sommeil

Dis-moi comment tu dors…

Le maintien de la PPC dans le temps est un élément crucial de la prise en charge des patients atteints de SAHOS. Certains éléments sont maintenant bien connus pour améliorer cet élément, néanmoins, 47,7% des patients appareillés en France arrêteraient le traitement dans les 3 ans qui suivent sa prescription.

L’équipe de Grenoble a rapporté une étude sur les éléments cliniques et polysomnographiques au diagnostic associés à l’arrêt de la PPC. Les patients décédés, ayant bénéficié d’une chirurgie bariatrique ou dont le traitement a été modifié pour une VNI ou une ASV ont été exclus.

Mille cent trente-six patients ont été inclus. Le pourcentage de patients ayant arrêté le traitement à 1, 3 et 5 ans était respectivement de 20,51, 30,37 et 32,57. L’analyse a été faite sur 637 patients ayant des données complètes à l’inclusion. Parmi eux, 453 patients (71%) gardent la PPC à 5 ans, 184 (29%) l’ont arrêtée. En analyse multivariée, le sexe masculin (HR 0,7 [0,51 ;0,95] p=0,02) de même que la sévérité initiale du syndrome d’apnées du sommeil : IAH plus élevé (0,99 [0,98 ;0,99], p<0,01), index de désaturations plus élevé (0,99 [0,98 ;1] p<0,01) et SpO2 nocturne moyenne basse (1,19 [1,1 ;1,29] p<0,01) et SpO2 nocturne minimale basse (1,05 [1,02 ;1,08] p<0,01) semblent jouer un rôle « protecteur » (moins d’arrêts de traitement) alors que la nycturie (1,4 [1,02 ;1,92] p=0,04) et la mauvaise qualité du sommeil évaluée par le temps total de sommeil (0,98 [0,96 ;1] p=0,03) et l’index d’éveils (1,03 [1,03 ;1,05] p=0,01), ont l’effet inverse.

La qualité et la quantité de sommeil au diagnostic sont donc des éléments cruciaux à prendre en compte chez les patients que nous appareillons. Une évaluation spécifique de ces éléments et une prise en charge sont donc nécessaires au moins par l’interrogatoire. L’éducation thérapeutique et un suivi plus attentif peuvent donc être proposés à ces patients spécifiquement.

D’après R Tamisier (A109). Impact of obstructive sleep apnea (OSA) clinical and polysomnographic phenotypic traits on continuous positive airway pressure (CPAP) termination rates : a 5-year follow-up study. Am J Respir Crit Care Med 2024 ; 209 : A6864.

Dis-moi comment tu dors… Lire la suite »

De nouveaux outils de prédiction de l’observance à la Pression Positive Continue (PPC)

Alors que la PPC reste le premier traitement du syndrome d’apnées/hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), son efficacité reste conditionnée par l’observance des patients, dont la détermination de facteurs prédictifs fiables permettrait d’orienter au mieux la qualité de la prise en charge et de l’accompagnement initiale des patients. Deux études françaises multicentriques se sont intéressées à ce sujet, apportant une validation d’outils nouveaux et efficaces.

La première étude 1 a cherché à valider en « vraie vie » l’intérêt d’évaluer le seuil d’éveil des patients au cours de l’enregistrement polysomnographique initial, tel que proposé antérieurement en population sélectionnée. L’observance de 2157 patients présentant un SAHOS sévère a été relevée après 1 an d’utilisation de la PPC. L’abaissement du seuil d’éveil était défini soit par un temps passé à un niveau de SaO2 < 90% (T90%) inférieur à 3.7%, soit par une fraction d’hypopnées/apnées > 77% lors de l’enregistrement initial. Une observance < 4 h/nuit ou un arrêt de la PPC ont été retrouvés chez 627 patients (29%), pour qui T90% était significativement plus faible que chez les patients observants (p<0.001), et la fraction d’hypopnées/apnées significativement plus élevée (p = 0.0001). De même, après ajustement pour les facteurs confondants, les patients avec un seuil d’éveil abaissé présentaient un risque accru de mauvaise observance à la PPC (95% CI : 1.64 (1.20 – 2.27), (p=0.0002)) ou d’arrêt de la PPC : RR: 1.52 (1.18 – 1.97) (p=0.001).

