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Le syndrome de chevauchement : quand le SAHOS s’allie à la BPCO

Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU  de Poitiers

Au cours du syndrome de chevauchement BPCO–SAHOS, les symptômes de ces 2 pathologies vont être exacerbés. Il est donc nécessaire de détecter ce phénotype et d’adapter le traitement selon le profil du patient, afin de réduire les exacerbations, les hospitalisations et la mortalité.

Le sommeil est un état vulnérable, avec des modifications de la commande respiratoire, de la fonction des muscles respiratoires et de la mécanique pulmonaire. Chez les patients atteints de BPCO, ces altérations peuvent aggraver les variations de ventilation, d’oxygénation et de CO2. Le risque d’exacerbations sera alors plus marqué.

Le syndrome de chevauchement est associé à une augmentation de la mortalité toutes causes (X1.74). Il existe également un risque plus élevé d’exacerbations de BPCO.
Les patients BPCO à risque intermédiaire ou élevé de SAHOS ont un risque accru de décès ou d’hospitalisation, ont d’avantage d’exacerbations etune qualité de vie spécifique et générale plus faible. L’hypoxémie nocturne comme marqueur indirect du SAHOS a confirmé un mauvais pronostic, surtout dans les formes combinées. A noter qu’il existe un effet synergique du couple BPCO–SAHOS sur le risque cardiovasculaire chez les femmes.
En cas de syndrome de chevauchement, le patient présente un morphotype rond, avec tour de cou élevé, une qualité du sommeil plus altérée, moins de somnolence, mais une fatigue et des symptômes dépressifs. On note de nombreuses comorbidités cardiométaboliques. Il existe une pression artérielle plus élevée ainsi qu’une désaturation nocturne pus marquée. Ces éléments sont des signes d’alerte qui devront faire rechercher un SAHOS dans la BPCO, tout comme les exacerbations fréquentes.

Physiopathologie

 La BPCO peut favoriser le SAHOS par plusieurs mécanismes dont un IMC élevé, le tabagisme, l’usage de corticoïdes inhalés ou systémiques, l’accumulation de graisse cervicale, et la redistribution des fluides en décubitus.
À l’inverse, certains profils de BPCO semblent partiellement protecteurs et notamment en cas d’hyperinflation pulmonaire limitant l’obstruction des voies aériennes supérieures, en cas d’IMC bas, de diminution du sommeil paradoxal et éventuellement en cas de recours à l’oxygénothérapie.
Le phénotype bronchitique chronique paraît plus exposé au SAHOS, alors que le phénotype emphysémateux semble présenter certains facteurs protecteurs.

Chez les patients avec chevauchement BPCO-SAHOS, il est mis en évidence une cascade pro inflammatoire et un stress oxydant majoré, en lien avec la charge hypoxique et hypercapnique plus élevée. Ceci va être responsable des issues les plus défavorables notamment en termes de mortalité.
Dans ce contexte, la désaturation nocturne est souvent le meilleur marqueur de gravité.

Prise en charge

La prise en charge de la composante BPCO doit suivre les recommandations standard comprenant le choix du bronchodilatateur adapté, l’arrêt du tabac, une activité physique adaptée, une couverture vaccinale, et la réadaptation respiratoire pour les sous-groupes concernés.
Le traitement du SAHOS peut se faire en 1ère intention par PPC permettant une diminution des exacerbations, des hospitalisations et de la mortalité. En cas de syndrome de chevauchement, l’adhésion au traitement par pression positive est un levier majeur pour améliorer les résultats cliniques.
Chez les patients présentant un syndrome de chevauchement associé à une insuffisance respiratoire hypercapnique, la VNI permet une amélioration de la survie sans réadmission après une exacerbation sévère, ainsi qu’une réduction de la mortalité. De plus, on note une meilleure survie sous VNI chez ces patients que chez ceux ayant seulement une BPCO, ce qui suggère que le syndrome  de chevauchement constitue un phénotype particulièrement pertinent pour cette stratégie.

Conclusion

En présence d’une BPCO, il faut rechercher activement un SAHOS associé, car il est fréquent, souvent non diagnostiqué et associé à un surrisque cardiovasculaire et respiratoire. Le choix du traitement doit être guidé par le phénotype : la PPC pour un SAHOS prédominant sans hypercapnie ou la VNI dans le cas contraire
La prise en charge de ces patients doit être optimisée afin d’améliorer durablement leur pronostic.


D’après la session : Symposium: Uncontrolled obstructive airway disease: is obstructive sleep apnoea the missing link?
Pathophysiological crosstalk between sleep-disordered breathing and obstructive airway disease. Alexander Mathioudakis (Manchester, United Kingdom)
Clinical consequences of obstructive sleep apnoea in COPD and the impact of treatment. Dries Testelmans (Leuven, Belgium)
Evidence gaps and future perspectives on disease control and patient-related outcomes in patients with obstructive airway disease and sleep-disordered breathing. Sophia E. Schiza (Heraklion, Greece)

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Asthme, obésité, SAHOS : un cercle vicieux qui s’auto-entretient

Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU  de Poitiers

Environ 5 % de la population mondiale est concernée par l’association asthme et SAHOS. Cette coexistence est d’autant plus forte dans les formes sévères d’asthme.
L’obésité quant à elle est associée à un risque accru d’apnée du sommeil mais également au phénotype d’asthme tardif. Ces 3 pathologies étant très fréquemment associées, il est nécessaire de mettre en place un dépistage précoce.

