Les pneumologues sont bien placés pour le savoir : les années post-COVID ont été marquées par la résurgence de fortes épidémies virales, et notamment grippales. Les données nationales américaines couvrant cinq saisons consécutives, de 2020-2021 à 2024-2025, révèlent des tendances surprenantes, notamment pour ce qui concerne la mortalité.
T.E. Adatsi (Wilkes-Barre, Etats-Unis) a présenté les résultats d’une analyse longitudinale basée sur les données américaines provenant du National Vital Statistics System. Les données les plus intéressantes concernaient la mortalité liée à la grippe saisonnière : une forte augmentation a été mise en évidence au cours de la période de l’étude puisque le nombre de décès est passé de 931 en 2020-2021 à 18488 en 2024-2025, ce qui représente une majoration de quasiment 20 fois ! La saison 2024-2025 s’est donc révélée de loin la plus meurtrière en matière de grippe, ce qui implique la nécessité d’être nettement plus pro-actifs en matière d’incitation vaccinale. Cette augmentation de mortalité liée à la grippe aux Etats-Unis était une tendance de fond, régulière au fil des ans : 3056 morts en 2021-2022, 9868 en 2022-2023, 10505 en 2023-2024 et donc 18488 en 2024-2025 (alors que l’analyse pour cette dernière année n’était complète qu’à 95%). Une vigilance active reste donc de mise si l’on veut éviter de voir de telles tendances s’exporter dans nos pays.
François-Xavier Blanc, Nantes Université, CHU Nantes, l’institut du thorax, Service de Pneumologie Nantes
D’après le poster de Adatsi T.E. et al. Progressive escalation in influenza mortality: A five-season analysis reveals 20-fold increase and urgent need for intervention. Session C67.
Le virus respiratoire syncytial (VRS) est responsable d’infections respiratoires potentiellement sévères chez les patients âgés et/ou avec comorbidités notamment cardiaques, respiratoires ou immunodépression. Plusieurs vaccins ont obtenu l’AMM mais ne sont pas encore réellement disponibles en pratique quotidienne ; il semble donc indispensable d’avoir des traitements anti-viraux notamment pour les patients les plus à risque de forme grave.
Le Zelicapavir est un inhibiteur de la protéine N bloquant la formation de nouveaux virions. Ayant obtenu des résultats intéressants lors des études pré-clinique et en phase 1, les résultats de la phase 2 ont été présentés. Il s’agit d’une étude randomisée en double aveugle contre placebo testant l’efficacité et la tolérance du Zelicapavir (1 cp/j pendant 5 jours). Les patients étaient inclus dans les 72 heures du début des symptômes avec une confirmation de l’infection à VRS par PCR. Les critères d’inclusion comprenaient également le fait d’avoir une comorbidité telle qu’une insuffisance cardiaque ou un asthme ou une BPCO ou d’être âgé de plus de 65 ans (au maximum 20% de la population ne devait avoir l’âge comme seul critère). Le critère de jugement principal était le temps de résolution des symptômes (RiiQTM symptom scale). Cent quatre-vingt-six patients ont été inclus : 121 dans le bras Zelicapavir et 65 dans le bras Placebo ; les groupes étaient comparables avec un âge médian à 73 ans, aucune vaccination anti-VRS à 99%. Le score médian des symptômes avant traitement était à 1,46 dans les 2 groupes. Aucune toxicité n’a été identifiée. Pour le critère principal, on note une amélioration de la résolution des symptômes de 3,6 jours dans le bras Zelicapavir versus placebo, ce délai étant même de 7,2 jours en ne considérant que les patients avec comorbidités (92 bras Zelicapavir et 50 bras Placebo). Cette réduction de délai de résolution des symptômes s’accompagne d’une réduction significative du risque d’hospitalisation (1,7% bras Zelicapavir versus 5% Bras Placebo). Cette efficacité clinique se confirme sur le plan virologique avec une baisse plus rapide de la charge virale (-0,7 log à J5 comparativement au bras Placebo) ; à la fin du traitement, 23% des patients du bras Zelicapavir avait une charge virale négative (versus 10% dans le bras Placebo).