Dans une deuxième étude prospective multicentrique 2, c’est l’utilisation de données originales (statut économique, éducation sanitaire, efficacité personnelle et précarité) regroupées dans un score (SEMSA-15), évaluées lors du diagnostic initial de SAHOS chez 293 patients, qui a été évalué comme facteur prédictif vis-à-vis de l’observance à la PPC à 15jours, 90 jours et à 1 an. Sur le plan statistique, une analyse de trajectoire latente a été réalisée pour évaluer l’adhérence à la PPC, et une analyse logistique ordinale multivariée a été utilisée pour identifier les facteurs associés à cette trajectoire. Trois types de trajectoire d’adhérence à la PPC ont été mises en évidence (arrêt de la PPC, adhérence intermédiaire, et haut niveau d’adhérence). Après ajustement pour l’âge, le sexe, l’index de masse corporelle (IMC), l’index d’apnées/hypopnées, et les comorbidités, le score SEMSA-15 et l’IMC ont été retrouvés significativement associés à la trajectoire d’adhérence à la PPC (odds-Ratio: respectivement 3.17 (1.88; 5.35), p<0.001 et 1.05 (1.00; 1.10), p=0.04).

Ces 2 études ont l’intérêt d’apporter de nouveaux outils pouvant être utilisés en pratique courante pour prédire la qualité de l’observance à la PPC, et orienter l’importance des moyens à mettre en place initialement pour accompagner les patients à risque d’utilisation insuffisante ou d’arrêt de la PPC au long cours.

D’après les communications de :

De nouveaux outils de prédiction de l’observance à la Pression Positive Continue (PPC) Lire la suite »

ALERTE !!! La PPC fait chauffer la planète !

Bien que la consommation électrique générée par la PPC soit plutôt faible à titre individuel, le nombre de patients traités dans le monde fait légitimement se poser la question de l’impact environnemental d’un tel traitement. Bianquis a présenté un travail original sur le sujet dans une session de posters discutés.

Pour rappel, actuellement 1,634 millions de patients sont traités en France. Les auteurs ont d’abord étudié 6 appareils sur banc d’essai avec des niveaux de pression variant entre 4 et 20 cmH2O, avec et sans humidificateur. Ils ont ensuite extrait les données de 40818 patients traités par un prestataire de santé, afin de les extrapoler à la population totale de patients traités.

Sur banc d’essai, la consommation varie de + 6 à + 40% en fonction des modèles (p<0,001) par rapport au modèle le moins énergivore. L’ajout d’une humidification augmente nettement la consommation (+ 345%, [+ 250 ; + 395%], p<0,001). La consommation annuelle de la cohorte est estimée à 2603 Gigawatt heure (GWh) pour une utilisation médiane de 6,7 heures, une pression médiane de 7 cmH2O et une P90 médiane de 8,5 cmH2O, avec un humidificateur présent pour 65% des patients. En fonction des dispositifs utilisés, la consommation électrique annuelle augmente de 9% à 65% par rapport au système le moins consommateur, et l’ajout d’un humidificateur l’augmente de 287%. Si l’ensemble de la cohorte était traité avec le système le moins énergivore sans humidificateur, cela permettrait une diminution de 77% de la consommation électrique. Le simple fait d’enlever l’humidificateur, sans modifier l’appareil, diminuerait la consommation de 75%.

A l’échelon national, si on utilisait l’appareil le moins énergivore, sans humidification on épargnerait 65867 GWh (équivalent à 11,51 M €) soit la consommation électrique d’une ville de 20000 habitants. Le maintien du même appareil sans humidification pourrait déjà faire économiser 29089 GWh (soit (5 M€).

L’ajout d’un humidificateur n’est donc clairement pas neutre sur le plan énergétique et doit vraiment être mis en place uniquement en cas de besoin. De même, les différents appareils sont tellement différents sur le plan de la consommation que la connaissance de cet item paraît nécessaire.

Même si la démesure américaine ne nous donne pas vraiment l’exemple, la sobriété énergétique est actuellement un élément crucial à prendre en compte. L’ajout d’une mention sur la consommation électrique des appareils (comme sur nos appareils électro-ménagers !) pourrait donc être à l’avenir un argument dans nos prescriptions.

