Appréhender l’hétérogénéité des carcinomes épidermoïdes pulmonaires de stade IV par le testing moléculaire : premiers enseignements de la base ESME

Longtemps considérés comme peu concernés par les altérations génomiques ciblables (AGA) du fait de leur forte charge mutationnelle, les carcinomes épidermoïdes (CE) pulmonaires métastatiques demeurent aujourd’hui encore en marge des stratégies de testing moléculaire systématique.

Cette étude observationnelle rétrospective s’appuie sur la base ESME (NCT03848052), regroupant les données de 39 centres français, et inclut des patients atteints de CBNPC métastatique traités après 2015. Parmi plus de 5800 patients présentant un carcinome épidermoïde pulmonaire métastatique, seuls 22,3% ont bénéficié d’un testing moléculaire, mettant en évidence un recours encore très limité à l’analyse génomique dans cette histologie.

Les patients testés se distinguaient par des caractéristiques cliniques spécifiques : plus fréquemment des femmes, plus souvent non‑fumeurs ou peu tabagiques, traduisant une sélection conforme aux recommandations actuelles. Parmi les patients testés, une AGA était identifiée dans 13,6 % des cas, confirmant que les CE ne sont pas dépourvus de drivers oncogéniques exploitables. Les AGA concernaient principalement les gènes EGFR, KRAS, MET, ALK, ROS1, BRAF, RET et HER2, avec des fréquences variables.

Le message clé de cette étude tient à un paradoxe préoccupant : alors qu’une AGA est identifiée, l’accès à la thérapie ciblée correspondante n’est pas systématique et ne concerne que 57,4 % des patients. Ce décalage révèle une perte de chance potentielle et illustre les freins persistants à l’intégration du testing moléculaire dans la stratégie thérapeutique des CE pulmonaires.

Sur le plan pronostique, les patients CE porteurs d’une AGA traités par thérapie ciblée présentaient une tendance à une meilleure survie globale comparativement aux patients testés sans AGA (18,5 vs 13,3 mois). Bien que ces résultats n’atteignent pas la significativité statistique, ils suggèrent un bénéfice clinique potentiel des thérapies ciblées dans une population soigneusement sélectionnée. En revanche, les survies observées sous thérapies ciblées chez les patients atteints de CE demeurent inférieures à celles rapportées dans les carcinomes non épidermoïdes mutés, même après appariement sur les principaux facteurs pronostiques, soulignant l’impact déterminant de l’histologie sur le pronostic.

Au total, ces données rapportées de la base ESME montrent que le testing moléculaire reste insuffisamment réalisé chez les patients atteints de carcinome épidermoïde pulmonaire métastatique, alors qu’une proportion non négligeable d’entre eux présente des AGA. Ces résultats suggèrent un bénéfice potentiel des thérapies ciblées chez les patients traités, bien que moindre que dans les formes non épidermoïdes. Ces données plaident pour une meilleure intégration du testing moléculaire, au‑delà des profils cliniques « classiques », et pour une réflexion plus large sur la place des thérapies ciblées dans les CE, afin de ne pas priver certains patients d’options thérapeutiques potentiellement efficaces.


D’après la session AD06 Cancérologie-Poster 118 – Testing moléculaire et apport des thérapies ciblées dans le carcinome épidermoïde pulmonaire métastatique : données de la base ESME.

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