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Inhibiteur de phosphosphodiestérase 3 et 4 par voie inhalée. Une nouvelle arme dans l’arsenal thérapeutique de la BPCO ?

A côté des bronchodilatateurs et des antiinflammatoires sous forme de corticoïdes inhalés (CSI) qui représentent l’essentiel du traitement médical de la BPCO, d’autres agents tels que les macrolides ou le roflumilast ont une place dans l’algorithme thérapeutique. L’efficacité du roflumilast qui est un inhibiteur de phosphodiestérase (PDE) 4 doté d’un effet antiinflammatoire, a été montrée chez des patients BPCO avec bronchite chronique présentant un phénotype « exacerbateur fréquent » mais l’utilisation en est limitée par des effets secondaires, notamment une perte de poids, ce qui a contribué à sa non-autorisation d’utilisation en France. Un inhibiteur de PDE4 et de PDE3 administré par voie inhalée a été développé dans le but d’obtenir à la fois un effet bronchodilatateur, antiinflammatoire, et d’améliorer la clairance mucociliaire. L’efficacité de cette molécule appelée ensifentrine a été testée dans 2 essais de phase 3 dont les résultats ont été présentés au cours de la session « Breaking news : clinical trial in pulmonary medicine » (B13) ainsi qu’au cours de la session d’affiches B22.

Deux études multicentriques contrôlées en double aveugle appelées ENHANCE 1 et ENHANCE 2 ont été réalisées de 2020 à 2022 avec un suivi sur 24 semaines. Elles ont toutes 2 testé l’effet de l’ensifentrine 3 mg vs placebo 2 fois par jour, administrés par voie inhalée. Les critères d’inclusion étaient un âge entre 40 et 80 ans, un VEMS post bronchodilatateur entre 30 et 70% th, un score mMRC >2. L’utilisation de LAMA, LBA et de CSI était autorisée. Le principal critère de jugement était le gain à 12 semaines de l’aire sous la courbe (AUC) de VEMS (mesures sériées de VEMS sur 12h) par rapport à la valeur de base. Environ 900 patients ont été inclus dans chaque étude : 477 et 498 dans le groupe ensifentrine et 283 et 291 dans le groupe placebo dans ENHANCE 1 et ENHANCE 2, respectivement. En tout, la proportion de patients avec BPCO modérée et sévère était de 56% et 44%, respectivement. Le pourcentage de patients avec bronchite chronique était de 72%. A 12 semaines, le gain moyen de l’AUC de VEMS était de 87 mL et de 94 mL par rapport au placebo dans ENHANCE 1 et ENHANCE 2, respectivement. Le gain en termes de VEMS au pic était respectivement de 147 mL et 146 mL dans chaque étude.  Par ailleurs, les patients sous ensifentrine avaient un gain significatif et cliniquement pertinent en termes de symptômes rapportés par le patient (E-RS score), de qualité de vie (SGRQ) et de dyspnée (TDI) en comparaison avec le groupe placebo. De plus, l’ensifentrine était associée à une diminution significative de l’utilisation de traitements de recours et de l’utilisation des ressources de santé pendant les 24 semaines. Un effet de l’ensifentrine sur la survenue d’exacerbations (EA) modérées ou sévères au cours des 24 semaines de suivi (critère secondaire de jugement) a également été observé puisque le taux d’EA a baissé de 36% et 43% dans ENHANCE 1 et ENHANCE 2, respectivement, et que le temps écoulé jusqu’à la première exacerbation était significativement rallongé sous traitement (environ 40% de diminution de risque).
Un même effet bénéfique du traitement sur la survenue d’EA était observé quand les patients étaient stratifiés en sous-groupes (selon le tabagisme, les médications associées, l’éosinophilie …). Pour les 400 patients de ENHANCE 1 ayant été suivis 48 semaines, l’effet bénéfique sur la survenue d’EA était également observé. La tolérance de l’ensifentrine s’est avérée excellente avec un taux d’effets secondaires similaire à celui du placebo dans chacune des études. En conclusion, ces 2 études contrôlées de qualité démontrent que l’ensifentrine apporte un bénéfice en termes de fonction, de symptômes et de réduction de fréquence d’EA chez des patients BPCO de gravité modérée à sévère. Il est donc fort probable qu’au terme de ces études, cette médication trouve sa place dans l’algorithme de prise en charge des patients BPCO.


