
La CPT de la peur



Thomas Gille, Service d’explorations fonctionnelles, Hôpital Avicenne, Bobigny
Bien que les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) soient un examen de routine non invasif, une proportion importante de patient·es sont inquiet·es à l’idée d’avoir à aller tester leur souffle. Par ailleurs, l’anxiété pourrait altérer la qualité des mesures.
EFeaR Factor
La session « Emerging tools and challenges in respiratory physiology » a donné lieu à deux présentations qui se sont intéressées aux liens entre l’appréhension ou l’anxiété et les EFR. Tout d’abord, le laboratoire d’EFR de l’hôpital Abderrahmen Mami à Tunis a conduit une étude prospective sur 213 patient·es (âge moyen 55 ± 15 ans ; 57 % de femmes) adressé·es pour réaliser leurs premières EFR, afin d’évaluer si le niveau d’anxiété altérait la réalisation des manœuvres. Les participant·es ont rempli le Perceived Stress Scale (PSS), une échelle pour laquelle un score ≥ 27 indique un niveau de stress élevé. Dans la population de l’étude, 42 % décrivaient un haut niveau de stress. Appartenir au groupe avec PSS ≥ 27 était significativement associé à une moins bonne réalisation des EFR pour plusieurs critères de qualité : début sous-optimal de l’expiration forcée (p = 0,004), variabilité du débit pendant la manœuvre (p = 0,001), absence de plateau expiratoire (p < 0,001), et effort sous-optimal (p < 0,001 en comparaison du groupe PSS < 27). En revanche, le score PSS n’avait pas d’influence sur la toux générée par l’examen, ni l’obtention de critères de reproductibilité acceptable.
La cabine de la terreur
Une deuxième présentation orale dans la même session s’est intéressée à la fréquence et les facteurs associés à une inquiétude avant de réaliser des EFR dans une cohorte française de 446 patient·es (âge moyen 60 ± 14 ans ; 43 % de femmes). Cette fois, les participant·es avaient déjà pratiqué des EFR au moins une fois, afin de ne pas capturer la peur de l’inconnu. Cependant, 189 participant·es (42 %) déclaraient ressentir une inquiétude à l’idée de réaliser les EFR. En analyse bivariée, les facteurs associés à la probabilité d’appartenir au groupe « Inquiétude avant EFR » étaient : le sexe féminin, une majoration de la fatigue depuis le dernier rendez-vous, une dyspnée évaluée à 3 ou 4 sur l’échelle mMRC, une capacité vitale forcée inférieure à la limite inférieure de la normale, la dégradation de la fonction pulmonaire par rapport aux dernières EFR de référence, un score d’anxiété HADS-A ≥ 11, et l’inquiétude à l’idée de réaliser d’autres examens complémentaires désagréables (bronchoscopie, IRM ou gaz du sang). En analyse multivariée, les facteurs indépendants qui restaient associés à l’inquiétude avant EFR étaient le sexe féminin, le score d’anxiété, et dans une moindre mesure la dégradation de la fonction. Les descripteurs les plus souvent cités par les participant·es étaient la peur de mal réaliser les manœuvres et la peur des résultats (plus de la moitié de l’effectif).Venaient ensuite la peur de l’occlusion lors de la pléthysmographie et la peur des conséquences du test (toux, dyspnée, fatigue).
Une problématique fréquente et probablement sous-estimée
Les EFR sont donc génératrices d’une inquiétude fréquente et parfois intense, alors qu’elles peuvent paraître « anodines » dans la communauté médicale. Des résultats similaires avaient d’ailleurs été décrits dans un laboratoire d’EFR néerlandais par le passé 1. Cette constatation pourrait avoir des implications sur la qualité de l’examen et les résultats rendus. Des actions de réassurance ciblées pourraient probablement être envisagées à condition d’identifier les patient·es susceptibles d’en bénéficier.
D’après Les présentations « Perceived stress and spirometry cooperation in adults undergoing first-time pulmonary function testing » (Soumaya Rebay) et « Apprehension and its determinants before undergoing pulmonary function tests » (Stéphanie Groutteau)
Lunsekimig dans l’asthme modéré à sévère : résultats de l’essai AIRCULES



Clairelyne Dupin, Paris
Le blocage bispécifique de la TSLP et de l’IL-13 par un seul anticorps démontre son bénéfice contre placebo dans un essai multicentrique de phase II.