D’après Bianquis et al (C109). Electrical consumption of positive airway pressure devices : data from a large national cohort. Am J Respir Crit Care Med 2024 ; 209 : A6860.

ALERTE !!! La PPC fait chauffer la planète ! Lire la suite »

Un pas de plus vers le traitement médicamenteux du syndrome d’apnées/hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS)

Depuis la mise en évidence de différents endotypes de mécanismes physiopathologiques pouvant aboutir au développement d’une obstruction des voies aériennes supérieures (VAS) en l’absence d’anomalie anatomique, de multiples propositions thérapeutiques ont été proposée, à la carte, avec de premiers résultats encourageants. Cette année, c’est une étape supplémentaire qui est franchie en évaluant l’efficacité de la combinaison de plusieurs traitement médicamenteux simultanément.

T. de Sarkar a présenté les résultats d’une étude prospective randomisée contre placebo, en double aveugle) comparant l’efficacité d’une association d’acetazolamide (500 mg) et d’eszopiclone (2 mg) (DualRx) +/- venlafaxine (TripleRx) afin d’agir à la fois sur la réduction du loop gain, l’augmentation du seuil d’éveil et l’augmentation de la réactivité des muscles dilatateurs des VAS. Dans un premier temps, l’association acetazolamide et eszopiclone a été utilisée pendant 2 périodes de 3 jours versus placebo avec cross over afin d’évaluer l’évolution de l’index d’apnées/hypopnées (IAH) au cours du sommeil non REM en position de décubitus dorsal (objectif principal), et le pourcentage de patients répondeurs (réduction de l’IAH >50% avec moins de 10 événements/h) ainsi que la tolérance au traitement (objectifs secondaires). Les patients non répondeurs ont bénéficié, en ouvert, de l’adjonction de venlafaxine pendant 3 jours avant d’effectuer un nouvel enregistrement polysomnographique.

20 patients ont été inclus dans le protocole initial (DualRx), avec une réduction significative de l’IAH en position de décubitus dorsal (IAH médian :-13.8/h, p = 0.003), et une réduction > 50% chez 7 d’entre eux, alors que un seul patient a pu être considéré comme répondeur complet. L’adjonction de Venlafaxine a permis d’obtenir 4 répondeurs complets supplémentaires, sans modification significative de l’IAH médian par rapport au résultat obtenu au cours de la phase DualRx, mais avec un effet plus marqué sur l’amélioration du niveau de saturation en oxygène au cours du sommeil. En revanche, les effets secondaires, en particulier gastro-intestinaux ont été plus marqués lors de la phase TripleRx.

Ainsi l’effet bénéfique de la double association (DualRx) sur l’amélioration polysomnographique peut encore être amélioré par l’adjonction de venlafaxine chez certains patients dont il conviendrait de définir plus précisément l’endotype en cause, et en utilisant une posologie éventuellement moins importante afin d’en éviter les effets indésirables, au cours d’étude à plus long terme.

D’après la communication de T de Sarkar et al. Combination drug therapy with acetazolamide, eszopiclone +/- venlaflaxine for obstructive sleep apnea: a randomized, controlled clinical trial. Am J Respir Crit Care Med 2024; 209: A1061 (Session A19).

Un pas de plus vers le traitement médicamenteux du syndrome d’apnées/hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) Lire la suite »

Le SAHOS : la fin de la PPC pour tous ?

La pression positive continue (PPC) est depuis plusieurs décennies maintenant le traitement de 1ère intention du syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), les autres traitements comme l’orthèse d’avancée mandibulaire (OAM) étant réservés aux SAHOS modérés ou aux échecs de PPC. Les dernières années ont été marquées par la mise en lumière de la grande hétérogénéité des patients porteurs de SAHOS avec la mise en évidence de différents sites anatomiques d’obstruction mais aussi de différents endotypes pouvant faire envisager de nouvelles possibilités thérapeutiques comme certains traitements médicamenteux.