Hervé Mal, Service de pneumologie et transplantation pulmonaire, Hôpital Bichât, 46 rue Henri Huchard, Paris

D’après les communications de :
Anzueto A. et al. Effect of ensifentrine, a novel PDE3 and PDE4 inhibitor, on lung function, symptoms and exacerbations in patients with COPD (session B13).
Barjaktarevic I.Z. et al. Ensifentrine reduced healthcare resource utilization in subjects with COPD: Results from Enhance-2, a phase 3 trial of ensifentrine, a dual PDE3/4 inhibitor. Am J Respir Crit Care Med 2023, 207: A2839 (session B22).
Barjaktarevic I.Z. et al. Twice-daily, nebulized ensifentrine produced significant improvement in week 12 lung function: sub-group analysis in the phase 3 trial Enhance-2. Am J Respir Crit Care Med 2023, 207: A2838 (session B22).

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Biothérapies dans la BPCO : le début d’une nouvelle ère ?

Contrairement à l’asthme, les biothérapies n’ont toujours pas permis d’obtenir des résultats satisfaisants chez les patients BPCO en termes de réduction des exacerbations, d’amélioration des symptômes et de la qualité de vie. Les résultats de l’étude BOREAS concernant le Dupilumab (anti IL4 / IL13) chez les patients BPCO ayant un profil inflammatoire de type 2 représentent une avancée thérapeutique majeure.

Les résultats de l’essai BOREAS 1,  contrôlé randomisé multicentrique, incluant 939 patients BPCO ont été présentés ce jour. Les patients inclus étaient âgés de 40 à 80 ans, présentaient un tabagisme à plus de 10 paquets années et conservaient un profil exacerbateur (au moins deux exacerbations modérées ou une sévère l’année passée) malgré un traitement par triple thérapie inhalée. Ils avaient également une inflammation de type 2 avec une éosinophilie sanguine supérieure à 300/µL. Le Dupilumab était administré à la posologie de 300 mg toutes les deux semaines par voie sous cutanée pendant 52 semaines. Le critère de jugement principal était le taux annuel d’exacerbations modérées à sévères et les critères de jugement secondaires incluaient l’évolution du VEMS, des symptômes respiratoires via l’E-RS COPD score et de la qualité de vie via le questionnaire de Saint Georges (SGRQ). Les patients inclus avaient un VEMS moyen à 50,6 +/- 13,1 de la valeur théorique, une éosinophilie à 401+/-298/µL et faisaient en moyenne 2,3 +/- 1 exacerbations modérées à sévères dans l’année.

Les résultats montrent une réduction de 30% du taux annuel d’exacerbations modérées ou sévères dans le groupe Dupilumab (0,78 versus 1,10, ratio 0,70 ; IC95 % de 0,58 à 0,86 ; p<0,001). A propos des critères de jugement secondaires, une amélioration significative du VEMS pré bronchodilatateur (160 mL versus 77 mL, différence moyenne 83 mL ; IC95 % de 42 à 125 ; p<0,001) à 12 semaines a été retrouvée. Cette différence était retrouvée dès la 2e semaine et était stable dans le temps, jusqu’à 52 semaines. De même, la qualité de vie selon le score SGRQ (différence moyenne -3,4 ; IC95% de -5,5 à -1,3 ; p=0,002) ainsi que les symptômes respiratoires s’étaient significativement améliorés à 52 semaines (différence moyenne, -1,1 ; IC95 % de -1,8 à -0,4 ; p=0,001).

Par ailleurs, le nombre de patients qui ont présenté des effets indésirables ayant conduit à l’arrêt du traitement ou des effets indésirables graves ou ayant entrainé le décès étaient comparables dans les deux groupes.