Le lunsekimig est un nouvel anticorps monoclonal et bispécifique bloquant simultanément la TSLP et l’IL-13, visant ainsi l’inflammation de type 2 et non-type 2. Il génère un espoir depuis quelques années et la présentation de son mécanisme bispécifique. Les résultats de l’essai de phase II étaient donc un des moments les plus attendus de cet ERS pour la communauté des asthmologues.
Dans AIRCULES, essai de phase II randomisé en double aveugle contrôlé contre placebo, avec recherche de dose, 685 adultes atteints d’asthme modéré à sévère non contrôlé ont été randomisés (critères d’inclusion : GINA 4–5, ≥1 exacerbation dans l’année, ACQ-5 ≥1,5, VEMS 40–80 %).
Quatre schémas de lunsekimig ont été comparés au placebo : 60 mg et 300 mg toutes les 4 semaines (Q4W), 300 mg toutes les 8 semaines (Q8W), et 60 mg Q8W (bras exploratoire).
Le critère principal était le taux annualisé d’exacerbations à 48 semaines et le critère secondaire principal la variation du VEMS pré-bronchodilatateur.
Cette étude est positive sur tous ses critères hiérarchisés avec l’effet le plus important observé à la dose de 300 mg Q4W. Ainsi vs placebo, il était noté la réduction du taux annualisé d’exacerbations de 55,3 % (p=0,0016), un gain de VEMS pré-BD de 0,125 L (p=0,0183), rapide et soutenu jusqu’à la 48ème semaine, et un allongement du délai avant première exacerbation (réduction de risque de 39,9 (p=0,0483)). Le contrôle des symptômes (ACQ-5) et la qualité de vie (AQLQ) étaient également améliorés.
La réponse était plus marquée chez les patients exacerbateurs fréquents et présentant un phénotype inflammatoire de type 2 (FeNO élevée ou éosinophiles sanguins ≥300/µL), avec un bénéfice conservé dans tous les sous-groupes.
Le profil de tolérance était globalement comparable au placebo, sans décès survenu. Des événements indésirables graves sont survenus chez 6,4 % des patients sous lunsekimig contre 7,2 % sous placebo. Les anticorps anti-médicament, à titre généralement faible, n’ont pas eu d’impact sur l’efficacité ni sur la sécurité.
À la dose de 300 mg toutes les 4 semaines, le lunsekimig réduit significativement les exacerbations et améliore la fonction pulmonaire dans l’asthme modéré à sévère. Ces résultats soutiennent l’intérêt du double blocage TSLP/IL-13 dans l’asthme et doivent désormais être répliqués dans une phase III et comparés contre des biothérapies monospécifiques, afin de démontrer l’éventuel bénéfice additionnel.
D’après ALERT 2: Towards the golden age of respiratory science – Présentation n° 6575
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Phénotypage des patients sous VNI pour insuffisance respiratoire chronique



Léo Grassion, Service de Pneumologie, CHU de Bordeaux (Hôpital Haut-Lévêque)
Malgré une VNI optimisée, deux tiers des patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique rapportent une qualité de sommeil subjective altérée. Une analyse de clusters combinant 2 questionnaires (PSQUI et S3-VNI) identifie quatre phénotypes de symptômes résiduels
Les patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique (IRC) rapportent fréquemment des troubles du sommeil. Lorsqu’il existe une indication de traitement par ventilation non invasive (VNI), on espère que celle-ci permettra d’améliorer la qualité du sommeil..
C’est cette relation entre qualité de la ventilation rapportée par les patients (Via le questionnaire S3 NIV) et la qualité du sommeil (Evaluée à l’aide du Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI)) qui a été évaluée par l’étude présentée au congrès de l’ERS à Barcelone.
Une cohorte prospective de 488 patients sous VNI au long cours
Les auteurs ont inclus prospectivement 488 adultes sous VNI pour IRC, d’étiologie variée : syndrome obésité-hypoventilation (45 %), BPCO (23 %) et maladies neuromusculaires (32 %). Un clustering non supervisé par la méthode des k-médoïdes, fondé sur les scores totaux de PSQI et de S3-NIV, a été utilisé pour identifier des phénotypes de symptômes résiduels. Les caractéristiques cliniques, comorbidités, traitements, paramètres ventilatoires et critères physiologiques ont ensuite été comparés entre les phénotypes ainsi identifiés.