Dans cette étude de phase 2, le Zelicapavir a donc démontré son efficacité sur la réduction de la durée des symptômes, le risque d’hospitalisation et la rapidité de déclin de la charge virale sans survenue d’effets indésirables comparativement au bras Placebo dans une population de patients infectés par le VRS à risque de forme grave. Ces données méritent bien évidemment d’être confirmées et validées en phase 3. Cette molécule poursuit donc son développement. A suivre…
Frédéric Rivière, service de Pneumologie, oncologie thoracique et soins intensifs respiratoires, CHU Caen-Normandie, avenue Côte de Nacre, 14000 Caen
D’après la communication orale de C. Harris. Zelicapavir reduces symptom duration and hospitalization in a randomized, double-blind, placebo-controlled, international, phase 2 trial. Session C96.
Le lavage broncho alvéolaire (LBA) est considéré comme la pierre angulaire de l’enquête étiologique, notamment microbiologique, de la prise en charge des pneumonies de l’immunodéprimé. Plusieurs études ont montré que le rendement diagnostique du LBA était variable selon le type d’immunodépression, impactant de fait les résultats et faisant réfléchir au positionnement de ce LBA 1,2. Le pneumologue doit donc avoir une place centrale dans la réflexion et pas uniquement être un technicien réalisant le geste.
Le poster présenté par une équipe américaine de la Mayo Clinic Florida a rapporté une étude rétrospective monocentrique incluant des patients immunodéprimés ayant bénéficié d’un LBA pour anomalies scannographiques (aucune donnée sur ces anomalies) entre 2022 et 2024 avec un objectif principal sur le rendement diagnostique comparativement aux patients non immunodéprimés et un objectif secondaire sur l’évaluation de l’impact thérapeutique selon le sous-groupe d’immunodépression.
Parmi 447 patients, on compte 367 immunodéprimés. Le rendement diagnostique (microbiologique) du LBA de la population globale était de 46%, sans aucune différence entre la population d’immunodéprimés (45%) et de non immunodéprimés (46%). L’impact du LBA amenant une modification thérapeutique était très variable selon les sous-groupes d’immunodépression : 19% si hémopathie maligne, 26% si allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (ACSH), 32% si transplantés d’organe solide, 70% des patients sous traitements immunosuppresseurs (connectivites, vascularites…), ces derniers avaient un rendement diagnostique significativement supérieur aux autres sous-groupes d’immunodéprimés (p=0,02).
Même si nous n’avons pas le détail chiffré de la composition du groupe immunodéprimés, cette étude confirme les données déjà connues de l’hétérogénéité des performances du LBA selon le sous-type d’immunodépression. L’étude publiée dans Lung en 2018 retrouvait un rendement diagnostique du LBA à 31% si hémopathie maligne, 26% si ACSH et 43% si corticothérapie au long court(1).
Cette étude renforce l’absolue nécessité pour le pneumologue d’être un acteur central de la discussion dans l’enquête diagnostique des patient immunodéprimés.
Frédéric Rivière, service de Pneumologie, oncologie thoracique et soins intensifs respiratoires, CHU Caen-Normandie, avenue Côte de Nacre, 14000 Caen
D’après la communication orale de : J. Call. Pulmonary fungal infections: modern challenges from medicine’s most enduring legends. Poster 914. Session C27.
L’obésité et la résistance à l’insuline favorisent une dysrégulation métabolique et inflammatoire, altérant la fonction pulmonaire. Les agonistes du récepteur du GLP‑1 (GLP‑1RA) ont montré, dans des études précliniques, des effets anti‑inflammatoires et pourraient réduire les exacerbations respiratoires chez les patients obèses ou diabétiques. La spirométrie classique étant peu sensible aux altérations précoces des petites voies aériennes, les auteurs d’une étude prospective, monocentrique, conduite au « Providence VA Medical Center » ont évalué la fonction respiratoire avec la spirométrie associée à la mesure de la FeNO et l’oscillométrie d’impulsion (IOS) chez des patients obèses nouvellement traités par GLP‑1RA.
