PPC

Les nouveaux biomarqueurs dans le SAHOS et le risque cardiovasculaire : une réalité

Vanessa Bironneau, service de Pneumologie, CHU de Poitiers.

De nouveaux biomarqueurs du syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) ont récemment été identifiés. Ces marqueurs visent à améliorer la stratification du risque cardiovasculaire des patients et à prédire leur réponse au traitement par PPC.

La définition actuelle du SAHOS repose toujours sur l’indice d’apnées-hypopnées (IAH), un outil développé il y a 40 ans avec des enregistreurs papier, qui ne reflète pas la gravité réelle des événements respiratoires. Les nouveaux marqueurs permettent une évaluation plus précise des conséquences physiopathologiques du SAHOS, comme l’hypoxie, la dysrégulation autonome et la dysfonction vasculaire. 

Les nouveaux biomarqueurs

L’hypoxic burden ou Charge hypoxique 

Il s’agit de la somme des surfaces d’hypoxémie (dépression de saturation en oxygène) par événement respiratoire, divisée par la durée du sommeil (unité : %·min/heure de sommeil). Contrairement à l’IAH (simple comptage d’événements), elle intègre la magnitude et la durée de l’hypoxie.  L’objectif est d’évaluer le “dette en oxygène” générée par les événements respiratoires, corrélée au risque cardiovasculaire.  Par exemple, dans la cohorte des Pays de la Loire portant sur 5 000 patients (suivi 10 ans), une hypoxic burden élevé est associé à un risque accru d’événements cardiovasculaires majeurs (MACE) et de mortalité toutes causes confondues. 

Delta Heart rate ou Delta de fréquence cardiaque 

Ce delta correspond à la différence entre la fréquence cardiaque maximale (activation sympathique) à la fin d’un événement respiratoire et la fréquence minimale (activation parasympathique) pendant l’événement. Son objectif est de refléter la réactivité autonome cardiaque en réponse aux perturbations respiratoires. 

La représentation du risque cardio-vasculaire est une courbe en U : 

  – Faible delta : Patients avec dysfonction cardiovasculaire avancée (récepteurs baroréflexes altérés). 

  – Haut delta : Suractivation sympathique chronique, endommageant le système cardiovasculaire. 

Plusieurs études de la littérature ont confirmé qu’en cas de delta élevé ou très faible, il existe un risque accru de mortalité cardiovasculaire, notamment associé à une charge hypoxique élevée. 

Le PWAD ou l’Indice de chute d’amplitude de l’onde pulsatile 

Il correspond au nombre de chutes d’amplitude ≥30% de l’onde pulsatile (mesuré par oxymétrie de pouls) par heure de sommeil, reflétant la vasoconstriction périphérique due à l’activation sympathique. 

Il sert à évaluer la réactivité vasculaire (dysfonction endothéliale ou altération des récepteurs baroréflexes). 

Chez les patients avec un SAHOS, un faible PWAD (réactivité vasculaire altérée) est associé à un risque accru d’événements cardiovasculaires incident.  Ceci a été confirmé par la cohorte HypnoLaus où les patients avec un IAH ≥15 et un faible PWAD présentent un risque 2 fois plus élevé de maladies cardiovasculaires incidentes sur 10 ans. 

Ces nouveaux marqueurs peuvent-ils aider à évaluation le risque cardio-vasculaire et la réponse sous PPC ?

Les trois marqueurs sont complémentaires. L’hypoxic burden est corrélé à l’IAH (gravité respiratoire).  Le Delta heart rate et le PWAD capturent des aspects indépendants (réactivité autonome et vasculaire). 

Dans la cohorte HypnoLaus, les auteurs ont montré qu’une combinaison de ces 3 marqueurs (Hypoxic burden, delta et PWAD) augmente le risque cardiovasculaire jusqu’à un HR (hazard ratio) de 4,3. 

