas forcément implicite, le développement clinique d’un biosimilaire va devoir démontrer son efficacité dans l’indication thérapeutique « la plus sensible » (urticaire chronique spontané pour l’omalizumab par exemple), mais on extrapolera ensuite l’efficacité dans les autres indications, sans devoir proposer de nouvelle étude dédiée, du fait de la ressemblance avec le médicament de référence. L’intérêt des biosimilaires réside d’une part dans un but économique, en stimulant la concurrence et en induisant une baisse de prix des médicaments, à sécurité et qualité égales. D’autre part, ils présentent un intérêt de santé publique : l’augmentation du nombre de médicaments biologiques disponibles permet de limiter les tensions d’approvisionnement et de prévenir les ruptures de stocks ou les accidents de production.

Exemple du développement de biosimilaires de l’omalizumab

Désormais tombée dans le domaine public, la molécule omalizumab peut faire l’objet de biosimilaires. Les autres molécules sont pour l’instant encore « protégées » par des brevets. Le biosimilaire en cours de développement répond pour l’heure au nom de code CT-P39. L’indication « sensible » retenue étant l’urticaire, une étude de phase 1 a montré une équivalence pharmacocinétique d’une dose unique de CT-P39 contre les omalizumab fabriqués en Europe d’une part et aux USA d’autre part. 1

Une étude de phase 3 vient tout juste d’être publiée dans Allergy, démontrant une efficacité et une tolérance statistiquement comparables à l’omalizumab.2
L’efficacité était la même que le CT-P39 soit initié en primo-prescription, ou en remplacement par switch de l’omalizumab. L’immunisation biologique est comparable, puisque 1,5% des patients du groupe biosimilaire et 2,4% des patients sous omalizumab développaient des anticorps anti-médicament. Le bénéfice dans l’asthme et la polypose nasosinusienne peuvent donc être extrapolées sans nécessité d’étude supplémentaire.

À retenir

Au total, les biosimilaires répondent aux exigences de cliniciens, sont une source potentielle d’économie de santé et vont être une réalité pour le pneumologue en 2025. Leur prescription devra être proposée, en initiation d’emblée, et en situation de renouvellement chez des patients stables, en bonne réponse clinique et non-opposants.


D’après la communication « Les biosimilaires, ce qu’il faut savoir » présentée par Camille Taillé lors dusymposium Celltrion Healthcare SI20 « Biosimilaires dans l’asthme sévère : de quoi parle t’on », dimanche 26 janvier 2025

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Efficacité de benralizumab dans l’asthme sévère en vie réelle à 12 mois

Profil des patients et résultats du suivi sous benralizumab dans la cohorte RAMSES

La cohorte RAMSES avait inclus 2043 patients atteints d’asthme sévère. Les patients ayant initié un traitement par benralizumab dans cette cohorte (272 patients) présentaient des caractéristiques classiques des populations asthmatiques sévères. L’âge médian était de 53 ans, avec une légère prédominance féminine. La majorité des cas concernait des asthmes de l’adulte, avec une proportion notable d’anciens fumeurs. Les comorbidités étaient fréquentes, notamment l’obésité (29 %), le reflux gastro-œsophagien (31 %) et le syndrome d’apnées du sommeil. Une particularité importante était l’atteinte ORL : 74,2 % des patients présentaient une rhinosinusite chronique et 54,1 % une polypose nasosinusienne associée, ce qui reflète probablement un biais de prescription en faveur du benralizumab. Par ailleurs, 24% des patients étaient sous traitement par corticostéroïdes oraux (CSO), dose moyenne 20mg/j.

Parmi ces patients, 37,5 % ont arrêté le traitement, principalement en raison d’un « échec » thérapeutique tel qu’évalué par les investigateurs. Le taux  de maintien était de 86,8 % des patients à six mois, et de 71,3 % à douze mois

Efficacité globale

Le nombre moyen d’exacerbations annuelles est passé de 3,3 avant l’initiation du traitement (T0) à 0,7 après 12 mois (T12). À cette même échéance, la proportion de patients sans aucune exacerbation a augmenté de 23,7 % à 69,1 %. De même, les visites aux urgences pour asthme ont diminué de manière significative, passant de 28,9 % des patients à T0 à 7,2 % à T12. L’amélioration du contrôle de l’asthme a également été notable : le score ACT moyen a progressé de 14 à 19, et la proportion de patients avec un asthme bien contrôlé (ACT ≥20) a triplé, passant de 16,3 % à 48,1 %.

