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Réserve alcaline : C’est dans les vieux dosages qu’on fait les meilleurs diagnostics !

Le taux de bicarbonates sanguins fait désormais partie de la définition du syndrome obésité-hypoventilation. L’utilité du dosage des bicarbonates sanguins pour diagnostiquer l’hypoventilation n’est pas établi dans les autres étiologies d’insuffisance respiratoire chronique.

A partir des données du système de santé américain, ce travail identifie 295 368 patients (âge moyen de 65 ± 19 ans, 47 % de femmes) qui ont bénéficié le même jour d’un gaz du sang artériel et d’un dosage de HCO3-. Parmi eux, 64 935 patients ont une alcalose métabolique, 68 266 sont hypercapniques. Parmi les patients avec HCO3- ≥ 27 mmol/l, 69,8% des patients sont hypercapniques. Parmi les patients avec HCO3- < 27 mmol/l, 90,1% des patients sont normocapniques.

Il faut intégrer à la lecture de ces résultats la possibilité que l’alcalose métabolique soit d’une autre cause. La kaliémie peut en être un indice (les diurétiques, les vomissements, l’hyperaldostéronisme induisent une alcalose métabolique hypokaliémique en provoquant à la fois une perte urinaire de protons et de potassium). Chez les patients avec HCO3- ≥ 27 mmol/l et K+ ≥ 4 mmol/l, le rapport de vraisemblance positif pour l’hypercapnie est à 11,7 et le rapport de vraisemblance négatif est à 0,5.

La performance d’un taux élevé de bicarbonates sanguins pour diagnostiquer l’hypoventilation varie selon les circonstances dans lesquelles les prélèvements ont été réalisés. Le rapport de vraisemblance est plus élevé chez les patients hospitalisés en réanimation, il varie selon le terrain respiratoire (exacerbation de BPCO, œdème pulmonaire, consommation d’opiacés…) de 12,2 à 23,15.

L’élévation des bicarbonates sanguins permet de dépister efficacement les patients hypercapniques dans un large éventail de situation clinique. Leur fiabilité augmente lorsque la kaliémie est normale ou élevée. La caractérisation des patients hypercapniques avec un dosage de HCO3- normal pourrait encore améliorer la performance de la mesure. Les bicarbonates ont donc tout leur intérêt, comme outil de dépistage de l’hypoventilation aux urgences ou pour éviter une ponction artérielle douloureuse. Et qui sait ? Utiliser HCO3- ≥ 27 mmol/l pour indiquer la ventilation non invasive chez les patients obèses ou neuromusculaires viendra probablement.

Marjolaine Georges, Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, CHU Dijon Bourgogne, 14 rue Paul Gaffarel, Dijon

D’après la communication de Locke BW. Test performance of serum bicarbonate in identifying hypercapnia across settings and diseases. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A6495 (session D30)

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BPCO & Covid-19 : une histoire qui vous fend le cœur… !

Le virus SARS-CoV-2 est connu pour induire un état pro-inflammatoire et augmenter le risque de développer une pathologie cardio-vasculaire aiguë ou chronique. De même, les patients porteurs d’une pathologie respiratoire chronique sont connus pour avoir un risque accru de pathologie cardiovasculaire. Il existe toutefois peu de données évaluant le risque cardiovasculaire des patients porteurs d’une pathologie respiratoire chronique au décours d’une infection Covid-19.  