Physiopathologie

Plusieurs facteurs liés à l’asthme peuvent augmenter la susceptibilité au SAHOS : l’inflammation des voies aériennes supérieures, l’obstruction nasale, l’obésité, le reflux gastro-œsophagien, l’exposition aux corticoïdes,  et l’inflammation persistante.
L’asthme présente aussi une variabilité circadienne avec la baisse du calibre bronchique en fin de nuit ou tôt le matin, l’augmentation du tonus vagal nocturne, la diminution du cortisol matinal et la majoration de l’hyperréactivité et des symptômes au réveil.
 Le SAOS peut à son tour aggraver l’asthme via l’inflammation plus marquée, l’orientation possible vers un phénotype neutrophilique, le risque accru d’exacerbations et une réponse potentiellement réduite aux corticoïdes.

De plus, l’obésité peut s’inviter dans ce binôme. Il existe des mécanismes partagés entre obésité et apnées, incluant la résistance à l’insuline, l’inflammation, le stress oxydatif, l’hypoxie intermittente, et l’augmentation du risque cardiovasculaire. Les données expérimentales et cliniques suggèrent que l’hypoxie intermittente chronique peut augmenter l’activité inflammatoire pulmonaire, favoriser l’activation de la voie NLRP3 et orienter la réponse immunitaire vers un profil plus pro-inflammatoire, notamment via les macrophages de type M1.

Chez les patients asthmatiques, il faut suspecter un trouble du sommeil lorsque les symptômes nocturnes persistent malgré l’optimisation du traitement de l’asthme. Il faut également l’envisager lorsqu’apparaissent une toux nocturne, des réveils, des difficultés d’endormissement, une somnolence diurne ou une fatigue. La présence de symptômes disproportionnés par rapport au contrôle de l’asthme doit également alerter le praticien.

Prise en charge

Le patient présentant les 3 pathologies associées doit être pris en charge dans sa globalité. Si seul l’asthme est pris en charge, l’effet est limité voire nul sur le SAHOS et inexistant sur l’obésité
A l’inverse, si l’on associe le traitement du SAHOS, cela va améliorer le contrôle de l’asthme, peut réduire les exacerbations et améliore le bien-être global du patient. Ceci justifie de rechercher activement une apnée du sommeil chez tout patient asthmatique obèse. La prise en charge de l’obésité va également améliorer la sévérité du SAHOS et améliorer aussi l’asthme. La chirurgie bariatrique a notamment déjà montré des effets favorables. En revanche, les nouvelles molécules anti-obésité, comme les agonistes du récepteur GLP-1, n’ont pas encore suffisamment de données dans l’asthme.

Conclusion

Les patients présentant un asthme associé à une obésité et un SAHOS, doivent être pris en charge précocement sur les trois plans. L’objectif est d’améliorer rapidement le confort, les symptômes et la qualité de vie, tout en réduisant l’inflammation et le risque de cercle vicieux entre ces maladies, pour une amélioration durable de l’état clinique du patient.


D’après la session : Hot topics: Advanced telemedicine for obstructive sleep apnoea
Application of telemedicine for diagnostic purposes in obstructive sleep apnoea. Marie Bruyneel (Brussels, Belgium)
ERS statement on advanced telemedicine in obstructive sleep apnoea. Johan Verbraecken (Edegem (Antwerp), Belgium)

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La spirométrie sans spiromètre : attachez vos ceintures !

Thomas Gille, Service d’explorations fonctionnelles, Hôpital Avicenne, Bobigny

Une équipe turque tente de développer une ceinture thoracique qui serait capable d’estimer les principales variables mesurées en spirométrie forcée… mais sans spiromètre !

Le problème de l’accès à la spirométrie

Alors que les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) et notamment la spirométrie sont une composante essentielle du suivi des maladies respiratoires chroniques, l’OMS estime que seulement 32 % des clinicien·nes ont accès à un spiromètre, avec de grandes disparités selon les pays et les systèmes de santé. C’est la raison pour laquelle une équipe de l’Université de Marmara en Turquie tente de mettre au point une ceinture thoracique qui serait capable d’estimer les valeurs de volumes maximal expiré dans la première seconde (VEMS) et de capacité vitale forcée (CVF) avec une précision suffisante, et pour un coût équivalent à seulement 2 ou 3 % du prix d’un spiromètre.

Un équipement simple en apparence 

Le principe de cette ceinture repose sur un senseur capable de détecter les mouvements thoraciques. Elle contient en effet un potentiomètre fonctionnant grossièrement comme un ressort. Son extension ou son relâchement indique au système le volume thoracique qui a été déplacé, les débits sont eux estimés selon la vitesse à laquelle ces volumes ont été déplacés. Le sujet portant la ceinture doit effectuer les mêmes manœuvres qu’un patient réalisant une spirométrie forcée classique : inspiration profonde, expiration brutale et immédiatement maximale, puis prolongée pendant plus de 6 secondes.