D. Eckert (Adélaïde, Australie) a rapporté ce jour une étude qui bouscule quelque peu nos habitudes puisque le traitement de 1ère intention est une OAM avec incrémentation thérapeutique en fonction de l’évaluation de l’efficacité pour arriver en dernière étape à la PPC en association avec les autres traitements. L’objectif principal était de traiter le plus grand nombre de patients selon cette approche, l’objectif secondaire d’évaluer de déterminer les répondeurs des non-répondeurs à l’OAM.

Tous les patients ayant un SAHOS avec un index d’apnées hypopnées (IAH) > 10/h étaient inclus. Ils bénéficiaient d’une OAM avec une polysomnographie pour en évaluer l’efficacité au moins 1 mois après. Sur les 111 patients inclus, 93 ont terminé l’étude. Les patients étaient principalement des hommes (n = 71, 76,3%), âgés en moyenne de 55 ans (42 – 65 ans) en surpoids (index de masse corporelle [IMC] 29 kg/m2, 26 – 33). L’IAH moyen était de 31/h (18 – 48).

L’OAM diminue de 50% l’IAH (30 à 16/h, p< 0,001) avec 1/3 des patients (n=31) qui obtiennent un IAH final < 10/h avec diminution des éveils (32 en pré-traitement vs 15/h en post) et de l’hypoxémie. Les répondeurs avaient une collapsibilité moins importante, une meilleure compensation musculaire, une moindre instabilité du contrôle ventilatoire et un seuil d’éveil plus bas (p < 0,005 pour chaque item). Environ la moitié des patients restant (n=33) obtient un contrôle du SAHOS sous traitement combiné sans PPC. Les traitements combinés sont déterminés en fonction des endotypes mis en évidence : traitement positionnel associé à EPAP (pression positive générée par une valve buccale et/ou nasale), oxygénothérapie, Ato-Oxy (Atomoxétine – Oxybutynine), Zolpidem, Zolpidem + O2, Zolpidem + ato-Oxy , Ato-Oxy + O2.

Même si en France l’ensemble de ces traitements n’est pas disponible ou n’a pas l’AMM dans cette indication, il est intéressant de considérer cette nouvelle approche basée sur une médecine plus personnalisée. De même l’association de différentes stratégies thérapeutiques, comme on le rapporte depuis de nombreuses années, pourrait être une option intéressante pour certains patients.

D’après la communication de D Eckert (A19). Stepwise and targeted therapy to treat sleep apnea : a novel, physiology-informed, personalised approach using oral appliance therapy plus combination therapy in incomplete responders. Am J Respir Crit Care Med 2024 ; 209 : A1059

Le SAHOS : la fin de la PPC pour tous ? Lire la suite »

Accès restreint

Les diaporamas et vidéos sont exclusivement disponibles pour les étudiant·e·s inscrit·e·s en DIU Sommeil et sa pathologie de l’année 2023/2024. rentrer le login : diu-sommeil + le mot de passe transmis .

Accès restreint Lire la suite »

Peut-on dès l’enfance prévenir l’apparition d’un SAHOS à l’âge adulte ?

Le Dr Jessica Taytard (Paris) a segmenté cette présentation en trois types de prévention : prévention universelle (toute la population quel que soit état de santé), sélective (sous-groupes de patients) et ciblée (personnes ayant un facteur de risque, une pathologie les identifiant avec un risque élevé). Elle a rappelé que les troubles respiratoires obstructifs du sommeil (TROS) de l’enfant se répartissent en trois catégories : TROS de type 1 (hypertrophie lymphoïde, âge 3-8 ans), TROS de type 2, (enfant obèse volontiers de sexe masculin), et enfin TROS de type 3 (anomalies anatomiques et génétiques).

Prévention des TROS de type 3

Chez les patients présentant un TROS de type 3, on pratiquera une prévention ciblée, mais chaque anomalie est unique et nécessite une prise en charge spécifique 1. La physiopathologie de chaque anomalie est également différente mais regroupe en général l’association de différents facteurs : malformations maxillofaciales (micro-rétrognathie, dysmorphie, hypoplasie faciale), hypotonie, anomalies du tissu lymphoïde, glossoptose, macroglossie. On retrouve dans cette catégorie de TROS les patients présentant des anomalies craniofaciales, les maladies neuromusculaires (qui peuvent donner un TROS indépendamment du trouble ventilatoire restrictif éventuel), les achondroplasies, les paralysies cérébrales, les malformations de Chiari, la trisomie 21 et le syndrome de Prader-Willy. Chaque pathologie a une fréquence de syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) qui lui est particulière, mais elle va jusqu’à 80% dans les séries pour la trisomie 21, l’achondroplasie, le syndrome de Prader-Willi, ou la séquence de Pierre Robin. La prise en charge de ces enfants doit se faire de façon multidisciplinaire en centre de référence, et associe à la ventilation, la chirurgie, le désencombrement, la mise en décubitus ventral (pour le Pierre Robin), l’orthodontie, la nutrition et parfois la thérapie génique.