Ainsi, cet essai ouvre de nombreuses perspectives pour la prise en charge des patients BPCO présentant des exacerbations malgré une triple thérapie inhalée et ayant un profil inflammatoire de type 2.


Marina Guecamburu Service des Maladies Respiratoires, CHU Bordeaux, Bordeaux Service des Maladies Respiratoires, CHU Bordeaux, Bordeaux

D’après la communication de K.F Rabe et al. : Efficacy and safety of Dupilumab in chronic obstructive pulmonary disease with type 2 inflammation. (Session B13).

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DIU Physiopathologie de l’exercice et explorations fonctionnelles de l’effort

Universités : Paris-Cité,

Objectifs

Les tests d’effort permettent l’étude des capacités fonctionnelles de l’organisme. Révélateurs de désordres silencieux à l’état de repos, ils forment la base scientifique sur laquelle s’appuient les stratégies de réhabilitation physique actuellement largement utilisées dans le traitement de nombreuses maladies. Cette démarche nécessite une bonne connaissance de la physiologie de l’exercice musculaire ainsi que de l’environnement technologique et métrologique qui entoure la réalisation de ces examens. Parallèlement sera mené un apprentissage spécifique des indications et des protocoles des tests d’effort, ainsi que des programmes de réentraînement, propres à chacun des grands secteurs pathologiques respiratoire, circulatoire, métabolique et neuro-endocrinien.

Public

Titulaires d’un diplôme français de médecine ; étrangers titulaires d’un diplôme équivalent ; candidats jugés apte à suivre l’enseignement par les directeurs de l’enseignement et assistés du collège des enseignants.

Renseignements

U niversité Sorbonne Paris-Nord :  https://smbh.univ-paris13.fr/fr/formations/autres-formations/du-diu/item/193-diu-physiopathologie-de-l-exercice-et-explorations-fonctionnelles-de-l-effort.html

MAJ mai 2023

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Un médicament pour le traitement du syndrome d’apnées obstructives du sommeil : et si c’était vrai… ??

L’étude MARIPOSA apporte de nouveaux résultats très encourageants concernant l’effet à long terme et la tolérance d’une association d’atomoxetin et d’aroxybutynin sur la régression des troubles respiratoires au cours du sommeil.

Après avoir montré l’efficacité d’une association d’atomoxetin (noradrénergique) et d’aroxybutynin (antimuscarinique), lors d’une utilisation de quelques jours sur la réduction de l’index d’apnées hypopnées (IAH) de 28,5/h (10,9 – 51,6) à 7,5 / h (2,4 – 18,8), associée à une réduction significative du ronflement et de la limitation de débit, et avoir évoqué un profil phénotypique des patients répondeurs au traitement 1, il était nécessaire de transformer l’essai sur une étude à plus grande échelle. MARIPOSA est une étude randomisée, contrôlée en 4 bras parallèles réalisée dans 25 centres, dont l’objectif était d’évaluer l’efficacité et la tolérance de 2 doses de l’association d’atomoxetin – aroxybutynin (respectivement 75/2.5mg et 75/5mg) à l’utilisation d’atomoxetin 75mg et à un placebo, au cours d’une administration quotidienne pendant 30 jours chez des patients porteurs d’un syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) modéré à sévère. Les patients ont bénéficié d’un enregistrement polysomnographique initialement et à l’issue de la période d’étude. 211 patients ont été inclus dans cette étude (41% de femmes, âge 48 à 60 ans, index de masse corporel 28 à 35.2 kg/m2). La réduction de l’IAH a été comparable dans les 3 groupes respectivement traités par 75/2.5mg, 75/5mg, et atomoxetin seule (20.5 (12.3-27.2) à 10.8 (5.6-18.5) ; 19.4 (13.7-26.4) à 9.5 (6.1-19.3), 19.0 (11.8-28.8) à 11.8 (5.5-21.5) (p<0.01 vs placebo), de même que la réduction de la charge hypoxique (p<0.001 vs placebo). Ces résultats ont été accompagnés d’une amélioration significative des scores cliniques avec, néanmoins, une réduction de l’amélioration de la qualité du sommeil sous atomoxetin seule. Aucun effet indésirable sévère n’a été retrouvé et les effets secondaires communément décrits concernaient la présence de nausées, d’une bouche sèche et d’insomnie. Ces résultats apportent des informations complémentaires capitales avant la mise en place d’une prochaine étude de phase 3 dont on attend les résultats avec beaucoup d’intérêt compte tenu de l’impact attendu dans la prise en charge moderne du SAHOS