Whittaker et al. (Londres, Angleterre) ont présenté ce jour les résultats préliminaires d’une large étude épidémiologique en population britannique qui a inclus près de 3,8 millions d’adultes ayant présenté une infection Covid-19, dont 684 000 (18,2%) présentaient une pathologie respiratoire chronique antérieurement (16,6% d’asthme ; 2,3% de BPCO ; 0,5% de bronchectasies ; 0,3% de fibrose pulmonaire ; 0,2% de mucoviscidose). Le risque cardiovasculaire global (événement thrombo-embolique artériel ou veineux, accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque, cardiopathie ischémique, arythmie, myocardite et péricardite) était significativement augmenté chez les patients porteurs d’une pathologie respiratoire chronique (hazard-ratio ajusté (aHR) = 1,06 [1,03 – 1,08]). Cette augmentation du risque était retrouvée pour les critères de jugement suivants : événement thrombo-embolique veineux (aHR = 1,11 [1,10 – 1,24]), insuffisance cardiaque (aHR = 1,17 [1,13 – 1,22]), risque d’embolie pulmonaire ou d’événement embolique artériel (aHR = 1,20 [1,12 – 1,29]). A l’inverse, le risque d’AVC apparaissait diminué chez les patients porteurs d’une pathologie respiratoire chronique (aHR = 0,88 [0,84 – 0,92]). Il convient toutefois de noter que cette augmentation du risque cardiovasculaire n’était retrouvée que chez les patients non hospitalisés pendant leur épisode d’infection à Covid-19. A l’inverse, chez les patients ayant nécessité en cas hospitalisation, les patients porteurs d’une pathologie respiratoire chronique ne présentaient pas de surrisque d’événement cardiovasculaire, avec au contraire une diminution significative du risque de survenue d’AVC. Cette constatation traduit possiblement l’attention accrue portée à ces patients lorsqu’ils étaient hospitalisés en termes de prophylaxie antithrombotique.

Par ailleurs, dans une analyse complémentaire, les auteurs ont montré que, comparativement au groupe de patients non vaccinés, ceux vaccinés présentaient une diminution du risque d’événement cardiovasculaire au décours de l’épisode d’infection à Covid-19, indépendamment de l’existence d’une pathologie respiratoire chronique sous-jacente. De manière intéressante, plus le nombre de doses vaccinales reçues était important, plus le risque de survenue d’un événement cardiovasculaire au décours de l’épisode d’infection à Covid-19 diminuait.

En conclusion, cette étude montre que les patients porteurs d’une pathologie respiratoire chronique présentent un risque accru d’événement cardiovasculaire au décours d’une infection à Covid-19, principalement lorsque celle-ci est non sévère (ne conduisant pas à une hospitalisation). 

Damien Basille, Service de Pneumologie et Unité de Soins Continus Cardio Thoracique Vasculaire et Respiratoire, Centre Hospitalier Universitaire Amiens-Picardie, Amiens

D’après la communication de Whittaker K. et al. Risk of cardiovascular events post-Covid-19 in people with pre-existing chronic respiratory diseases. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207 : A6243 (session D17).

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La réserve contractile du diaphragme par échographie pleurale prédit les réadmissions précoces après hospitalisation pour exacerbation de BPCO !

A l’état stable, la réserve contractile du diaphragme (RCD) évaluée à l’aide de l’échographie fournit une évaluation du rapport demande/capacité imposé aux muscles respiratoires et est liée à la sévérité de l’obstruction bronchique et aux symptômes respiratoires 1. Dans cette communication, les auteurs ont effectué des mesures en série de la RCD chez des patients atteints de BPCO au cours d’un épisode d’exacerbation aiguë afin d’évaluer si elle pouvait servir de marqueur de la gravité clinique et/ou d’outil pronostique pour identifier les réadmissions précoces.

Les patients en exacerbation ont été recrutés prospectivement au service des urgences. La RCD a été définie comme suit : 100*[1-(épaisseur du diaphragme à la fin de l’inspiration / épaisseur du diaphragme à l’inspiration maximale)] et a été mesurée à trois moments distincts : dans les 24 heures suivant l’admission, le jour de la sortie de l’hôpital et 4 à 6 semaines après la sortie, pour obtenir une valeur de base stable. La variation de la valeur de la RCD entre l’admission et la sortie a été appelée ΔRCD. Les valeurs de RCD à l’admission ont été comparées à un score classifiant l’urgence d’un patient (score national d’alerte précoce NEWS). La performance du ΔRCD et de la RCD à la sortie a été testée en tant que marqueur de réadmissions précoces (définies comme la nécessité d’une réadmission à l’hôpital pour des symptômes d’exacerbation dans les 30 jours suivant la sortie de l’hôpital).