Les essais randomisés ISAAC et RICCADSA (patients avec antécédents cardiovasculaires) montrent que les patients “à haut risque” (charge hypoxique élevée + delta fréquence cardiaque anormale) ont une réduction du risque cardiovasculaire de 35-40% sous PPC (adhérence ≥4h/jour). Les “à bas risque” n’ont pas de bénéfice, voire un risque accru (probablement lié à une faible adhérence). 

Enjeux et perspectives futures 

Il existe  des limites. En effet, il existe actuellement une variabilité des mesures selon les logiciels (taux d’échantillonnage, rejection d’artefacts) et définitions (ex : seuil d’hypoxémie pour la charge hypoxique). Il est nécessaire de standardiser ces éléments pour une transposition en pratique clinique. 

Les objectifs futurs seront de valider prospectivement la combinaison des marqueurs pour guider la prescription de la PPC (sélection des patients qui en bénéficieront le plus) et développer une médecine personnalisée du SAHOS. 

Conclusion 

Les nouveaux biomarqueurs (Hypoxic burden, delta heart rate, PWAD) permettent une stratification plus précise du risque cardiovasculaire des patients avec un SAHOS et prédisent la réponse à la PPC. Leur combinaison améliore l’identification des patients “à haut risque” qui bénéficieront d’une réduction significative du risque cardiovasculaire sous traitement. La standardisation des méthodes de mesure et les études prospectives sont nécessaires pour intégrer ces outils en pratique clinique quotidienne.


D’après la session New markers in obstructive sleep apnoea: do they reflect the burden of disease in children and adults? New diagnostic markers for OSA that reflect the disease burden in adults Raphael Heinzer (Switzerland)

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Auto-initiation de la PPC à domicile

Virginie Ferry, service de pneumologie, hôpital Bichat Claude Bernard, Paris.

Cette étude évaluait l’auto-initiation (AI) d’une PPC (en utilisant les outils numériques et sans contact avec le personnel médical) comparée à une instauration classique (en groupe ou en consultation) dans un groupe de patients sélectionnés.

Le nombre de diagnostics de syndrome d’apnée du sommeil (SAS)est croissant, avec une augmentation des couts globaux de diagnostic et de traitements, mais aussi du temps consacré par les professionnels de santé. La télésurveillance est maintenant pratique courante  dans le suivi et permet d’optimiser les coûts et le temps consacrés par les professionnels de santé aux pathologies respiratoires du sommeil.

Les auteurs de l’étude faisaient également mention d’un triplement des instaurations de PPC dans leur centre. De ce fait il semblait nécessaire de mettre en place une mesure d’appareillage tentant d’optimiser les coûts et le temps médical et paramédical. L’équipe utilisait déjà chez des patients ayant une certaine autonomie avec les objets numériques une application numérique pour dispenser l’information du patient sur le SAS nouvellement diagnostiqué mais également lui prodiguer des informations sur le traitement (notamment la PPC). En Finlande, l’auto-initiation de la PPC chez des patients jeunes est déjà pratiquée dans certains centres.

Design de l’étude

Cette étude évaluait l’auto-initiation (AI) d’une PPC (en utilisant les outils numériques et sans contact avec le personnel médical) comparée à une instauration classique (en groupe ou en consultation) dans un groupe de patients sélectionnés. Le critère de jugement principal était le taux d’observance efficace, définie par une observance de 4h par nuit, au moins 70% sur les 3 premiers mois.

Pour cela les auteurs ont inclus 204 patients ayant reçu une initiation de PPC pour SAS dans 3 centres finlandais de Septembre 2023 à Janvier 2025, répartis en 3 groupes  : auto-initiation (AI), initiation en consultation individuelle (II) ou en consultation de groupe (IG).

Quelle différence d’observance entre selon le mode d’initiation de la PPC ?