Jean-Claude Meurice, Service de Pneumologie, CHU de Poitiers, 86035 Poitiers

D’après la communication de P. Schweitzer et al. A The oral agent AD109 improves objective and subjective outcomes in obstructive sleep apneapatients. Results from the Mariposa study, a randomized controlled clinical trial. Am J Respir Crit Care Med2023;207:A1052,(Session A18).

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Variabilité de la glycémie et PPC : une histoire de femme !

Les effets de la PPC sur l’équilibre du diabète et la variabilité de la glycémie sont controversés dans la littérature or cette variabilité est un facteur indépendant de survenue de pathologies cardio-vasculaires. Aurora et al (Miami, Etats-Unis) a montré ce jour les résultats de l’étude HYPNOS, qui a par ailleurs été publiée il y a 1 mois dans Chest (Chest, avril 2023).

L’objectif principal de l’étude était de déterminer l’impact d’un traitement par PPC sur la variabilité de la glycémie chez des patients diabétiques de type 2 et porteurs d’un SAOS modéré à sévère (IAH > 15/h). Il s’agit d’un essai monocentrique, randomisé et contrôlé portant sur 184 patients adultes n’ayant jamais été traités pour leur SAOS (IAH > 15/h). Ils étaient randomisés en un groupe recevant uniquement des conseils hygiéno-diététiques (CHD) et un groupe PPC + CHD et suivis pendant 3 mois.

Il y avait 92 patients dans chaque bras, comparables sur l’âge (58,4 ans dans le groupe PPC vs 60,8 dans le groupe CHD, NS), le sexe (57% vs 46% d’hommes) et l’index de masse corporelle (33,8 kg/m2 dans les 2 groupes). L’index d’apnées hypopnées (IAH) était de 31,5/h dans le groupe PPC et de 28,2/h dans le groupe CHD. L’observance moyenne de la PPC était de 5,4h en moyenne et 77% étaient compliants au traitement. On ne retrouvait aucune différence entre les 2 groupes sur la variabilité de la glycémie (objectif primaire) et sur l’HbA1c. La glycémie post-prandiale du dîner restait stable sous PPC alors qu’elle se dégradait dans le groupe CHD.

Plus intéressant, une analyse de sous-groupe en fonction du sexe a été réalisée. Les 2 groupes étaient comparables en termes d’âge (58,7 ans vs 60,6 pour les femmes), de sévérité du SAS (28,2 vs 31,5/h), de poids (32,5 vs 35,1 kg/m2). Le contrôle de la glycémie ainsi que la compliance à la PPC étaient comparables (76% vs 78% de patients compliants). On constatait une diminution significative de la variabilité de la glycémie (différence moyenne de 3,5 mg/dL entre le groupe PPC et le groupe CHD, p = 0,02) et de la glycémie post-prandiale (après le dîner) (- 20,1 mg/dL, p < 0,01) et nocturne (- 34,6 mg/dL, p < 0,01) chez les femmes sous PPC.

Une des forces de ce travail est l’observance satisfaisante à la PPC. Des études portant sur un nombre plus important de patients sont nécessaires pour confirmer ce résultat et le rôle du sexe sur ces éléments.