48 patients ont été inclus. Ils avaient en moyenne 71 ans (±8 ans), un VEMS à 40% (±15) et un CAT 27±8. Sept d’entre eux (15%) ont eu une réadmission précoce après la sortie et 2 (4%) sont décédés pendant l’hospitalisation. Les valeurs moyennes de RCD ont significativement augmenté de l’admission à la sortie (39±15 vs 53±18 %, p<0.001) et de la sortie à l’état basal (53±18 vs 66±31, p=0.02). Les patients décédés pendant l’hospitalisation avaient des valeurs de RCD significativement plus basses à l’admission (6±1 vs 40±14 pour cent, 0.001). Le ΔRCD moyen pendant l’hospitalisation était de 14±8%. La RCD à la sortie et le ΔRCD prédisaient les réadmissions précoces [0,94 (95%CI 0,85-1,00), p<0,001 et 0,74 (95%CI 0,55-0,93), p=0,04, respectivement], mais la RCD à la sortie était plus performante que le ΔRCD, le VEMS et le score NEWS (tous ayant un p<0,05).

En conclusion, la variation de la RCD pendant l’hospitalisation et sa valeur absolue au moment de la sortie de l’hôpital sont liées au risque de réadmission précoce. La RCD pourrait s’avérer un outil utile et simple pour identifier les patients à risque de réadmission dans une équipe ayant la maitrise de cette technique. D’autres études sont cependant nécessaires pour évaluer l’impact des valeurs de la RCD sur la prise de décision clinique.

Laurent Boyer, Service de Physiologie-Explorations Fonctionnelles, Hôpital Henri-Mondor, 51 Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, Creteil

D’après la communication de Valin-Thorburn A et al. : Longitudinal assessment of ultrasound-derived diaphragm contractile reserve in acute exacerbations of COPD. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207:A6591 (session D97).

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Ce n’est pas parce qu’un fumeur jeune n’a pas de trouble ventilatoire obstructif qu’il ne faut pas regarder son VEMS

Le VEMS en début d’âge adulte est un facteur prédictif de développement de BPCO. Son déclin accéléré augmente le risque de développer une BPCO. Cependant, certains fumeurs jeunes ont un VEMS faible alors même qu’ils ne présentent pas de trouble ventilatoire obstructif. La question posée est de savoir si ces patients vont développer une BPCO et ses comorbidités plus fréquemment que ceux qui ont un VEMS élevé.

Parmi les 2 400 participants de la Lovelace Smokers Cohort (LSC), 843 sujets âgés de 40 à 60 ans (pas si jeune !) dont le VEMS/CVF post-bronchodilatateur était supérieur à 0,7 et ayant eu plus de deux visites, ont été sélectionnés. Ils ont été regroupés en trois groupes : VEMS élevé (> 99 %), VEMS intermédiaire (99-86%) et VEMS bas (<86%).  Les groupes à haut et bas VEMS ont été comparés. Outre la fonction pulmonaire, la mortalité toutes causes confondues et les comorbidités ont été étudiées.

 Au départ, les haut VEMS et les bas VEMS avaient un âge similaire (49 et 51 ans), avec respectivement 78 % et 86 % de femmes, 16 % et 20 % de fumeurs actifs (32 et 37 paquets-années) et un IMC similaire (28 et 30 kg/m2). Toutes les comorbidités étaient similaires dans les deux groupes. Au cours du suivi, la mortalité était plus importante dans le groupe bas VEMS (45/288, 15,6%) par rapport au groupe haut VEMS (18/279, 6,5%). Le déclin du VEMS était plus important chez les fumeurs à bas VEMS par rapport aux autres (32 versus 18 ml/an). Les sujets à bas VEMS par rapport à ceux à haut VEMS avaient une incidence accrue de BPCO, de maladies respiratoires, de diabètes et d’HTA. 

Pour renforcer ces données chez les fumeurs sans trouble ventilatoire obstructif, une deuxième communication montrait, en partant des données de la cohorte COPDGene que les exacerbations chez les fumeurs sans BPCO (actifs ou sevrés) entraînaient un déclin de la fonction pulmonaire et une progression vers la BPCO. Les exacerbations respiratoires prédisaient la mortalité sans qu’il soit nécessaire de passer d’abord par la survenue d’une BPCO, sous réserve d’une définition des exacerbations peu précise.