Dans ce travail pilote mené dans le cadre d’une thèse en collaboration avec l’industrie, 30 sujets volontaires en bonne santé (sexe masculin ; âge moyen 28 ans ; IMC moyen 24,4 ; 11 fumeurs / 19 non-fumeurs) ont réalisé des mesures simultanées comparant les valeurs obtenues avec la ceinture et avec un spiromètre.

Des premiers résultats encourageants

Une très forte corrélation a été observée entre les valeurs rendues par la ceinture et celles rendues par le spiromètre pour le VEMS (r = 0,86), la CVF (r = 0,94), et le rapport de Tiffeneau (r = 0,94). L’agrément était également bon concernant la classification en trouble ventilatoire obstructif ou rapport de Tiffeneau normal. Ces résultats préliminaires sont encourageants mais concernaient des résultats pour la plupart normaux ou subnormaux ; ils devront bien sûr être confirmés sur des effectifs de plus grande ampleur, comportant des femmes, des sujets plus variés sur l’échelle de l’index de masse corporelle, et surtout chez des patient·es avec une fonction pulmonaire plus altérée. Et qui sait, dans le futur il pourrait suffire de… serrer la ceinture pour faire de substantielles économies.


A partir de la présentation « Is wearable and cost-effective FEV1/FVC measurement device possible ? » (Ceren Derya Gültekin)

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La télémédecine : un outil intégré pour le diagnostic du SAHOS

Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU  de Poitiers

L’utilisation de la télémédecine au cours du diagnostic de SAHOS permet de diminuer les délais de prise en charge et de diviser par 2 le taux d’échec de l’enregistrement, avec la possibilité d’y associer une surveillance vidéo. Ces systèmes ont démontré leur intérêt et leur faisabilité clinique et technique. A noté malgré tout, la persistance de quelques limites.

La télémédecine s’inscrit dans une approche multidimensionnelle associant expertise clinique, technologies d’informations et dispositifs médicaux/capteurs. Dans le cadre du SAHOS, elle peut notamment être utilisée pour une 1ère consultation à distance mais également pour la réalisation d’examens du sommeil à domicile. Devant des délais pouvant être très longs pour un enregistrement du sommeil en laboratoire et un taux d’échec de l’enregistrement de 5 à 30%, la télémédecine a donc toute sa place pour le diagnostic du SAHOS.

Télé consultation 

La télémédecine peut organiser un parcours complet de prise en charge, et ce dès la 1ère consultation. Cependant, cela semble possible dans des contextes sélectionnés. Les études ont montré que bien que cette télé consultation soit jugée satisfaisante, elle reste globalement moins bien perçue que la consultation hospitalière classique.
Les points positifs relevés sont : un accès plus facile aux professionnels de santé dans certaines situations avec une utilité toute particulière en zone rurale ou quand l’accès à l’hôpital est difficile. Elle est tout à fait compatible avec une première évaluation basée sur un interrogatoire structuré et des questionnaires cliniques. Cependant, la compréhension des consignes est parfois plus difficile en téléconsultation qu’en présentiel, notamment pour l’usage de la PPC ou des dispositifs de test. Les consultations semblent moins standardisées sans trame structurée, avec l’absence d’examen clinique et une difficulté à percevoir certains signes cliniques. La téléconsultation doit donc être structurée et homogénéisée, mais ne doit pas être généralisée à tous les patients

Enregistrement du sommeil

La télétransmission concerne l’envoi à distance des données d’une polygraphie ou polysomnographie réalisée à domicile. En cas de suspicion de SAHOS, il est possible d’orienter le patient vers une poly(somno)graphie par télétransmission. La confirmation du diagnostic sera suivie d’une (télé)consultation. Cependant, la télémédecine ne doit pas être vue comme un remplacement universel du parcours de soin « classique » mais comme une solution adaptée à des contextes spécifiques. De nouveaux outils diagnostiques s’offrent à nous (bague, montre, bandeaux). Ces outils miniaturisés permettent des enregistrement multi-nuits. Ils donnent accès aux nouveaux biomarqueurs tels que la charge hypoxique, la variabilité de la fréquence cardiaque ou encore la variabilité de l’amplitude de l’onde de pouls. La polysomnographie télé monitorée reste utile pour le diagnostic, mais son développement futur paraît limité face à ces nouvelles technologies

Limites

Bien que la télémédecine ait fait ses preuves (réduction des coûts directs et indirects, limitation des hospitalisations, des déplacements, prise en charge plus centrée sur le patient), des limites persistent à ce jour. On retrouve notamment les aspects techniques, les problèmes de réglementation et de confidentialité ainsi que la question de la responsabilité du médecin mais également du patient.
Le coût global reste encore élevé dans la majorité des pays européens.

Point de vue de l’ERS La polysomnographie à distance avec supervision est techniquement faisable et réduit les échecs des études du sommeil à domicile. La transmission des données est faisable, raccourcit le délai diagnostique et peut réduire les coûts. Les téléconsultations sont faisables, bien acceptées et associées à une bonne satisfaction des patients. Les économies proviennent notamment de l’absence d’hospitalisation, de la baisse des frais de déplacement et de la réduction de l’absentéisme professionnel.