Prévention des TROS de type 2

Les patients présentant un TROS de type 2 font également l’objet d’une prévention sélective. Il existe un rôle du genre, le genre masculin étant associé à une persistance plus fréquente à l’adolescence et l’âge adulte, et à une plus grande sévérité. Les facteurs de persistance à l’âge adulte d’un TROS de type 2 sont le caractère adolescent, l’obésité, le sexe masculin et un SAHOS sévère. Dans l’étude de Kohler, à mesure que l’âge augmentait, une augmentation de la prévalence de l’obésité était observée pour atteindre 100%  d’obèses entre 12 et 18 ans 2. D’autre part, la sévérité du SAHOS augmente avec l’IMC 3. La prévention de la persistance à l’âge adulte n’est pas toujours aisée et fait appel à une équipe pluridisciplinaire. Elle associe la perte de poids, la chirurgie ORL (systématiquement proposée même si elle règle rarement le problème à elle seule), l’orthodontie, la rééducation maxillofaciale, la ventilation et les innovations thérapeutiques, notamment les traitements médicamenteux de l’obésité.

Prévention universelle, la plus difficile et la moins connue

Il existe des données anciennes montrant un lien entre hypertrophie amygdalienne chez l’enfant et antécédent parental de SAHOS, qui est probablement sous-estimé 4. Un lien entre inégalités socio-économiques ou ethniques et TROS de l’enfant a également été décrit, ainsi qu’un impact de l’origine ethnique aux États-Unis sur la normalisation de l’indice d’apnées-hypopnées (IAH) après adénoïdotonsillectomie 5. Le fait de vivre dans un quartier défavorisé est associé à un IAH plus élevé 6 , 7 , 8. Et il existe également un effet du tabagisme passif ou actif et de la qualité de l’air sur l’IAH, la majoration de symptômes ou la diminution de la qualité de vie.

En conclusion

Au final, la prévention du TROS chez l’enfant doit se faire à la fois de façon individuelle, en cas de facteur de risque important, de pathologie prédisposante ou d’antécédent familial, mais aussi à une échelle plus globale, afin de limiter les comorbidités et la morbi-mortalité cardiovasculaire, métabolique et neurocognitive (dont l’hyperactivité et la somnolence diurne).

Peut-on dès l’enfance prévenir l’apparition d’un SAHOS à l’âge adulte ? Lire la suite »

SAHOS et grossesse : des liens complexes et bidirectionnels

Comme l’a rappelé le Pr Trzepizur (Angers), le sommeil est globalement perturbé chez la femme enceinte, de façon subjective (altération du score de Pittsburgh PSQI, plus marquée au troisième trimestre) et objective (augmentation de la veille intra-sommeil, diminution de l’efficacité de sommeil, des stades N3 et REM au profit des stades N1 et N2 en polysomnographie). Les causes en sont multiples : nycturie, mouvements fœtaux, RGO, crampes, rhinite…

Rationnel physiopathologique du SAHOS durant la grossesse

Lors de la grossesse, la contractilité des muscles pharyngés est plus faible, notamment du fait de la privation de sommeil 1. L’augmentation du stade N2 au détriment du stade N3, stade de grande stabilité des voies aériennes supérieures (VAS), augmente le risque d’événements respiratoires. On constate également chez la femme enceinte une hyperréactivité des centres respiratoires, avec une pente plus raide de réponse au CO2 et un loop gain plus élevé. Enfin, il existe une diminution du diamètre pharyngé au scanner 2. Cette diminution est liée d’une part au transfert rostral de fluides, augmentée par la rétention hydrosodée, d’autre part à une traction trachéale moins importante du fait de la diminution de la CRF pendant la grossesse. L’ensemble de ces éléments favorisent la survenue d’un SAHOS pendant la grossesse.

