L’évaluation de la fonction respiratoire dans les pays en voie de développement est nécessaire. Dans ce travail une comparaison de la fonction respiratoire en fonction du niveau socioéconomique a été effectuée.
Le niveau socio-économique (NSE) bas prédispose à un déclin accéléré de la fonction respiratoire et par conséquent à un risque plus élevé de maladies respiratoires. L’objectif de cette étude était de de comparer la fonction respiratoire entre les différentes catégories du NSE dans quatre régions du Cameroun.
Dans cette étude transversale communautaire menée dans 4 régions du Cameroun, les sujets âgés d’au moins 19 ans étaient inclus par échantillonnage aléatoire multi-stratifié en grappes à trois degrés. Les spirométries ont été réalisées selon les recommandations de l’American Thoracic Society tout en utilisant les équations de référence camerounaises pour l’adulte. Le NSE était défini en subdivisant en quintile l’indice de richesse basé sur les biens obtenu en réalisant l’analyse en composante principale.
Des 4610 participants définitivement inclus, 2551 (55,3%) étaient des femmes et l’âge médian [intervalle interquartile (IIQ)] était de 43 (29-56) ans. Le VEMS médian (IIQ) des sujets ayant un NSE très bas était de 93 (77 – 107) % contre 100 (88 – 111) % chez ceux ayant un NSE très élevé (p < 0,001). La CVF médiane (IIQ) des sujets ayant un NSE très bas était de 94 (78-108) % contre 97 (86 -108) % chez ceux ayant un NSE très élevé (p < 0,001). La fonction respiratoire des sujets du niveau socio-économique bas est abaissée au Cameroun. L’amélioration du NSE permettrait de réduire le fardeau épidémiologique des maladies respiratoires notamment dans les pays en voie de développement.
Virginie POKA-MAYAP, Service de pneumologie A, Hôpital Jamot de Yaoundé, Cameroun.
D’après le poster “ Fonction respiratoire et niveau socioéconomique au Cameroun : étude transversale communautaire” présenté par Virginie Poka-Mayap (Cameroun), issue de la session PO2 “Infectiologie – Epidémiologie”, le dimanche 07 mai 2023.
La disponibilité des moyens diagnostiques et thérapeutiques de l’asthme et de la BPCO à Ouagadougou est réputée faible. Cette faible disponibilité était accentuée dans le secteur public. Au vu du fardeau que l’asthme et la BPCO représentent en termes de morbidité et de mortalité, il s’avère important d’améliorer l’accès des patients aux moyens diagnostiques et thérapeutiques.
Les maladies respiratoires chroniques, en particulier l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), constituent une menace importante pour la santé publique. L’étude présentée avait pour but de déterminer la disponibilité et l’accessibilité financière à leurs moyens diagnostiques et thérapeutiques.
Il s’est agi d’une étude transversale couvrant la période d’août à décembre 2021 à Ouagadougou au Burkina Faso. Cette étude a concerné 107 centres de santé et 135 officines pharmaceutiques. La définition de l’Organisation Mondiale de la Santé / Health Action International a été utilisée pour déterminer l’accessibilité aux médicaments.12
Résultats : Sur 107 centres de santé, 29 (27,1%) disposaient d’un spiromètre. Le prix moyen de réalisation de la spirométrie représentait 19,88 jours de salaire pour un patient payé au SMIG. 34 Les médicaments les plus disponibles étaient le salbutamol en aérosol doseur pressurisé (ADP) (88,1%) et la prednisone 20 mg comprimé (87,4%). Aucun médicament du traitement de fond n’était disponible dans les officines publiques 5. Les médicaments accessibles financièrement étaient le salbutamol comprimé 4mg et l’aminophylline comprimé 100mg. Les moyens diagnostiques et thérapeutiques de l’asthme et la BPCO sont donc toujours faiblement disponibles, cette faible disponibilité est accentuée dans le secteur public quasi-absence du traitement de fond.
D’après la session des communications orales portant sur : « infectiologie-épidémiologie », présentée par Abdoul Risgou OUEDRAOGO (Burkina Faso), le dimanche 7 Mai 2023.
La PCR pannel respiratoire a été vulgarisée depuis l’avènement de la COVID-19. Il convient d’évaluer son apport dans la prise en charge des exacerbations aigues de bronchopneumopathie chronique obstructive.