Les groupes étaient de taille homogène, sans différence significative entre les groupes sur le sexe, l’IAH au diagnostic (> 30h) ou l’index de dénaturation (> 30h). Les patients du groupe AI étaient significativement plus jeunes (p>0,001) que ceux des 2 autres groupes. Les patients du groupe auto-initiation étaient ceux avec l’index de masse corporelle moyen le plus important, significativement différent de ceux ayant eu une initiation en groupe (IG).

Il n’y avait pas de différence significative de l’observance entre les 3 groupes (p = 0,715), avec une observance de 51,6% dans le groupe AI, 55,8% dans le IG et 58,7% dans le groupe initiation individuelle (II).

L’IAH résiduel entre les 3 groupes était normal, néanmoins il existait une différence significative entre les groupes (p = 0,005), avec un IAH résiduel de 1,8/h dans le groupe AI, versus 2,4/h dans le groupe IG et 3,6/h ans le groupe (II).

Quelles conclusions et quelles limites ?

Dans une population sélectionnée l’auto-initiation de la PPC est aussi efficace dans le traitement du SAS que les autres techniques de mise en place d’une pression positive.

Il existait des disparités entre les groupes notamment sur l’âge : les patients du groupe auto-initiation étaient globalement plus jeunes et l’IAH résiduel plus bas (même si le traitement était efficace avec un IAH résiduel < 5/h dans les 3 groupes).

Il faut noter que les données cardiovasculaires notamment la fonction cardiologique étaient manquantes. L’auto-initiation ayant été réalisée avec des PPC auto-pilotées, cela suggère que la sélection des patients n’a pas été réalisée que sur leur autonomie avec les outils numériques mais également sur la fonction cardiovasculaire permettant l’appareillage par PPC auto-pilotée. Cela suggère également que les patients nécessitant un appareillage plus technique sont exclus de ce dispositif.

Néanmoins, à une époque où le rationnement des coûts et du temps médical est d’actualité, cette étude semble  prometteuse sur le plan de de l’accès au traitement, à condition de bien cibler la population à appareiller. Elle permet également de réduire le délai entre le diagnostic et l’initiation du traitement. 


D’après la session Poster PS-12 du 30/092025 Self-initiatiated CPAP is equally effective compared to face-to-face initiation with suitable patient selection, de  Kärtevä et al., Helsinki University Hospital

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Pression Positive Continue : une prise en charge à long terme et une surveillance continue

Le Syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) est une maladie chronique, caractérisée par son existence à long terme, même si les facteurs de risque peuvent être optimisés. Sa prise en charge requiert donc une approche à long terme, avec pour objectifs clés : diagnostiquer précocement, traiter rapidement et efficacement, et maintenir le patient avec un traitement efficace durable. D’autant que des éléments intercurrents peuvent survenir dans un second temps tel que le SAS émergent.

SAHOS et PPC : comment optimiser l’adhérence ?

Deux indicateurs sont proposés pour évaluer la qualité de la prise en charge des patients sous PPC : le temps pour parvenir à un traitement efficace et la durée pendant laquelle cette efficacité perdure. Les données montrent que 30 à 50 % des patients arrêtent le traitement par PPC dans les cinq premières années, et 50 à 70 % utilisent le dispositif de manière irrégulière (moins de 4 heures par nuit). Ce problème d’adhérence est aggravé par des symptômes résiduels (somnolence résiduelle), souvent liés à un démarrage tardif du traitement ou à un manque d’optimisation. Plusieurs outils pour optimiser la prise en charge sont à notre disposition :

