La dénervation bronchique pour réduire les exacerbations de BPCO, mais pour qui ?

La dénervation bronchique ciblée par radiofréquence est une technique endoscopique qui permet de réduire, via l’inhibition de l’hyperactivité parasympathique pulmonaire, le nombre et la sévérité des exacerbations (EA) des patients avec une BPCO sévère. Les résultats définitifs de l’essai contrôlé randomisé en double aveugle AIRFLOW-3 ont été présentés.
Cet essai international multicentrique avait pour objectif principal la réduction du nombre d’EA modérée ou sévère de BPCO dans les 12 mois suivant la dénervation bronchique versus une procédure placebo, chez des patients suivis pour une BPCO de profil exacerbateur fréquent GOLD-E, avec un VEMS entre 25 et 80% et une symptomatologie respiratoire évolutive (évaluée par le COPD Assessment Test ou CAT ≥ 10) malgré un traitement médical maximal. Cette intervention était faite en ambulatoire et durait environ 45 minutes pour appliquer une énergie par radiofréquence de 15-30 Watts dans chaque bronche souche successivement. Quatre cent soixante-quatre patients ont été inclus, principalement des femmes (55%), d’âge médian de 68,5 ans, avec majoritairement une BPCO GOLD-III (VEMS médian 39%) et seulement 22% avaient un emphysème significatif sur le scanner (-950UH de densité scanographique). En médiane, chaque patient avait présenté 3 EA non sévères l’année précédente, une dyspnée médiane classée 3 sur l’échelle mMRC et un CAT médian à 24. À 1 an de l’intervention, il n’y avait pas de différence significative pour le nombre d’EA (Hazard Ratio à 1,25 [0,987-1,581]). Cependant, il existait une différence significative fonctionnelle avec une stabilisation du VEMS (versus une baisse de 70mL dans le groupe contrôle, p < 0,05) et une réduction du VR (versus une augmentation de 200mL dans le groupe contrôle, p < 0,05) associée à une amélioration significative de dyspnée sur l’échelle mMRC (- 0,25 point dans le groupe interventionnel, p < 0,05). Le principal effet secondaire était l’EA de BPCO (21% dans le groupe interventionnel, 17% dans le groupe contrôle, non significatif). Du fait des résultats préliminaires de l’étude en ouvert (rapportée en 2024) objectivant des complications œsophagiennes avec 3 fistules oeso-trachéales, la technique a été améliorée avec une sonde œsophagienne concomitante pour limiter l’impact direct de la radiofréquence, sans récidive de fistule par la suite. Après analyse post-hoc, le fait d’avoir peu d’emphysème (≤ 20%) et une hyperinflation marquée (volume résiduel ≥ 175%) permettait de distinguer un sous-groupe spécifique répondeur à cette technique. Ces derniers gagnaient significativement en moyenne 160mL de VEMS, une réduction de plus de la moitié des EA, avec une amélioration pertinente et significative de l’ensemble des questionnaires de dyspnée (≥ 1 point sur le mMRC) et de qualité de vie. Une étude complémentaire « AIRFLOW-4 » sera donc menée afin de confirmer les résultats du sous-groupe de répondeurs.
Sixtine Decaux, Service de Pneumologie B et Transplantation Pulmonaire, Hôpital Bichat, , Assistance Publique Hôpitaux de Paris, 46 rue Henri Huchard 75018 Paris
D’après la communication de Criner DJ. et al. Results from AIRFLOW-3: randomized, double blind, sham controlled study of targeted lung denervation in patients with COPD. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A3112. (session B14)
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