Les infections respiratoires sont les principales causes d’exacerbations aigues de bronchopneumopathie chronique obstructive (EABPCO). L’identification du germe en cause permettrait d’améliorer la prise en charge du patient présentant une EABPCO. L’objectif de l’étude menée était de déterminer l’apport de la PCR pannel respiratoire dans la prise en charge des EABPCO.
Dans cette étude transversale menée de 2019 à 2022 dans le service de pneumologie de l’hôpital Louis Mourier (APHP, Colombes, France), l’examen cytobactériologique des aspirations bronchiques et la PCR pannel respiratoire des écouvillons naso-pharyngés ont été réalisés.
Des 142 patients définitivement inclus dans ce travail, 32,5% présentaient une surinfection virale desquels 19,1% était virale exclusive et la coïnfection bactérienne et virale chez 13,4%. Le rhinovirus était le principal virus retrouvé en cas de coïnfection bactérienne. L’identification de l’origine virale a permis une abstention d’antibiothérapie chez la moitié des patients.
La PCR pannel respiratoire permet donc de retrouver une infection virale chez le tiers des patients et de limiter la prescription d’antibiotique inappropriée. La place de la coinfection bactérienne et virale est non négligeable
Virginie POKA-MAYAP, Service de pneumologie A, Hôpital Jamot de Yaoundé, Cameroun.
D’après le poster “ Apport de la PCR pannel respiratoire dans la prise en charge des exacerbations aigues de bronchopneumopathie chronique obstructive à l’ère de la COVID-19” présenté par Koumeka PP (Côte d’Ivoire), issue de la session PO1 “Pathologie bronchique”, le dimanche 07 mai 2023.
L’asthme aigu ou crise d’asthme est un motif courant de consultation dans les services d’urgence et peut être associé à un risque vital, ainsi qu’à des coûts importants. Une prise en charge efficace de l’asthme aigu repose sur la reconnaissance et l’évaluation de la sévérité de la crise, son traitement, la décision d’hospitaliser ou pas, l’indication éventuelle aux soins intensifs et, lors d’un retour à domicile, la prévention d’une récidive précoce.
Identification des patients á risque de décès par asthme
L’identification de facteurs de risque de décès ou de sévérité est une étape primordiale. Ainsi tout patient présentant ces facteurs suivants doivent être considère comme des sujets á risque décès important :
-le mauvais contrôle des symptômes d’asthme dans les 12 mois précédents (hospitalisations, visites aux urgences ou recours á des cures courtes de corticoïdes oraux), 1
– un antécédent d’asthme aigu grave avec séjour en réanimation ou intubation avec ventilation mécanique, 2345
– l’absence de traitement de fond par CSI ou mauvaise observance du traitement par CSI ou mauvaise adhérence au plan d’action écrit 67.
– l’utilisation fréquente des bêta-2 mimétiques de courte durée d’action (SABA) avec l’utilisation de plus d’une boite de salbutamol ou équivalent par mois. En effet selon les recommandations, tous les patients chez qui plus de 12 inhalations de SABA ont été prescrites dans les 12 mois précédents devraient avoir une évaluation du contrôle de leur asthme 8.
-l’existence d’une allergie alimentaire associée 910.
Est-ce que le fait de présenter un épisode d’asthme aigu sévère conditionne le pronostic par la suite ?
A cette question, des études ont montré qu’une prise en charge adéquate permet d’améliorer le pronostic 11.
Les examens complémentaires sont-ils utiles chez ces patients en épisode aigue sévère (ESA) ?
Pour des patients présentant une ESA en situation d’urgence, la décision de la réalisation des examens complémentaires reste partagée et n’est pas figée mais il faut probablement réaliser une radiographie thoracique et des gaz du sang en cas de non-réponse au traitement 121314151617. Le bilan biologique est systématique mais n’est pas obligatoire.
Quels sont les différentes thérapeutiques et leurs modalités pour des patients présentant une ESA ?
Chez ces patients :
Il faut associer un traitement anticholinergique inhalé au traitement par bêta-2 mimétique chez les patients adultes et pédiatriques 18192021
Les experts suggèrent d’administrer une dose de 0,5 mg de bromure d’ipratropium toutes les 8 heures chez les patients adultes et pédiatriques qui ont plus de 6 ans avec une dose de 0,25 mg toutes les 8 heures chez les enfants de moins de 6 ans.