Tous les participants étaient des hommes (âge moyen : 57 ans). Après trois mois de traitement, près de la moitié des patients (43 %) ont été identifiés comme des répondeurs, avec une perte pondérale moyenne de 10 kg, une amélioration du rapport VEMS/CVF, du VEMS (+160 mL en moyenne), de la CVF et du FEF25–75, et une diminution de plus de 20 % de la FeNO par rapport aux valeurs initiales. Les paramètres IOS ont également montré une baisse des résistances totales (R5) et des petites voies aériennes (R5–R20), une amélioration de la réactance (X5), une diminution de l’AX et de la fréquence de résonance (Fres). Les scores du Chronic Respiratory Disease Questionnaire (CRQ) se sont améliorés dans toutes les dimensions, avec des différences significatives pour la Fatigue, la Maîtrise et le score global. Cette étude monocentrique suggère ainsi qu’un traitement par GLP‑1RA est associé à des améliorations cliniquement pertinentes de la fonction respiratoire, y compris celle des petites voies aériennes, parallèlement à une diminution de l’inflammation, (FeNO) et à une amélioration des symptômes respiratoires (score CRQ). Ces bénéfices semblent en partie indépendants de la perte de poids, suggérant un effet direct du GLP‑1RA sur la physiologie pulmonaire.
Anh Tuan Dinh-Xuan, service de Physiologie-Explorations Fonctionnelles, Hôpital Cochin, 27, rue du faubourg Saint-Jacques, 75014 Paris
D’après le poster C108-02 : Vakharia et al. Changes in respiratory physiology following initiation of GLP-1 receptor agonists (GLP-1RA).
Le changement climatique a un impact réel sur la santé des personnes exposées, désormais reconnu. Cela s’ajoute à d’autres catastrophes naturelles moins liées, comme les tremblements de terre. Ces sujets ont été abordés lors de deux sessions, dont les conclusions vous aideront peut-être à choisir votre futur lieu de vie.
Dans la session dédiée aux nouveautés publiées dans l’année, Maeve Georgia Macmurdo (Cleveland, Etats-Unis) a présenté les résultats d’une étude évaluant l’impact des vagues de chaleur chez les plus de 64 ans dans les 120 plus grandes villes américaines entre 2000 et 2017 1. Le territoire américain a été divisé en plusieurs zones climatiques (froide, humide, sèche, …) et les hospitalisations pour motif respiratoire survenant durant la période allant de juin à septembre ont été recensées. Une analyse intégrant les données des patients et les températures a permis d’étudier les conséquences des températures les plus élevées (à partir du 95e percentile). Au total, la chaleur a entraîné 11 710 hospitalisations pour des motifs respiratoires excédentaires sur la période d’étude. Les températures élevées étaient responsables d’une augmentation de 1,22 % des hospitalisations respiratoires chez les plus de 64 ans (IC 95% : 0,42-2,03), principalement en lien avec des infections respiratoires (+1,84 % ; IC 95% : 0,70-3,01) et des maladies respiratoires chroniques (+1,17 % ; IC 95% : 0,09-2,44). Ces évènements avaient surtout lieu le jour même du pic de chaleur, avant un déclin le lendemain et un rebond sur les deux jours suivants. L’oratrice a conclu sa présentation sur la pertinence d’interroger les patients sur leurs possibilités de lutter contre la chaleur dans une optique de prévention de ces hospitalisations.