  • Engagement et soutien du patient : L’engagement actif du patient est fondamental pour améliorer l’adhérence. Les outils clés incluent :  la télémédecine (cette approche réduit les taux d’abandon en permettant un suivi régulier) et des applications interactives (elles incitent le patient via des rappels, des objectifs quotidiens et des retours sur l’usage, renforçant la motivation). 
  • Évolution des technologies de masque : les nouvelles technologies visent à améliorer le confort en offrant des modèles plus légers, adaptés à la morphologie faciale, et conçus pour “ressembler à un vêtement plutôt qu’un masque”. Une étude récente a démontré que changer le masque d’un patient en difficulté d’adhérence améliore significativement son utilisation nocturne, même si l’IAH est déjà contrôlé (amélioration de la satisfaction patient). 
  • Choix des dispositifs de ventilation : deux approches majeures existent, à savoir la PPC à pression fixe ou la PPC autopilotée. Des études n’ont pas montré de différence significative en termes d’adhérence entre les deux, mais le changement de mode peut être bénéfique pour certains patients. De plus, la VNI à double niveau de pression peut être utile pour les patients souffrant de gêne respiratoire avec une PPC, grâce à une pression inspiratoire et expiratoire différentiée, améliorant le confort. La ventilation auto asservie est, quant-à elle, indiquée en cas d’apnées centrales résiduelles, permettant de réduire les perturbations du sommeil et d’améliorer l’adhérence. 
  • Importance de la qualité du sommeil : Bien que le SAHOS soit traité principalement via la ventilation, la qualité du sommeil elle-même est souvent négligée. Des troubles du sommeil associés (insomnie induite par le traitement, apnées centrales résiduelles) peuvent réduire l’adhérence. Des stratégies comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) numérique (applications) ou l’utilisation temporaire de somnifères (pendant les premières semaines) peuvent aider le patient à adapter son sommeil au traitement. 

SAS émergent : les points clés

Le SAS émergent se caractérise par l’apparition d’apnées centrales chez des patients traités efficacement par PPC pour un SAHOS. Il concerne jusqu’à 20 % des patients sous PPC, avec des conséquences potentiellement graves si non pris en charge. Son étude est motivée par la nécessité de prévenir l’échec du traitement CPAP, la discontinuation thérapeutique et les complications cardiovasculaires associées. Nous devons y penser lorsque le patient rapporte des symptômes persistants malgré une PPC efficace (somnolence diurne, insomnie, réveils fréquents avec suffocation). Le diagnostic sera posé avec la réalisation de la polysomnographie de suivi et des données de télésurveillance (augmentation de l’IAH résiduel). Le SAS émergent est un processus dynamique. Il peut apparaître transitoirement (séjour à altitude >2000 mètres) ou évoluer au fil du traitement (mois ou années).   Le télé suivi joue un rôle important pour détecter précocement une anomalie. Même en l’absence de symptômes évidents, les patients avec un SAS émergent présentent un risque accru d’observance insuffisante de la PPC et de complications cardiovasculaires. Il est donc recommandé de traiter systématiquement le SAS émergent, même peu symptomatique. La prise en charge initiale consistera en la réduction progressive de la pression de la PPC (par pallier de 1 cmH₂O), après vérification de l’absence de fuite. En cas d’échec, il faut envisager le passage à la ventilation auto asservie, sauf en cas de FEVG < 45%. L’objectif à court terme est de réduire l’IAH résiduel (<5/h) et les symptômes pour améliorer l’observance de la PPC. A long terme, on cherche à diminuer le risque de complications cardiovasculaires et améliorer la qualité de vie des patients. 

Pour conclure, le SAHOS est une maladie chronique nécessitant une gestion proactive et individualisée. En combinant l’engagement patient, les innovations technologiques et les ajustements thérapeutiques précoces notamment en cas d’apparition d’un SAS émergent, nous pouvons améliorer l’efficacité du traitement et la qualité de vie des patients.

Vanessa Bironneau , service de pneumologie, CHU de Poitiers


D’après la Session : Beyond CPAP tackling complex cases Improving Adherence in CPAP: Tools, Technologies and Tailored Approaches Holger Woehrle (Ulm, Germany) Emerging Central Sleep Apnoea: Recognition, Risks and Response Sébastien Baillieul (Grenoble, France)

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L’apport des Big Data pour l’évaluation des facteurs déterminant l’arrêt d’utilisation de la PPC à long terme


Bien que la pression positive continue (PPC) représente le principal traitement du syndrome d’apnées obstructives au cours du sommeil (SAOS), utilisée par 1,4 millions de patients en France, son efficacité à long terme reste conditionnée par la qualité de son observance. Par ailleurs, peu d’études se sont intéressées aux causes d’interruption de la PPC.