Il faut administrer précocement une corticothérapie systémique intraveineuse ou per os ( 1mg/kg d’équivalent méthyl prednisolone, maximum 80 mg) chez tous les adultes présentant une ESA 2223
Il faut probablement administrer une oxygénothérapie pour un objectif de saturation pulsée en oxygène de 94 à 98% chez les patients adultes et pédiatriques 24.
Il ne faut probablement pas administrer systématiquement une antibiothérapie. Elle devrait être réservée aux cas où une pneumopathie est suspectée sur les habituels critères cliniques, radiologiques et biologiques.
Il faut calculer la dose cumulée de corticothérapie orale en prenant en compte des exacerbations
Il faut rechercher les comorbidités et réévaluer son traitement de fond.
L’administration systématique de sulfate de magnésium n’est plus indiquée sauf en cas de non-réponse après des nébulisations répétées.
Quels sont les indications de l’intubation ? quelles sont les modalités ?
Les experts suggèrent de recourir á l’intubation chez un patient adulte ou pédiatrique en cas d’échec d’un traitement médical bien conduit ou en cas de présentation clinique grave d’emblée (trouble de la conscience, bradycardie). L’intubation sera réalisée par voie orotrachéale après recours á une induction á séquence rapide par un médecin expérimenté 25.
Pour les patients présentant une ESA hypoxémique, y a-t-il une place pour la VNI ou l’OHD ?
Les experts ne proposent pas de recommandation pour l’utilisation de la VNI dans les ESA. L’OHD nasale humidifié n’a pas été évaluée á ce jour dans cette indication 262728
Quelles sont les modalités de retour á domicile depuis les urgences permettant de réduire le risque d’évènements indésirables grave ?
Chez les adultes, les experts suggèrent que l’ordonnance de sortie comporte á minima la prescription d’un bêta-2 mimétique de courte durée d’action, une corticothérapie orale pour une durée courte et une CSI si elle n’était pas prescrite auparavant.
Irie Hospice DJE BI, Service de pneumologie, CHU de Bouaké, Chef de clinique assistant à l’université Alassane Ouattara de Bouaké, Côte d’Ivoire
D’après la communication du Pr Chantal Raherison, service des maladies respiratoires au CHU de Guadeloupe
L’hémoptysie est l’émission de sang provenant des voies respiratoires sous glottiques après un effort de toux. Elle peut être grave et mettre en jeu le pronostic vital du patient avec une létalité de plus de 20% en absence de traitement
La prise en charge d’une hémoptysie commence toujours par l’évaluation correcte initiale de sa sévérité, ce qui va permettre une planification thérapeutique adaptée 1.
Pour évaluer sa gravité, on peut se baser d’une part sur le volume ou le débit de sang expectoré. Cependant, il n’y a pas de seuil consensuel à ce jour (100ml/24H à 1000 ml/48H). D’autre part, on peut se baser sur le retentissement respiratoire et/ou hémodynamique 2
Une fois le diagnostic positif posé, le problème majeur reste le diagnostic topographique, étiologique ou du mécanisme. Les bilans paracliniques, notamment la radiographie et/ou AngioTDM permettent de voir un foyer suspect (verre dépoli ou comblement alvéolaire), mais surtout d’avoir une information sur le mécanisme (origine artérielle systémique ou pulmonaire). La fibroscopie bronchique si elle est réalisée, permet de confirmer le diagnostic en cas de doute
Les causes majeures sont entre autres, les dilatations des bronches, la tuberculose pulmonaire active ou séquellaire, le cancer broncho-pulmonaire, la maladie de Behçet, l’aspergillose, la pneumonie nécrosante. La cause peut être aussi d’origine iatrogène (cathéter artériel pulmonaire). La prise en charge est multidisciplinaire impliquant radiologues interventionnels, pneumologues, chirurgiens thoraciques, réanimateurs, et anesthésistes.
Les buts du traitement sont de contrôler l’hémoptysie, éviter l’asphyxie par inondation alvéolaire bronchique et surtout de traiter la cause de cette hémoptysie.
Les moyens disponibles sont, outre les mesures d’ordre générales, le traitement médical conservateur, la radiologie vasculaire interventionnelle et enfin la chirurgie de résection en cas d’échec de ces derniers ou en cas de récidive.