Sandrine Pontier-Marchandise, Service de Pneumologie et unité des soins intensifs– Clinique des Voies Respiratoires, CHU Larrey, 24 chemin de Pouvourville, TSA 30030, 31059 Toulouse Cedex 9

D’après la communication de Aurora R et al. Effects of Positive Airway Pressure on glycemic variability in persons with type 2 diabetes and obstructive sleep apnea. Am J Crit Care Med 2023 ; 207 : A1048 (Session A18)

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BPCO hypercapnique : soufflez fort pour pédaler plus loin !

Les bénéfices de la réadaptation respiratoire (RR) sont limités chez les patients porteurs d’une BPCO au stade de l’insuffisance respiratoire chronique hypercapnique, notamment en raison d’une limitation sévère de leur capacité d’exercice. La ventilation non invasive (VNI) pourrait être bénéfique. Mais l’utilisation de la VNI à l’exercice reste rare car le niveau de preuve est faible et sa mise en œuvre complexe.

Schneeberger T a présenté les résultats d’un nouvel essai randomisé (NCT 03803358) qui a inclus 26 patients BPCO ventilés au long cours, la nuit, au domicile (59 ± 13 ans, VEMS 22 ± 7% de la théorique, PaCO2 52 ± 8mmHg) dans un programme comportant 12 sessions de RR. La moitié des patients effectuent le réentraînement sous VNI à haute pression (IPAP 26 ± 3, EPAP 6 ± 1 cmH2O).

Seuls les patients ayant bénéficié d’une RR sous VNI rapportent une amélioration significative de leur qualité de vie. L’ensemble des domaines évalués par le questionnaire CRQ s’améliore au-delà de la différence clinique minimale significative de 0,5 points. Le score HAD montre une amélioration de l’anxiété (sous VNI : -2 [-3,8 ; -0,22] versus groupe contrôle : -0,4 [-2,4 ; 1,8] points, p<0.05). L’originalité de ce travail repose surtout sur l’évaluation du confort des participants sous VNI : le masque est inconfortable pour la majorité des patients, avec une sensation de claustrophobie. Pourtant, la majorité des patients rapportent une amélioration de leur dyspnée, de leur confort respiratoire et de leur capacité d’exercice. Finalement, 2/3 des patients seraient suffisamment à l’aise pour utiliser la VNI à l’effort à l’issue du programme de RR.

La même équipe a récemment publié des résultats similaires, démontrant un effet bénéfique de la VNI chez des patients BPCO sévères naïfs vis-à-vis de la ventilation 1.

En permettant la réalisation d’exercices d’intensité supérieure, la VNI en complément de la RR améliore la dyspnée, la capacité d’exercice et la qualité de vie chez des patients BPCO sélectionnés. Toutefois, il reste de nombreux obstacles à la généralisation de ce dispositif, comme la portabilité et l’autonomie des respirateurs, l’optimisation des paramètres ventilatoires mais surtout l’appréhension des patients vis-à-vis du dispositif.


Marjolaine Georges, Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, CHU Dijon Bourgogne, 14 rue Paul Gaffarel, 21079 Dijon, France

D’après la communication de Schneeberger T. High-pressure non-invasive ventilation during exercise training in copd patients with chronic hypercapnic respiratory failure : effects on quality of life and people’s perception. A randomized controlled trial,Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A1024 (session A15)

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Oxygénothérapie nasale à haut débit : encore mieux avec des canules asymétriques ?

Les effets physiologiques de l’oxygénothérapie nasale humidifiée à haut débit (OHD : haut débit de gaz et meilleur contrôle de l’oxygénation, effet pression expiratoire positive et recrutement alvéolaire, lavage de l’espace mort, diminution du travail respiratoire) expliquent son bénéfice clinique dans la prise en charge de l’insuffisance respiratoire aiguë (IRA) hypoxémique mais aussi potentiellement dans l’IRA hypercapnique du patient BPCO. Ces effets apparaissent étroitement liés au débit d’OHD appliqué et à l’occlusion des narines 1 2. Ils pourraient être encore optimisés selon la conformation des canules utilisées.