Dans une session concomitante, Hasan Bayram (Istanbul, Turquie) a présenté les résultats de ses travaux portant sur les conséquences des tremblements de terre sur la santé respiratoire et l’exposition aux microparticules. Après avoir rappelé l’exposition significativement majorée aux PM2,5 et aux PM10 dans les suites d’un tremblement de terre (en lien avec les destructions de bâtiments, aux opérations de secours et de déblaiement) 2, il soulignait l’altération de la fonction respiratoire (évaluée par le DEM médian) dans les suites immédiates des opérations de secours chez les personnels impliqués, le risque d’exacerbation de pathologies respiratoire préexistantes et le développement d’autres atteintes (infectieuses ou néoplasiques, notamment) 3. Il a terminé son intervention en présentant des nouveaux résultats (non publiés) sur l’impact négatif des microparticules sur le facteur de transcription NRF2 et à l’inverse l’augmentation de l’expression de la caspase-3 dans les cellules épithéliales des voies aériennes, les rendant plus sensibles aux agressions, ce qui peut expliquer les résultats précédemment détaillés. Le développement de cohortes longitudinales est une piste pour mieux comprendre ces mécanismes et leurs effets sur le long terme.
En bref, les catastrophes naturelles, qu’elles soient favorisées ou non par le changement climatique, ont des conséquences sur la santé respiratoire, et si elles ne peuvent être prévenues, il faut s’y préparer au mieux.
Yiannis Psonka, unité de Tabacologie, Institut Cœur Poumon, CHU de Lille, Boulevard du Pr Jules Leclercq, 59037 Lille
D’après les communications de M.G. Macmurdo : Occupational/environmental lung disease (session C1 : Clinical year in review) et de H. Bayram : Longitudinal effects of earthquakes on lung health (session Early Insults and Lung Trajectories).
Malgré les progrès des techniques de navigation endobronchique, le rendement diagnostique des biopsies des nodules pulmonaires périphériques reste imparfait, avec des sensibilités variant de 70 à 80 % et parfois en dessous de 50 %, notamment pour les lésions de petite taille, difficiles d’accès, ou à caractère non-branché 1.
Au-delà de l’amélioration potentielle du rendement diagnostique des biopsies bronchiques, ces résultats suggèrent qu’une analyse tissulaire en temps réel par bioimpédance pourrait, à terme, contribuer à caractériser la nature des nodules pulmonaires indéterminés directement au cours de la procédure endoscopique.
Jonathan Benzaquen, service de Pneumologie, Allergologie, Oncologie Thoracique, Soins intensifs Respiratoires, Hôpital Pasteur 2, CHU Nice, 30 Voie Romaine, 06000 Nice
D’après Hanna A. In situ lung tissue characterization using bioimpedance for tool-in-lesion confirmation during bronchoscopic biopsy of central and peripheral lesions: results from the first-in-human study INSPECT. Session C31.
Les exacerbations de bronchopathie chronique obstructive (BPCO) ont un impact majeur sur la morbi-mortalité et la fonction respiratoire. Les corticoïdes systémiques restent un pilier historique du traitement des exacerbations aiguës de BPCO. Pourtant, ils pourraient également être délétères, ouvrant ainsi la voie à une approche thérapeutique plus ciblée de l’inflammation neutrophilique.
Une large analyse rétrospective issue du réseau TriNetX s’est intéressée à l’impact de la durée de corticothérapie lors des exacerbations de BPCO. Après appariement, 5076 patients traités pendant 5 jours ont été comparés à des patients recevant pendant 14 jours une corticothérapie systémique.
Les patients exposés à une corticothérapie prolongée présentaient davantage de réexacerbations (40,9 vs 21%; OR : 2,7 ; IC 95% : 2,5-3), plus de défaillance ventilatoire nécessitant une ventilation mécanique (4% vs 1,6%; OR : 2,5 ; IC 95% : 1,9-3,3), plus de represcription de corticoïdes (57,8% vs 26,5%; OR : 3,8 ; IC 95% : 3,5-4,1), davantage de passages aux urgences (34,7% vs 21,1%, OR : 2,0) et d’admissions en réanimation (12,6% vs 6,1%, OR : 2,2). Les complications cardiovasculaires étaient également plus fréquentes, notamment les décompensations cardiaques (13,6% vs 7,4%, OR 2,0) et les événements coronariens aigus (4,7% vs 2,8%, OR : 1,7), sans effet observé sur la mortalité.