C’est pour répondre à cette problématique que JL Pepin a analysé des informations issues de la base de données de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de tous les nouveaux patients âgés de plus de 18 ans chez qui une PPC a été débutée au cours de la période de janvier 2015 à décembre 2016. Cette analyse a porté sur les données recueillies en termes de diagnostic du SAOS (ICD-10) et de comorbidités spécifiques (BPCO, diabète, hypertension artérielle (HTA)), ainsi que sur les informations concernant l’utilisation de la PPC.

480.000 patients ont été inclus dans cette étude (âge moyen 59.3±13.6 ans, 65.4% d’homme). L’hypertension, le diabète et la BPCO étaient présents chez 50,7 %, 24,4 % et 4,3 % des patients, respectivement. Les taux d’interruption de la PPC après 1, 2 et 3 ans étaient de 23,1%, 37,1% et 47,7%, respectivement. L’analyse multivariée a permis de retrouver un risque significativement plus élevé d’arrêt de la PPC chez la femme (OR : 1,09 ; IC95%  [1,08-1,10]). De même le risque était significativement plus élevé chez les sujets les plus jeunes (<41 ans) et les plus âgés (>80 ans). Enfin, alors que la présence d’une BPCO (OR : 1,26 ; IC95% [1,23-1,29]) et d’un diabète (OR : 1,10 ; IC95% [1,09-1,11]) étaient significativement associés à un risque plus élevé d’interruption du traitement, la présence d’une HTA représentait un facteur d’utilisation de la PPC sans interruption (OR : 0,95 ; IC95% [0,94-0,96]).

Ces résultats soulignent l’importance de la contribution des comorbidités dans la poursuite du traitement par PPC au long cours ainsi que le rôle prépondérant que pourrait avoir un meilleur phénotypage des patients associé au développement de soins personnalisés.

A partir du poster de JL PEPIN: Rate of CPAP therapy termination in different obstructive sleep apnoea patient phenotypes : Analysis of the french nationwide health claims database. Am J Resp Crit Care Med, 2021; 203: A4736

Jean-Claude Meurice, Service de Pneumologie, CHU de Poitiers, Poitiers


Session TP 133 : Stimulating new research on sleep apnea physiology and pathophysiology

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Télémédecine et pathologies pulmonaires chroniques


Alors que la place de la télémédecine restait difficile à déterminer en pneumologie, la pandémie à Covid-19 a réveillé l’intérêt des pneumologues et des patients pour cette forme particulière de médecine permettant au patient de rester à domicile et ainsi d’éviter de fréquenter des lieux à risque pour lui, et au médecin de réguler les flux de patients fréquentant l’hôpital.

