

Qui doit aller en réanimation? Face aux cancers pulmonaires métastatiques, oncologues, réanimateurs et urgentistes ne parlent pas toujours le même langage. Une enquête nationale met en lumière ces divergences.
Longtemps perçus comme “non éligibles” à la réanimation, les patients atteints de cancer pulmonaire métastatique voient aujourd’hui leur situation évoluer. L’amélioration spectaculaire des traitements du CBNPC et du CPC rebat les cartes: les soins intensifs sont désormais régulièrement proposés… mais pas toujours selon les mêmes critères.
Pour mieux comprendre cette évolution, une équipe française de Clermont-Ferrand a mené une enquête nationale prospective auprès de 305 médecins – réanimateurs (56%), oncologues (34%) mais aussi urgentistes (7%). Neuf vignettes cliniques fictives ont été soumises, représentant trois profils de patients (CBNPC 1ʳᵉ ligne, CBNPC 2ᵉ ligne, CPC 1ʳᵉ ligne), chacun confronté à trois situations d’urgence : aplasie fébrile, pneumopathie infectieuse, obstruction tumorale.
Les résultats montrent des pratiques très contrastées :
- Face à une aplasie fébrile, l’admission en soins intensifs est largement proposée (88% pour un CBNPC en 1ʳᵉ ligne, 81% en 2ᵉ ligne, 64% pour un CPC).
- Pour une pneumopathie, les avis sont partagés: environ 60% en 1ʳᵉ ligne, mais à peine 40% pour les autres situations.
- En cas d’obstruction tumorale, l’option réanimation devient minoritaire (44%, 32% et 23%).
Qu’est-ce qui pèse dans la balance? Principalement l’état général du patient (PS, 63,5%), la réversibilité de la complication (60,9%) et l’efficacité attendue du traitement anticancéreux (39,6%). Oncologues et réanimateurs se montrent globalement alignés, tandis que les urgentistes apparaissent plus restrictifs, notamment dans les scénarios les plus sévères.
L’accès aux soins intensifs reflète désormais l’espoir porté par les nouvelles options thérapeutiques dans le cancer pulmonaire métastatique. Mais l’hétérogénéité des décisions souligne l’urgence de construire des protocoles partagés, de renforcer la concertation multidisciplinaire et de former les équipes à ces situations de plus en plus fréquentes.
Vincent Fallet, service de pneumologie, hôpital Tenon, Paris
D’après la communication M Herbreteau – Defining intensive care status in metastatic lung cancer patients: a French survey – Poster ID 793 session Poster-32 The quality of life of lung cancer patients and therapeutic options in special populations ERS 2025