Cette étude ne permet pas d’affirmer le lien causal puisqu’on peut penser que ce sont les patients les plus sévères qui bénéficient d’une corticothérapie prolongée mais ce travail apporte de nouveaux éléments en faveur du caractère délétère d’une exposition prolongée à la corticothérapie systémique.
Dans ce contexte, deux présentations consacrées au pegtarazimod (RLS-0071) suscite un intérêt particulier. Cette molécule est un peptide de 15 acides aminés qui possède une double action immunomodulatrice : il inhibe la voie classique du complément et agit sur les polynucléaires neutrophiles (PNN) en réduisant l’activité de la myélopéroxydase (MPO) et en empêchant la formation de pièges extracellulaires neutrophiliques (NET) 1. Dans un essai de phase 2 randomisé contre placebo incluant 21 patients hospitalisés pour exacerbation aiguë de BPCO (48% de femmes, âge médian de 68 ans, VEMS moyen de 45,6% dans le groupe placebo contre 31,4% dans le groupe traité), le pegtarazimod (10mg/kg par voie intraveineuse, 3 fois par jour pendant 3 à 5 jours) administré en complément du traitement standard améliorait significativement plusieurs paramètres respiratoires. Les patients traités nécessitaient moins d’oxygène pendant l’hospitalisation, avec une meilleure SpO2 (de 2% pendant les 3 premiers jours d’hospitalisation, p=0,043, jusque 6% un mois après la prise en charge) ainsi qu’un meilleur ROX index. Par ailleurs, le débit expiratoire de pointe augmentait de 16% dans le groupe pegtarazimod au moment de la sortie, contre 8% dans le groupe placebo. Le score de Saint George montrait également une amélioration. Les bénéfices apparaissaient particulièrement marqués chez les patients présentant un profil fortement neutrophilique, défini par un ratio neutrophiles/lymphocytes supérieur à 9. La tolérance au traitement était bonne, sans aucun effet secondaire sévère. Cependant, il ne semble pas y avoir d’effet du pegtarazimod sur l’impact de l’EABPCO sur la fonction respiratoire et la qualité de vie entre J0 et J30.
Les résultats biologiques étaient cohérents avec ce mécanisme d’action ciblé. Le traitement par pegtarazimod s’accompagnait d’une diminution des cytokines pro-inflammatoires, notamment l’IL-8, d’une réduction des chimiokines macrophagiques (MIP-1b, MCP-1, CXCL-5, CCL22) et d’une baisse des biomarqueurs neutrophiliques (MPO et élastase neutrophile). À l’inverse, certains médiateurs anti-inflammatoires comme l’IL-RA augmentaient sous traitement. Chez les patients ayant un rapport neutrophiles/lymphocytes élevé, une diminution des concentrations sanguines de MPO de 37% et de l’élastase neutrophilique sanguin de 56% était également observée par rapport au placebo.
Ces travaux illustrent probablement une évolution importante dans la prise en charge des exacerbations de BPCO : passer d’une immunosuppression large et peu spécifique par les corticoïdes à une modulation ciblée des voies inflammatoires impliquées selon le phénotype de patients. Même si les effectifs restent encore très limités et que ces résultats doivent être confirmés, le pegtarazimod pourrait représenter une première étape vers une médecine de précision des exacerbations de BPCO.
Marina Gueçamburu, service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux, 33604, Pessac Marjolaine Georges, service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, Centre de Référence Constitutif des Maladies Pulmonaires Rares de l’Adulte, CHU Dijon Bourgogne, 21079 Dijon cedex
D’après Criner G et al. Pegtarazimod (RLS-0071) decreases supplemental oxygen need in a phase 2 proof-of-concept trial in hospitalized participants with acute exacerbation of chronic obstructive pulmonary disease (AE-COPD) et Pegtarazimod (RLS-0071) reduces inflammatory biomarkers in hospitalized participants with acute exacerbation of chronic obstructive pulmonary disease (AE-COPD).Session B15 (Precision medicine for COPD: charting the course for novel treatments and clinical success). D’après Gul R et al. Impact of steroid duration in COPD exacerbation on long-term outcomes: a propensity matched analysis. Session C35 (COPD beyond the clinic: care, context, and consequences).