Les communications sur le sujet sont donc très nombreuses cette année, allant de la téléexpertise permettant la gestion de patients en réanimation dans des centres moins expérimentés, au télésuivi de patients infectés par la Covid-19 à domicile, par l’intermédiaire d’oxymètres connectés entre autres.
Le syndrome d’apnées du sommeil peut tout à fait être géré du début de prise en charge (consultation initiale et enregistrements télétransmis) jusqu’à la mise en route du traitement par téléconsultations. La PPC est quant à elle télésuivie par le prescripteur ou le prestataire de santé à domicile. Un certain nombre de patients a pu ainsi bénéficier de ce type de prise en charge durant l’année qui vient de s’écouler, permettant de ne pas prendre trop de retard dans les diagnostics et leur traitement. Il ne faut pas, néanmoins, oublier la dimension pluri-disciplinaire de cette spécialité et une consultation avec un examen clinique complet, voire une gazométrie artérielle et une exploration de la fonction respiratoire restent nécessaires dans un grand nombre de cas.
Pour la BPCO, différentes approches de télémédecine sont possibles. La téléconsultation a permis de garder le contact avec certains patients. Des expériences de télé-réhabilitation ont été faites, ainsi que des modules d’éducation thérapeutique en ligne. Les expériences comme celle rapportée par Rydberg et al sont encore balbutiantes. Ce travail préliminaire porte sur 12 patients porteurs de BPCO entre 40 et 80 ans suivis sur 90 jours. Le télésuivi comportait un spiromètre connecté, un oxymètre connecté, un système de rappel de la prise des traitements et un plan d’action permettant un transfert quotidien des données. Sur 12 patients, 9 (75%) étaient des femmes. 7 patients ont terminé l’étude. 70% des patients ont mesuré leur SpO2 5 jours sur 7 (fréquence minimum acceptable), 82% ont réalisé une capacité vitale lente 3 jours par semaine. Si les auteurs sont satisfaits du résultat, on ne peut que souligner le petit nombre de patients très probablement sélectionnés, et encourager des travaux plus larges.
Les téléconsultations peuvent donc permettre de suivre certains patients et certaines pathologies, et ainsi de diminuer le nombre de patients venant à l’hôpital, le tout permettant un moindre risque pour les patients et un moindre coût probablement. Elles ne peuvent néanmoins se substituer totalement à une consultation présentielle. Des télésuivis plus complets avec auto-mesures et questionnaires à domicile sont encore à l’état embryonnaire dans la BPCO, leur applicabilité dans la « vraie vie » étant loin d’être démontrée.
De plus, des barrières existent encore, tant pour des raisons techniques qu’humaines (patient comme praticien). Nul doute que les années futures nous verrons encore aborder ce vaste sujet !

Sandrine Pontier-Marchandise, Service de Pneumologie et unité des soins intensifs– Clinique des Voies Respiratoires, CHU Larrey, Toulouse


D’après les communications suivantes :

Irfan M. Virtual sleep care : technology to facilitate care and improve access for patients at home.
Fan V. COPD self-management, medication education and reconciliation among rural patients : implications of Covid-19.

Session B006 : Challenges, opportunities and lessons learned in virtual care : COVID-19 as a catalyst for change 

Rydberg MG. Implementation of a home monitoring system for COPD patients during the SARS CoV2 pandemic : a feasibility study. Am J Respir Crit Care Med 2021 ;203 :A1732

Session TP020 Telehealth and remote monitoring for pulmonary, critical care, and sleep

Télémédecine et pathologies pulmonaires chroniques Lire la suite »

L’intérêt du traitement par PPC dans la prise en charge des complications cardiovasculaires pourrait être relancé.


Alors que le syndrome d’apnées obstructives au cours du sommeil est considéré comme un facteur de risque majeur vis-à-vis de nombreuses comorbidités cardiovasculaires, les résultats négatifs des 3 récents essais randomisés contrôlés (SAVE, RICCADSA, ISAACC) visant à évaluer l’efficacité de la PPC en prévention secondaire avaient réduit l’intérêt de ce traitement dans cette indication. Des résultats d’analyses post hoc effectuées sur les 2 dernières études sembleraient apporter un nouvel espoir vis-à-vis de l’efficacité de la PPC chez certains phénotypes de patients.