Conclusion

La télémédecine est déjà un outil réellement intégré à la pratique de la médecine du sommeil, avec des bénéfices démontrés sur la faisabilité, l’accès aux soins et, à court terme, l’observance.
Elle reste surtout pertinente dans des parcours ciblés et encadrés.


D’après la session : Hot topics: Advanced telemedicine for obstructive sleep apnoea
Application of telemedicine for diagnostic purposes in obstructive sleep apnoea. Marie Bruyneel (Brussels, Belgium)
ERS statement on advanced telemedicine in obstructive sleep apnoea. Johan Verbraecken (Edegem (Antwerp), Belgium)

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Quid des recommandations de la ventilation auto asservie de 2025 ?

Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU  de Poitiers

Le débat concernant l’utilisation de la ventilation auto asservie (ASV) a été relancé suite aux résultats de l’étude SERVE-HF mettant en évidence une majoration du risque de décès chez les patients insuffisants cardiaques à FeVG altérée. D’où la nécessité des recommandations de 2025. Mais ces recommandations ont soulevé de nombreuses réactions.

Les données observationnelles et de suivi montrent que le syndrome d’apnées du sommeil, qu’il soit obstructif ou central, est associé à un moins bon pronostic chez les patients avec insuffisance cardiaque et fraction d’éjection altérée. Les patients traités pour apnée du sommeil semblent avoir un pronostic proche de celui des patients sans apnée, alors que les patients non traités présentent une évolution plus défavorable. Le sujet est donc cliniquement important, car il touche à la fois la mortalité, les hospitalisations, les paramètres cardiovasculaires, et la qualité de vie.
Dans la littérature, les données de suivi de patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque avec fraction d’éjection réduite montrent une augmentation de la mortalité en cas de syndrome d’apnées centrales ou obstructives non traité, et une amélioration du pronostic lorsque l’apnée est prise en charge. Cela fournit un argument fort en faveur du traitement, car l’objectif n’est pas seulement de corriger les troubles respiratoires nocturnes, mais aussi d’améliorer les issues cliniques globales.

Fonctionnement de l’ASV
L’ASV ajuste automatiquement le soutien ventilatoire selon le profil respiratoire du patient :
elle augmente le support pendant les phases d’hypoventilation au cours de la respiration périodique et le réduit pendant les phases d’hyperventilation. Les dispositifs les plus avancés combinent une pression expiratoire positive adaptée à la composante obstructive et un support de pression variable pour corriger les apnées centrales. L’objectif est de stabiliser la respiration nocturne tout en tenant compte des variations du débit ventilatoire.

Recommandations
Pour un patient souffrant d’apnée du sommeil, il faut d’abord déterminer si le syndrome d’apnées est principalement obstructif ou au contraire principalement central.
En cas d’apnées obstructives prédominantes, la PPC peut être utilisée en première intention, puis on peut envisager un passage à l’ASV si nécessaire.
En cas d’apnée centrale prédominante chez un patient insuffisant cardiaque, il faut d’abord optimiser  le traitement cardiaque. Puis la PPC peut être essayée en première étape. L’ASV peut ensuite être proposée dans des centres expérimentés. L’ASV n’est pas recommandée en première ligne de façon systématique, non par crainte d’un risque démontré dans les données récentes, mais parce que la PPC est plus simple, plus accessible et moins coûteuse.
L’ASV doit être introduite de préférence dans des centres expérimentés, avec supervision, afin de sécuriser les premières utilisations et d’acquérir de l’expérience.
Chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque très sévère (FeVG <30%) dans un contexte palliatif, l’ASV ne doit être utilisée que si le patient en tire un bénéfice clair, notamment moins d’hospitalisations, moins de dyspnée et une amélioration symptomatique tangible.

Conclusion :

La prise en charge des patients suit une logique progressive en identifiant le type d’apnée, optimisant le traitement cardiaque, commençant par la PPC lorsque cela est approprié et en passant à l’ASV dans les cas sélectionnés et sous supervision spécialisée.
Cette stratégie vise à améliorer à la fois le contrôle respiratoire nocturne, la qualité de vie et les résultats cardiovasculaires.


D’après la session Experts interview: Adaptive servo-ventilation in heart failure following new 2025 guidelines: what has changed in clinical practice?
Adaptive servo-ventilation (ASV) in heart failure after the new guidelines from 2025: What has changed in clinical practice? Winfried J. Randerath (Solingen, Germany)

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La télémédecine dans le traitement du SAHOS : une perspective déjà installée

Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU  de Poitiers

L’intérêt de la télémédecine et de la télésurveillance est réel dans la prise en charge thérapeutique de l’apnée obstructive du sommeil, avec un objectif clinique clair : améliorer le suivi des patients sous traitement, en particulier sous PPC.

Le suivi classique du SAHOS est décrit comme ponctuel et transversal : consultation en présentiel, contrôle de l’observance moyenne, de la tolérance, des fuites et des bénéfices attendus. L’intégration de la télémédecine permet de passer à une logique plus longitudinale, avec un suivi continu du patient après la titration, afin d’améliorer l’adhésion au traitement, le contrôle des événements résiduels et la qualité du suivi à long terme.


