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Mission CPLF 2026

30e Congrès de Pneumologie de Langue Française
vendredi 30 janvier – dimanche 1er février 2026
Lille

Interviews dexperts par Agnès Lara


Avec le soutien institutionnel des laboratoires




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Quoi de neuf en recherche sur les pneumopathies interstitielles diffuses (PID) ?

Une étude cas témoin rétrospective qui permet de mieux caractériser la sarcoïdose en verre dépoli.

152 patients ont été inclus dans cette étude : 76 cas présentant une atteinte en verre dépoli dont l’extension était ≥ 10% et 76 contrôles ayant une sarcoïdose pulmonaire avec atteinte parenchymateuse sans verre dépoli ou < 10%. Parmi les 1169 patients screenés, 6,8% présentaient une forme en verre dépoli ≥ 10%.

Le verre dépoli était le plus souvent micronodulaire (53% des cas), mais pouvait aussi être pur (21%), associé à des lésions de fibrose (17%), en mosaïque (5%) ou en crazy paving (4%). De façon intéressante, le verre dépoli était dans 93% des cas associé à d’autres lésions tels que les adénopathies médiastino-hilaires et/ou des micronodules. Les cas en verre dépoli étaient plus exposés au tabac (66% vs 32%, p < 0.001), au cannabis (15% vs 4%, p = 0.003) et aux moisissures (15% vs 4%, p = 0.04) que les témoins. Ils présentaient une altération fonctionnelle plus marquée à l’inclusion (CVF à 71%th vs 81%th, p = 0,007), qui persistait au cours du suivi, malgré une amélioration fonctionnelle plus importante. Enfin l’évolution était plus défavorable pour les cas en verre dépoli avec une progression ou la survenue d’une fibrose pulmonaire plus fréquente (39% vs 21%, p = 0,03), plus de rechutes au cours de suivi et un taux de guérison réduit (5% vs 18%, p = 0,04). Le phénotype en verre dépoli est donc une forme à risque et pourrait justifier d’un suivi plus rapproché.

Facteurs associés au pronostic des PID de connectivites.

5 cohortes ont été fusionnées pour permettre de créer une cohorte rétrospective de 539 patients associant des patients avec PID de Sjögren (N=163), de polyarthrite rhumatoïde (N=98), de lupus érythémateux systémique (N=74), de sclérodermie systémique (N=163) et de myopathies inflammatoires idiopathiques (N=137).

Les facteurs associés à la mortalité ou transplantation pulmonaire étaient un diagnostic de syndrome de Sjögren (HR 4,42 IC95% (2,61-7,49), p < 0,001), l’âge au diagnostic (HR 1,66 IC95% (1,44-1,90), p < 0,001), le sexe masculin (HR 1,90 IC95% (1,29-2,80), p = 0,001), la CVF (HR 1,25 IC95% (1,12-1,39), p < 0,001) et la DLCO (HR 1,69 IC95% (1,45-1,97), p < 0,001. De façon intéressante, le pattern scanographique n’était pas associé à la mortalité ou transplantation.

Présentation initiale et pronostic des patients atteints de pneumopathie à macrophage alvéolaire (PMA).

La pneumopathie à macrophage alvéolaire (ex. pneumopathie interstitielle desquamative) est une forme rare et peu décrite de pneumopathie interstitielle diffuse. Cette étude observationnelle rétrospective multicentrique a inclus 159 patients

La PMA survenait majoritairement chez des hommes (70%) d’âge médian de 55 ans et fumeurs (94%) à 35 paquets années dont 23% fumaient du cannabis. L’examen physique était marqué par une dyspnée (79%), des crépitants secs (51%), un hippocratisme digital fréquent (51%). Le LBA retrouvait une cellularité médiane de 480 x 103 cellules/mL, 65% des patients avaient > 80% de macrophage, à noter cependant que 7% des patients présentaient > 20% d’éosinophiles. La CVF médiane était de 85% et la DLCO de 56% de la théorique.

33% des patients ont bénéficié d’une biopsie pulmonaire pour confirmer le diagnostic, principalement lorsque le LBA n’était pas aussi macrophagique qu’attendu.

Six% des patients avaient une PMA secondaire à une connectivite et 9% avaient un cancer broncho-pulmonaire concomitant ou apparaissant durant le suivi.