L’étude RICCADSA 1 n’avait pas permis de retrouver une réduction de la morbi-mortalité cardiovasculaire chez des patients porteurs d’un syndrome d’apnées du sommeil (SAOS) diagnostiqué à l’occasion d’une récente revascularisation coronarienne, et suivis pendant 5 ans en fonction de l’utilisation ou non d’un traitement par PPC mis en place de manière randomisée. Compte tenu de la mise en évidence récente d’un plus grand risque de complications cardiovasculaires chez des patients présentant une élévation plus importante de la fréquence cardiaque au cours d’apnées et d’hypopnées obstructives, Azarbarzin et al ont repris les données des 226 patients inclus dans l’étude RICCADSA. Ils ont ainsi pu retrouver une réduction significative du hazard ratio (HR) de morbi-mortalité cardiovasculaire sous l’effet de la PPC par rapport aux patients n’ayant pas été traités par PPC, uniquement chez les patients dont le ∆ de fréquence cardiaque faisant suite aux événements respiratoires nocturnes initiaux était le plus élevé, avec un seuil moyen de 10/min.

De même, l’étude ISAACC 2 concernait 1264 patients SAOS présentant une pathologie coronarienne aigüe et ayant bénéficié d’un enregistrement polygraphique dans les 72 heures suivant cet épisode, suivis sur une période de 6 ans en fonction de l’utilisation ou non d’une PPC. Les auteurs avaient retrouvé un taux de survenue de complications cardiovasculaires identique dans les 2 groupes de patients SAOS (98 [15,5%] sous traitement médical seul vs. 109 sous PPC [17,3%] avec un HR de 0.88 (IC 95%: 0,67 à 1,16; p=0,37). L’étude post hoc présentée par Grinek et al. a identifié des groupes de patients, au sein de cette population, présentant une réponse hétérogène vis-à-vis de l’efficacité de la PPC. A partir de ces patients, et en appliquant une recherche automatique basée sur une procédure d’imputation multiple sur le principe de « Model-based recursing partitioning with Cox proportional-Hazard model », il a été possible de faire apparaitre un effet protecteur ou délétère de la PPC sur le pronostic cardiovasculaire. C’est ainsi qu’a été retrouvé un effet bénéfique de la PPC chez un sous-groupe de 189 patients traités par diurétiques (HR 0.58 (IC 95% : 0,32-0,96), alors que chez 259 patients présentant les apnées les plus longues (> 19 sec) et présentant une dyslipidémie, la PPC présentait un effet délétère (HR2,32 (IC 95% : 1,35-4,17).

L’heure n’est pas encore aux conclusions hâtives mais à l’espoir de révéler, à partir d’une sélection plus précise des patients, un effet cardiovasculaire bénéfique de la PPC utilisée au long cours.

Jean-Claude Meurice, Service de Pneumologie, CHU de Poitiers, Poitiers


D’après la communication de : A Azarbarzin : Cardiovascular benefit of CPAP is modified by the sleep apnea related pulse rate response in coronary artery disease patients with nonsleepy OSA : findings from the RICCADSA randomized controlled trial
Et de la communication de S Grinek : Heterogeneous effects of continuous positive airway pressure (CPAP) treatment on cardiovascular outcomes in obstructive sleep apnea (OSA) : application of machine learning in the ISAACC trial

Session B14 “Pathophysiology, cardiovascular disease and Covid – What’s happening in sleep research right now.” du 17 05 21

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L’efficacité d’un traitement médicamenteux du syndrome d’apnées obstructives au cours du sommeil se confirme


Le développement de la médecine personnalisée, ayant pu mettre en évidence la possibilité d’un traitement du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) ne nécessitant pas l’utilisation d’une pression positive continue (PPC) dans près de 50% des cas, ouvre la porte à la recherche de traitements médicamenteux efficaces.

Depuis les premiers résultats prometteurs d’une étude pilote 1 au cours de laquelle l’association d’atomoxetin (noradrénergique) et d’oxybutynin (antimuscarinique) avait permis, lors d’une prise unique contre placebo, d’obtenir une réduction de 63% de l’index d’apnées hypopnées (IAH) passant de 28,5/h (10,9 – 51,6) à 7,5 / h (2,4 – 18,8), aucune étude n’avait été réalisée pour confirmer ces résultats à plus long terme. Une étude en cross-over contre placebo a été présentée par E Perger (Milan – Italie) afin d’évaluer les effets d’une association comparable d’oxybutynin et de reboxetine (inhibiteur de recapture de la noradrénaline) sur l’évolution de troubles respiratoires obstructifs contre placebo, en cross-over au cours de 2 périodes successives d’une semaine séparées de 7 à 10 jours de wash-out.