Prévalence du SAHOS et des comorbidités associées

La prévalence du SAS augmente au cours de la grossesse, de 3% en début de grossesse à 7% en fin de grossesse, avec 1% de SAS modéré à sévère dans une étude polygraphique ayant porté sur 3705 nullipares sans antécédent connu de SAS 3. Dans une méta-analyse de 2019, la prévalence du SAHOS pendant la grossesse à environ 5% en Europe, contre 20% aux États-Unis, mais cette importante différence est probablement liée en partie à la méthodologie des études menées 4. Une augmentation de la prévalence entre le deuxième et le troisième trimestre est également rapportée. Les facteurs de risque identifiés d’un SAHOS gestationnel mis en évidence dans la littérature sont l’âge, l’IMC (de début ou de fin de grossesse) et la présence d’une HTA préalable 5 , 6.

Les conséquences d’un SAHOS gestationnel

Le SAHOS est responsable d’une augmentation du risque de pré-éclampsie, avec un risque doublé (Oddds Ratio (OR) à 2), même après ajustement sur l’IMC, l’âge, les antécédents d’hypertension artérielle (HTA) ou laprise de poids pendant grossesse. Le risque d’HTA gravidique (OR à  1,7) et de diabète gestationnel (OR à 3) est également augmenté 7. Il est probable qu’il existe un impact du SAHOS même lorsque l’indice d’apnées-hypopnées (IAH) est faible (5-15/h), mais on manque d’études randomisées à ce sujet. Une méta-analyse, ce surrisque lié au SAS (et aux autres pathologies du sommeil) a été confirmé, avec également une augmentation du risque de prématurité, de faible poids de naissance et de césarienne 8. Les conséquences sont donc doubles : pour la mère et l’enfant.

Enfin, il existe de données qui pourraient incriminer le SAHOS dans le caractère transmissible de l’obésité, par épigénétique. On retrouve en effet chez les femmes enceintes présentant un SAS, un placenta plus volumineux et plus riche en leptine, et chez le bébé une masse grasse plus importante à la naissance, malgré des poids de naissance plus faible 9. Chez la souris gestante, l’hypoxie intermittente chronique (un modèle expérimental de SAHOS) dans les derniers jours de gestation provoque un plus faible poids de naissance, un placenta plus volumineux. Davantage de marqueurs de stress oxydant et d’inflammation sont présents, ainsi que des signes de dysfonction endothéliale au niveau des artères utérines 10. Chez la progéniture, la fragmentation du sommeil de la mère pendant la gestation entraîne une augmentation de la prise de nourriture et de la prise de poids, une modification du profil d’insulinorésistance et de l’expression de l’adiponectine 11.

L’impact du traitement par PPC sur l’évolution de la grossesse

Il n’est pas encore bien démontré. Dans l’étude de Chirakalwasan, les patientes présentant un IAH > 5/h, un diabète gestationnel contrôlé sous régime, bénéficiaient d’un traitement par pression positive continue (PPC) autopilotée pendant deux semaines dans le bras contrôle12. L’observance de plus de 4 h n’était atteinte que chez 46,7% des patients, et il n’y avait pas de différence sur la tolérance au glucose ; Une diminution du taux de césarienne, de prématurité ou de risque d’admission du bébé en soins intensifs était observée en per protocole chez les patientes observantes. Dans une étude plus récente, les patientes présentant un IMC > 30 kg/m2 et un IAH entre 5 et 50/h étaient incluses et randomisées dans deux bras (43 patientes par groupe) : PPC autopilotée ou procédure fictive/absence de traitement 13. Un critère composite de jugement principal (index de pulsatilité de l’artère utérine, endogline, FMS-like tyrosine kinase 1 soluble, facteur de croissance placentaire) était utilisé, et au final il n’était modifié que chez les patientes observantes (18% des patientes seulement). Enfin, dans une étude de 2023, les patientes étaient éligibles si elles présentaient une HTA, une obésité, un antécédent de prééclampsie ou de diabète 14. Sur les 1000 patientes éligibles, seules 385 ont accepté de participer, ce qui souligne la difficulté de proposer le traitement à des patientes souvent déjà très médicalisées. L’IMC pré-grossesse moyen était de 29,6 kg/m2, 32% des patientes avaient un score d’Epworth pathologique, et l’IAH moyen était de 7/h. L’observance moyenne était faible : 2,5 h en moyenne (SD 2,5), 1,7 en médiane. Néanmoins, en intention de traiter, une diminution de la pression artérielle diastolique et moyenne, ainsi que du risque de prééclampsie et d’HTA gravidique, était constaté.