La fonction pulmonaire se construit dès l’enfance sous l’influence de facteurs environnementaux et génétiques. Son altération augmente significativement les comorbidités et la mortalité à l’âge adulte. L’étude de Wang et al. ouvre toutefois une perspective encourageante : chez les patients présentant un VEMS bas ou très bas, environ un sur sept (14,5 %) montre une trajectoire de rattrapage entre 8 et 24 ans.
Les trajectoires de la fonction pulmonaire se dessinent dès les premières années, sous l’influence de déterminants précoces majeurs : pollution de l’air, asthme, nutrition, tabagisme, allergies, infections respiratoires et antécédents familiaux. A partir des données de huit cohortes de naissance (n= 30 438), Garcia-Aymerich et al. ont décrit que le VEMS et la CVF augmentent en deux phases, atteignant un pic vers 20 ans chez la femme et 23 ans chez l’homme, avant de décliner sans plateau, plus précocement que ce qui était admis 1.
Une fonction pulmonaire altérée favorise plusieurs comorbidités (obésité, pathologies cardiaques et respiratoires chroniques) et constitue un facteur prédictif majeur de mortalité : chaque baisse de 10 % du VEMS est associée à une hausse de 15 % de la mortalité toutes causes confondues 2. Ce déterminisme n’est cependant pas absolu. Wang et al. ont identifié, dans la cohorte de naissance BAMSE, une plasticité pulmonaire individuelle : 14,5 % des sujets présente une croissance de rattrapage entre 8 et 24 ans 3. Ces résultats plaident pour une évaluation spirométrique précoce et pour des interventions thérapeutiques et environnementales dès l’enfance, afin d’infléchir favorablement la trajectoire respiratoire.
Julie Mazenq, service de Pneumologie Pédiatrique, CHU Timone enfants, Assistance Publiques des Hôpitaux de Marseille ; Inserm, INRAE, C2VN Marseille, Aix-Marseille université, Marseille
D’après la communication orale de : J.X. Lee. Lung function trajectories in childhood and adult outcomes. Session B9 (Pulmonary function in childhood respiratory disease: evidence, social determinants and trajectories).
Le succès du dépistage du cancer bronchique repose en partie sur la capacité des systèmes de soins à accompagner efficacement le sevrage tabagique. Dans ce contexte, les populations les plus précaires ou éloignées du soin restent particulièrement difficiles à prendre en charge.
TUn large essai pragmatique multicentrique nord-américain a comparé plusieurs stratégies chez 3259 patients adressés entre mai 2021 et janvier 2024 pour dépistage du cancer pulmonaire et appartenant à des populations défavorisés (patients noirs, hispaniques ou latino-américains, vivant en zone rurale ou présentant un faible niveau socio-économique évalué selon les revenus du foyer ou un faible niveau éducatif). La majorité des patients (55,5%) fumaient plus de 10 cigarettes par jour.
Quatre stratégies ont été évaluées : une simple orientation vers des structures de sevrage, l’ajout d’un traitement pharmacologique gratuit (substitut nicotinique, varénicline ou bupropion), l’ajout d’incitations financières pouvant atteindre 600 dollars et enfin un outil numérique de psychologie comportementale visant à renforcer la motivation au changement en aidant les participants à se projeter concrètement dans leur futur.
Le taux d’abstinence prolongée à six mois confirmé par dosage de la cotinine urinaire restait globalement faible mais les différences entre groupes étaient nettes. Les incitations financières obtenaient les meilleurs résultats avec 8,8 % d’abstinence prolongée contre 4,3 % avec la stratégie « orientation » (augmentation de 4,6% de sevrage, IC 95% : 2,1-7 p<0,001), 5,1% avec la stratégie « traitement pharmacologique » (augmentation de 4,1% de sevrage, IC 95% : 1,7-6,4, p<0,001) et 7,2% avec la stratégie « psychologie comportementale numérique ».
