
Le déficit en alpha-1-antitrypsine (DAAT) est une des maladies rares monogéniques les plus fréquentes. Il est associé à un risque augmenté de développer une maladie pulmonaire et/ou hépatique. Cependant, les expositions environnementales jouent également un rôle important dans la survenue et la progression de ces atteintes. Il n’est donc pas possible de prédire le risque de développer une atteinte cliniquement pertinente en se basant uniquement sur le génotype. Actuellement, les recommandations françaises proposent de rechercher un DAAT chez les parents, enfants, frères et sœurs d’une personne ayant un DAAT en prenant en compte le risque de tracer un examen génétique anormal 1
L’équipe du Pr McElvanay à Dublin mène actuellement une étude prospective visant à recenser les discriminations sur la base des données génétiques auprès des 700 patients atteints d’un DAAT modéré à sévère suivis dans le cadre du registre irlandais. Pour information, depuis 2005 la loi irlandaise interdit à tout tiers de pénaliser une personne sur la base de la connaissance de ses données génétiques, de requérir ou prendre en compte cette information et même de demander si la personne a déjà réalisé un test génétique une fois dans sa vie.
Les données présentées concernent les 70 premières réponses reçues soit 10% de la cohorte. Parmi ces patients, 90% n’étaient pas au courant de la loi et qu’ils n’avaient pas une obligation de divulguer leur diagnostic de DAAT. De plus, 37% des patients rapportaient une discrimination sur la base de leur génétique et 25% qu’un membre de leur famille avait refusé de se faire dépister par crainte de subir cette discrimination. Dans la plupart des cas, il s’agissait de situations en rapport avec les assurances. Le diagnostic de DAAT était utilisé comme argument pour refuser la prise en charge ou l’accepter avec une surprime pour le patient amenant parfois ce dernier à devoir refuser l’offre. Tous les cas étaient considérés comme des DAAT sévères indépendamment de la profondeur du déficit, la présence ou non d’une atteinte pulmonaire ou hépatique et de la notion du tabagisme. Malgré une loi existante, ce travail illustre les conséquences, pour les patients, de données génétiques insuffisamment protégées. Le dépistage précoce des DAAT sévères et du portage du variant Z est un enjeu important pour prévenir le développement des atteintes pulmonaires et hépatiques. Une prise en charge spécifique, y compris dans le cadre d’un essai thérapeutique, pourrait se discuter chez les sujets de moins de 70 ans avec un emphysème, un VEMS entre 35 et 70% de la théorique en l’absence de tabagisme actif ou ayant une atteinte hépatique. Cependant, en dehors de ces situations, il n’y a pas d’urgence à confirmer le diagnostic ou le portage d’un variant déficitaire tant que les mesures hygiéno-diététiques sont expliquées et mises en place (absence de tabagisme et de consommation d’alcool excessive, éviter tout surpoids). Les risques de discrimination liés à la divulgation de ces données doivent être explicités au patient afin de décider avec lui le moment du diagnostic tout en limitant les tests génétiques en cas de discordance entre le dosage sérique et le phénotypage 2
Olivier Le Rouzic, Service de Pneumologie et Immuno-Allergologie, CHU Lille, Université de Lille, Avenue Jules Leclercq, 59037 Lille Cedex,
D’après le poster thématique présenté par Suzanne M. Roche, et al. Genetic Discrimination in Alpha-1 Antitrypsin Deficiency – An Emerging Barrier to Global Detection Efforts [abstract]. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A4064.
- Mornex JF, Balduyck M, Bouchecareilh M, Cuvelier A, Epaud R, Kerjouan M, et al. Atteinte pulmonaire du déficit en alpha-1 antitrypsine. Recommandations pratiques pour le diagnostic et la prise en charge. Rev Mal Respir. sept 2022;39(7):633‑56. ↩
- Mornex JF, Balduyck M, Bouchecareilh M, Cuvelier A, Epaud R, Kerjouan M, et al. Atteinte pulmonaire du déficit en alpha-1 antitrypsine. Recommandations pratiques pour le diagnostic et la prise en charge. Rev Mal Respir. sept 2022;39(7):633‑56. ↩