Ainsi, chez les fumeurs âgés de 40 à 60 ans, la mesure de la fonction pulmonaire par spirométrie à un jeune âge peut prédire l’état de santé respiratoire et général futur. La spirométrie est donc utile chez ces patients, et il faut l’analyser attentivement même si le VEMS/CV est dans les limites de la normale. Ces fumeurs sans trouble ventilatoire obstructif sont à repérer quand ils font des exacerbations, car ils sont à risque de développer une BPCO.

Laurent Boyer, Service de Physiologie-Explorations Fonctionnelles, Hôpital Henri-Mondor, 51 Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, Creteil

D’après les communications de :
Tesfaigzi.Y et al. : The Fev1 as a predictor of future health in young non-obstructed smokers. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207:A4200 (session B94).
Fortis S et al.: Respiratory exacerbations and lung function decline in people with normal spirometry and smoking exposure. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207:A4202 (session B94).

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Le « pelage » bronchique dans le traitement de la bronchite chronique. Une piste prometteuse ?

La bronchite chronique (BC) définie par une toux productive persistante, résulte d’une inflammation des voies aériennes responsable d’une hyperplasie des cellules productrices de mucus au niveau de l’épithélium des voies aériennes et de la sous muqueuse. La rhéoplastie bronchique (BR) (RheOx®) réalise une ablation de l’épithélium des voies aériennes et de la sous muqueuse au moyen d’un champ électrique pulsé, sans recours à la chaleur. Cette technique a montré sa capacité à réduire significativement l’hyperplasie des cellules caliciformes (GCH) et pourrait aussi réduire les marqueurs l’inflammation voies aériennes 1. Des données complémentaires ont été présentées par A. Valipour au cours d’une session d’affiches.

Trente patients avec BC ont eu de façon séquentielle une rhéoplastie bronchique bilatérale. Des cryobiopsies bronchiques ont été réalisées au niveau du tronc intermédiaire et au niveau du lobe inférieur gauche avant traitement et 3 mois après la seconde procédure. Les prélèvements ont été analysés par un anatomo-pathologiste indépendant avec évaluation semi-quantitative de la GCH et de la présence dans la sous-muqueuse d’éosinophiles et de lymphocytes/plasmocytes en utilisant une échelle en 4-points (Table 1). A l’état de base, les biopsies étaient évaluables dans 58 poumons/60. Le GCH score moyen avant traitement était de 1.47±0.90 avec 85% (49/58) des biopsies montrant un score GCH élevé, défini comme un score > 1. Les scores moyens d’éosinophiles et de lymphocytes à l’état de base étaient de 0.52±0.74 et 0.74±0.76, respectivement. Les éosinophiles étaient présents avec un score élevé chez 18 patients. Une tendance vers une corrélation positive entre le score GCH à l’état de base et le COPD Assessment Test (CAT) (r=0.327, p=0.08) et le St. George’s Respiratory Questionnaire (SGRQ) (r=0.32, p=0.102) a été trouvée. Dans 54 poumons avec biopsies évaluables avant et après traitement, la baisse par rapport aux valeurs de base des scores GCH et éosinophiles étaient de -0.57±0.94 (p<0.001) et de -0.29±0.90 (p=0.02), respectivement. Aucune modification significative du score de lymphocytes n’a été observée. Chez presque tous les patients (16/ 17) avec score élevé d’éosinophiles à l’état de base évaluables après traitement, le score biopsique s’est amélioré ≥1 point après la procédure et 11/17 patients n’avaient plus d’éosinophiles présents dans leurs biopsies post-traitement.  Les patients avec une amélioration du score éosinophile avaient une probabilité de réponse symptomatique > 4 points au CAT, score 1.75 fois plus élevé (95% CI 0.48 to 6.35). En conclusion, l’ablation non thermique de l’épithélium des voies aériennes basses au moyen d’un champ électrique pulsé permet une réduction statistiquement significative de l’hyperplasie des cellules caliciformes et du score éosinophile, sous-tendant le mécanisme d’action de la rhéoplastie. La diminution de ces scores anatomo-pathologiques après rhéoplastie semble associée à une amélioration de la qualité de vie des patients avec BC. Ces données sont encore préliminaires mais il semble s’agir d’une voie prometteuse pour améliorer la prise en charge des patients avec BC.