Concernant l’évolution, 8% des patients sont décédés au cours des 3,9 ans de suivi médian. La CVF présentait un faible déclin de 30mL/an au cours des deux premières années. Cependant, la population était marquée par une grande hétérogénéité, 20% des patients présentaient une amélioration fonctionnelle de +10% de CVF en moyenne/an et 18% un déclin de -10%/an. Les patients dont la CVF déclinait avaient plus souvent un cancer broncho pulmonaire associé, plus souvent des antécédents familiaux de PID et un moindre pourcentage d’éosinophiles au LBA.

Concernant le sevrage tabagique seuls ¼ des patients ont pu définitivement arrêter de fumer et parmi eux seuls 19% ont présenté une amélioration fonctionnelle après sevrage du tabac. Dans la population, 29% ont reçu une corticothérapie, 12% un traitement immunosuppresseur, 12% des antifibrosants et 3% une transplantation pulmonaire. 


D’après Session CO08 – PID – 43 – Sarcoïdose pulmonaire en verre dépoli prédominant : un phénotype à risque
N. Nesser, F. Jeny, PY. Brillet, I. Hutuca, D. Valeyre, T. Gille, H. Nunes, R. Hindré

47 – Facteurs pronostiques de progression et de survie dans maladies pulmonaires interstitielles associées aux connectivites
S. Malartre, R. Porcher, MP. Debray, L. Deneuville, C. Diou, A. Mageau, K. Sacre, N. Costedoat Chalumeau, E. Hachulla, PA. Juge, P. Dieudé, D. Launay, L. Wemeau, L. Mouthon, H. Nunes, Y. Allanore, B. Chaigne, E. Le Tallec, J. Cadranel, S. Marchand Adam, D. Montani, M. Reynaud-Gaubert, G. Prevot, G. Beltramo, B. Crestani, Y. Allenbach, V. Cottin, Y. Uzuhnan, R. Borie

48 – Pronostique hétérogène des patients atteints de pneumopathie à macrophage alvéolaire
Q. Philippot, S. Marchand-Adam, P-A. Juge, M-P. Debray, S. Hirschi, S. Jouneau, M. Dudois, J. Boitiaux, M. Onanga, BrasseurC, A. Guyard, I. Ba, A. Benattia, C. Kannengiesser, A. Mailleux, M. Jaillet, M. Le Brun, J. Pastre, L. Wemeau, H. Blanchard E.Nunes, M. Reynaud-Gaubert, G. Prevot, P. Le Guen, P. Bonniaud, A. Tazi, CottinV, B. Crestani, R. Borie, Orphalung

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EFR de repos chez les femmes enceintes

Existe-t-il des contre-indications aux EFR de repos ?

Les contre-indications, absolues ou relatives, à la réalisation d’EFR de repos pendant la grossesse sont de deux types : liées à un éventuel risque obstétrical, ou liées au type de manœuvres d’EFR envisagées. Concernant les risques obstétricaux (contractions utérines, ouverture du col utérin…), l’avis du gynécologue-obstétricien doit être recueilli au moindre doute. Quant à l’évaluation du risque lié directement aux EFR, il doit tenir compte de plusieurs facteurs : des efforts respiratoires intenses et répétés vont-ils être exigés de la patiente ? Va-t-elle devoir inhaler des gaz médicaux et/ou des substances pharmacologiques ? Va-t-elle être soumises à une PO2 et/ou une PCO2 susceptibles de modifier la composition de ses gaz du sang ?

La spirométrie forcée est habituellement le cœur des EFR de repos. Les efforts nécessaires génèrent cependant une majoration de la pression intra-abdominale et exposent la patiente à un inconfort et un risque de contractions utérines réflexes. Ainsi, la balance bénéfice/risque doit être évaluée en fonction de l’indication. De même, un test de réversibilité aux β2-agonistes d’action rapide imposera de renouveler les courbes débit/volume, en plus de risquer de provoquer ou aggraver une tachycardie chez la patiente. En revanche, la spirométrie lente et la mesure des volumes statiques ne demandent pas d’efforts intenses (et ni l’hélium ni l’azote ne présentent de toxicité connue). A l’inverse, l’inhalation de monoxyde de carbone pour mesurer la DLCO expose théoriquement au risque de diminuer l’oxygénation maternelle et fœtale, mais en pratique la faible augmentation de l’HbCO maternelle (environ 0,7 % à chaque manœuvre d’inhalation) permet de pratiquer cet examen dans des conditions de sécurité satisfaisantes, mêmes si les mesures sont répétées à plusieurs reprises, sans carboxylation de l’hémoglobine fœtale.

