
Les infections respiratoires basses sont fréquentes et représentent l’une des principales indications de prescription d’antibiotiques. Cependant, l’évolution clinique peut parfois rester défavorable malgré une antibiothérapie a priori adaptée au pathogène identifié. Dans ces situations, la question de la diffusion adéquate des antibiotiques jusqu’au site de l’infection, en particulier au sein du parenchyme pulmonaire, se pose. Si la pharmacocinétique sérique des antibiotiques est désormais relativement bien documentée, notamment chez les patients les plus sévères, la diffusion des molécules au niveau alvéolaire demeure encore mal connue.
L’étude ABBA est une étude prospective monocentrique visant à évaluer les concentrations de différentes bêta-lactamines à la fois dans le sérum et dans le liquide de lavage broncho-alvéolaire (LBA). L’étude a inclus 90 patients adultes atteints d’une infection des voies respiratoires basses, traités depuis au moins 48 heures par une bêta-lactamine, et pour lesquels une fibroscopie bronchique diagnostique était indiquée. La procédure de LBA était standardisée, et le moment de réalisation de l’endoscopie déterminé selon le schéma d’administration de l’antibiotique : 1) à tout moment en cas de perfusion continue ou 2) juste avant l’injection suivante en cas d’administration intermittente.
La population étudiée présentait de nombreuses comorbidités : 27% étaient suivis pour une pathologie onco-hématologique, 22% étaient diabétiques, 18% avaient une BPCO et 8% présentaient des bronchectasies.
Les ratios de concentration LBA/sérum étaient très hétérogènes, allant de 68 ± 83 % (16 [1–236]) pour la CEFTRIAXONE à 463 ± 1924 % (11 [2–8420]) pour la PIPERACILLINE. Cette variabilité marquée se retrouvait également entre patients traités par le même antibiotique, sans qu’aucun facteur prédictif d’une bonne pénétration pulmonaire n’ait pu être identifié. Pour évaluer l’efficacité potentielle du traitement, les auteurs ont calculé le rapport entre la concentration au sein du film alvéolaire et la CMI des pathogènes isolés (CFA/CMI). Ce rapport, en moyenne de 4,85 ± 8,52, est classiquement considéré comme compatible avec une efficacité thérapeutique. Toutefois, dans plus d’un tiers des cas, les concentrations alvéolaires étaient inférieures à la CMI, exposant ainsi à un risque d’inefficacité thérapeutique. Là encore, aucun facteur clinique ou biologique ne permettait de prédire un bon rapport CFA/CMI.
En conclusion, cette étude met en évidence une grande variabilité de la pénétration des bêta-lactamines dans le parenchyme pulmonaire, indépendamment des concentrations sériques. Ces résultats soulignent la nécessité de mieux comprendre les déterminants de la diffusion pulmonaire des antibiotiques afin de pouvoir adapter plus finement les stratégies thérapeutiques aux caractéristiques individuelles des patients.
Damien Basille, Service de Pneumologie et Unité de Soins Continus Cardio Thoracique Vasculaire et Respiratoire, Centre Hospitalier Universitaire Amiens-Picardie, 80054 Amiens
D’après Delomez J, et al. Penetration of antibiotics in bronchoalveolar lavage (ABBA): final analysis. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5154. (Session B106)