Il faut une hospitalisation préalable du malade en réanimation ou en soins intensifs au repos strict ; une oxygénothérapie après libération des voies aériennes, la mise en position de sécurité en décubitus latéral du côté de l’hémoptysie, le contrôle des facteurs hémorragiques, la mise en route du traitement étiologique (antibiothérapie), et les antitussifs à dose modéré pour réduire la fréquence de la toux.
Le traitement médical conservateur utilise les vasoconstricteurs systématiques (terlipressine ou lysine-8-vasopresseur en IVSE), ou l’administration intraveineuse de facteur VII recombinant.
L’hémostase par voie endoscopique est réalisée avec du sérum glacé (4°C) seul ou avec de l’adrénaline (1mg dilué dans 20ml) ou ornipressine et terlipressine (1 mg dans 5 ml) ; un méchage local avec un dérivé de la cellulose est une autre alternative 3.
L’embolisation de l’artère bronchique reste le traitement de premier choix dans le choix des hémoptysies graves. L’artériographie bronchique première permet de répérer l’artère coupable et de l’emboliser par des microparticules non résorbables 4. La vaso-occlussion pulmonaire (VOP) est indiquée dans les anévrysmes ou faux anévrysmes artériel pulmonaires. Cependant il faut faire une occlusion la plus distale possible afin de ne pas trop amputer de parenchyme pulmonaire.
La chirurgie occupe une place très importante dans le traitement. En effet, elle est indiquée en cas d’échec de la procédure radiologique vasculaire ou en cas de risque de récidive hémorragique : lésions localisées avec hémoptysie grave et/ou répétée dans le même territoire ainsi que les étiologies à haut risque hémorragique et de récidive (aspergillome) ou lésions relevant d’un mécanisme artériel pulmonaire proximal 5. Cependant dans les pays en développement, la radiologie interventionnelle est non ou peu accessible.
D’après la communication « prise en charge des hémoptysies graves » présenté par Komi Séraphin ADJOH (Togo), session « Urgences respiratoires » , le Samedi 06 Mai 2023.
Les complications respiratoires de la toxicomanie sont nombreuses, peuvent être graves et varient en fonction de la substance utilisée. Dans cette communication, le Pr Ouedraogo expose celles du cannabis, de la cocaïne et de l’héroïne.
La toxicomanie se définit par le besoin incoercible de consommer certaines substances pour rechercher leur effet et ne se limite pas seulement à l’usage des substances illicites. Ces substances sont consommées principalement par voie nasale, orale intraveineuse et auront des conséquences sur le poumon. Les principales substances ayant des répercussions sur le poumon sont le cannabis, la cocaïne, l’héroïne et le tabac.
A travers l’inflammation des voies aériennes, les modifications histologiques, le cannabis est responsable de bulles d’emphysème, pneumothorax, pneumomédiastin qui prédominent au niveau des bases du poumon probablement par obstruction des petites voies aériennes 1. Les infections respiratoires et le cancer du poumon sont également décrits.
La toxicité pulmonaire la plus décrite de la cocaïne est le « crack lung ». Il se caractérise par l’installation aigue en 48h d’une hémoptysie, anémie avec des infiltrats pulmonaires bilatéraux. Une hémorragie alvéolaire est fréquemment retrouvée 2.
L’héroïne peut être responsable de la talcose pulmonaire qui associe une hypertension pulmonaire et une fibrose pulmonaire, conséquences de la formation de granulomes autour des corps étrangers ayant atteint les artères ou l’interstitium pulmonaire 3. En cas d’overdose, la dysfonction endothéliale augmente la perméabilité capillaire et peut engendrer un œdème pulmonaire. Des abcès pulmonaires sont également décrits dans un contexte d’inhalation s’il y a une altération de la conscience.
La toxicomanie peut entrainer des complications pulmonaires graves nécessitant parfois une admission aux urgences. Ceci soulève l’intérêt de sa recherche systématique de la toxicomanie, le conseil de l’arrêt systématique lorsqu’elle est repérée.
Virginie POKA-MAYAP, Service de pneumologie A, Hôpital Jamot de Yaoundé, Cameroun.
D’après la communication “ Poumon du toxicomane” présenté par Georges OUEDRAOGO (Burkina Faso), issue de la session “L’industrie du tabac et manipulation du monde médical”, le samedi 06 mai 2023.
La pneumonie aiguë communautaire représente la 1ère cause de décès d’origine infectieuse dans le monde en général et dans les pays en voies de développement en particulier.
