
Le futur arrive à nous en termes de nouveaux outils diagnostiques du syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS). Ces innovations technologiques doivent être associées à notre expertise clinique.
L’évolution des techniques de diagnostic des troubles du sommeil, arrive en réponse à un problème majeur : 80 % des patients atteints de troubles du sommeil ne sont pas diagnostiqués, en raison de limitations d’accès des outils traditionnels (ex : polysomnographie en laboratoire, coûteuse et chronophage). Les innovations technologiques (capteurs, IA) pourraient permettre d’améliorer l’accessibilité et l’efficacité du diagnostic, tout en soulignant l’importance de maintenir l’expertise médicale au cœur du processus.
La polysomnographie en laboratoire, longtemps considérée comme l’examen de référence, est confrontée à des défis : coût élevé, disponibilité limitée, et stress du patient (dormir en laboratoire affecte la qualité du sommeil mesuré).
Les outils traditionnels sont aujourd’hui inadaptés aux besoins en ne répondant pas à l’ampleur du problème actuel (ex : 30 millions de cas potentiels non diagnostiqués), et leur utilisation massive n’est pas viable.
De nouveaux dispositifs ont été développés ces dernières années ayant déjà fait preuve de leur efficacité diagnostique. Parmi eux, nous retrouvons :
– le WatchPAT : Dispositif remboursé actuellement en France (comme la polygraphie ventilatoire), mesurant la saturation en oxygène, les mouvements et les micro-éveils. Comparé à la polysomnographie, il présente une fiabilité acceptable pour les cas évidents, bien qu’imparfait pour les cas complexes.
– les capteurs mandibulaires type Sunrise : Détectent les mouvements de la mâchoire et l’effort respiratoire, utiles pour caractériser les apnées et les résistances des voies aériennes.
_ Le matelas type Sleep Analyser : non utilisé actuellement dans la pratique médicale. Mais intérêt certain dans les études épidémiologiques
A ces dispositifs, est associée l’intelligence artificielle (IA) permettant une assistante dans l’analyse des données brutes (ex : détection des événements respiratoires), mais la décision finale reste médicale. Il sera donc nécessaire de regarder les données brutes et d’intégrer le contexte clinique ( symptômes, comorbidités) s’il existe une discordance entre expertise clinique et les résultats des enregistrements. En cas de doute, un examen en laboratoire reste nécessaire.
En pratique il est intéressant de prioriser l’enregistrement à domicile éventuellement avec ces nouvelles technologies notamment pour les patients avec forte suspicion et sans contre-indications, afin de réduire les délais d’accès au traitement.
L’intérêt supplémentaire de ces techniques est de faciliter les enregistrements sur plusieurs nuits. Ceci permet d’améliorer la fiabilité des enregistrements, en particulier chez les patients avec une variabilité inter-nuit importante (ex : saisonnalité, stress).
Ces techniques peuvent également permettre l’intégration de données environnementales (température, position corporelle) et de biomarqueurs digitaux (rythme cardiaque, activité musculaire).
Il sera probablement important à terme d’avoir une harmonisation internationale afin de définir des recommandations pour standardiser l’utilisation de ces outils (ex : critères de remboursement, formation des professionnels).
En conclusion, nous assistons à une transition majeure dans le diagnostic du sommeil : de l’examen en laboratoire vers des outils portables et à domicile, soutenus par l’IA. L’enjeu est de concilier innovation technologique et expertise médicale, afin d’améliorer l’accessibilité et la précision du diagnostic, et finalement de réduire les conséquences sanitaires des troubles du sommeil.
Vanessa Bironneau, service de pneumologie, CHU de Poitiers, INSERM CIC 1402, IS-ALIVE Research Group, Université de Poitiers
D’après l’atelier « Nouveaux outils diagnostiques du SAHOS » par Jean-Louis Pépin (Grenoble), AT11