Deux types d’examens sont absolument contre-indiqués ou fortement déconseillés. Premièrement, le test de provocation bronchique à la méthacholine qui pourrait provoquer une hypoxie fœtale en cas de bronchospasme sévère chez la patiente. Également, les tests de réponse ventilatoire à l’hypoxie ou l’hypercapnie pour lesquels les risques de mauvaise tolérance fœtale sont trop importants. Un classement pragmatique du risque relatif à chaque examen est disponible dans le tableau ci-dessous.

Examens autorisés sans restriction– Volumes statiques (pléthysmographie, dilution à l’hélium, rinçage à l’azote) – Oscillométrie – NO exhalé
Examens autorisés sous réserve (Cf. balance bénéfice/risque)– Spirométrie forcée ± test de réversibilité – Pressions respiratoires maximales (PImax, PEmax, SNIP) – DLCO
Examens contre-indiqués ou fortement déconseillés– Provocation bronchique à la méthacholine – Réponse ventilatoire hypoxie /hypercapnie

Comment interpréter les EFR à la lueur des modifications physiologiques au cours de la grossesse normale ?

L’augmentation progressive de la taille de l’utérus gravide et l’imprégnation hormonale (progestérone, relaxine…) vont entraîner des modifications structurales et tissulaires chez la femme enceinte. Le diaphragme va progressivement s’élever, d’environ 2 à 5 cm, mais le volume de la cage thoracique va rester quasiment inchangé du fait d’un élargissement de son diamètre inférieur prédominant dans la direction médio-latérale. Par ailleurs, l’épaisseur du diaphragme et sa course maximale restent inchangées, avec une pression transdiaphragmatique maximale (PDImax) préservée. De même, malgré l’allongement et l’amincissement progressif des muscles abdominaux, leur capacité fonctionnelle n’est pas réduite au cours de la grossesse (mais un peu en post-partum). Concernant la compliance du système respiratoire, celle du parenchyme n’est pas modifiée, et celle de la cage thoracique n’est modérément réduite qu’en fin de grossesse. Enfin, les résistances des voies aériennes ne sont pas significativement modifiées. Par ailleurs, la ventilation augmente, principalement par une majoration du volume courant.

En conséquence, concernant les grandeurs mesurées aux EFR de repos, on va principalement observer une modification de la répartition des volumes pulmonaires. La capacité pulmonaire totale (CPT) et la capacité vitale (CV) vont rester quasiment inchangées, y compris en position couchée. En revanche, la capacité résiduelle fonctionnelle (CRF) va être amputée d’environ 20 % (~ 300-500 mL) au troisième trimestre, par diminution du volume de réserve expiratoire (VRE) (environ -200 mL) et du volume résiduel (VR) (environ -10 % et -200 mL). Au contraire, la capacité inspiratoire (CI) augmente d’environ 300 mL. Le VEMS et le rapport de Tiffeneau, ainsi que les pressions respiratoires maximales, ne sont pas significativement modifiés. La DLCO peut légèrement augmenter au premier trimestre, par un mécanisme encore mal compris, avant de retrouver sa valeur basale en fin de grossesse (voire diminuer discrètement). La PaO2 peut se majorer initialement, modérément, du fait de l’hyperventilation, mais cette modification s’estompe au cours de la grossesse. En revanche, en position couchée, une légère diminution peut être observée. Une hypocapnie est classiquement observée en conséquence de l’hyperventilation (30-35 mmHg), avec un pH généralement compensé par la diminution de la bicarbonatémie.

Fonction respiratoire et grossesse « à risque »

En plus des modifications physiologiques précédemment décrites, lorsque la patiente présente une maladie respiratoire qui existait antérieurement à l’initiation de la grossesse, son organisme doit s’adapter à des contraintes mécaniques et/ou métaboliques particulières. Par ailleurs, d’autres pathologies respiratoires peuvent connaître une aggravation spontanée au cours de la grossesse. Malheureusement, par excès de précaution à réaliser des EFR chez la femme enceinte, on manque d’études robustes avec des effectifs conséquents ayant étudié l’évolution de la fonction respiratoire dans différentes pathologies au cours de la grossesse et en post-partum.

De même, il n’existe pas de critères EFR qui permettraient d’autoriser ou de contre-indiquer un accouchement par voie basse.