Une VNI efficace, mais une qualité de sommeil subjective souvent altérée
La population avait un âge médian de 64,5 ans, avec un IMC médian de 32,1 kg/m², et était sous VNI depuis 36,5 mois en médiane. Les paramètres « classiques » retrouvaient une bonne efficacité du traitement par VNI : PaCO2 médiane à 40,3 mmHg, observance moyenne de 7,2 heures par jour, et indice d’apnées-hypopnées résiduel médian à 1,4/h. Malgré cette VNI a priori optimisée, le score PSQI médian était de 7,0 avec 66 % des patients présentant une qualité de sommeil subjective altérée (PSQI > 5), soulignant un fardeau symptomatique résiduel important malgré un traitement à priori optimisé.
Quatre phénotypes retrouvés
Le clustering a permis d’individualiser 4 phénotypes distincts : 21,1 % des patients présentaient à la fois un sommeil et une ventilation perçue de moins bonne qualité (S–V–), 19,9 % un sommeil altéré associé à une ventilation perçue satisfaisante (S–V+), 22,7 % un sommeil plus préservé mais une ventilation perçue de moins bonne qualité (S+V–), et 36,3 %, le groupe le plus large, un profil globalement favorable sur les deux dimensions (S+V+). Sur les autres échelles de symptômes, les phénotypes avec sommeil altéré (S–V– et S–V+) présentaient des taux plus élevés de symptômes de dépression, d’insomnie, de syndrome des jambes sans repos, de fatigue, de plaintes cognitives ainsi que de recours aux psychotropes. Les phénotypes avec une moins bonne qualité perçue de la ventilation (S–V– et S+V–) rapportaient davantage d’effets secondaires liés à la VNI et une durée de VNI plus courte depuis son initiation.
Aucune différence sur les paramètres objectifs de VNI entre les phénotypes
À l’inverse, les réglages de VNI (fréquence de sécurité, IPAP, EPAP, recours à l’oxygénothérapie,) et les paramètres objectifs (observance sur les 30 derniers jours, indice d’apnées-hypopnées résiduel, SpO2 moyenne, index de désaturation, pourcentage de temps passé sous 90 % de SpO2, VEMS et CVF en % de la valeur théorique) ne différaient pas significativement entre les quatre phénotypes (p > 0,05 pour l’ensemble de ces paramètres).
Des phénotypes cliniquement pertinents invisibles à l’évaluation physiologique seule
Chez ces patients IRC sous VNI, majoritairement normocapniques, le phénotypage par autoquestionnaires met en évidence une hétérogénéité importante des profils de ventilation perçue et de sommeil, indépendante de la sévérité de la maladie respiratoire ou des paramètres de VNI. Selon les auteurs, ces clusters sont caractérisés par des différences de troubles du sommeil et de l’humeur associés, ainsi que par l’inconfort lié à la VNI, plutôt que par la sévérité de l’IRC ou les réglages ventilatoires. Ces résultats suggèrent que les symptômes rapportées par les patients captent des phénotypes cliniquement pertinents que l’évaluation physiologique conventionnelle seule ne permet pas d’identifier, et plaident pour leur utilisation systématique en complément du suivi objectif, afin de guider une prise en charge personnalisée des symptômes résiduels chez les patients sous VNI au long cours.
D’après la présentation de Pierre Tankéré et al., « Multidimensional Patient Reported Outcome Measures assessment in non-invasive ventilated patients: A cluster analysis of residual symptoms profiles » (Hospices Civils de Lyon et CHU de Grenoble), congrès de l’European Respiratory Society (ERS), Barcelone, Espagne, 5–9 septembre 2026.
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Biomarqueurs, phénotype et traitement personnalisé du SAHOS



Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU de Poitiers
La définition d’un biomarqueur pour prédire le développement de l’hypertension chez les patients avec apnée du sommeil et anticiper la réponse à la PPCconstitue une priorité de recherche et de pratique clinique.
Les biomarqueurs
Le profil tensionnel non dipper est présenté comme un biomarqueur clinique important. Son intérêt est double : il reflète un lien causal possible entre apnée du sommeil et hypertension et il est un prédicteur indépendant d’événements cardiovasculaires futurs, y compris chez des sujets normotendus. Il permet aussi de prédire l’apparition d’une hypertension masquée. Cela justifie l’importance de la mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures pour détecter un profil non dipper.
