
Les anticoagulants oraux directs (AOD) ont démontré leur efficacité, chez les patients porteurs d’une fibrillation auriculaire non valvulaire, dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux avec un risque de saignement majeur inférieur à celui rapporté sous warfarine. Récemment, les bases de données de pharmacovigilance ont mis en évidence un risque accru de survenue de PID sous AOD.
Cette nouvelle étude de la base de données japonaise confirme le risque de PID incidentes sous AOD. Elle permet d’analyser les données de 52 021 nouveaux patients traités par AOD et de 12 026 traités par warfarine, entre 2011 et 2023. Parmi eux, 0,25% versus 0,20% des patients développent une PID.
Après ajustement pour les facteurs confondants, et notamment les autres traitements potentiellement pneumo-toxiques, le risque de développer une PID est multiplié par 4,44 [IC 95% : 1,58−12,5].
Il reste toutefois des incertitudes :
– l’exposition concomitante à l’amiodarone pourrait augmenter le risque de développer une PID fibrosante mais la responsabilité de chaque traitement est difficile à établir 1.
– le risque de chaque traitement ne serait pas équivalent : il ne semble pas y avoir de risque associé au dabigatran qui est un inhibiteur direct de la thrombine contrairement aux médicaments anti-Xa (apixaban, edoxaban ou rivaroxaban) 2.
– il reste difficile de distinguer PID et hémorragie alvéolaire diffuse, qui fait partie des complications hémorragiques des traitements anticoagulants 3.
– cette observation n’est pas supportée par des mécanismes physiopathologiques sous-jacents. En effet, in vivo, le facteur Xa devrait plutôt avoir une activité pro-inflammatoire et profibrotique 4.
– la toxicité respiratoire est systématiquement plus élevée dans les populations asiatiques 5.
En pratique, il existe des preuves croissantes de la toxicité pulmonaire des AOD. En avoir connaissance est d’autant plus important que les patients prennent souvent d’autres médicaments ayant une toxicité respiratoire démontrée comme l’amiodarone ou les inhibiteurs de l’enzyme de conversion. Cela justifie une vigilance particulière.
Marjolaine Georges, Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, Centre de Référence Constitutif des Maladies Pulmonaires Rares de l’Adulte, CHU Dijon Bourgogne, 21079 Dijon cedex
D’après la session A47 ILD comorbidities and outcomes Anan K et al. Direct Oral Anticoagulant and the Risk of Acute Interstitial Lung Diseases: A Case-crossover Study Using Japanese Administrative Data. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1748
- Yin Hsin Chan et coll. : Development of Interstitial Lung Disease Among Patients with Atrial Fibrillation Receiving Oral Anticoagulants in Taiwan. JAMA Netw Open. 2022 5(11). E : 2243307. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2022.43307. ↩
- Yin Hsin Chan et coll. : Development of Interstitial Lung Disease Among Patients with Atrial Fibrillation Receiving Oral Anticoagulants in Taiwan. JAMA Netw Open. 2022 5(11). E : 2243307. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2022.43307. ↩
- Raschi E, Fusaroli M, Diemberger I, Poluzzi E. Direct Oral Anticoagulants and Interstitial Lung Disease: Emerging Clues from Pharmacovigilance. Drug Saf. 2020 Nov;43(11):1191-1194. ↩
- Bukowska A, Schild L, Bornfleth P, Peter D, Wiese-Rischke C, Gardemann A, Isermann B, Walles T, Goette A. Activated clotting factor X mediates mitochondrial alterations and inflammatory responses via protease-activated receptor signaling in alveolar epithelial cells. Eur J Pharmacol. 2020 Feb 15;869:172875. ↩
- Raschi E, Fusaroli M, Diemberger I, Poluzzi E. Direct Oral Anticoagulants and Interstitial Lung Disease: Emerging Clues from Pharmacovigilance. Drug Saf. 2020 Nov;43(11):1191-1194. ↩