D’après les présentations « Impact de la grossesse sur la physiologie respiratoire » (Laurent Plantier, Tours) (session du samedi 31 janvier A22 « Grossesse et respiration ») et « Exploration fonctionnelle et grossesse » (Anne Charloux, Strasbourg) (session du dimanche 1er février A32 « Quels examens chez la femme enceinte ? »)

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Données de pharmacovigilance concernant les biothérapies ayant l’AMM en France

Dr Guillaume DARGENTOLLE (Dijon) a présenté une étude observationnelle basée sur les données de pharmacovigilance française concernant 5 biothérapies disposant d’une autorisation de mise sur le marché (omalizumab, mepolizumab, benralizumab, dupilumab et tezepelumab). L’analyse portait sur la période comprise entre leur  date de mise sur le marché et le 17 septembre 2024, toute indication confondue, et s’appuyait également sur les données d’exposition de l’assurance maladie (Open Medic) entre 2014 et 2024. Les effets indésirables graves et inattendus ont fait l’objet d’une analyse détaillée à partir des données cliniques disponibles.

En 2024, plus de 90 000 patients étaient traités par biothérapie : 43 600 par dupilumab, 23 778 par omalizumab, 11 754 par mepolizumab, 8 065 par benralizumab et 4 774 par tezepelumab. Les mineurs représentaient 10% des patients traités par omalizumab et dupilumab, 4% de ceux traités par mepolizumab et tezepelumab et seulement 1% des patients traités par benralizumab. La prescription était essentiellement hospitalière, sans précision sur les spécialistes prescripteurs, tandis que les prescripteurs libéraux étaient principalement des pneumologues. L’asthme représentait l’indication principale pour toutes les biothérapies à l’exception du dupilumab, qui était majoritairement prescrit pour la dermatite atopique.

Au total, 1830 cas regroupant 3299 effets indésirables (1,8 effets/cas) ont été analysés. Les déclarations étaient essentiellement réalisées par les médecins (77%) et pharmaciens (14%) alors que les notifications faites par les patients restaient minoritaires (3 à 11% selon les molécules). La proportion de cas grave était notable, représentant 43% des signalements.

La majorité des effets indésirables étaient commune à toutes les molécules : asthénie, réactions au site d’injection, manifestations cutanées, céphalées, nausées, douleurs abdominales et arthralgies. Ces dernières semblaient survenir de façon plus tardive sous mepolizumab (11 mois versus 4 mois pour les autres biothérapies). Une résolution rapide à l’arrêt du traitement était généralement observée, bien que certaines arthralgies aient nécessité une corticothérapie et/ou des antalgiques de palier 1 et 2. Le dupilumab était associé à des conjonctivites et blépharites, principalement chez les patients traités pour une dermatite atopique, ainsi qu’a des hyperéosinophilies désormais bien documentées, le plus souvent asymptomatique mais pouvant parfois entrainer des manifestations systémiques.

Peu décrits jusqu’à présent, des effets indésirables thrombo-emboliques ont été rapportés sous omalizumab : 13 cas d’embolies pulmonaires, 9 cas de thromboses veineuses, 2 cas de thromboses artérielles. Des effets indésirables spécifiques à certaines indications ont également été mis en évidence, notamment 4 cas d’hémophilie acquise sous omalizumab dans l’indication de pemphigoïde bulleuse ainsi que des pneumonies organisées sous dupilumab chez des patients traités pour une polypose nasosinusienne.

Aucun signal oncologique significatif n’a été identifié, en dehors d’une augmentation du nombre de tumeurs cutanées sous dupilumab. Celle-ci semble toutefois liée à un biais d’indication, les patients concernés étant traités pour des pathologies dermatologique.

Ces résultats soulignent l’importance de poursuivre la déclaration systématique des effets indésirables, y compris lorsqu’ils sont déjà connus, afin d’améliorer la surveillance et la sécurité d’utilisation des biothérapies.


D’après la session CO07 – Asthme, « Effets indésirables des biothérapies de l’asthme sévère : étude observationnelle à partir des données de la base de pharmacovigilance française depuis leur mise sur le marché »

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Syndrome d’apnées du sommeil chez la femme : fréquent et mal diagnostiqué?