Hervé Mal, Service de pneumologie et transplantation pulmonaire, Hôpital Bichât, 46 rue Henri Huchard, Paris

D’après la communication de Valipour A. et al. Bronchial rheoplasty reduces goblet cell hyperplasia and airway inflammation in patients with chronic bronchitis. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A4538 (Session C22)

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L’alvelestat, inhibiteur spécifique de l’élastase du neutrophile par voie orale : une nouvelle piste thérapeutique chez les patients atteints de déficit profond en alpha-1 antitrypsine ?

L’alpha-1 antitrypsine (AAT) est un inhibiteur physiologique d’un certain nombre de protéases au premier rang desquelles figure l’élastase du neutrophile (NE). Chez les patients atteints de déficit profond en AAT, l’utilisation par voie orale d’un inhibiteur de NE est donc une piste thérapeutique potentielle. Cette approche a été testée dans une étude contrôlée multicentrique de phase 2, en double aveugle, appelée ASTRAEUS dont l’investigateur principal est Robert Stockley (Birmingham, GB), un des pionniers de la recherche sur le DAAT.

Les auteurs ont utilisé l’alvelestat, inhibiteur sélectif de la NE utilisable par voie orale, ayant une affinité pour la NE similaire à celle de l’AAT. La pénétration de la molécule dans le poumon est bonne, elle est résistante à l’oxydation et le profil de tolérance testé dans plusieurs indications sur plus de 1000 patients est bon. L’inhibiteur a été comparé à un placebo chez 98 patients avec déficit profond en AAT, porteurs d’emphysème et avec un VEMS > 20% th, ne recevant pas de substitution. Les patients ont été tirés au sort pour recevoir alvelestat 120 mg x2/j (n=22), alvelestat 240mg x2/j n=40 ou placebo x2/j (n=36) pendant 12 semaines. Les critères de jugement principaux ont été l’évolution à 12 semaines du taux sanguin de Aa-Val368 (reflet de l’effet de la NE sur le fibrinogène), du taux plasmatique de desmosine/isodesmosine (marqueur de la dégradation de l’élastine), et de l’activité sanguine de NE. Les critères de jugement secondaires étaient la tolérance, la pharmacocinétique, l’effet sur la spirométrie, la qualité de vie (SGRQ), la survenue d’exacerbations. Les patients étaient tous de génotype ZZ, leur âge moyen était autour de 55 ans et leur VEMS autour de 60%. Parmi les 98 patients inclus, seuls 66 ont complété l’étude à 12 semaines, les motifs de sortie d’étude étant principalement l’épidémie de COVID 19 et à un moindre degré la survenue de céphalées. Par rapport aux valeurs de base, le pourcentage de baisse d’activité NE dans le sang a été de 18% dans le groupe placebo. Une baisse significativement plus élevée par rapport au groupe placebo a été observée dans les groupes alvelestat (-83.5% dans le groupe 120 mg, p=0.001 et -93.3% dans le groupe 240 mg, p<0.001). Pour ce qui concerne l’évolution du Aa-Val368 et de la desmosine, une baisse significative par rapport au groupe placebo n’a été observée que dans le groupe alvelestat 240 mg (-22.7% et -13.2%, respectivement). Le traitement par alvelestat n’avait pas d’impact à 12 semaines sur la fonction respiratoire, ce qui n’est pas étonnant. Une analyse post hoc dont les résultats ont été présentés sous forme d’affiche par J. Parkin a montré une association entre l’amélioration de la qualité de vie (SGRQ) et la réduction de Aa-Val368 et de desmosine dans le sang. Les données suggèrent une bonne tolérance, les céphalées observées chez certains patients pouvant, d’après R Stockley, être prévenues par une augmentation progressive des doses. L’effet observé de l’avelestat sur les 2 biomarqueurs sanguins est similaire à celui observé dans les études contrôlées de substitution IV en AAT vs placebo, ce qui doit conduire à mener un essai de phase 3 pour tester la pertinence de cette voie dans la prise en charge du déficit profond en AAT.