Pour finir, les recommandations nord-américaines 15 préconisent de réaliser systématiquement un STOP-BANG de dépistage, puis de diagnostiquer par polygraphie ambulatoire. Le traitement par PPC (autopilotée) a pour objectif premier de soulager les symptômes. Il faut souligner les difficultés d’accès au diagnostic (durée de gestation versus délai d’accès aux enregistrements du sommeil) et l’intérêt des procédures alternatives de diagnostic comme l’étude des mouvements mandibulaires ou de la tonométrie de pouls.

SAHOS et grossesse : des liens complexes et bidirectionnels Lire la suite »

Les différentes facettes du SAS central 

SAS central et risque cardiovasculaire : la fin de la controverse ?

Marie-Pia d’Ortho (Paris) a commencé par rappeler que le SAS central (SASC) était souvent moins symptomatique que le SAS obstructif (SASO), mais pas pour autant asymptomatique. Les symptômes les plus fréquents sont la nycturie, le trouble de maintien du sommeil, et la fatigue. À l’inverse, somnolence diurne excessive (SDE) et ronflements sont moins marqués.Le SASC a un impact pronostique sur la mortalité dans l’insuffisance cardiaque (IC) 1 2 3. Ainsi, dans l’étude de Damy et col., publiée en 2012, le pronostic était moins bon dans le SASC que dans le SASO 4. On retrouve également un doublement du risque de survenue d’AVC, même après ajustement, dans l’étude de Duran-Cantolla 5. Enfin, le SAS central est associé à un surrisque de survenue d’une fibrillation atriale, avec un rapport de risque de 1,7 à 1,9 sur modèle ajusté 6.

Il est difficile de dire si le SASC est un marqueur ou un facteur de risque cardiovasculaire. Néanmoins, une augmentation de la proportion d’apnées centrales est observée au fur et à mesure de la dégradation de la FEVG. En termes de physiopathologie, une augmentation du loop gain est constatée dans le SAS central, qui s’explique en partie par le transfert rostral de fluides. Ce dernier va provoquer un sub-oedème pulmonaire et stimuler les récepteurs irritatifs du poumon et les récepteurs à l’hypoxie. Cela induit une hyperventilation, qui elle-même va engendrer le cercle vicieux de l’apnée centrale. Par ailleurs, le travail récent de Rupprecht est en faveur d’un rôle de la dysautonomie globale 7. Sur 55 patients présentant une sténose carotidienne, une corrélation était constatée entre l’importance de la sténose d’une part, et l’indice d’apnée hypopnée (IAH) et la variabilité de la fréquence cardiaque (un marqueur de la dysautonomie) d’autre part.

Et si l’impact de la VAA était avant tout symptomatique ?

Jean-Claude Meurice (Poitiers) a rappelé quant à lui que les étiologies du SASC étaient multiples et ne se cantonnaient pas à l’insuffisance cardiaque, à FEVG préservée (pFEVG) ou altérée (aFEVG). La ventilation auto-asservie (VAA) permet d’administrer au patient une aide inspiratoire en miroir de son débit ventilatoire de base, et donc de corriger les apnées centrales sans favoriser l’hyperventilation. Elle est très efficace pour normaliser l’IAH, mais les études princeps étaient de faible envergure et de courte durée et ne pouvaient se prononcer sur la qualité de vie et les symptômes.