La pneumopathie aigue se définit comme une inflammation aiguë non tuberculeuse et non suppurée du parenchyme pulmonaire. Elle est dite communautaire (PAC) lorsqu’elle est acquise en dehors de l’hôpital ou se déclarant moins de 48 heures après l’hospitalisation. L’étiologie est le plus souvent bactérienne, dominée par le pneumocoque chez l’adulte 1.
Les différentes stratégies diagnostiques se basent entre autres sur les données cliniques (signes fonctionnels et généraux) et sur la paraclinique comme partout dans le monde. Il existe des examens paracliniques pour le diagnostic positif (radiographie thoracique, numération formule sanguine, CRP, vitesse de sédimentation, dosage de la procalcitonine). Le problème majeur reste celui du diagnostic étiologique. Il se base surtout sur la mise en évidence du germe par l’examen directe (ECBC), les sérologies, les antigénuries, les hémocultures et la PCR qui sont de plus en plus disponibles dans les pays émergents, comparativement à la majorité des pays africains.
D’autres méthodes diagnostiques permettent de mettre en évidence les autres étiologies (virales, parasitaires) sur par la PCR en procédant par écouvillonnage nasale et/ ou pharyngé, les aspirations nasopharyngées, le lavage broncho-alvéolaire 2.
Pour sa prise en charge, des scores de gravité et de prédiction de mortalité sont utiles pour évaluer la gravité et guider ainsi le choix du site de prise en charge initiale tels que le score CURB-65 ou le score CRB-65 en fonction du plateau technique.
Il est recommandé de faire les prélèvements avant toute antibiothérapie. Cependant, devant l’urgence, la prise en charge ne doit souffrir d’aucun délai 3. L‘antibiothérapie probabiliste doit être précocement instituée et secondairement adaptée à l’antibiogramme si nécessaire. Elle est souhaitée pour les pneumopathies graves et obligatoire pour les patients en réanimation ou suspects d’infections nosocomiales. Il faut mettre l’accent sur la prévention en agissant sur certains facteurs tels que la pollution, la malnutrition, l’infection par le VIH etc. La vaccination reste l’une des méthodes la plus efficace pour les sujets tarés.
D’après la communication « La pneumonie dans les pays émergents : épidémiologie ? Stratégies diagnostiques et thérapeutiques » présenté par Franck Hardain OKEMBA-OKOMBI(Congo Brazzaville), session «la pneumologie dans les pays émergents » le Samedi 06 Mai 2023.
De nos jours, le vapotage est considéré comme une alternative au tabagisme mais n’est pas aussi inoffensif qu’il parait l’être. Le professeur Thiam a décrit durant cette communication les effets néfastes du vapotage sur les voies aériennes.
Le vapotage ou usage de la cigarette électronique (E-cigarette) est considéré de nos jours comme une alternative moins dangereuse au tabac car il permet la réduction ou l’arrêt du tabagisme. Mais du fait de l’usage de composants non homologués, peu étudiés sur le long terme, il existe des réserves quant à la sécurité du vapotage sur la santé et notamment sur les voies aériennes. Les vapeurs produites par l’E-cigarettes sont constituées entre autres de substances cancérigènes, néoformées, canabinoïdes, particules fines 1. De ce fait, il existe de nombreuses conséquences sur la santé respiratoire.
Il est décrit sur les modèles animaux, une susceptibilité aux infections des voies aériennes virales du fait de l’affaiblissement de l’immunité innée, de l’inhibition de la toux. Le risque de COVID-19 est multiplié par 5 chez les vapoteurs et par 7 si un tabagisme classique est associé au vapotage 2. L’EVALI (E-cigarettes, or Vaping product use Associated Lung Injury) ou poumon du vapotage est une maladie respiratoire mortelle résultant de l’effet des cannabinoïdes issus de la vapeur de l’E-cigarette. Le diagnostic est posé devant les critères suivants : usage d’E-cigarette dans les 90 jours précédant les symptômes, infiltrats pulmonaires à l’imagerie, absence d’infection pulmonaire et absence de preuve d’autre diagnostic plausible 3.
Du point de vue des anomalies bronchiques en contexte de vapotage, il a été démontré une probabilité plus élevée d’asthme chez les utilisateurs d’E-cigarette 4 mais il n’est pas documenté à ce jour une relation entre le vapotage et la bronchopneumopathie chronique obstructive. L’altération de la fonction respiratoire et le vapotage est documentée, notamment l’augmentation des résistances des voies aériennes et par conséquent le trouble ventilatoire obstructif et un baisse de la perfusion pulmonaire à l’IRM 5.
