
Le dépistage du cancer du poumon ne saurait se résumer à une simple chasse aux nodules. Différences de genre, analyse fine des nodules semi-solides, évaluation cardiovasculaire opportuniste : le scanner low dose s’impose comme un véritable outil de médecine préventive intégrée.
C’est sous le soleil – temporairement – radieux de Lille que s’est ouverte, vendredi 30 janvier, la première journée du 30ᵉ Congrès de Pneumologie de Langue Française (CPLF). Après une matinée consacrée aux cours de perfectionnement, la conférence inaugurale, interrogeant l’impact du dérèglement climatique sur la santé, a donné le ton. Si la prise en compte de ce bouleversement environnemental s’imposera, de gré ou de force, à mesure que les ressources mondiales en combustibles fossiles s’épuisent, chaque acteur de la santé respiratoire est d’ores et déjà invité à questionner ses pratiques : leur impact environnemental, mais aussi le rôle d’influenceur qu’il exerce auprès des patients et de la société.
La première présentation, assurée par le Pr Marie Wislez, était dédiée aux différences femmes-hommes dans le dépistage. Elle a rappelé que les femmes restent très nettement sous-représentées dans la majorité des grandes études de dépistage menées jusqu’à présent, à l’exception notable de l’étude CASCADE, dont le recrutement exclusivement féminin est désormais terminé. Ce constat contraste avec un message fort : le bénéfice du dépistage par scanner low dose apparaît clairement supérieur chez les femmes. Deux hypothèses principales émergent pour expliquer cette différence. La première repose sur des disparités histologiques, les femmes développant quasi exclusivement des adénocarcinomes, au pronostic globalement plus favorable, et très peu de carcinomes épidermoïdes ou à petites cellules. La seconde concerne le poids des comorbidités, significativement moindre chez les femmes, influençant directement le bénéfice net du dépistage. L’étude CASCADE, spécifiquement dédiée à la population féminine, devrait prochainement apporter des éléments de réponse déterminants.
Le Dr LEDERLIN a ensuite rappelé un message essentiel de pratique quotidienne : les nodules semi-solides persistants sont toujours suspects et nécessitent une surveillance attentive, répétée et prolongée. L’analyse de leur temps de doublement volumétrique, et en particulier de l’évolution de leur composante solide, est centrale pour en apprécier le potentiel invasif. Afin d’affiner l’évaluation du risque, plusieurs critères morphologiques complémentaires sont désormais intégrés dans les programmes de dépistage : présence de clartés aériques internes, bronchogramme intranodulaire, hétérogénéité de la structure interne, indentation pleurale, spiculations, contact avec la paroi d’une bulle, contours concaves ou encore taille supérieure à 3 cm. Autant d’éléments qui rappellent que l’analyse qualitative du nodule reste indissociable des mesures quantitatives.
Enfin, le Pr LEMESLE a abordé la question de la découverte fortuite des calcifications coronariennes et de la mesure du score calcique, sous trois angles complémentaires : pronostique, diagnostique et thérapeutique. Le score calcique apparaît avant tout comme un marqueur global de mauvaise santé, permettant de prédire le risque d’événements cardiovasculaires. Plus surprenant, une augmentation du score calcique est également associée à une hausse de la mortalité par cancer, indépendamment de facteurs de confusion tels que le tabagisme. Sur le plan diagnostique, son utilisation doit s’inscrire dans une évaluation clinique et paraclinique préalable, afin d’estimer la probabilité prétest de risque cardiovasculaire et d’en juger la pertinence. En revanche, les données restent insuffisantes pour définir des seuils décisionnels clairs ou des stratégies thérapeutiques standardisées en cas de score élevé, renforçant le rôle central de l’évaluation clinique, biologique et électrocardiographique dans l’interprétation de ce paramètre.
Cette session a brillamment illustré que le dépistage du cancer du poumon ne saurait se résumer à une simple chasse aux nodules. Différences de genre, analyse fine des nodules semi-solides, évaluation cardiovasculaire opportuniste : le scanner low dose s’impose comme un véritable outil de médecine préventive intégrée. Aux frontières du nodule, c’est bien une vision plus globale du patient qui se dessine, confirmant que le succès du dépistage reposera autant sur la rigueur radiologique que sur l’intelligence clinique et multidisciplinaire.
Benoit Roche , Unité d’Oncologie Thoracique, CHU Montpellier
D’après la présentation de la Session A11 : le dépistage du cancer du poumon, il n’y a pas que les nodules…– 30/01/26