Le SAHOS a longtemps été considéré comme une pathologie franchement masculine, avec un ratio H/F de 8/1. Actuellement, à la lumière d’une meilleure connaissance du SAHOS de la femme, et de meilleurs conditions diagnostiques, on trouve plutôt un ratio à 1,4/1. Il existe également une nette augmentation après la ménopause. Néanmoins, les femmes souffrent encore d’un sous-diagnostic, et de SAHOS confondus au profit de diagnostic de dépression ou de fibromyalgie notamment. Dans l’étude de Wimms et col., on retrouvait des symptômes différents chez les femmes, avec moins de ronflements et d’apnées observées 1. Au-delà du stéréotype de la femme sous-déclarant son ronflement et sa somnolence, on retrouve d’avantage d’insomnie,  fragmentation du sommeil, cauchemars, nycturie, bouche sèche, algies diffuses, troubles de mémoire ou de concentration, troubles de l’humeur, céphalées, fatigue persistante chez les femmes 2. Par ailleurs, à symptômes identiques, le diagnostic est posé chez 25% des hommes versus 14% des femmes 3.

Une différence d’expression phénotypique

En terme de sévérité, l’IAH est plus bas chez les femmes avant la ménopause, mais cette différence s’annule après la ménopause4, 5. Les femmes présentent d’avantage d’hypopnées et d’efforts respiratoires inducteurs de micro-éveils (ERIM), et moins d’apnées franches par rapport aux hommes. Les apnées sont de durée plus courte, mais pas les hypopnées 6. Ces différences s’expliquent par un pharynx plus tonique et compliant et justifient que les pauses respiratoires soient moins souvent rapportées chez les femmes. Chez la femme jeune, le SAS prédomine en sommeil paradoxal ; ce phénotype diminue progressivement avec l’âge et est perdu après la ménopause 7. Par ailleurs, l’IAH est plus bas en phase lutéale, ce d’autant plus que cette phase hormonale est marquée par une diminution de la quantité de sommeil paradoxal 8.

Un endotype physiopathologique distinct de celui des hommes

Ces différences phénotypiques sont sous-tendues par un endotype différent. Premièrement, la répartition de la masse grasse est différente chez les femmes, avec moins de dépôt autour du pharynx et de la base de langue, donc moins d’impact sur l’IAH à IMC identique, et une progression de l’IAH plus faible chez la femme pour la même prise de poids 9. Deuxièmement, le seuil d’éveil est plus bas chez la femme, ce qui explique les événements plus courts, peu désaturants mais éveillants, qui sont observés, ainsi que la fragmentation du sommeil plus marquée et l’augmentation de la prévalence du COMISA à IAH identique par rapport à l’homme 10. Troisièmement, les femmes ont un loop gain plus bas 11. Enfin, la compliance pharyngée est plus basse du fait de l’imprégnation hormonale et de VAS plus courtes, et il y a donc plus de résistance au collapsus. Après la ménopause, cette protection disparaît, mais c’est aussi le cas du SOPK dans lequel il existe une carence en progestérone.

Pour conclure, le SAS de la femme présente bien des particularités par rapport à celui de l’homme sur le plan diagnostique, et ces particularités sont sous-tendues par des spécificités physiopathologiques. La prévalence du SAS de la femme est importante, pour peu qu’on fasse attention à ces symptômes spécifiques.


D’après la session A10, une « machine » de chaque côté du lit, vendredi 30 janvier 2026

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Vie sexuelle et PPC : amis ou ennemis ?

Le SAHOS a des conséquences directes ou indirectes sur la fonction sexuelle. Chez l’homme, on note une augmentation du risque de dysfonction érectile (facteur de risque 1,82) et de troubles sexuels. Chez la femme, la prévalence des dysfonctions sexuelles est multipliée par 2,56. Les mécanismes physiopathologiques impliqués sont tout d’abord en lien avec l’hypoxie intermittente entrainant une diminution du NO circulant (neurotransmetteur clef pour l’érection et le flux sanguin clitoridien/vaginal). Par ailleurs, il existe une hyperactivité sympathique responsable d’une vasoconstriction affectant l’érection et la fonction cardiovasculaire (hypertension).
Ceci s’accompagne de modifications hormonales avec une baisse de la testostérone (hommes) et des perturbations hormonales féminines.
Des facteurs aggravants peuvent coexister : Fatigue, baisse de motivation/libido, comorbidités (cardiovasculaires, psychiatriques) et traitements (antihypertenseurs, antidépresseurs).