Les marqueurs d’hypoxie intermittente sont jugés plus pertinents que l’IAH traditionnel pour décrire la sévérité de la maladie. L’hypoxic burden est mis en avant comme marqueur particulièrement utile : il intègre la profondeur et la durée des désaturations. Il est associé à de meilleurs résultats cardiovasculaires et il semble aussi prédire une meilleure réponse à la PPC.
Le Delta heart rate est également évoqué comme marqueur de l’activation sympathique et de la fonction autonome cardiaque : une valeur élevée, au-delà de 10 battements/minute, prédit une plus forte baisse de la pression artérielle après traitement.
Des marqueurs de lésion vasculaire précoce sont proposés comme outils complémentaires : inflammation systémique, stress oxydatif, dysfonction endothéliale, rigidité vasculaire. Leur limite principale est leur faible spécificité, car ils peuvent aussi être influencés par l’obésité et d’autres comorbidités. Ils restent néanmoins utiles comme éléments additionnels dans une approche combinée.
Les microARN (pouvant être au sein des exosomes) sont présentés comme une piste prometteuse : ils régulent l’expression génique et interviennent dans de nombreux processus physiologiques et pathologiques.
Il est donc proposé de partir de la sévérité de l’apnée et de l’hypoxic burden, d’intégrer le profil tensionnel ambulatoire pour établir le lien causal, d’ajouter les facteurs démographiques et de comorbidité, de compléter par des marqueurs vasculaires et de renforcer la précision grâce aux signatures moléculaires. Le modèle final attendu est un biomarqueur multi-composants, capable d’améliorer la sensibilité et la spécificité.
La réponse aux traitements
Elle dépend du contexte phénotypique. Chez les patients avec hypertension résistante, l’effet des interventions est souvent plus limité. Chez les patients présentant un sommeil altéré, l’amélioration du sommeil peut renforcer le contrôle tensionnel.
Une idée forte est que le traitement de l’hypertension doit être combiné lorsque nécessaire : traitement antihypertenseur, prise en charge de l’insomnie, et correction des troubles respiratoires du sommeil.
Le débat sur le moment de prise du traitement anti-hypertenseur est également abordé. Une prise au coucher pourrait mieux réduire la pression nocturne dans certains cas. Cela ouvre la voie à une réflexion sur la chronothérapie.
Le suivi de ces patients montre des trajectoires de réponse différentes, avec une efficacité plus marquée sur la pression artérielle du soir que sur la pression du matin.
La surveillance de la réponse au traitement est recommandée surtout durant les six premiers mois après l’initiation thérapeutique. Le suivi doit intégrer : l’évolution de la pression artérielle au fil du temps, le poids, le tabagisme, et la qualité du sommeil.
Conclusion
La définition d’un biomarqueur pour prédire le développement de l’hypertension chez les patients avec apnée du sommeil et anticiper la réponse à la PPC constitue une priorité de recherche et de pratique clinique. Cette approche vise à améliorer non seulement le contrôle tensionnel, mais aussi le pronostic clinique global.
L’objectif à terme est de disposer d’outils permettant une médecine personnalisée, adaptée au profil physiopathologique de chaque patient.
D’après la session State of the art session: Sleep and breathing disorders From cause to treatment: obstructive sleep apnoea as a driver of hypertension and a target for prevention
Biomarkers and risk models: towards personalised treatment for hypertension in OSA Silke Ryan (Dublin, Ireland)
Phenotyping hypertensive patients with OSA: who benefits most from targeted interventions? Jean-Louis Pépin (Grenoble, France)
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La définition de la progression dans les PID, un enjeu pour le traitement ?



Jean Pastré, Paris
La définition retenue de la fibrose pulmonaire progressive peut-elle changer les résultats des essais cliniques ?
Plusieurs critères ont été proposés pour identifier les patients PID présentant une fibrose pulmonaire progressive (FPP). L’étude de phase III FIBRONNER-ILD récemment publiée 1 a évalué l’intérêt du nerandomilast dans les FPP et a démontré une réduction du déclin de la CVF à 52 semaines par rapport au placebo et un bénéfice clinique notamment sur la mortalité. Dans cette étude, les critères de progression utilisés à l’inclusion reprenaient ceux de l’étude INBUILD 2 évaluant le nintedanib dans la PPF. Une étude présentée par le Pr Cottin, sur la base de la cohorte FIBRONEER-ILD, vise à évaluer cette fois l’effet du nerandomilast chez les patients présentant cette fois les critères de progression selon les recommandations ATS/ERS/JRS/ALAT de 2022 3.