Si l’étude SERVE-HF 8 a montré des résultats décevants, avec une surmortalité toutes causes et cardiovasculaire dans le groupe ventilé. Elle concernait des patients à FEVG altérée et la VAA est désormais contre-indiquée chez les patients à FEVG < 45%. Dans le registre FACE, les patients étaient inclus sous VAA quelle que soit la FEVG, et il y avait une diminution de la proportion d’apnées centrales, du risque de mortalité toute cause et du risque de mortalité cardiovasculaire. Les données à trois mois ont concerné 503 patients inclus de 2009 à 2018, et ont permis d’établir six clusters de patients 9 . Le premier cluster est proche de SERVE-HF et a en effet un mauvais pronostic. Le cinquième cluster est celui des patients avec apnées centrales et pFEVG, et présente un bon pronostic à condition d’être adhérent à la VAA. À deux ans, on constate également chez les patients adhérents une amélioration du score de qualité de sommeil PSQI, du score d’Epworth et de la qualité de vie 10. Ces bons résultats sur la qualité de vie sont confirmés par ceux de l’étude ADVENT-HF, récemment publiée, qui a inclus 741 patients à FEVG altérée ventilés sur machine de marque Philips 11. Il n’était pas retrouvé de surmortalité comme dans SERVE-HF, et dès la mise en route de la ventilation, une amélioration était observée sur la qualité de vie, la somnolence, et les paramètres du sommeil (augmentation du sommeil lent profond et du sommeil paradoxal, diminution des micro-éveils). Dans le registre FAACIL-VAA (35 centres en France, sept ans de suivi prévus, étude en cours), l’efficacité était moins bonne pour les SAS centraux induits par les médicaments, mais le score SF36, le score de fatigue de Pichot et l’échelle d’Epworth étaient significativement améliorés à 6 mois.

Au final, on retrouve donc une bonne efficacité de la ventilation auto asservie pour soulager les symptômes, et elle reste possible chez les patients à FEVG normale.

Nouvelles recommandations sur le SAS central

Sandrine Launois (Neuilly-sur-Seine) a terminé cette passionnante session en présentant les grandes lignes des recommandations à paraître sous l’égide de la SPLF et de la SFRMS, sur la prise en charge du SASC. Elles feront l’objet très prochainement d’une publication dans la revue « Médecine du Sommeil ». Elles comportent 27 recommandations pour le diagnostic, dont 13 CORE (avis d’expert lorsque la littérature est insuffisante), dix recommandations pour le diagnostic dont 3 CORE, et 21 recommandations pour le traitement, dont 8 CORE. Elles spécifient bien les critères diagnostiques de SAS central, d’hypopnée centrale, de respiration de Cheyne Stokes, la place du bilan complémentaire étiologique et préthérapeutique, et simplifient la prise en charge par rapport aux recommandations européennes précédentes.


D’après la session A05 « Les différentes facettes du Syndrome d’Apnées Centrales du Sommeil (SACS) » du vendredi 24 janvier 2024 et les communications :
« SACS central et risque cardio-vasculaire : fin de la controverse ? » de Marie-Pia D’ortho-Jarreau (Paris)
« Et si l’impact de la pression auto-asservie était avant tout symptomatique ? » de Jean-Claude Meurice (Poitiers)
• « Nouvelles recommandations sur la prise en charge du SACS » de Sandrine Launois (Neuilly Sur Seine)

Les différentes facettes du SAS central  Lire la suite »

DIU sommeil 2023-2024

 

DIU “Le sommeil et sa pathologie”

Année 2023-2024
Coordination : Pr C Schröder, W Trzepizur

Le contenu scientifique de cette formation est proposé par la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) et la SFRMS.

Cette formation est organisée conjointement par les facultés de médecine : Amiens, Angers, Besançon, Bordeaux, Brest, Dijon, Grenoble, Lille, Limoges, Montpellier, Nancy, Nantes, Paris Descartes, Paris Pierre et Marie Curie (UPMC), Paris Diderot, Paris-Sud, Paris Est-Créteil (UPEC), Poitiers, Rouen, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse, Tours.

Les diaporamas et vidéos sont exclusivement disponibles pour les étudiant·e·s inscrit·e·s en DIU Sommeil et sa pathologie de l’année 2023/2024

>>> Voir les cours 2023-2024 (accès protégé)


>>> Voir les cours 2022-2023 (protégé)

DIU sommeil 2023-2024 Lire la suite »

Retour en haut
SPLF-APPLI

GRATUIT
VOIR