Le SAHOS va également avoir un impact sur le partenaire et les relations de couple, tout d’abord par son impact sur la qualité de son sommeil avec 3 fois plus de risque de dormir séparément si le SAHOS n’est pas traité.
On note également des modifications de comportements et de l’affectivité avec l’utilisation de bouchons d’oreille, la surveillance de la respiration du conjoint, un agacement, une frustration, un épuisement, des conflits conjugaux….

La PPC va ainsi améliorer la qualité de vie, l’humeur et la somnolence des conjoints. La ventilation permet également une amélioration du score de satisfaction sexuelle.
Ceci est d’autant plus important que le partenaire à un rôle important dans l’observance de la PPC. En effet, il a été décrit que vivre en couple améliore l’observance de la PPC. La perception de la PPC par le conjoint va grandement influencer celle du patient.

En pratique, il est donc important d’aborder la sexualité avec nos patients apnéiques lors de la consultation, de dépister les dysfonctions sexuelles éventuelles et d’en évaluer l’impact psychologique.
Nous devons inclure les partenaires en les impliquant dans le parcours de soin dès le diagnostic, dans l’initiation du traitement (aide pratique) et dans les programmes d’éducation thérapeutique (approche collaborative).

Pour conclure, le SAHOS est une pathologie avec des retentissements collectifs, affectant la vie sexuelle et les relations de couple via des mécanismes biologiques et psychologiques. La PPC améliore significativement la qualité relationnelle et la satisfaction sexuelle, tandis que le rôle des partenaires est déterminant pour l’observance. Une prise en charge globale, incluant la sexualité et les partenaires, est essentielle pour optimiser les résultats thérapeutiques. Et pour finir, le tabou autour de la sexualité doit être levé !


D’après la communication « Prise en charge du SAS et vie sexuelle » présentée par Jade CHORVOZ (Dijon), session A41 – Sexualité et sommeil

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La télésurveillance : un moyen d’optimiser la prise en charge de nos patients ?

La télésurveillance, définie comme une surveillance médicale à distance (inclus les données de ventilation, d’observance…), est devenue un enjeu majeur dans la prise en charge de nos patients ventilés et tout particulièrement pour les patients ventilés pour un SAHOS. Son objectif principal est d’optimiser la qualité des soins en combinant les données numériques et le suivi humain permettant d’agir rapidement en cas d’alerte (mauvaise observance, fuite, majoration de l’IAH…). Dans le cadre du SAHOS, des algorithmes ont déjà été décrits pour l’organisation ce télésuivi.

Depuis la Loi de 2023, la télésurveillance est rentrée dans le Droit Commun. Depuis cette date, l’assurance maladie intègre et finance les actes de télésurveillance notamment pour la VNI et l’oxygénothérapie.
Dans ce cadre, et tout comme pour la PPC, le praticien va devoir définir des protocoles d’alerte et d’organisation (ex : gestion des signaux anormaux).

L’intérêt du télésuivi a été confirmé dans différentes études récentes. Ainsi, dans la BPCO, le télésuivi permet une réduction de la durée d’hospitalisation en cas d’exacerbation. Par ailleurs, différents profils de patients ont été mis en évidence distinguant ainsi les patients dont l’observance est stable au fil du temps (avec une bonne ou mauvaise observance) de ceux ayant une grande variabilité inter nuit. Ceci est important pour adapter la prise en charge afin qu’elle soit au maximum personnalisée au besoins réels du patient.

Concernant l’oxygénothérapie, des études portant sur la télésurveillance ont notamment pu mettre un évidence une observance réelle insuffisante de l’ordre de 9h/j avec une absence quasi-totale de l’utilisation du système de déambulation. En pratique clinique, ces données aident le prescripteur à adapter la thérapeutique et son discours notamment dans le cadre de l’éducation thérapeutique. La télésurveillance permet de mettre en relation tous les intervenant dans le parcours de soin du patient à savoir le patient lui-même, le médecin prescripteur ou encore les prestataires à qui il peut être délégué la gestion des alertes.
Il est probable que dans un avenir plus ou moins proche, l’intelligence artificiel puisse jouer un rôle dans cette prise en charge afin de personnaliser les algorithmes et d’en réduire les coûts. Mais dans un 1er temps, l’objectif sera d’optimiser les algorithmes afin d’améliorer la sensibilité et la spécificité des alertes pour réduire les faux positifs, de réduire les couts par exemple grâce aux applications mobiles et autres appareils connectés et à la mutualisation des plateformes.