Une équipe néo-zélandaise a donc évalué l’hypothèse qu’une asymétrie d’occlusion narinaire avec des canules d’OHD (canules asymétriques) permettait d’augmenter le lavage de l’espace mort anatomique réduisant ainsi la ré-inhalation de CO2. Les auteurs ont donc testé, sur un modèle adulte de voies aériennes supérieures (VAS) ventilées avec du CO2, des canules d’OHD symétriques (CS) et asymétriques (CA) (figure) selon différents débits (20, 40 et 60L/mn), différentes fréquences respiratoires (FR : 15 à 45 c/mn) et différents profils ventilatoires simulés (BPCO notamment). La clairance du CO2 était analysée par modélisation optique par spectroscopie infrarouge (500Hz).

Une asymétrie d’occlusion narinaire avec des CA larges entrainait une augmentation de pression dans les VAS atteignant 6,6 cmH2O avec un débit d’OHD de 60 L/min. A une FR élevée de 35/mn et un débit de 60L/min, la clairance du CO2 dans les VAS était retrouvée significativement plus élevée avec les CA comparativement aux CS (29,64±9,96 % ; p < 0,001), par opposition à une FR plus faible de 15 c/mn) (1,40±6,25% ; p > 0,05). Avec le profil BPCO (limitation des débits expiratoires), la clairance du CO2 sous OHD était réduite mais significativement améliorée avec les CA de 45,93% par rapport aux CS pour un débit de 20L/min (p < 0,0001). Les différences de pression observées avec le modèle optique faisaient suggérer aux auteurs la constitution, sous l’effet des CA, d’un flux inverse entre les cavités nasales avec lavage unidirectionnel du CO2 expiré.

Selon le débit utilisé et la FR, les CA d’OHD peuvent donc augmenter nettement le lavage de l’espace mort en créant un flux inverse entre les cavités nasales permettant ainsi d’accélérer la clairance du CO2 par les narines les moins occluses. L’OHD pourrait donc être plus performante utilisée avec des CA (pression expiratoire positive, épuration du CO2 expiré) sous réserve d’en faire la démonstration clinique.


Christophe Girault, Service de Réanimation Médicale, Hôpital Charles Nicolle, CHU-Hôpitaux de Rouen, 1, rue de Germont & UPRES EA 3830, Institut de Recherche et d’Innovation Biomédicale, Faculté de Médecine et de Pharmacie, Université de Rouen, 76031 Rouen

D’après la communication de Tatkov S. et al. Asymmetrical elements of a cannula interface to increase airway pressure and improve dead space clearance during nasal high-flow. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A1693. (Session A46).

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Addictions oncogéniques et épanchement pleural : pas de meilleure survie mais les inhibiteurs de tyrosine kinase ne sont pas si mauvais…

Les épanchements pleuraux malins (EPM), quel que soit le cancer primitif, sont associés à un pronostic péjoratif. Le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) est le principal cancer à l’origine d’EPM. Les patients porteurs d’un CBNPC avec une addiction oncogénique (EGFR, ALK, ROS1…) se distinguent par un meilleur pronostic, principalement du fait de l’efficacité des inhibiteurs de tyrosine kinase (TKI). Néanmoins, cette catégorie de patients est très hétérogène et l’influence de la présence d’une addiction oncogénique sur la survie des patients porteurs d’un CBNPC avec une addiction oncogénique n’est pas connue. De plus, l’efficacité particulière des TKI de l’EGFR sur les EPM reste mal précisée. 

Entre 2008 et 2020, 148 patients hospitalisés pour la mise en place d’un cathéter pleural tunnélisé dans le cadre du diagnostic d’un CBNPC ont été inclus. Parmi eux, 20 patients avaient une mutation EGFR (comparés à 54 patients sans mutation) et 8 patients un réarrangement ALK (comparés à 57 patients sans mutation). L’analyse de survie (temps de suivi maximum de 3 ans) n’a pas montré d’association entre le statut moléculaire (présence d’une addiction oncogénique ou non) et la survie globale (EGFR, p=0,70 ; ALK, p=0,50). Ces premiers résultats, sur un effectif relativement faible, méritent d’être confirmés ou non avec une plus large étude prospective et en tenant compte des potentiels facteurs de confusion tels que la prise d’un TKI ou le profil métastatique.