Hervé Mal, Service de pneumologie et transplantation pulmonaire, Hôpital Bichât, 46 rue Henri Huchard, Paris

D’après les communications de :
Stockley R. et al. Alvelestat, an oral neutrophil elastase inhibitor in alpha-1 antitrypsin deficiency (AATD): results of a phase II trial. Am J Respir Crit Care 2023: 207: A4493 (session C15)
Parkin J. et al. Analysis from phase II clinical trial, alvelestat, NE (Neutrophil Elastase) inhibitor in AATD-LD: correlation between biomarker response (desmosine and Aa-val360) and clinical outcome (SGRQ). Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A2844 (session B22)

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Hommes/femmes : tous égaux face à la BPCO ?  

D’après l’OMS, le BPCO est actuellement la 3ème cause de mortalité. Des différences existent entre les hommes et les femmes. Cette année, les premières données issues de la cohorte française PALOMB concernant les différences observées entre les hommes et les femmes ont été présentées.

En février 2022, cette cohorte prospective en vie réelle incluait 3 228 patients BPCO en Aquitaine et Charente. L’objectif de la présente étude était d’identifier les différences entre les sexes concernant les caractéristiques cliniques des patients BPCO. Mille cent soixante-dix-neuf femmes ont été recrutées, soit 36,5 % des patients. Ces dernières étaient plus jeunes (64,3 ans +/- 10,4 versus 66,8 ans +/- 10,6 ; p<0,001), avaient plus fréquemment un indice de masse corporelle inférieur à 18,5 kg/m² et étaient plus souvent fumeuses (45,6 % versus 35,4% ; p<0,001) que les hommes. De plus, elles rapportaient davantage d’exacerbations au cours de l’année précédente (p<0,001), de dyspnée (p=0,012) et avaient un VEMS en pourcentage de la théorique significativement plus faible à l’inclusion (59,2 % +/- 19,2 versus 60,9 % +/-20,2 ; p=0.01).

Concernant les comorbidités, les hommes souffraient davantage de maladies cardiovasculaires et de syndrome d’apnée du sommeil, tandis que les femmes souffraient davantage d’anxiété, de dépression d’ostéoporose et d’asthme. Aucune différence entre les sexes n’a été constatée en ce qui concerne le déclin annuel du VEMS. En juin 2022, 26,6 % des patients étaient décédés, dont 31,2% d’hommes et 18,6% de femmes. Concernant les déterminants de mortalité : la dénutrition, les pathologies cardiovasculaires (diabète, dyslipidémie, insuffisance cardiaque gauche) et le cancer du poumon étaient impliqués dans la mortalité du groupe de sexe féminin alors que le tabagisme à l’inclusion, la dyspnée et le cancer du poumon étaient des déterminant de mortalité chez les hommes.

Cette étude met en évidence des différences entre les sexes en ce qui concerne les caractéristiques cliniques des patients BPCO.

Marina Guecamburu Service des Maladies Respiratoires, CHU Bordeaux, Bordeaux Service des Maladies Respiratoires, CHU Bordeaux, Bordeaux 

D’après la communication de N.Jestin-Guyon et al. Sex-related differences, mortality and FEV1 decline among COPD patients: the french palomb cohort, Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A6410 (session D26)

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Le tabac, c’est toujours tabou !

Il y a chaque année une préoccupation légitime des sociétés savantes américaines à rapporter (ou redécouvrir inlassablement) les effets préoccupants sur la santé respiratoire de tout ce que l’Homme peut inhaler. Depuis la cigarette électronique jusqu’aux particules diesels, en passant par les drogues illicites les plus originales. Mais il faut savoir revenir aux bases. Revenons sur le risque infectieux de l’intoxication tabagique !

Avec une volonté de méthodologie plus stricte, notamment quant à la certitude du diagnostic de tuberculose (80% des études sélectionnées étaient réalisées dans des pays en développement), une nouvelle méta-analyse confirme les effets délétères du tabac et de la pollution atmosphérique sur l’histoire naturelle de la tuberculose. Le tabagisme comme l’exposition à la pollution atmosphérique intérieure ou extérieure sont des facteurs de risque d’infection et de maladie à Mycobacterium tuberculosis et de décès de tuberculose. De plus, le tabagisme retarde la négativation bactériologique mais aussi augmente le risque de rechutes et de résistance aux anti-tuberculeux.