Concernant l’oxygénothérapie, il va falloir développer des outils connectés pour mesurer le débit d’oxygène et l’observance en temps réel qui ne sont pas actuellement disponibles sur le marché.

Pour conclure, il existe de nombreux signaux positifs concernant la télésurveillance (réduction des hospitalisations, amélioration de l’observance) mais des défis persistent : performance des algorithmes, coûts élevés et acceptabilité des patients. L’avenir passera par une combinaison de technologies innovantes (IA, objets connectés) et de suivi « humain » adapté, avec un rôle central des associations et des réseaux de soins pour assurer une mise en œuvre efficace. Enfin, la télésurveillance est en passe de devenir un outil clef de la télémédecine préventive.


D’après l’atelier « La télésurveillance en pneumologie : PPC, VNI, O2, où en sommes nous ? » présentée par François Jouneaux (Lille), session AT30.

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Appréhender l’hétérogénéité des carcinomes épidermoïdes pulmonaires de stade IV par le testing moléculaire : premiers enseignements de la base ESME

Longtemps considérés comme peu concernés par les altérations génomiques ciblables (AGA) du fait de leur forte charge mutationnelle, les carcinomes épidermoïdes (CE) pulmonaires métastatiques demeurent aujourd’hui encore en marge des stratégies de testing moléculaire systématique.

Cette étude observationnelle rétrospective s’appuie sur la base ESME (NCT03848052), regroupant les données de 39 centres français, et inclut des patients atteints de CBNPC métastatique traités après 2015. Parmi plus de 5800 patients présentant un carcinome épidermoïde pulmonaire métastatique, seuls 22,3% ont bénéficié d’un testing moléculaire, mettant en évidence un recours encore très limité à l’analyse génomique dans cette histologie.

Les patients testés se distinguaient par des caractéristiques cliniques spécifiques : plus fréquemment des femmes, plus souvent non‑fumeurs ou peu tabagiques, traduisant une sélection conforme aux recommandations actuelles. Parmi les patients testés, une AGA était identifiée dans 13,6 % des cas, confirmant que les CE ne sont pas dépourvus de drivers oncogéniques exploitables. Les AGA concernaient principalement les gènes EGFR, KRAS, MET, ALK, ROS1, BRAF, RET et HER2, avec des fréquences variables.

Le message clé de cette étude tient à un paradoxe préoccupant : alors qu’une AGA est identifiée, l’accès à la thérapie ciblée correspondante n’est pas systématique et ne concerne que 57,4 % des patients. Ce décalage révèle une perte de chance potentielle et illustre les freins persistants à l’intégration du testing moléculaire dans la stratégie thérapeutique des CE pulmonaires.

Sur le plan pronostique, les patients CE porteurs d’une AGA traités par thérapie ciblée présentaient une tendance à une meilleure survie globale comparativement aux patients testés sans AGA (18,5 vs 13,3 mois). Bien que ces résultats n’atteignent pas la significativité statistique, ils suggèrent un bénéfice clinique potentiel des thérapies ciblées dans une population soigneusement sélectionnée. En revanche, les survies observées sous thérapies ciblées chez les patients atteints de CE demeurent inférieures à celles rapportées dans les carcinomes non épidermoïdes mutés, même après appariement sur les principaux facteurs pronostiques, soulignant l’impact déterminant de l’histologie sur le pronostic.

Au total, ces données rapportées de la base ESME montrent que le testing moléculaire reste insuffisamment réalisé chez les patients atteints de carcinome épidermoïde pulmonaire métastatique, alors qu’une proportion non négligeable d’entre eux présente des AGA. Ces résultats suggèrent un bénéfice potentiel des thérapies ciblées chez les patients traités, bien que moindre que dans les formes non épidermoïdes. Ces données plaident pour une meilleure intégration du testing moléculaire, au‑delà des profils cliniques « classiques », et pour une réflexion plus large sur la place des thérapies ciblées dans les CE, afin de ne pas priver certains patients d’options thérapeutiques potentiellement efficaces.


D’après la session AD06 Cancérologie-Poster 118 – Testing moléculaire et apport des thérapies ciblées dans le carcinome épidermoïde pulmonaire métastatique : données de la base ESME.

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Infections des drains tunnélisés pleuraux à demeure dans les pleurésies néoplasiques :  quelle prévention en pratique courante ?

