
Le fil rouge du congrès 2026 est consacré au genre, sexe et santé respiratoire. La session A02 a mis en lumière la transidentité, en abordant sa définition, ses modalités de prise en charge et le parcours de soin des personnes concernées.
Définition et prévalence
La Dr Clara LEROY, endocrinologue à Lille, a rappelé que la transidentité correspond à une identité de genre non-conforme à son genre assigné à la naissance, plaçant le vécu du sujet au centre de la prise en charge. Une femme trans est une personne assignée homme à la naissance dont l’identité de genre est féminine, tandis qu’un homme trans est une personne assignée femme à la naissance et dont l’identité de genre est masculine. Il est essentiel de distinguer le sexe biologique, anatomique, de l’identité de genre, qui renvoie au sentiment d’être un homme ou femme, ainsi que de l’expression de genre qui correspond à ce qui est donné à voir à autrui. La transidentité concernerait jusqu’à 2 à 5% de la population générale. Elle ne s’inscrit pas dans un cadre pathologique somatique ni psychiatrique. Néanmoins, des co-occurrences psychiatriques sont fréquentes, la transidentité constituant un facteur de vulnérabilité pouvant favoriser anxiété, troubles thymiques et dépression.
Sur le plan médical, le terme de « dysphorie de genre » introduit en 2013, a été remplacé en 2022 par celui d’ « incongruence de genre », la notion de dysphorie impliquant une souffrance qui n’est ni constante ni indispensable. Le parcours médical de transition, individualisé, peut inclure une transition sociale avec un support juridique et associatif et/ou hormonale et/ou chirurgicale, mais le support médical n’est pas indispensable. Ce parcours a été réactualisé dans les recommandations de la Haute Autorité de Santé en 2025. Il n’existe aucun déterminant biologique, social, familial ni marqueur diagnostic de transidentité, celle-ci relevant d’une démarche d’auto détermination. Il n’est pas attendu du corps médical qu’il pose un diagnostic mais qu’il accompagne.
Quelles thérapeutiques sont utilisées dans la transition de genre ?
Trois axes thérapeutiques peuvent être proposés, sans caractère obligatoire. Le premier est la psychothérapie transaffirmative qui peut permettre de surseoir à un traitement anxiolytique ou thymorégulateur. Le second concerne les traitements hormonaux avant lesquels il est systématiquement proposé une consultation de préservation de la fertilité. Ces traitements sont tous hors AMM et combinent une stratégie de blocage hormonal (agonistes GnRH bloquant l’axe hypothalamo hypophysaire, spironolactone à forte posologie, progestatifs anti gonadotropes) associés simultanément ou secondairement à un traitement hormonal substitutif (œstrogènes ou androgènes) visant le développement des caractères sexuels du genre vécu. Enfin, un traitement chirurgical de féminisation ou de masculinisation peut être envisagé.
Conséquences respiratoires des traitements utilisés pour la transition de genre
Dans la seconde partie de la session le Pr Laurent PLANTIER (Tours) s’est intéressé aux conséquences respiratoires des traitements utilisés dans la transition de genre. Les données scientifiques chez les personnes transgenres étant limitées, les effets indésirables potentiels peuvent être extrapolés à partir des populations cisgenres.
Parmi les traitements féminisants, le 17β-œstradiol, administré préférentiellement par voie transdermique limite le risque de maladie thromboembolique veineuse (MTEV) par rapport à la voie orale. Néanmoins, les bases de données américaines montrent une incidence de MTEV plus élevée chez les femmes transgenres que chez les femmes cisgenre. La cyprotérone expose à un risque de méningiome et peut entrainer une hyperventilation par stimulation des centres respiratoires liée à l’effet progestatif. La spironolactone n’est pas associée à des effets respiratoires spécifiques mais expose à un risque de DRESS.
Le traitement masculinisant repose principalement sur la testostérone, administrée par voie transdermique ou intramusculaire retard. Les méta-analyses n’ont pas confirmé le sur-risque d’évènement cardiovasculaire. En revanche, de rares cas de microembolies huileuses pulmonaires ont été décrites, se manifestant par une toux dans l’heure suivant l’injection intramusculaire, associée à une dysgueusie. Ces cas sont extrêmement rares (0,3 pour 1000), spontanément résolutifs et sans gravité. Il ne semble pas exister de surrisque d’apnées du sommeil, bien qu’une augmentation de la prévalence des ronflements ait été rapportée.
Enfin, les agonistes GnRH (triptoréline et leuproréline), peptides potentiellement immunogènes, exposent à un risque d’anaphylaxie. Des cas de pneumopathie interstitielle diffuses ont également été décrits chez des hommes traités pour un carcinome de la prostate, avec du verre dépoli et un aspect en « crazy paving ». Ces tableaux survenaient dans les 2 mois suivant l’introduction du traitement et évoluaient généralement favorablement.
Marina Gueçamburu, service des Maladies Respiratoires et des épreuves fonctionnelles respiratoires CHU Bordeaux
D’après la session A02 Pour aider les pneumologues « lost in transition »
Quelles thérapeutiques sont utilisées dans la transition de genre ? (Dr Clara Leroy)
Conséquences respiratoires des traitements utilisés pour la transition de genre (Pr Laurent PLANTIER)