Lors de la 1ère vague de la pandémie COVID-19, de nombreuses informations contradictoires ont circulé à propos des liens entre tabagisme et infection à SARS-CoV2. Il fut un temps, pas si ancien, où la communauté scientifique envisageait sérieusement que la nicotine puisse avoir des effets protecteurs en inhibant l’expression des récepteurs à l’angiotensine 2 dans le poumon 1. La rumeur a démarré alors que les premiers travaux chinois publiés montraient une proportion singulièrement faible de fumeurs hospitalisés en réanimation 2. Heureusement, les nombreuses limites méthodologiques (niveaux de gravité de la COVID-19 variables, objectif principal différent, définition du tabagisme, biais de survie) ont été rapidement soulevées et la communauté médicale a diffusé un message de prudence vis-à-vis du tabagisme.

L’analyse des liens entre tabagisme et COVID-19 a été effectuée au sein de la cohorte C4R. Il s’agit d’une cohorte réunissant 14 cohortes nationales (comme, par exemple, SPIROMICS, COPDGene ou la Framingham Heart Study), incluant plus de 50 000 américains, avec un suivi longitudinal de plus de 40 ans. L’extraction des données concerne 27 771 participants (âge moyen de 75 ans, 58% de femmes, 30% d’afro-américains, 64% de primo-vaccinations avant l’infection à SARS-CoV2) entre mars 2020 et septembre 2022. Dans ce contexte, les données concernant le statut tabagique sont donc extrêmement précises et, pour certaines cohortes, vérifiées biologiquement. Les patients sont classés fumeurs au-delà de 100 cigarettes. La date d’un éventuel sevrage est connue. Les données concernant la COVID-19 sont issues de questionnaires auto-administrés.  Ensuite, les dossiers médicaux sont révisés avant de retenir une hospitalisation ou un décès secondaires à la COVID-19. Parmi 2 495 patients ayant présenté une infection à SARS-CoV2 (10%), 549 (22%) sont hospitalisés et 94 (4%) décèdent. Le risque d’infection à SARS-CoV2 est effectivement plus faible chez les fumeurs (HR : 0,97 [0,88-0,99]). Par contre, au-delà de 5 paquets-années, le risque d’hospitalisation et de décès est supérieur chez les patients fumeurs, d’autant plus que le tabagisme est important (HR : 1,05 [1,01-1,10]). Il n’y a pas d’effet du statut vaccinal ni du délai de sevrage sur la gravité de l’infection.   

La preuve qu’il existe des liaisons dangereuses entre tabac et infection, qu’elle soit liée à Mycobacterium tuberculosis ou à SARS-CoV2, illustre bien l’importance, à l’échelle mondiale, des politiques de prévention du tabagisme et d’incitation au sevrage. 

Marjolaine Georges, Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, CHU Dijon Bourgogne, 14 rue Paul Gaffarel, Dijon

D’après la communication de Carroll S et al. Effects of smoking and air pollution on tuberculosis development and treatment outcomes: a systematic review and meta-analysis. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A 4518 (session C17) 

D’après la communication de Balte P et al. Association of smoking history with COVID-19 infection, hospitalization and death in the C4R study. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A2752 (session B14)

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Il n’y a pas de meilleure alternative à la PPC que la PPC …!!!

Suite aux premiers résultats encourageants récemment publiés par JL Pépin et al. 1 ayant permis de souligner le bénéfice de la poursuite de la PPC au long cours sur la mortalité toute cause des patients porteurs d’un syndrome d’apnées hypopnées obstructives au cours du sommeil (SAHOS), par rapport aux patients ayant arrêté la PPC, des résultats complémentaires recueillis à partir de la même cohorte ALASKA viennent donner une deuxième chance aux patients ayant repris la PPC à la suite d’un premier arrêt du traitement.