Cette étude monocentrique de grande ampleur menée au sein d’une unité de pneumologie interventionnelle experte, a analysé rétrospectivement près de 20 ans d’expérience (2006-2025) et 373 DTD posés pour pleurésie néoplasique. Elle apporte des éléments concrets et directement transposables à la pratique quotidienne, tant sur l’épidémiologie des infections que sur l’impact des mesures préventives. Le taux globale d’infection est de 10% incluant les pleurésies infectieuses et les infections du tunnel sous-cutané. Ces infections sont le plus souvent de gravité modérée : toutes ont été traitées par antibiothérapie, avec un retrait du drain nécessaire seulement dans deux cas. Les formes sèvres restent rares, avec deux épisodes de sepsis survenus chez des patients très altérés, en soins palliatifs exclusifs. Ces données confirment que, bien que non exceptionnelles, les infections de DTD sont le plus souvent contrôlables sans compromettre la stratégie de drainage. La transition vers une pose systématique en salle dédiée, associée à un renforcement des protocoles d’asepsie s’est traduite par une diminution significative du taux d’infection. En revanche, l’introduction plus récente d’une antibioprophylaxie systématique n’a pas permis de réduire les infections précoces, dont l’incidence reste faible. Ces résultats suggèrent que l’optimisation des conditions techniques et organisationnelles est plus déterminante que le recours aux antibiotiques, qui n’est pas justifié en routine. La présence de colonisations bactériennes du drain  est relativement fréquente mais leur valeur prédictive d’infection est faible ne justifiant pas une antibiothérapie systématique. En pratique, ce travail rassure sur la sécurité des DTD, souligne l’importance de la qualité de la pose et invite à une approche mesurée face aux colonisations et à l’antibioprophylaxie.


D’après la session Session Dimanche 1er février 10:00-11:30 | Espace affichage | PO24 Plèvre – Modérateurs MANGIAPAN Gilles, Créteil DUMETRE-LAROUMAGNE Sophie, Marseille – Auteurs T-T. Nguyen, H. Goussault, A. Boudjemaa, V. Bonnefoy, S. Demiri, Q. Gibiot, J. Lasvergnas, G. Rousseau Bussac, F. Viñas, B. Maitre, G. Mangiapan

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Les critères de Light sont-ils toujours d’actualité ?

La classification des pleurésies en exsudats et transsudats reste une étape clé de la démarche diagnostique. Les critères de Light, proposés il y a plus de 50 ans, demeurent la référence mais sont régulièrement critiqués pour leur manque de spécificité, notamment chez les patients insuffisants cardiaques ou polymorbides. A partir de la cohorte prospective ECHOPLEX, 250 patients explorés pour une pleurésie ont été analysés avec une relecture permettant de définir le mécanisme physiopathologique final. Près de 80% des pleurésies étaient exsudatives, 15% transsudatives et 7% mixtes, reflétant la complexité croissante des situations rencontrées en pratique. Les critères de Light conservent une excellente sensibilité pour le diagnostic d’exsudat, confirmant leur intérêt pour ne pas méconnaitre une atteinte pleurale. En revanche, leur spécificité reste limitée, exposant à un surclassement de transsudats. Lorsque les trois critères sont négatifs, la spécificité pour un transsudat est élevée, mais la sensibilité demeure imparfaite. L’élévation seule des protides n’apparaît pas suffisante pour classer de façon fiable une pleurésie, quels que soient les seuils utilisés. L’ajout du gradient d’albumine sang-plèvre n’améliore pas globalement les performances diagnostiques et peut conduire à reclasser à tort à des exsudats en transsudats. Son intérêt semble se limiter aux pleurésies liées à une insuffisance cardiaque pure, où il permet de corriger certains faux exsudats selon Light. En pratique, les critères de Light restent l’outil le plus sensible pour identifier un exsudant, mais doivent être interprétés à la lumière du contexte clinique et échographique. Ils ne de dispensent pas d’un raisonnement physiopathologique, en particulier chez les patients insuffisants cardiaques ou présentant des étiologies multiples.


D’après la session 1er février 10:00-11:30 | Espace affichage | PO24 Plèvre – Modérateurs MANGIAPAN Gilles, Créteil DUMETRE-LAROUMAGNE Sophie, Marseille – Auteurs J. Durin Touati Sandler, A. Boudjemaa, V. Bonnefoy, S. Suela Demiri, Q. Gibiot, V. GuiraudChaumeil, H. Goussault, J. Lasvergnas, N. Moutard, G. Rousseau Bussac, F. Viñas, B. Maitre, G. Mangiapan

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