
La télésurveillance s’est largement développée dans le cadre de la prise en charge du patient apnéique sous PPC. Mais a-t-elle sa place dans le suivi des patients sous VNI et particulièrement des patients BPCO ou lors d’une oxygénothérapie ?
La télésurveillance, définie comme une surveillance médicale à distance (inclus les données de ventilation, d’observance…), est devenue un enjeu majeur dans la prise en charge de nos patients ventilés et tout particulièrement pour les patients ventilés pour un SAHOS. Son objectif principal est d’optimiser la qualité des soins en combinant les données numériques et le suivi humain permettant d’agir rapidement en cas d’alerte (mauvaise observance, fuite, majoration de l’IAH…). Dans le cadre du SAHOS, des algorithmes ont déjà été décrits pour l’organisation ce télésuivi.
Depuis la Loi de 2023, la télésurveillance est rentrée dans le Droit Commun. Depuis cette date, l’assurance maladie intègre et finance les actes de télésurveillance notamment pour la VNI et l’oxygénothérapie.
Dans ce cadre, et tout comme pour la PPC, le praticien va devoir définir des protocoles d’alerte et d’organisation (ex : gestion des signaux anormaux).
L’intérêt du télésuivi a été confirmé dans différentes études récentes. Ainsi, dans la BPCO, le télésuivi permet une réduction de la durée d’hospitalisation en cas d’exacerbation. Par ailleurs, différents profils de patients ont été mis en évidence distinguant ainsi les patients dont l’observance est stable au fil du temps (avec une bonne ou mauvaise observance) de ceux ayant une grande variabilité inter nuit. Ceci est important pour adapter la prise en charge afin qu’elle soit au maximum personnalisée au besoins réels du patient.
Concernant l’oxygénothérapie, des études portant sur la télésurveillance ont notamment pu mettre un évidence une observance réelle insuffisante de l’ordre de 9h/j avec une absence quasi-totale de l’utilisation du système de déambulation. En pratique clinique, ces données aident le prescripteur à adapter la thérapeutique et son discours notamment dans le cadre de l’éducation thérapeutique. La télésurveillance permet de mettre en relation tous les intervenant dans le parcours de soin du patient à savoir le patient lui-même, le médecin prescripteur ou encore les prestataires à qui il peut être délégué la gestion des alertes.
Il est probable que dans un avenir plus ou moins proche, l’intelligence artificiel puisse jouer un rôle dans cette prise en charge afin de personnaliser les algorithmes et d’en réduire les coûts. Mais dans un 1er temps, l’objectif sera d’optimiser les algorithmes afin d’améliorer la sensibilité et la spécificité des alertes pour réduire les faux positifs, de réduire les couts par exemple grâce aux applications mobiles et autres appareils connectés et à la mutualisation des plateformes.
Concernant l’oxygénothérapie, il va falloir développer des outils connectés pour mesurer le débit d’oxygène et l’observance en temps réel qui ne sont pas actuellement disponibles sur le marché.
Pour conclure, il existe de nombreux signaux positifs concernant la télésurveillance (réduction des hospitalisations, amélioration de l’observance) mais des défis persistent : performance des algorithmes, coûts élevés et acceptabilité des patients. L’avenir passera par une combinaison de technologies innovantes (IA, objets connectés) et de suivi « humain » adapté, avec un rôle central des associations et des réseaux de soins pour assurer une mise en œuvre efficace. Enfin, la télésurveillance est en passe de devenir un outil clef de la télémédecine préventive.
Vanessa Bironneau, service de pneumologie, CHU de Poitiers
D’après l’atelier « La télésurveillance en pneumologie : PPC, VNI, O2, où en sommes nous ? » présentée par François Jouneaux (Lille), session AT30.