Bien que la télémédecine reste encore insuffisamment utilisée pour le diagnostic du SAHOS, elle est aujourd’hui bien implantée pour le suivi et le traitement. En France, 95% des patients sont suivis quotidiennement pendant toute la durée du traitement. Ceci suite aux recommandations de l’American Academy of Sleep Medicine de 2019.
La télésurveillance apporte plusieurs informations utiles au-delà du simple IAH résiduel : la détection d’une utilisation discontinue du dispositif (non observance le week-end), le repérage de rythmes de sommeil irréguliers, de privation chronique de sommeil ou d’insomnie, la mise en évidence de variations importantes de l’IAH selon les nuits, l’identification de fuites excessives et éventuellement la détection d’un SAS central émergent (pouvant conduire à réduire la pression de la PPC voire à passer à une ventilation auto-asservie).
Un autre signal clinique important est la détection de certains profils respiratoires (Cheyne-Stokes) sur les courbes de pression, associés à un risque accru d’événements cardiovasculaires ultérieurs. La télésurveillance permet donc aussi une logique de prévention.

La télésurveillance par ses nombreuses informations permet d’adapter rapidement la prise en charge: ajustement du masque, correction des fuites, adaptation de la pression, changement de mode ventilatoire si nécessaire. Il existe également un intérêt éducatif du télé-suivi : discussion avec les patients sur les habitudes de sommeil, sensibilisation aux facteurs de risque liés au manque chronique de sommeil et accompagnement des patients présentant des rythmes anarchiques ou une mauvaise utilisation du dispositif.
Le  médecin doit interpréter les données de télésurveillance en lien avec les symptômes, la qualité de vie, la qualité du sommeil, les comorbidités, l’observance et les fuites.
La question de la fréquence de surveillance est posée, car les données générées sont nombreuses.
Les recommandations françaises suggèrent de prendre en charge un IAH > 10/h s’il persiste plus de 7 jours alors qu’une position plus récente évoquant une surveillance sur 2 à 5 jours chez l’adulte.
Sur le plan économique, la télésurveillance est jugée coût-efficace pour le patient, notamment en réduisant les déplacements et les pertes de temps de travail.
Son intérêt pour le système de santé reste plus incertain, car elle peut augmenter les visites téléphoniques, les interventions infirmières et les actes médicaux.

Point de vue de l’ERS 

Le télésuivi du traitement par PPC est techniquement faisable avec les technologies actuelles. Il est le plus souvent non inférieur aux soins standards à court terme, surtout sur des suivis de 3 à 6 mois. Mais les preuves sont beaucoup plus limitées au-delà de 12 mois. Le taux d’arrêt du traitement est insuffisamment documenté mais l’acceptation et la satisfaction des patients sont globalement bonnes. Les données suggèrent que, si l’observance est adéquate, la consommation de soins peut diminuer. Les bénéfices paraissent particulièrement pertinents chez les patients à haut risque ou avec des comorbidités comme une insuffisance cardiaque, une BPCO, un diabète ou un antécédent d’AVC. L’objectif est de construire une prise en charge plus holistique, mais en tenant compte des ressources nécessaires.
A noter que la télémédecine semble déjà largement intégrée dans la pratique clinique courante.
Pour finir, le rapport des experts insiste sur la nécessité d’adapter les stratégies à chaque patient, avec des approches individualisées plutôt qu’un modèle unique.

Conclusion

La télémédecine est un nouvel écosystème de soins, dans lequel la prise en charge sort du cadre strict de la consultation sans perte de qualité. Les leviers de soutien évoqués sont le suivi en temps réel, l’engagement du patient par des outils dédiés, la collaboration avec les soignants de proximité et l’apport futur de l’intelligence artificielle pour restructurer le suivi.


D’après la session : Hot topics: Advanced telemedicine for obstructive sleep apnoea
Therapeutic management based on telemedicine in obstructive sleep apnoea. Sébastien Baillieul (Grenoble, France)

ERS statement on advanced telemedicine in obstructive sleep apnoea. Johan Verbraecken (Edegem (Antwerp), Belgium)

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La CPT de la peur

Thomas Gille, Service d’explorations fonctionnelles, Hôpital Avicenne, Bobigny

Bien que les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) soient un examen de routine non invasif, une proportion importante de patient·es sont inquiet·es à l’idée d’avoir à aller tester leur souffle. Par ailleurs, l’anxiété pourrait altérer la qualité des mesures.

EFeaR Factor

La session « Emerging tools and challenges in respiratory physiology » a donné lieu à deux présentations qui se sont intéressées aux liens entre l’appréhension ou l’anxiété et les EFR. Tout d’abord, le laboratoire d’EFR de l’hôpital Abderrahmen Mami à Tunis a conduit une étude prospective sur 213 patient·es (âge moyen 55 ± 15 ans ; 57 % de femmes) adressé·es pour réaliser leurs premières EFR, afin d’évaluer si le niveau d’anxiété altérait la réalisation des manœuvres. Les participant·es ont rempli le Perceived Stress Scale (PSS), une échelle pour laquelle un score ≥ 27 indique un niveau de stress élevé. Dans la population de l’étude, 42 % décrivaient un haut niveau de stress. Appartenir au groupe avec PSS ≥ 27 était significativement associé à une moins bonne réalisation des EFR pour plusieurs critères de qualité : début sous-optimal de l’expiration forcée (p = 0,004), variabilité du débit pendant la manœuvre (p = 0,001), absence de plateau expiratoire (p < 0,001), et effort sous-optimal (p < 0,001 en comparaison du groupe PSS < 27). En revanche, le score PSS n’avait pas d’influence sur la toux générée par l’examen, ni l’obtention de critères de reproductibilité acceptable.