Une autre étude a inclus, entre 2009 et 2020, 110 patients porteurs d’un adénocarcinome avec une mutation EGFR compliqué d’un EPM et traité en première ligne par un TKI. Le critère de jugement principal était la survie sans progression de l’EPM (SSPE). Parmi les patients inclus, 51 avaient une mutation EGFR de type délétion de l’exon 19, 51 une mutation L858R de l’exon 21 et 8 un autre type de mutation. Le taux de réponse objective et le taux de contrôle des EPM par les TKI étaient de 78,2% et 83,6% respectivement. La SSPE médiane était de 15,4 mois (IC 95% : 4,72-25,2 mois) avec 87% de patients sans progression de l’EPM à 3 ans. L’analyse univariée a révélé que les patients avec un performance status de 0 ou 1 et une mutation de type délétion de l’exon 19 étaient ceux avec un risque réduit de progression de l’EPM. Cette association était confirmée en analyse multivariée pour la délétion de l’exon 19.

Ces études confirment le fait que les patients avec un CBNPC et une addiction oncogénique représentent une catégorie particulière dont la prise en charge doit être adaptée. Néanmoins, l’hétérogénéité entre le type d’addiction oncogénique mais aussi entre les différents types de mutations soulèvent l’importance d’études dédiées dans chacun de ces groupes pour identifier leurs variabilité pronostique et thérapeutique.


Marion Ferreira, Service de pneumologie et explorations fonctionnelles respiratoires, CEPR INSERM U1100, CHRU Bretonneau Tours, Boulevard Tonnellé, 37000 Tours.

D’après les communications de : 

  •  C. Gilbert. The presence of targetable mutations in metastatic non-small cell Lung cancer patients with malignant pleural disease is not associated with improved survival. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207 : A2735 (Session A110)
  • K. Lee. Efficacy of Epidermal Growth Factor Receptor (EGFR) tyrosine kinase inhibitors for treatment of malignant pleural effusion in EGFR-mutant lung adenocarcinoma patients. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207 :A2727 (Session A110)

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Quel impact de l’observance thérapeutique sur la prise en charge des patients atteints d’hypertension pulmonaire ?

En tant que cliniciens, nous sommes régulièrement confrontés à des patients ne respectant pas scrupuleusement nos prescriptions et recommandations. La non-observance thérapeutique peut être liée à différents facteurs parmi lesquels un défaut de communication, de compréhension, un déni ou encore la difficulté d’accès aux soins. Dans ce travail présenté par E.W. Robbins (Providence, Etats-Unis), les auteurs ont cherché à évaluer l’impact de la non-observance sur la survie et le pronostic des patients atteints d’hypertension pulmonaire.

Cette étude a été menée au sein de l’association de patients américains atteints d’hypertension pulmonaire (PHAR : Pulmonary Hypertension Association Registry). Afin d’évaluer l’observance thérapeutique, les patients étaient interrogés sur leur observance à chaque visite de suivi. Parmi les 1549 évalués, 87% avaient une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) et 13% une hypertension pulmonaire thrombo-embolique chronique (HTP-TEC). Deux-cent cinquante-quatre patients (6.1%) ont déclaré une mauvaise observance des traitements prescrits. Les facteurs prédictifs de non-observance thérapeutique étaient le sexe masculin, les facteurs socio-économiques (pauvreté, Medicaid, l’absence d’assurance santé, et de travail). En revanche, l’observance aux traitements n’avait pas de lien avec le niveau d’éducation. Aucun lien entre observance thérapeutique et survie n’a été identifié dans cette étude, mais la non-observance était associée à une augmentation du nombre de consultations et d’hospitalisations en urgence. De plus, la qualité de vie évaluée par les scores SF-12 et Emphasis-10 était plus altérée chez les patients reportant une mauvaise observance thérapeutique.