En l’absence d’information fiable dans la littérature, les auteurs ont cherché à obtenir des données concernant le taux de la reprise de la PPC dans l’année suivant son interruption initiale et son impact sur la mortalité toute cause, en utilisant les données obtenues à partir du système d’assurance maladie français. Cette étude a porté sur 103 091 patients âgés de plus de 18 ans chez qui une PPC a été prescrite, et dont le remboursement s’est interrompu après la mise en place initiale du traitement. Alors que 26% de ces patients ont repris la PPC dans l’année suivante, il est intéressant de noter que 65% d’entre eux la poursuivaient toujours après au moins 1 an. Ces derniers patients ont été comparés à ceux ayant de nouveau arrêté la PPC de manière définitive. Il a ainsi été possible de mettre en évidence des facteurs favorisant le maintien de la PPC à distance de sa reprise tels que le sexe masculin, la présence d’une hypertension ou la prescription initiale de la PPC par un pneumologue par rapport à un médecin généraliste. Par ailleurs, le maintien de la PPC à distance de sa reprise s’est accompagné d’une réduction du risque de mortalité toute cause de 38% par rapport aux patients ayant arrêté à nouveau leur traitement (hazard ratio : 0.62 ; intervalle de confiance à 95% : 0.48-0.79; p=0,0001).

Ces résultats essentiels représentent un argument supplémentaire de poids pour continuer à suivre les patients qui ont arrêté leur traitement par PPC et pour tenter de les convaincre de le reprendre, après la prise en compte des raisons ayant conduit à l’interruption initiale, avec un rôle probablement important de l’éducation thérapeutique.

Jean-Claude Meurice, Service de Pneumologie, CHU de Poitiers, 86035 Poitiers, France

 D’après la communication de JL Pépin et al. Prevalence and determinants of CPAP resumption after a first CPAP termination and Impact on all-cause mortality: A French nationwide database analysis. Am J Respir Crit Care Med 2023; 207: A5966 (Session C98).

Il n’y a pas de meilleure alternative à la PPC que la PPC …!!! Lire la suite »

L’observance : élément-clé pour la prévention du risque cardio-vasculaire !

Il est maintenant bien établi que le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est associé à une augmentation du risque d’accidents cardio-vasculaires. Néanmoins, les effets de la pression positive continue (PPC) sur la prévention secondaire de ces pathologies sont régulièrement débattus suite à la publication de nombreuses études négatives.

L’équipe espagnole de Manuel Sanchez-de-la Torre (Lleida, Espagne) a montré les résultats d’une méta-analyse portant sur les données individuelles de 3 grandes études : SAVE, ISAAC et RICCADSA. La première étape consistait à évaluer l’effet de la PPC sur la survenue d’un nouvel évènement cardiovasculaire et la deuxième, les effets d’une observance acceptable de la PPC (> 4 heures par nuit).

La méta-analyse a porté sur 4186 patients. Comme attendu, il s’agissait principalement d’hommes (82,1%), en surpoids (index de masse corporelle de 28,9 kg/m2), d’un âge moyen de 61,2 ans et avec un index d’apnées hypopnées moyen de 31,2/h. Soixante-et-onze pourcents étaient hypertendus. Sur l’ensemble des patients, 2097 (50,1%) étaient appareillés par PPC, 2089 (49,9%) ne l’étaient pas. L’observance moyenne au traitement était très médiocre (3,15 heures par jour), avec une diminution très nette dans la 1ère année. Le critère de jugement principal était un critère composite de survenue d’un évènement cardio-vasculaire ou cérébro-vasculaire durant la période de suivi.

La prévalence de survenue d’un évènement était identique entre les 2 groupes (HR 1,01 [0,87 – 1,17]). Par contre, l’analyse secondaire, tenant compte de l’observance, retrouve une diminution du risque cardio-vasculaire dans le groupe observant (HR 0,63 [0,48 – 0,83]).

Cette étude est importante car elle confirme l’intérêt de la PPC dans la prévention de la survenue d’un évènement cardiovasculaire, si et seulement si l’observance est correcte (plus de 4 heures par nuit).

Sandrine Pontier-Marchandise, Service de Pneumologie et unité des soins intensifs– Clinique des Voies Respiratoires, CHU Larrey, 24 chemin de Pouvourville, TSA 30030, Toulouse 

D’après la communcation Sanchez De La Torre M. et al : Good adherence to CPAP decreases recurrent cardiovascular events: a systematic review and individual participant data meta-analysis. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine 2023 ; 207 : A5964. Session 98

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