Seize patients ont été inclus dans cette étude. Le principal résultat est une confirmation de l’effet bénéfique de cette association thérapeutique sur la réduction de ces événements obstructifs, avec une réduction de l’IAH de 59% par rapport au placebo. Ceci correspondait, sous l’effet du traitement, à une réduction de plus de 50% de l’IAH dans 81% des cas, ainsi qu’à une normalisation de l’IAH (< 15/h) chez 37% des patients.

Ces résultats apportent un argument fort vis-à-vis de l’efficacité de ce traitement médicamenteux pour lequel des précisions complémentaires sont attendues en termes de phénotypage des troubles respiratoires nocturnes pouvant être accessibles à cette thérapeutique, ainsi que concernant la tolérance au long cours, sous la forme d’étude à plus grande échelle et à plus long terme. Néanmoins, ces résultats confirment l’importance de l’évaluation phénotypique du SAOS et laissent entrevoir des perspectives thérapeutiques médicamenteuses permettant d’éviter le recours systématique au traitement par PPC.

Jean-Claude Meurice, Service de Pneumologie, CHU de Poitiers, Poitiers


D’après la communication de : E Perger : Reboxetine plus oxybutynin for obstructed sleep apnea treatment.

Session B14 “Pathophysiology, cardiovascular disease and Covid – What’s happening in sleep research right now.” du 17 05 21

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Intérêt clinique du télésuivi pour le dépistage de respiration de Cheyne-Stokes sous PPC.


Le télésuivi est un sujet d’actualité pour les traitements par pression positive continue (PPC) ou par ventilation non invasive (VNI). Les paramètres pouvant être télésuivis sont nombreux (observance, fuites, index d’apnées et d’hypopnées [IAH] entre autres) ; leur pertinence clinique n’est quant à elle pas toujours démontrée.

A Prigent (Rennes, France) a rapporté une étude prospective, monocentrique et interventionnelle se déroulant sur 12 mois et portant sur 555 patients porteurs de SAOS sévères, appareillés par PPC (indifféremment en pression fixe ou auto-pilotée). Le prestataire de santé (PSAD) relevait les alertes quotidiennement (jours ouvrés) et en cas d’alerte sur l’IAH, devait vérifier la présence ou l’absence d’une respiration périodique de Cheyne-Stokes (RCS) dans les 7 jours précédents. En cas de présence de RCS, le patient venait à l’hôpital pour une consultation avec électrocardiogramme et prise de sang. Les évènements cardiaques recherchés étaient la majoration d’une arythmie cardiaque ou la survenue d’une insuffisance cardiaque.
Sur 555 patients télésuivis sur les 12 mois, une RCS a été rapportée pour 74 patients (81,1% d’entre eux étaient connus pour avoir une comorbidité cardio-vasculaire). Quinze patients (20%) ont présenté un évènement cardiaque sérieux. La mise en évidence d’une RCS était associée à un risque multiplié par 14 de survenue d’un tel épisode.
Voici donc un bel exemple d’application clinique du télésuivi qui ne doit à l’évidence pas rester cantonné au suivi de l’observance et des fuites.

Sandrine Pontier-MarchandiseService de Pneumologie et unité des soins intensifs– Clinique des Voies Respiratoires, CHU Larrey, Toulouse


D’après la communication :

A. Prigent. Incidence of Cheyne-Stokes respiration detected by CPAP remote monitoring is associated with serious cardiac events : the AlertApnée Study – Am J Respir Crit Care Med 2021 ;203 :A1105

Session B014 : Pathophysiology, cardiovascular disease, and COVID – What’s happening in sleep research right now.

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