Chez les patients défavorisés adressés pour dépistage du cancer bronchique, les incitations financières apparaissent comme la stratégie la plus efficace pour obtenir un sevrage tabagique durable. Ces données soulignent le poids des déterminants sociaux dans l’addiction tabagique et suggèrent que les stratégies motivationnelles reposant sur des récompenses économiques pourraient constituer un levier puissant dans le cadre du dépistage du cancer bronchique.
Marjolaine Georges, service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, Centre de Référence Constitutif des Maladies Pulmonaires Rares de l’Adulte, CHU Dijon Bourgogne, 21079 Dijon cedex
D’après Hart JL et al. Smoking cessation interventions among underserved patients referred for lung cancer screening.
Session B14 : Whole new world of discovery: late-breaking clinical trials
La lutte contre le tabagisme a deux facettes : l’accompagnement des patients vers le sevrage tabagique d’une part et la législation d’autre part (augmentation des prix et interdiction de la vente au mineur, au premier plan). Lors d’une session dédiée aux nouveaux produits de la nicotine, leur toxicité et la législation les entourant, le respect de cette dernière a été abordé.
Tout d’abord, Sairam V. Jabba (Duke University, Etats-Unis) a rappelé la législation de la FDA sur les produits de la nicotine et le dernier écart en date, la 6-méthyl-nicotine, au potentiel de cytotoxicité mais aussi de dépendance plus élevé (3 à 5 fois dans les études animales). La 6-méthyl-nicotine ne répondant pas à la définition chimique de la nicotine selon la FDA, elle échappe à la régulation 1. Un nouveau composant a également été mis en avant, le néotame, ayant lui un potentiel sucrant 7 000 à 13 000 fois plus important que le sucre. Bien qu’il soit autorisé par la FDA dans l’alimentation, il n’est pas supposé être inhalé mais est fréquemment retrouvé dans les cigarettes électroniques jetables aux Etats-Unis. Ce composant a également une toxicité in vitro sur les cellules épithéliales bronchiques supérieure au sucralose, déjà lui aussi décrié 2. L’émergence de ces nouvelles molécules est donc une préoccupation majeure puisqu’elle contribue à limiter l’efficacité des mesures législatives mais expose aussi les consommateurs (souhaitant parfois s’inscrire dans une démarche de réduction des risques) à une toxicité majorée.
Dans un second temps, Anthony Fischer (Carver College of Medicine, Etats-Unis) a abordé les moyens pour diminuer le vapotage chez les jeunes, partant du constat du début du tabagisme avant 18 ans chez 87% des fumeurs, pour contrecarrer les méthodes de l’industrie du tabac et de la nicotine (bons d’achat, programme de fidélité, prix bas). La vente du tabac et des produits dérivés est interdite aux Etats-Unis aux personnes âgées de moins de 21 ans et les contrôles sont sous la responsabilité de la FDA, qui les délègue aux forces de police. Jusqu’à 24% des sites contrôlés dans l’Iowa (état de l’orateur) ne respectaient pas la législation, mais leur impact est limité par plusieurs facteurs : le montant total des amendes sur les 7 dernières années correspond à moins de 6$ par an par lieu de vente (la licence coute 50 à 100 $ par an), avec des contrôles annoncés en amont. Parmi les solutions évoquées ont été citées comme en France une nette augmentation des prix, une interdiction des mesures incitatives et une politique de tolérance zéro en cas de non-respect de la législation.
Yiannis Psonka, unité de Tabacologie, Institut Cœur Poumon, CHU de Lille, Boulevard du Pr Jules Leclercq, 59037 Lille
D’après les communications de S.V. Jabba : 6-methyl nicotine and neotame: What are these and why should we worry? et de A. Fischer : Selling vapes to children and adolescents. Holes in current enforcement and how it needs to change. Session B92 : Escalating use, emerging science: vape/smoke induced lung disease.