La cabine de la terreur

Une deuxième présentation orale dans la même session s’est intéressée à la fréquence et les facteurs associés à une inquiétude avant de réaliser des EFR dans une cohorte française de 446 patient·es (âge moyen 60 ± 14 ans ; 43 % de femmes). Cette fois, les participant·es avaient déjà pratiqué des EFR au moins une fois, afin de ne pas capturer la peur de l’inconnu. Cependant, 189 participant·es (42 %) déclaraient ressentir une inquiétude à l’idée de réaliser les EFR. En analyse bivariée, les facteurs associés à la probabilité d’appartenir au groupe « Inquiétude avant EFR » étaient : le sexe féminin, une majoration de la fatigue depuis le dernier rendez-vous, une dyspnée évaluée à 3 ou 4 sur l’échelle mMRC, une capacité vitale forcée inférieure à la limite inférieure de la normale, la dégradation de la fonction pulmonaire par rapport aux dernières EFR de référence, un score d’anxiété HADS-A ≥ 11, et l’inquiétude à l’idée de réaliser d’autres examens complémentaires désagréables (bronchoscopie, IRM ou gaz du sang). En analyse multivariée, les facteurs indépendants qui restaient associés à l’inquiétude avant EFR étaient le sexe féminin, le score d’anxiété, et dans une moindre mesure la dégradation de la fonction. Les descripteurs les plus souvent cités par les participant·es étaient la peur de mal réaliser les manœuvres et la peur des résultats (plus de la moitié de l’effectif).Venaient ensuite la peur de l’occlusion lors de la pléthysmographie et la peur des conséquences du test (toux, dyspnée, fatigue).

Une problématique fréquente et probablement sous-estimée

Les EFR sont donc génératrices d’une inquiétude fréquente et parfois intense, alors qu’elles peuvent paraître « anodines » dans la communauté médicale. Des résultats similaires avaient d’ailleurs été décrits dans un laboratoire d’EFR néerlandais par le passé 1. Cette constatation pourrait avoir des implications sur la qualité de l’examen et les résultats rendus. Des actions de réassurance ciblées pourraient probablement être envisagées à condition d’identifier les patient·es susceptibles d’en bénéficier.


D’après Les présentations « Perceived stress and spirometry cooperation in adults undergoing first-time pulmonary function testing » (Soumaya Rebay) et « Apprehension and its determinants before undergoing pulmonary function tests » (Stéphanie Groutteau)

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Lunsekimig dans l’asthme modéré à sévère : résultats de l’essai AIRCULES

Clairelyne Dupin, Paris

Le blocage bispécifique de la TSLP et de l’IL-13 par un seul anticorps démontre son bénéfice contre placebo dans un essai multicentrique de phase II.

Le lunsekimig est un nouvel anticorps monoclonal et bispécifique bloquant simultanément la TSLP et l’IL-13, visant ainsi l’inflammation de type 2 et non-type 2. Il génère un espoir depuis quelques années et la présentation de son mécanisme bispécifique.  Les résultats de l’essai de phase II étaient donc un des moments les plus attendus de cet ERS pour la communauté des asthmologues.  

Dans AIRCULES, essai de phase II randomisé en double aveugle contrôlé contre placebo, avec recherche de dose, 685 adultes atteints d’asthme modéré à sévère non contrôlé ont été randomisés (critères d’inclusion : GINA 4–5, ≥1 exacerbation dans l’année, ACQ-5 ≥1,5, VEMS 40–80 %).

Quatre schémas de lunsekimig ont été comparés au placebo : 60 mg et 300 mg toutes les 4 semaines (Q4W), 300 mg toutes les 8 semaines (Q8W), et 60 mg Q8W (bras exploratoire).

Le critère principal était le taux annualisé d’exacerbations à 48 semaines et le critère secondaire principal la variation du VEMS pré-bronchodilatateur.

Cette étude est positive sur tous ses critères hiérarchisés avec l’effet le plus important observé à la dose de 300 mg Q4W. Ainsi vs placebo,  il était noté la réduction du taux annualisé d’exacerbations de 55,3 % (p=0,0016), un gain de VEMS pré-BD de 0,125 L (p=0,0183), rapide et soutenu jusqu’à la 48ème semaine, et un allongement du délai avant première exacerbation (réduction de risque de 39,9 (p=0,0483)). Le contrôle des symptômes (ACQ-5) et la qualité de vie (AQLQ) étaient également améliorés.

La réponse était plus marquée chez les patients exacerbateurs fréquents et présentant un phénotype inflammatoire de type 2 (FeNO élevée ou éosinophiles sanguins ≥300/µL), avec un bénéfice conservé dans tous les sous-groupes.