Les fonctions respiratoires se sont également améliorées de manière significative. Le VEMS pré-bronchodilatateur moyen est passé de 2068,1 mL à T0 à 2288,1 mL à T12, représentant une augmentation notable. Par ailleurs, une amélioration du VEMS d’au moins 10 % a été observée chez 49,3 % des patients, et d’au moins 20 % chez 29 % des patients.

Résultats dans le sous-groupe ORL

Les patients présentant des comorbidités ORL, telles que la rhinosinusite chronique ou la polypose naso-sinusienne, ont également tiré des bénéfices du benralizumab. Une réduction significative des symptômes ORL a été observée, avec une diminution de plus de 9 points du score SNOT-22 chez 52,6 % des patients. Chez les patients cortico-dépendants, une réduction des doses de corticostéroïdes oraux a également été notée.

Tolérance

Le profil de tolérance du benralizumab s’est révélé bon, sans signal de sécurité inattendu au cours des 12 mois de suivi, confirmant les données des essais cliniques précédents.

À retenir

Les résultats de la cohorte RAMSES confirment l’efficacité du benralizumab en vie réelle après 12 mois de traitement, avec une réduction marquée des exacerbations, une amélioration du contrôle de l’asthme et des fonctions respiratoires, et des bénéfices spécifiques chez les patients avec comorbidités ORL, tout en mettant en évidence son bon profil de tolérance.


D’après l’affiche discussion 104 « Efficacité de benralizumab dans l’asthme sévère en vie réelle : mise à jour des données de suivi à 12 mois en France dans la cohorte d’asthme sévère RAMSES » présentée par Camille Taillé et coll., session « AD05 – Asthme » du dimanche 26 janvier 2025

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Tézépélumab : la présence d’une polypose nasosinusienne favorise la réponse au traitement chez le patient asthmatique sévère

L’étude de phase III NAVIGATOR publiée en 2021 a montré que les patients asthmatiques sévères non contrôlés recevant du tézépélumab présentaient une réduction des exacerbations d’asthme, une amélioration du contrôle de l’asthme, de la fonction pulmonaire et de leur qualité de vie, comparativement aux patients recevant un placebo.1 Dans les études cliniques de développement des autres biothérapies, la présence d’une polypose nasosinusienne (PNS) est apparue comme un trait phénotypique prédictif d’une réponse majorée.

Ce dimanche 26 janvier à Marseille ont été présentées des données post-hoc complémentaires de NAVIGATOR, dans la sous-population de patients asthmatiques sévères porteurs de la comorbidité PNS (n=75 dans le groupe placebo, n=90 dans le groupe tézépélumab).

Après 52 semaines et une administration mensuelle de 210 mg de tézépélumab ou du placebo comparatif, les patients asthmatiques sévères porteurs d’une PNS avaient une réponse augmentée comparativement à la population générale de l’étude (critère composite de réponse sur l’asthme : 0R = 6,06 IC 95% [2,59 – 14,10] versus 2,83 [2,10 – 3,82] respectivement).

Parallèlement, ces patients avaient une amélioration significative de leurs scores de symptômes ORL comportant notamment le score SNOT 22. Une amélioration significative était obtenue chez 66% des patients sous tézépélumab contre 51% chez les patients du groupe placebo (OR 2,43 – IC 95% [1,03 – 5,70]).

À retenir

Ces résultats soutiennent l’efficacité du tézépélumab chez les patients atteints d’asthme sévère avec PNS, et renforcent la place de la PNS comme critère prédictif de réponse à la biothérapie.


D’après le poster 409 « Réponses cliniques au tézépélumab chez des patients souffrant d’asthme sévère non contrôlé avec des antécédents de polypose nasosinusienne, d’après l’étude NAVIGATOR » présenté par N.L. Lugogo et coll., session affiche discussion PO16 « Asthme : traitement et prise en charge » du dimanche 26 janvier 2025

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