L’effet du nerandomilast conservé quelle que soit la définition de la progression utilisée
Dans cette étude reprenant les 1176 patients de FIBRONEER-ILD, 87,2% étaient identifiés comme répondant également à la définition de la progression selon les recommandations ATS/ERS/JRS/ALAT de 2022 et la répartition des PID progressives sous-jacente était comparable avec l’essai.
Dans cette population, l’effet du nerandomilast sur le déclin de la CVF était conservé, tout comme la diminution de la mortalité observée par rapport au placebo. Le risque combiné d’exacerbation, d’hospitalisation ou décès était également diminué mais seulement dans le groupe de patient sans exposition préalable au nintedanib. Le profil de tolérance était comparable par rapport à l’essai clinique.
En pratique, cette étude souligne que les résultats de FIBRONEER-ILD semblent applicables quels que soit la définition de la progression utilisée. Par ailleurs il est intéressant de noter que les critères INBUILD et reco/2022 semblent identifier globalement le même groupe de patients « progresseurs ». La définition plus récente des recommandations présente notamment la spécificité et l’intérêt d’utiliser la valeur absolue des paramètres fonctionnels et d’être définie sur 1 an (contre 2 ans dans les critères INBUILD) et est donc plus pragmatique et simple d’utilisation en pratique clinique. Il reste à définir si d’autres profils de patients progresseurs (exacerbateurs, hypoxiques ou développant des complications comme l’hypertension pulmonaire au cours du suivi) échappent à ces définitions ou pourraient bénéficier du traitement.
D’après la présentation: “Hot topics in progressive pulmonary fibrosis” “Effect of nerandomilast in patients with progressive pulmonairy fibrosis (PPF) according to guideline criteria: data from the FIBRONEER-ILD trial” – Orateurs: Pr V. Cottin
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Atteintes interstitielles de significations indéterminées (ILAs) : toujours autant de questions.



Jean Pastré, Paris
Les atteintes interstitielles de significations indéterminées (ILAs) ont fait l’objet d’un symposium complet
Définition des ILAs
Les atteintes interstitielles de significations indéterminées (ILAs) ont fait l’objet d’un symposium complet. Elles avaient bénéficié en 2025 d’une proposition d’évaluation et de prise en charge par l’ATS 1 avec une révision de leur définition. Celle-ci repose maintenant sur la découverte (fortuite ou non), dans une population (saine ou à risque, ex atteinte de connectivite) de lésions radiologiques bilatérales à type de verre dépoli, réticulations, distorsion, bronchectasie par traction et/ou rayon de miel, atteignant au moins 5% d’une zone pulmonaire (parmi 6 zones : supérieure, moyenne et inférieure, droite et gauche). Au cours de cette session, il a été rappelé qu’il ne s’agit pas d’une pathologie mais d’une entité radiologique de fréquence variable selon la population étudiée (de 2,5% chez les sujets sains, jusqu’ 16,7% chez les fumeurs). Leur risque principal est celui de la progression vers une pneumopathie interstitielle diffuse (jusqu’à 41% à 5 ans dans certaines séries). Les facteurs de risque d’ILAs sont le plus souvent également leurs facteurs de risque de progression. Parmi ceux-ci on retrouve l’âge, le tabac, la présence d’exposition respiratoire inhalées, les antécédents familiaux de PID, la présence du variant promoteur MUC5B, une altération de la fonction pulmonaire et surtout la présence d’éléments fibrosants au scanner (rayon de miel, bronchiectasie de traction ou distorsion architecturale). Le bilan initial doit comprendre une évaluation clinique et fonctionnelle et le suivi radiologique est proposé tous les 2/3 ans ou même annuellement en cas de risque de progression.
De nombreuses questions en suspens
Si les connaissances progressent en ce qui concerne l’évolution des ILAs et leurs facteurs de risque, cette session rappelle que de nombreuses questions restent non résolues. En effet, les modalités précises de surveillance, d’adressage spécialisé ou les critères précis de progression (pourtant bien définis dans les PID) restent à préciser dans cette entité. L’impact psychologique sur les patients et le poids sur le système de santé sont également encore inconnus. Par ailleurs, la limite entre ILAs et PID précoce reste à clarifier car avec elle se pose la question d’initiation précoce des traitements. Une étude de phase III (DROP-FPF, nerandomilast in ILAs + familial PF, NCT07201922) s’intéresse déjà à l’apport précoce d’un traitement antifibrosant dans cette population. Finalement, malgré toutes ces interrogations, les ILAs représentent une opportunité de mieux comprendre l’évolution des PID et peut-être un jour de sélectionner et traiter précocement les patients atteints de PID progressives.