Le profil de tolérance était globalement comparable au placebo, sans décès survenu. Des événements indésirables graves sont survenus chez 6,4 % des patients sous lunsekimig contre 7,2 % sous placebo. Les anticorps anti-médicament, à titre généralement faible, n’ont pas eu d’impact sur l’efficacité ni sur la sécurité.

À la dose de 300 mg toutes les 4 semaines, le lunsekimig réduit significativement les exacerbations et améliore la fonction pulmonaire dans l’asthme modéré à sévère. Ces résultats soutiennent l’intérêt du double blocage TSLP/IL-13 dans l’asthme et doivent désormais être répliqués dans une phase III et comparés contre des biothérapies monospécifiques, afin de démontrer l’éventuel bénéfice additionnel.


D’après ALERT 2: Towards the golden age of respiratory science – Présentation n° 6575

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Phénotypage des patients sous VNI pour insuffisance respiratoire chronique

Léo Grassion, Service de Pneumologie, CHU de Bordeaux (Hôpital Haut-Lévêque)

Malgré une VNI optimisée, deux tiers des patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique rapportent une qualité de sommeil subjective altérée. Une analyse de clusters combinant 2 questionnaires (PSQUI et S3-VNI) identifie quatre phénotypes de symptômes résiduels

Les patients atteints d’insuffisance respiratoire chronique (IRC) rapportent fréquemment des troubles du sommeil. Lorsqu’il existe une indication de traitement par ventilation non invasive (VNI), on espère que celle-ci permettra d’améliorer la qualité du sommeil..

C’est cette relation entre qualité de la ventilation rapportée par les patients (Via le questionnaire S3 NIV) et la qualité du sommeil (Evaluée à l’aide du Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI)) qui a été évaluée par l’étude présentée au congrès de l’ERS à Barcelone.

Une cohorte prospective de 488 patients sous VNI au long cours

Les auteurs ont inclus prospectivement 488 adultes sous VNI pour IRC, d’étiologie variée : syndrome obésité-hypoventilation (45 %), BPCO (23 %) et maladies neuromusculaires (32 %). Un clustering non supervisé par la méthode des k-médoïdes, fondé sur les scores totaux de PSQI et de S3-NIV, a été utilisé pour identifier des phénotypes de symptômes résiduels. Les caractéristiques cliniques, comorbidités, traitements, paramètres ventilatoires et critères physiologiques ont ensuite été comparés entre les phénotypes ainsi identifiés.

Une VNI efficace, mais une qualité de sommeil subjective souvent altérée

La population avait un âge médian de 64,5 ans, avec un IMC médian de 32,1 kg/m², et était sous VNI depuis 36,5 mois en médiane. Les paramètres « classiques » retrouvaient une bonne efficacité du traitement par VNI : PaCO2 médiane à 40,3 mmHg, observance moyenne de 7,2 heures par jour, et indice d’apnées-hypopnées résiduel médian à 1,4/h. Malgré cette VNI a priori optimisée, le score PSQI médian était de 7,0 avec 66 % des patients présentant une qualité de sommeil subjective altérée (PSQI > 5), soulignant un fardeau symptomatique résiduel important malgré un traitement à priori optimisé.

Quatre phénotypes retrouvés

Le clustering a permis d’individualiser 4 phénotypes distincts : 21,1 % des patients présentaient à la fois un sommeil et une ventilation perçue de moins bonne qualité (S–V–), 19,9 % un sommeil altéré associé à une ventilation perçue satisfaisante (S–V+), 22,7 % un sommeil plus préservé mais une ventilation perçue de moins bonne qualité (S+V–), et 36,3 %, le groupe le plus large, un profil globalement favorable sur les deux dimensions (S+V+). Sur les autres échelles de symptômes, les phénotypes avec sommeil altéré (S–V– et S–V+) présentaient des taux plus élevés de symptômes de dépression, d’insomnie, de syndrome des jambes sans repos, de fatigue, de plaintes cognitives ainsi que de recours aux psychotropes. Les phénotypes avec une moins bonne qualité perçue de la ventilation (S–V– et S+V–) rapportaient davantage d’effets secondaires liés à la VNI et une durée de VNI plus courte depuis son initiation.

Aucune différence sur les paramètres objectifs de VNI entre les phénotypes

À l’inverse, les réglages de VNI (fréquence de sécurité, IPAP, EPAP, recours à l’oxygénothérapie,) et les paramètres objectifs (observance sur les 30 derniers jours, indice d’apnées-hypopnées résiduel, SpO2 moyenne, index de désaturation, pourcentage de temps passé sous 90 % de SpO2, VEMS et CVF en % de la valeur théorique) ne différaient pas significativement entre les quatre phénotypes (p > 0,05 pour l’ensemble de ces paramètres).

Des phénotypes cliniquement pertinents invisibles à l’évaluation physiologique seule

Chez ces patients IRC sous VNI, majoritairement normocapniques, le phénotypage par autoquestionnaires met en évidence une hétérogénéité importante des profils de ventilation perçue et de sommeil, indépendante de la sévérité de la maladie respiratoire ou des paramètres de VNI. Selon les auteurs, ces clusters sont caractérisés par des différences de troubles du sommeil et de l’humeur associés, ainsi que par l’inconfort lié à la VNI, plutôt que par la sévérité de l’IRC ou les réglages ventilatoires. Ces résultats suggèrent que les symptômes rapportées par les patients captent des phénotypes cliniquement pertinents que l’évaluation physiologique conventionnelle seule ne permet pas d’identifier, et plaident pour leur utilisation systématique en complément du suivi objectif, afin de guider une prise en charge personnalisée des symptômes résiduels chez les patients sous VNI au long cours.


