
La télésurveillance de la PPC (pression positive continue) comme de la VNI (ventilation non invasive) permet de générer des alertes (en général sur l’observance, les fuites et l’IAH (index apnées-hypopnées), a minima) conduisant à des actions ciblées de la part du prestataire de santé et/ou du prescripteur. Il est classique de considérer comme un traitement de bonne qualité l’association d’une observance > 4h, d’un niveau de fuites non intentionnelles < 24 L/mn et d’un IAH < 5/h. Si la télésurveillance peut être une aide importante dans notre pratique quotidienne, le nombre de plus en plus important de patients sous appareillage (notamment sous PPC) va générer un nombre considérable de données à gérer, sans parler de l’impact écologique non négligeable. Il est donc important de pouvoir déterminer sur quels patients focaliser notre attention.
A. Prigent et al. ont présenté une étude rétrospective (EqualiNIV) évaluant une nouvelle variable (la variabilité de l’observance [VO]) comme élément prédictif de la qualité de la VNI chez 511 patients insuffisants respiratoires chroniques appareillés depuis au moins 4 mois et télésurveillés. La VO a été décrite dans une étude de la même équipe, présentée dans la même session par B. Giachetti et al. Les patients étaient principalement des hommes (60,7%) âgés de 71,4 ans et ventilés depuis 6 ans en moyenne. Ils ont été répartis en 3 groupes selon la VO : groupe 1 (VO < 3), groupe 2 (VO 3 – 13) et groupe 3 (>13). Le groupe 1 était constitué principalement d’hommes, sous VNI depuis plus longtemps et avec une plus grande proportion de traitement de bonne qualité. L’observance moyenne y était significativement plus élevée et le niveau de fuites non intentionnelles significativement plus bas. Ce groupe générait moins d’alertes de télésurveillance que les groupes 2 et 3. La VO peut donc aussi constituer un élément pronostic prédictif d’une meilleure qualité de ventilation à 6 mois.
La surveillance de cet indicateur pourrait aussi nous permettre de concentrer nos efforts en télésurveillance sur les patients plus à risque d’être en échec de traitement ou de recevoir une VNI non optimale.
Dans le même ordre d’idées, deux présentations ont introduit la notion de l’intérêt des PROMs (Patient Reported Outcome Mesures) dans la télésurveillance. Z. Owadally et al. ont étudié, sur une population de 153 patients sous VNI, l’intérêt d’un questionnaire de qualité de vie (S3NIV) en association avec les données de télésurveillance de la VNI. Les auteurs ont distingué 4 groupes de patients en relation avec les réponses au questionnaire allant de Q1 (moins bonne qualité de vie) à Q4 (meilleure qualité de vie). Dans le groupe Q1, on retrouvait plus de femmes (44,4% vs 36,8%) avec un index de masse corporelle plus bas (32,6 kg/m2 ± 11,9 vs 37,7 ± 7,9). L’équipe a montré que les patients dans Q1 avaient moins souvent une ventilation de bonne qualité à M1 (53% vs 71%) et qu’ils arrêtaient plus souvent leur traitement à 6 mois (29% vs 11%). De nombreuses limites dans ces deux études doivent être soulignées au premier rang desquelles le caractère rétrospectif et la méconnaissance des étiologies sous-jacentes, mais aussi de la réelle qualité de la VNI appréciée par le contrôle de l’hypoventilation alvéolaire.
La télésurveillance constitue une grande opportunité pour améliorer la prise en charge de nos patients. Néanmoins, il est crucial de focaliser nos efforts dans ce domaine sur les patients les plus à risque de difficultés thérapeutiques (abandon ou traitement de mauvaise qualité). L’identification d’éléments comme la variabilité d’observance ou l’ajout des PROMs à des données purement chiffrées sera probablement l’objet d’études enfin prospectives sur le sujet.
Sandrine Pontier-Marchandise, Service de Pneumologie et unité des soins intensifs– Clinique des Voies Respiratoires, CHU Larrey, 24 chemin de Pouvourville, TSA 30030, 31059 Toulouse Cedex 9
D’après les communications de :
S. Pontier, Z. Owadally, M. Guillemot, M. Lebret, R. Barthes, D. Adler, J.C. Borel, M. Rahim, and J.B. Texereau. Differences in patient characteristics according to a patient-reported outcome score (S3NIV) in the first month following initiation of non-invasive home ventilation: the Inoval-1 study. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5591. (session C35)
Prigent, C. Blanloeil, D. Jaffuel, F. Gagnadoux, and L. Grassion. Unravelling telemonitoring data to predict good NIV quality: the E-QualiNIV study. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5327. (session C20)
B. Giachetti, C. Blanloeil, E. Mugellini, and A. Prigent. Could positive airway pressure (PAP) telemonitoring data predict high treatment quality? Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5321. (session C20)
S. Pontier, Z. Owadally, M. Guillemot, R. Barthes, D. Adler, J.C. Borel, M. Lebret, M. Rahim, and J.B. Texereau. Relationship between NIV telemonitoring data and patient-reported outcomes (S3NIV) in the first six months of treatment: the INOVAL-1 study. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5590. (session C35)