D’après le symposium: “Interstitial Lung abnormalities: navigating the uncertainties of incidental radiological findings for patient benefit” – Orateurs: D Lynch (USA), M Molina Molina (Spain), L Fabbri (UK), S Tomassetti (Italy)
Du bénin au malin : le défi des cancers bronchiques sur papillomatose respiratoire



Vincent Fallet, Service de pneumologie hôpital Tenon, Paris
La papillomatose respiratoire récurrente avec atteinte pulmonaire expose à un risque majeur de transformation maligne. Présentée à l’ERS 2026, l’étude multicentrique française Papilloma-Lung décrit la plus grande cohorte de ces cancers rares. Elle met en évidence un profil clinique et histologique unique, tout en soulignant l’importance d’une prise en charge multimodale pour ces tumeurs au pronostic souvent favorable.
La papillomatose respiratoire récurrente (PRR) est une maladie chronique rare liée aux papillomavirus humains (HPV) 6 et 11. Son extension aux voies respiratoires inférieures survient chez environ 9% des patients atteints de PRR. Cette atteinte pulmonaire est redoutée en raison d’un risque de transformation maligne multiplié par 32 dans cette population.
Un profil clinique atypique
L’étude Papilloma-Lung, soutenue par le réseau OrphaLung, le GETIF, la SPLF et l’association de patients “Fighting RRP”, a identifié 19 cas de transformation maligne histologiquement prouvée. L’analyse de cette cohorte a révélé un profil différent par rapport aux cancers bronchiques classiques :
- Une nette prédominance féminine était observée (68% des cas)
- Un âge médian de 38.7 ans pour les formes juvéniles et 71.3 ans pour les formes de l’adulte
- Une majorité de ces patients n’avaient jamais fumé (58%)
- Le délai d’apparition était long, avec une médiane de 14 ans entre le diagnostic de PRR et la transformation maligne
- L’histologie retrouvait 100 % de carcinomes épidermoïdes
- Le génotypage viral (disponible pour 12 patients) confirmait l’implication des HPV 6, HPV 11, ou d’une co-infection HPV 6+11 dans la grande majorité des cas.
Des diagnostics précoces et un meilleur pronostic
Contrairement à la présentation habituelle des carcinomes épidermoïdes, ces tumeurs étaient majoritairement diagnostiquées à un stade localisé (12 cas sur 19), chez des patients conservant un excellent état général (Performance Status 0-1 dans 18 cas). Dans cette cohorte, les traitements incluaient la chirurgie (36,8%), la radiothérapie ou radio-chimiothérapie (36,8%), des résections endoscopiques (15,8%) ou des thérapies systémiques (10,5%). A un suivi médian de 3 ans, 63 % des patients était en vie et la médiane de survie globale n’était pas atteinte à la communication des résultats.
Sur le plan moléculaire, quelques altérations ciblables ont été identifiées de façon isolée (mutations BRAF, MET, ATM) et une expression de PD-L1 a été retrouvée dans 2 cas sur 5 évaluables (n=5), soulignant l’intérêt potentiel d’intégrer l’immunothérapie ou des thérapies ciblées dans les schémas futurs.
Devant ce sur-risque majeur de cancer, la surveillance radiologique de la PRR pulmonaire est un enjeu de taille chez de jeunes patients. S’il existe des recommandations internationales récentes, il n’y pas de consensus strict sur la fréquence de surveillance scanographique. La prudence reste de mise car chaque nodule ou lésion kystique peut potentiellement se transformer en lésion cancéreuse. Actuellement, le consensus s’oriente vers une surveillance minimale tous les 5 ans avec un scanner thoracique low dose en cas de PRR pulmonaire. Toutefois, une surveillance beaucoup plus rapprochée (avec un scanner annuel) parait indispensable et doit être discutée de façon collégiale, notamment si le patient répond par ailleurs aux critères classiques de dépistage du cancer pulmonaire ou de lésions rapidement évolutives. L’implication précoce d’une équipe multidisciplinaire dans des centres experts (OrphaLung) est indispensable à cette prise en soin complexe et spécifique.