D’après la présentation de Pierre Tankéré et al., « Multidimensional Patient Reported Outcome Measures assessment in non-invasive ventilated patients: A cluster analysis of residual symptoms profiles » (Hospices Civils de Lyon et CHU de Grenoble), congrès de l’European Respiratory Society (ERS), Barcelone, Espagne, 5–9 septembre 2026.

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Biomarqueurs, phénotype et traitement personnalisé du SAHOS

Vanessa Bironneau, Service de Pneumologie, CHU  de Poitiers

La définition d’un biomarqueur pour prédire le développement de l’hypertension chez les patients avec apnée du sommeil et anticiper la réponse à la PPCconstitue une priorité de recherche et de pratique clinique.

Les biomarqueurs

Le profil tensionnel non dipper est présenté comme un biomarqueur clinique important. Son intérêt est double : il reflète un lien causal possible entre apnée du sommeil et hypertension et il est un prédicteur indépendant d’événements cardiovasculaires futurs, y compris chez des sujets normotendus. Il permet aussi de prédire l’apparition d’une hypertension masquée. Cela justifie l’importance de la mesure ambulatoire de la pression artérielle sur 24 heures pour détecter un profil non dipper.

Les marqueurs d’hypoxie intermittente sont jugés plus pertinents que l’IAH traditionnel pour décrire la sévérité de la maladie. L’hypoxic burden est mis en avant comme marqueur particulièrement utile : il intègre la profondeur et la durée des désaturations. Il est associé à de meilleurs résultats cardiovasculaires et il semble aussi prédire une meilleure réponse à la PPC.

Le Delta heart rate est également évoqué comme marqueur de l’activation sympathique et de la fonction autonome cardiaque : une valeur élevée, au-delà de 10 battements/minute, prédit une plus forte baisse de la pression artérielle après traitement.
 Des marqueurs de lésion vasculaire précoce sont proposés comme outils complémentaires : inflammation systémique, stress oxydatif, dysfonction endothéliale, rigidité vasculaire. Leur limite principale est leur faible spécificité, car ils peuvent aussi être influencés par l’obésité et d’autres comorbidités. Ils restent néanmoins utiles comme éléments additionnels dans une approche combinée.
Les microARN (pouvant être au sein des exosomes) sont présentés comme une piste prometteuse : ils régulent l’expression génique et interviennent dans de nombreux processus physiologiques et pathologiques.

Il est donc proposé de partir de la sévérité de l’apnée et de l’hypoxic burden, d’intégrer le profil tensionnel ambulatoire pour établir le lien causal, d’ajouter les facteurs démographiques et de comorbidité, de compléter par des marqueurs vasculaires et de renforcer la précision grâce aux signatures moléculaires. Le modèle final attendu est un biomarqueur multi-composants, capable d’améliorer la sensibilité et la spécificité.

La réponse aux traitements

Elle dépend du contexte phénotypique. Chez les patients avec hypertension résistante, l’effet des interventions est souvent plus limité. Chez les patients présentant un sommeil altéré, l’amélioration du sommeil peut renforcer le contrôle tensionnel.
Une idée forte est que le traitement de l’hypertension doit être combiné lorsque nécessaire : traitement antihypertenseur, prise en charge de l’insomnie, et correction des troubles respiratoires du sommeil.
Le débat sur le moment de prise du traitement anti-hypertenseur est également abordé. Une prise au coucher pourrait mieux réduire la pression nocturne dans certains cas. Cela ouvre la voie à une réflexion sur la chronothérapie.
Le suivi de ces patients montre des trajectoires de réponse différentes, avec une efficacité plus marquée sur la pression artérielle du soir que sur la pression du matin.
La surveillance de la réponse au traitement est recommandée surtout durant les six premiers mois après l’initiation thérapeutique. Le suivi doit intégrer : l’évolution de la pression artérielle au fil du temps, le poids, le tabagisme, et la qualité du sommeil.

Conclusion

La définition d’un biomarqueur pour prédire le développement de l’hypertension chez les patients avec apnée du sommeil et anticiper la réponse à la PPC constitue une priorité de recherche et de pratique clinique. Cette approche vise à améliorer non seulement le contrôle tensionnel, mais aussi le pronostic clinique global.
L’objectif à terme est de disposer d’outils permettant une médecine personnalisée, adaptée au profil physiopathologique de chaque patient.

D’après la session State of the art session: Sleep and breathing disorders From cause to treatment: obstructive sleep apnoea as a driver of hypertension and a target for prevention
Biomarkers and risk models: towards personalised treatment for hypertension in OSA Silke Ryan (Dublin, Ireland)
Phenotyping hypertensive patients with OSA: who benefits most from targeted interventions? Jean-Louis Pépin (Grenoble, France)

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