Bien que le taux déclaré par les patients de non-observance thérapeutique soit faible, il était associé à une augmentation de nombre d’hospitalisations et une diminution de la qualité de vie. Cette étude souligne l’importance d’optimiser l’observance thérapeutique, notamment en renforçant l’éducation thérapeutique et l’accès aux soins.


Athénaïs Boucly, Service de Pneumologie et de Soins Intensifs Thoraciques, Hôpital de Bicêtre,Assistance Publique Hôpitaux de Paris, 78, rue du Général Leclerc, 94270 Le Kremlin Bicêtre

D’après la communication de Robbins E.W. Medication non-adherence and health related outcomes in patients with pulmonary arterial hypertension: the Pulmonary Hypertension Association Registry (PHAR),Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A1186 (session A26)

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Guéris de la tuberculose : oui, mais à quel prix ?

Lors d’une session d’affiches discutées consacrées à la tuberculose ou « peste blanche », plusieurs communications ont apporté des données fonctionnelles respiratoires nouvelles sur les conséquences respiratoires de la tuberculose. Et le résultat a de quoi préoccuper les pneumologues…

Du W. et al. (Atlanta, Etats-Unis) ont ainsi montré, sur une cohorte de 123 adultes non infectés par le VIH et ayant terminé avec succès un premier traitement de tuberculose pulmonaire entre 2019 et 2022 à Tbilissi, capitale de la Géorgie, que plus de la moitié des participants avaient des débits spirométriques distaux abaissés (DEMM 25-75 < 80% de la valeur prédite) alors que seulement 16% avaient un rapport VEMS/CV abaissé. Par ailleurs, Nuwagira E. et al. (Mbarara, Ouganda) ont rapporté, dans une cohorte de 81 patients ougandais dont 34 co-infectés par le VIH, que 65% avaient une spirométrie anormale en fin de traitement, dont 41% avec une diminution isolée de la capacité vitale forcée. Byanova K.L. et al (San Francisco, Etats-Unis) ont quant à eux montré que, parmi 167 adultes recrutés au moment d’une « pneumonie » (en fait, 82% de tuberculose) et réalisant une exploration fonctionnelle respiratoire une fois l’épisode aigu guéri, près de 20% avaient alors une DLCO abaissée. Enfin, Navuluri N. et al. (Durham, Etats-Unis) ont démontré, au Kenya, que le fait d’avoir été atteint d’une tuberculose pulmonaire faisait partie des quelques facteurs de risque associés au développement d’une hypoxémie chronique, tout comme le sexe féminin et le tabagisme.

Tous ces travaux soulignent donc l’importance croissante de la détection des séquelles fonctionnelles respiratoires au décours d’une tuberculose considérée comme guérie, notamment dans les pays à ressources limitées. Les pneumologues vont devoir se réapproprier cette thématique importante. Avec les progrès survenus au cours de ces dernières années, on guérit certes plus de patients atteints de tuberculose pulmonaire mais la vraie question qui se pose désormais est : à quel prix ? La longue histoire commune entre la « peste blanche » et les pneumologues est donc loin d’être finie…


François-Xavier Blanc, Université de Nantes; CHU de Nantes, l’institut du thorax, Hôpital G. et R. Laënnec, Service de Pneumologie; INSERM UMR 1087, CNRS UMR 6291, Nantes.

D’après les communications de :Du W. et al. Small airway involvement after tuberculosis treatment: findings from a post-tuberculosis cohort study in Georgia. Am J Respir Crit Care Med 2023;207:A1211.
Nuwagira E. et al. Lung function abnormalities are common after microbiologic cure of drug sensitive tuberculosis in Southwest Uganda. Am J Respir Crit Care Med 2023;207:A1213.
Byanova K.L. et al. HIV and tuberculosis are associated with lower diffusing capacity for carbon monoxide in Ugandan adults. Am J Respir Crit Care Med 2023;207:A1214.
Navuluri N. et al. Prior tuberculosis and female sex are major risk factors for chronic hypoxemia in Kenyan adults. Am J Respir Crit Care Med 2023;207:A1215.
Session A27

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