Inflammation de type 2 dans la BPCO : mythe ou réalité ?

Les essais menés dans la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) se sont largement inspirés des succès observés dans l’asthme sévère. Mais l’inflammation de type 2 constitue-t-elle réellement une cible pertinente dans la BPCO ? C’est autour de cette interrogation que s’est articulé le débat de la session C2.
Tout d’abord, Donald D. Sin (Vancouver, Canada) et George R. Washko (Boston, États-Unis) ont abordé une question complexe : lorsqu’un patient atteint de BPCO présente une inflammation de type 2, s’agit-il réellement de BPCO, ou simplement d’asthme ? Les deux pathologies partagent certaines caractéristiques, notamment un remodelage bronchique. De même, l’hyperréactivité bronchique (HRB), souvent associée à l’asthme, ne constitue pas un critère discriminant. En effet, certains patients atteints de BPCO présentent également une HRB, corrélée à la présence de mastocytes dans les biopsies bronchiques, ce qui est associé à un déclin accéléré de la fonction respiratoire et à une mortalité accrue 1. Le rapport GOLD rappelle d’ailleurs que l’asthme dans l’enfance peut faire le lit d’une BPCO à l’âge adulte en définissant ainsi un étiotype particulier : la COPD-A 2. Cependant des différences existent, notamment concernant le sous-type d’éosinophiles impliqué dans chacune des pathologies. Dans la BPCO, les éosinophiles résidents (rEOS) prédominent, tandis que chez les patients asthmatiques, on retrouve majoritairement des éosinophiles inflammatoires (iEOS), indépendamment du nombre total d’éosinophiles 3. Ces iEOS expriment fortement le CD125, un récepteur de l’IL5. Cette distinction soulève une deuxième interrogation : l’éosinophilie sanguine peut-elle être considérée comme un trait traitable dans la BPCO ?
David Singh (Manchester, Royaume-Uni) et Stephanie A. Christenson (San Francisco, États-Unis) ont tenté de répondre à cette question. Ils ont d’abord rappelé que le taux sanguin d’éosinophiles varie dans le temps, influencé par de nombreux facteurs : traitements oraux et inhalés, infections, rythme circadien, et tabagisme. Concernant ce dernier, l’hypothèse physiopathologique avancée est que l’inhalation de substances toxiques endommage l’épithélium bronchique, entraînant la libération d’alarmines et l’activation des lymphocytes, responsables de la sécrétion de cytokines de type 2. Par ailleurs, les données de la cohorte SPIROMICS suggèrent que l’éosinophilie sanguine ne reflète pas toujours l’éosinophilie tissulaire. La mesure des éosinophiles dans les expectorations pourrait ainsi permettre une meilleure identification des patients à risque d’exacerbation et de progression de la maladie 4. De plus, l’inflammation de type 2 ne se réduit pas à la seule éosinophilie sanguine et implique en réalité de nombreuses cellules et cytokines 5. De ce fait, il serait plus pertinent de définir l’inflammation de type 2 comme un trait traitable dans la BPCO, plutôt que de se limiter à l’éosinophilie, et de poursuivre les recherches pour identifier d’autres biomarqueurs.
Dans la dernière partie, Nirupama Putcha (Baltimore, États-Unis) et Nicola A. Hanania (Houston, États-Unis) se sont interrogés sur la réelle utilité des biothérapies ciblant l’inflammation de type 2 dans la BPCO. Ils ont rappelé que seuls 24 % des patients inclus dans la cohorte COPDGene et 22 % dans la cohorte ECLIPSE ont une éosinophilie sanguine > 300/mm³. Cependant, selon les cohortes CHAIN et BODE, seuls 15 % des patients présentent une éosinophilie stable > 300/mm³ sur une période de deux ans 6. Parmi ceux-là, une faible proportion sera éligible aux biothérapies en considérants les autres critères d’éligibilité. Malgré cette restriction, les résultats des essais de phase 3 BOREAS 7, NOTUS 8et MATINEE 9 sont encourageants : ils montrent une réduction significative des exacerbations et une amélioration des symptômes chez des patients présentant des exacerbations fréquentes (≥ 2 modérées ou 1 sévère) malgré une triple thérapie inhalée.
En conclusion, la BPCO est une pathologie complexe et hétérogène, ce qui ouvre la voie à l’identification de traits traitables dans une perspective de médecine personnalisée. L’inflammation de type 2 pourrait constituer l’un de ces traits, à condition de mieux définir les biomarqueurs permettant d’identifier les patients susceptibles de tirer un bénéfice des biothérapies ciblant cette voie. L’asthme, une fois encore, pourrait servir de modèle en intégrant des outils tels que la mesure de la fraction exhalée de NO, le dosage des IgE totales et l’évaluation de la sensibilisation allergique dans l’algorithme de sélection des biothérapies.
Marina Gueçamburu, Service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux, 33604, Pessac
D’après les communications orales de :
Nirupama Putcha (pro) et Nicola A. Hanania (con). Highly targeted T2 biologics will have limited usefulness in clinical practice. (Session C2)
Donald D.Sin (pro) et George R.Washko (con). Type 2 inflammation in COPD: Is it just asthma ? (Session C2)
Dave Singh (pro) et Stephanie Christenson (con). Eosinophils as a treatable trait in COPD. (Session C2)
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