Le risque de cancer est moindre en cas de vapotage comparé au tabagisme mais non nul. Il existe peu de données à ce sujet.
En résumé, le vapotage s’avère moins toxique que le tabagisme mais n’est pas inoffensif. L’impact à court terme est connu mais la sécurité à long terme est toujours inconnue, probablement du fait d’un recul insuffisant.
Virginie POKA-MAYAP, Service de pneumologie A, Hôpital Jamot de Yaoundé, Cameroun
D’après la communication “ Vapotage et maladies des voies aériennes” présenté par Khadi THIAM (Sénégal), session “Environnement et santé respiratoire”, le samedi 06 mai 2023.
La place prépondérante de l’immunothérapie dans le traitement des principaux types de cancer bronchique est de plus en plus mise en avant dans la littérature. Elle doit être envisagée dans les indications récemment décrites.
Utilisée depuis environ 8 ans, l’immunothérapie est un moyen thérapeutique reconnu de nos jours comme un standard dans la prise en charge des cancers bronchiques. Plusieurs paramètres sont à considérer dans l’usage de l’immunothérapie dans cette indication : le type et le stade du cancer bronchique, le degré d’expression des immunomarqueurs PD-L1 (supérieur ou inférieur à 50%), la ligne thérapeutique et le contexte opératoire. Les principales molécules ayant démontré leur efficacité sont : le pembrolizumab, l’atezolizumab, le nivolumab e le durvalumab.
Devant un cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) au stade IV, l’immunothérapie peut être utilisée en première ligne seule ou en combinaison avec la chimiothérapie. L’étude KEYNOTE 024 a démontré une supériorité du pembrolizumab seule vs la chimiothérapie sur la mortalité globale à 5 ans des patients présentant un CBNPC métastatique ayant une expression des récepteurs PD-L1 ≥ 50% 1. L’association pembrolizumab + Permetrexed/Sels de platines améliore la survie tant dans le cancer épidermoïde que non épidermoïde sans préjuger du degré d’expression des immunomarqueurs 2.
Au stade I et II du CBNPC, l’immunothérapie a un intérêt en thérapie adjuvante après la chirurgie. L’atezolizumab et le pembrolizumab dans cette indication améliorent le pronostic chez les patients avec une forte probabilité de rechute et limitent l’usage additionnel d’une chimiothérapie adjuvante 3. Au satde III A résécable, l’association immunothérapie et chimiothérapie en périopératoire est pourvoyeuse d’un intervalle libre d’évènements plus prolongé qu’en cas d’usage de la chimiothérapie seule. Ce bénéfice est retrouvé en cas d’usage du nivolumab et du durvalumab 45. L’étude PACIFIC a démontré une importante amélioration à 5 ans de la survie et du performance status des patients avec CBNPC stade III non résécable sans progression après chimiothérapie, ayant bénéficié du durvalumab vs placebo 6.
En ce qui concerne le cancer à petites cellules, les essais cliniques montrent une supériorité de l’immunothérapie en 1ère ligne associé à l’étoposide/sels de platines vs étoposide/sels de platines seul sur la survie globale, le performance status 7.
L’immunothérapie a donc des indications de plus en plus larges dans la prise en charge des cancers bronchiques avancés ou localisés (adjuvant ou néoadjuvant à la chirurgie) que ce soit en 1ère ou en 2e ligne.
Virginie POKA-MAYAP, Service de pneumologie A, Hôpital Jamot de Yaoundé, Cameroun
D’aprèsla communication “ Place de l’immunothérapie dans la prise en charge du cancer pulmonaire” présenté par Julien MAZIERES (France), issue de la session “Cancer du poumon en 2023”, le samedi 06 mai 2023.
La tuberculose (TB) est une maladie contagieuse et curable qui pose un problème de santé publique. Elle représente la deuxième cause de décès par seul agent infectieux après le COVID-19 1. Son diagnostic précoce reste un des éléments clés de la stratégie adoptéEs afin d’atteindre l’Objectif de l’OMS : « END TB » en 2035.