D’après “Lung cancer in recurrent respiratory papillomatosis: data from the Papilloma-Lung study” – J.Slomka et al. – ERS 2026
Pour en savoir plus : https://respifil.fr/maladies-rares/maladies/papillomatose-respiratoire-recurrente-prr/
“A Clinical Consensus Statement on Pulmonary Recurrent Respiratory Papillomatosis” (Kohli et al., The Laryngoscope, 2025)
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Prospectives : de nouvelles pistes pour traiter les infections virales respiratoires



Louise Bondeelle,
Service de Pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse
Et si, demain, nous pouvions traiter plus directement les infections virales responsables des exacerbations et des lésions pulmonaires ? Deux travaux présentés à l’ERS illustrent des approches très différentes mais complémentaires.
Le vapendavir est une petite molécule antivirale administrée par voie orale, développée pour bloquer la réplication des rhinovirus. En ciblant directement le virus, l’objectif est notamment de pouvoir intervenir précocement lors d’une infection et potentiellement limiter l’intensité ou la durée des exacerbations respiratoires.
L’émodine est une molécule d’origine végétale, connue pour ses propriétés anti-inflammatoires et étudiée dans différents modèles expérimentaux. Dans ce travail, réalisé chez la souris infectée par le virus influenza, elle ne semble pas agir uniquement sur le virus mais surtout sur la réponse inflammatoire pulmonaire. Elle modifie le microbiote intestinal et diminue notamment la production de LPS, avec pour conséquence une moindre activation des voies TLR4/MyD88/NF-κB et ILC3/IL-17A, impliquées dans les lésions pulmonaires.
Deux approches qui pourraient, à terme, être complémentaires. Le vapendavir illustre la possibilité de cibler directement le virus, tandis que l’émodine explore la modulation de la réponse de l’hôte et de l’axe intestin-poumon. Pour notre pratique future, l’enjeu sera peut-être de disposer de traitements capables d’intervenir suffisamment tôt et de façon plus ciblée selon le virus et le profil inflammatoire du patient. Ces données restent toutefois préliminaires, notamment pour l’émodine qui n’a pour l’instant été évaluée que chez l’animal.
Session Présentations orales – Modérateurs : E Papadopoulou, T Wilkinso – Orateur :S Johnston, M Liu
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Vaccination contre le VRS : un intérêt confirmé chez les adultes atteints de maladie pulmonaire chronique ?



Louise Bondeelle,
Service de Pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse
Chez les patients atteints de maladie respiratoire chronique, le risque de complications liées aux infections hivernales est particulièrement élevé. Deux analyses présentées à l’ERS de Barcelone apportent des données utiles pour affiner notre discours en consultation et renforcer, lorsque cela est indiqué, la prévention vaccinale.
DAN-RSV est un essai pragmatique, randomisé, conduit au Danemark et en Galice au cours des saisons 2024-2025 et 2025-2026. Les participants étaient randomisés entre vaccination par RSVpreF et absence de vaccination. Le critère principal était l’hospitalisation liée au VRS. Lors de la première saison, près de 130 000 adultes de plus de 60 ans ont été inclus, dont 7% présentant une maladie respiratoire chronique. Dans le bras contrôle (non vacciné), les hospitalisations respiratoires liées au VRS étaient cinq fois plus fréquentes chez les porteurs de maladie respiratoire chronique. La vaccination par RSVpreF réduisait les hospitalisations liées au VRS, sans différence apparente d’efficacité selon la présence d’une maladie respiratoire chronique.
Concernant la grippe, l’analyse de FLUNITY-HD, portant sur 466 320 adultes de plus de 65 ans, montre que le vaccin antigrippal haute dose, contenant quatre fois plus d’antigène que le vaccin standard (60 µg vs 15 µg par souche), était associé à moins d’hospitalisations respiratoires et cardiorespiratoires, sans différence selon la présence d’une maladie respiratoire chronique. Chez les patients respiratoires chroniques, l’efficacité relative était toutefois de 4,4 % (IC95 % : -10,2 à 17,0), sans significativité statistique.
