
Même si l’inflammation de type 2 prédomine dans l’asthme, d’autres types d’inflammation, regroupés sous l’appellation « inflammation de type non-2 » – telles que l’inflammation neutrophilique (de type 1) ou celle liée aux mécanismes auto-immuns – ont été décrits et peuvent sous-tendre certaines formes d’asthme. Longtemps considérés comme mutuellement exclusifs, ces différents endotypes inflammatoires peuvent coexister chez un même patient. Un symposium spécifiquement dédié à ce sujet s’est tenu lors du Congrès de l’ATS ce mardi 20 mai 2025.
Annette Hastie (Winston-Salem, Etats-Unis) et Mario Castro (Kansas, Etats-Unis) estiment que la coexistence d’une inflammation éosinophilique (de type 2) et d’une inflammation neutrophilique (de type 1) constitue un phénotype particulier d’asthme, associé à une sévérité accrue et à une dégradation plus rapide de la fonction respiratoire. En effet, les patients présentant une élévation concomitante des éosinophiles et des neutrophiles dans les voies respiratoires tendent à développer une hyperréactivité bronchique plus marquée, des exacerbations plus fréquentes et un déclin plus rapide de leur fonction respiratoire. Ces auteurs soulignent que l’interaction entre les voies T2, traditionnellement impliquées dans l’asthme allergique via des médiateurs tels que l’IL‑4, l’IL‑5 et l’IL‑13, et les voies T1, associées à une réponse inflammatoire neutrophilique, médiée par l’IFN‑γ, ne se contente pas d’agir de manière additive. Au contraire, la synergie entre ces deux types d’inflammation pourrait engendrer des altérations plus complexes et plus importantes de la fonction respiratoire. Ce constat souligne la nécessité de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant simultanément plusieurs voies inflammatoires.
Manali Mukherjee (Hamilton, Canada) a exploré l’impact de l’auto-immunité sur l’asthme, démontrant que l’inflammation auto-immune peut coexister avec l’inflammation de type 2, réduisant ainsi les traitements classiques. Cette interaction pourrait expliquer pourquoi certains patients répondent mal aux thérapies ciblant exclusivement l’inflammation de type 2. Face à cette complexité, des approches alternatives sont envisagées, notamment l’utilisation de traitements immunosuppresseurs qui ont montré des résultats prometteurs chez certains patients. Toutefois, ces traitements nécessitent encore des études approfondies pour mieux évaluer leur efficacité et leurs effets secondaires.
Max Siebold (Denver, Etats Unis) rappelle que les réponses immunitaires de type 1, souvent déclenchées par des infections virales, peuvent influencer la réponse aux corticostéroïdes dans l’asthme. La présence simultanée d’une inflammation T2 (allergique/éosinophilique) et d’une inflammation T1 (induite par les virus) complique les stratégies thérapeutiques, rendant les traitements classiques, tels que la corticothérapie, moins efficaces.
Enfin Marc Gauthier (Pittsburgh, Etats-Unis) met en lumière les différences entre l’inflammation T2 et l’inflammation T1, cette dernière étant largement médiée par l’IFN‑γ et d’autres signaux issus des lymphocytes T. Alors que l’inflammation T2 favorise les réactions allergiques classiques conduisant à une bronchoconstriction et à une hyperréactivité bronchique (et est généralement sensible aux corticostéroïdes), l’inflammation T1 semble impliquée dans la cortico-résistance et le remodelage bronchique. En résumé, les intervenants ont souligné la possibilité de coexistence et d’interaction entre les réponses inflammatoires T1 et T2 dans l’asthme sévère, créant ainsi un endotype plus complexe de la maladie. Ce constat suggère qu’un ciblage exclusif de l’inflammation T2 pourrait s’avérer insuffisant. L’identification des patients susceptibles de bénéficier de traitements ciblant simultanément les différentes voies inflammatoires représente probablement l’un des prochains défis thérapeutiques majeurs dans l’asthme.
Anh Tuan Dinh-Xuan, Service de Physiologie-Explorations Fonctionnelles, Hôpital Cochin, 27, rue du faubourg Saint-Jacques, 75014 Paris
D’après la session C86 « How novel inflammatory interactions in asthma contribute to disease and severity »