En 2021, 9 000 000 de cas de TB à bacille sensible ont été détectés avec 5-10% de décès dans le monde2 Plusieurs méthodes de dépistage existent ; parmi lesquelles nous avons :
Le dépistage par audio qui consiste à surveiller la toux des patients par un enregistrement numérique portable et un traitement du signal. Cela permet de distinguer la toux des patients tuberculeux, de la toux des patients souffrants d’une autre affection respiratoire avec une sensibilité à 93% et une spécificité de 95%. Cependant nous ne disposons pas assez de données cliniques pour soutenir son utilisation à grande échelle.
Le dépistage de la tuberculose pulmonaire de l’adulte par la radiographie thoracique subit un regain d’intérêt avec l’avènement de l’intelligence artificielle (IA). Plusieurs plateformes logicielles d’IA par la détection assistée par ordinateur sont recommandées par l’OMS pour le dépistage de la tuberculose comme alternative à la lecture humaine, car l’IA permet de réduire le besoin de personnel qualifié, mais le coût du matériel reste un énorme obstacle.
La tomodensitométrie (TDM) thoracique reste très performante pour le dépistage, l’évaluation de la gravité de la TB pulmonaire ainsi que dans le suivi des lésions. Avec le système d’IA basé sur cette technique de dépistage, on a noté une corrélation modérée à forte entre le score TB quantifié par le modèle d’IA et le score TDM estimé par le radiologue avec une sensibilité et une spécificité à 81,08% et 91,08% 3.
La TDM et la radiomique permettent la conversion des images médicales en information quantitative et spatiale à partir d’images radiologiques, et le développent d’un modèle prédictif de lésion cavitaire pulmonaire pour la TBMR 4. Une étude ayant inclus 187 patients dont 115 cas de TB sensibles et 72 cas de TB MR a trouvé plus de cavités dans la TB MR que dans la TB sensible. La technique est prometteuse mais les résultats TDM sont subjectifs. En effet, il est difficile de poser un diagnostic de TB MR sans confirmation bactériologique.
L’émission de positons couplées à la TDM (PET/TDM) permet une détection et une localisation précoce de la maladie chez les personnes asymptomatiques et l’évaluation de la réponse du traitement en distinguant les lésions actives des lésions inactives et les séquelles 5. Cependant l’examen est coûteux, avec une faible spécificité et il est difficile de distinguer une maladie granulomateuse d’une maladie maligne.
L’examen anatomopathologique couplé à l’intelligence artificielle permet une détection assistée en se basant sur des algorithmes d’apprentissage automatique pour la reconnaissance des mycobactéries colorées. La sensibilité est de 97,94% et la spécificité est de 83,65%. On peut cependant avoir des faux positifs avec résidus de colorants et bacilles contaminants, ce qui va nécessiter d’avoir un pathologiste expérimenté pour confirmer les résultats.
Il n’y a pas de tests sanguins validés pour le diagnostic de la tuberculose active. En effet, la plupart des biomarqueurs transcriptomiques ne répondront pas aux critères de précision diagnostic de l’OMS pour le dépistage et la confirmation de la TB.
Le diagnostic définitif de la TB se fait à la microscopie par la mise en évidence du Bacille Acido-Alcolo- Résistant (BAAR) mais ne permet pas d’éliminer formellement les autres mycobactéries. La culture sur milieu solide reste le gold standard car elle très sensible, mais le délai est long (3-6 semaines). Une autre alternative reste la culture sur milieu liquide avec un délai court de 13-20 jours et une sensibilité qui est améliorée.
Les autres tests sont entre autres, l’écouvillonnage de la langue, l’analyse des selles, l’analyse des urines (LAM). Ces examens sont utiles chez les enfants et les personnes infectées par le VIH.
Enfin les tests moléculaires (GeneXpert MTB/RiF) 6 détectent à la fois Mycobacterium tuberculosis et la résistance à la rifampicine (RR) en moins de 2 heures. Ils sont beaucoup plus sensibles que la microscopie. De nouvelles versions du GeneXpert sont disponibles : Test LPA
Xpert Ultra, Xpert XDR (Xpert 10 canaux) qui détecte la résistance à l’isoniazide, aux fluoroquinolones et aux injectables définissant une TB pré UR (ultra résistant) et TB ultra résistant (XDR). Ces tests sont très coûteux, et nécessitent des équipements complexes, (infrastructures de laboratoire, biosécurité).
D’après la communication “Les avancées dans le diagnostic des atteintes pulmonaires tuberculeuses” présenté par Fatma TRITAR (Tunisie ), session “Tuberculose”, le vendredi 05 mai 2023.