Pour la pratique, ces résultats nous donnent de nouveaux arguments pour proposer activement la vaccination à nos patients respiratoires à risque et les convaincre de se faire vacciner. Pour le VRS, le bénéfice du RSVpreF semble également présent chez les patients ayant une maladie respiratoire chronique. Pour la grippe, le vaccin haute dose réduit davantage les hospitalisations que le vaccin standard chez les sujets âgés, même si le bénéfice spécifique chez les patients respiratoires reste à confirmer. Les principales questions restent celles de l’efficacité selon le type et la sévérité de la maladie respiratoire et de l’impact sur les exacerbations. Bref, si nous avions déjà de bonnes raisons de vacciner, l’ERS nous en donne quelques-unes de plus pour en parler à nos patients !
Session Présentations orales – Modérateurs : E Papadopoulou, T Wilkinso – Orateur : L Steen Duus,
Mise à jour 2026 des recommandations de pratique clinique de l’ERS sur le traitement de l’HTAP



Simon Valentin, Département de Pneumologie, CHRU de Nancy
La mise à jour 2026 des recommandations de pratique clinique de l’ERS sur le traitement de l’HTAP précise, selon la stratification du risque au cours de suivi, la place du sotatercept en association aux autres traitements, ainsi que l’intérêt d’un cathétérisme cardiaque droit (CCD) de réévaluation. Ces recommandations s’appliquent aux patients atteints d’HTAP idiopathique, héritable, associée aux drogues et/ou toxiques ou associée aux connectivites.
1. Quelle place pour le sotatercept dans le nouvel algorithme thérapeutique ?
- Pour les patients à risque intermédiaire-bas, intermédiaire-haut ou à haut risque au cours du suivi.
Une méta-analyse portant sur les 4 études randomisées contrôlées est à l’origine de la recommandation par le panel d’expert (haut niveau de preuve) de traiter ces patients par du sotatercept, lorsqu’ils sont déjà sous traitement de l’HTAP.
- Pour les patients à bas risque de mortalité à 1 an, au cours du suivi.
Très peu de patients à bas risque étaient inclus dans les études randomisées contrôlées (29% dans STELLAR et 2% dans HYPERION uniquement). Pour cette raison, le panel d’expert ne propose pas de recommandation sur le traitement par sotatercept concernant cette population de patients. La décision thérapeutique doit ainsi être individualisée et le suivi doit se faire de manière régulière, en centre expert.
- Pour les patients au diagnostic
L’efficacité et la sécurité d’utilisation du sotatercept en première ligne (i.e., au diagnostic) ne sont pas connus et son utilisation au diagnostic n’est donc pas proposé. Les experts rappellent que le sotatercept est habituellement bien toléré dans la majorité des cas mais les effets secondaires peuvent entraîner des réductions de dose ou des interruptions de traitement.
2. Quelle place pour le cathétérisme cardiaque droit au cours du suivi ?
- Pour les patients à risque intermédiaire-bas, intermédiaire-haut ou à haut risque
Le CCD est recommandé (niveau de preuve faible) lorsque l’examen permet d’apporter des informations pronostiques importantes et/ou lorsque des conséquences thérapeutiques en sont attendues (avant escalade ou désescalade thérapeutique).
Dans certains sous-groupes, le CCD peut avoir une importance supplémentaires (i.e., évaluation de la réponse au long cours au NO, en cas d’indication de transplantation pulmonaire chez les patients atteints d’hypertension porto-pulmonaire ou en cas d’évaluation pour fermeture de shunt chez les patients atteints de cardiopathie congénitale)
- Pour les patients à bas risque de mortalité à 1 an.
En raison du faible nombre de patients inclus dans les études, le panel d’expert ne propose pas de recommandation concernant ce groupe de patients sur la nécessité ou non de réaliser un CCD de suivi.
En cas de désescalade thérapeutique dans ce groupe de patients, il semble raisonnable de procéder à un CCD de suivi.
De la même manière que présenté précédemment, dans certains sous-groupes, un CCD de suivi peut être envisagé.
Des progrès thérapeutiques et des questions en suspens
Cette mise à jour illustre la solidité de l’évidence obtenue en quelques années en faveur du sotatercept chez les patients à risque intermédiaire ou élevé, mais aussi la persistance d’incertitudes chez les patients à bas risque de décès, qu’il s’agisse du traitement par sotatercept ou de la place du CCD de suivi — des populations peu représentées dans les essais cliniques disponibles. Ces zones d’incertitude appellent, en pratique, une décision individualisée avec le patient, et, sur le plan de la recherche, des études dédiées à ces populations sous-représentées.
D’après la session, « 2026 ERS Clinical Practice Guidelines Update for the Treatment of Pulmonary Arterial Hypertension ».


