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Réduction de volume : le poumon sous tension !

Ces dernières années, différentes techniques endoscopiques de réduction du volume pulmonaire ont permis d’élargir les propositions thérapeutiques pour les patients atteints d’emphysème sévère avec une distension statique significative. La technique la plus connue est celle des valves endobronchiques, qui cependant se limite à des patients ayant des scissures complètes.

Deux équipes françaises (Toulouse et Limoges) ont testé l’efficacité d’un nouveau dispositif appelé « lung tensioning device » FreeFlow TM (LTS), un coil qui se différencie des anciens modèles par une forme plus complexe, avec un élément proximal permettant son ancrage à la carène, afin d’accroître l’accroche aux tissus et la tension.

Les résultats préliminaires à 3 mois portant sur 14 patients entre décembre 2024 et avril 2026 ont été présentés durant le congrès.

Les patients sont porteurs d’emphysème sévère, présentent une dyspnée significative cotée au moins à 2 sur l’échelle mMRC, un VEMS entre 15 et 45% de la théorique, ainsi qu’un volume résiduel supérieur à 225%. L’emphysème doit être de distribution hétérogène, définie comme par un gradient de 10% par rapport au lobe adjacent.

La population est majoritairement féminine avec un sex ratio de 3/2 avec un âge moyen de 59,5 ans et un tabagisme évalué à 34 PA en moyenne.

La dyspnée est en moyenne à 2,6 sur l’échelle mMRC et l’index de BODE moyen de 5,27. Le VEMS moyen est de 896ml et le volume résiduel de moyen de 5120ml.

Un total de 278 coils a été implanté durant 28 procédures chez les 14 patients, recevant tous un traitement bilatéral.

La réduction du volume résiduel est modeste : 310ml en moyenne. En revanche, on note une amélioration significative du VEMS de 23% ainsi que de la CVF de 24%. Le test de marche de 6 minute s’améliore également de 54m en moyenne.

Concernant les effets secondaires, un patient a présenté un pneumothorax ayant nécessité un drainage thoracique. On note également un épisode de pneumopathie inflammatoire, traitée par corticothérapie orale en ambulatoire.

En conclusion, ces résultats préliminaires témoignent déjà de la faisabilité de la technique. Malgré une population encore réduite et un suivi limité (3 mois), les résultats présentés correspondent à ceux attendus et permettent d’élargir la réduction endoscopique aux patients ayant des scissures incomplètes. Il faut souligner l’importance d’une sélection rigoureuse des patients pour l’inclusion dans de tels programmes. 

D’après le poster de L. Duvivier et al, Lung Tensioning Device for severe, heterogeneous emphysema. Session A45 (P1214).

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Eosinophiles sanguins dans la BPCO : trois-quart des patients changent de classe

La mesure des polynucléaires éosinophiles a pris une place de plus en plus importante dans la gestion des patients atteints de BPCO, notamment les plus sévères. Une grande cohorte danoise s’est intéressée à la variabilité de cette mesure au fil du temps de manière à identifier d’éventuels facteurs associés à une instabilité de la BPCO.

L’une des grandes forces de cette étude de cohorte réalisée au Danemark est d’avoir analysé les données de 63517 patients atteints de BPCO suivis en médiane pendant 3,4 années et ayant tous eu au minimum 4 prises de sang avec mesure des éosinophiles. Selon le résultat de ces mesures, les patients étaient classés en 3 catégories : faible taux d’éosinophiles (< 0,15 G/L), taux moyen (entre 0,15 et 0,29 G/L) et taux élevé (≥ 0,3 G/L). Le résultat principal est qu’au fil du temps, 74% des patients changent au moins une fois de classe. La fréquence de ces variations du taux d’éosinophiles sanguins s’est répartie comme suit : 40% avec un seul changement de classe, 43% avec deux changements et 17% avec trois changements. L’autre résultat intéressant est que le fait d’avoir des éosinophiles ≥ 0,3 G/L lors du premier prélèvement constitue un fort marqueur prédictif d’avoir une BPCO qui va rester stable au fil du temps (odds ratio à 1,70 ; intervalle de confiance à 95% : 1,63-1,77). Enfin, 80% des fluctuations d’éosinophiles ont été observées en l’absence d’exacerbations graves, de cures courtes de corticoïdes oraux ou d’antibiothérapie. Globalement, ces données confirment donc l’intérêt de répéter les mesures d’éosinophiles sanguins chez les patients atteints de BPCO afin de ne pas classer trop hâtivement ces derniers, ce qui aura bien sûr d’importantes conséquences au moment de se poser la question d’une éventuelle intensification thérapeutique.

D’après Borg M. et al. (session A34). Blood eosinophil dynamics in COPD: Impact of exacerbations and corticosteroid use in a nationwide study (P1490). 

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Combien d’années de vie perdues pour nos patients atteints de BPCO ?

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) constitue la quatrième cause de mortalité dans le monde. Contrairement à d’autres maladies chroniques telles que les maladies cardiovasculaires ou les cancers, la mortalité standardisée sur l’âge liée à la BPCO a continué d’augmenter au cours des dernières décennies.

S. Bhatt (Etats-Unis) a présenté les résultats d’une étude regroupant les données de huit grandes cohortes américaines initialement constituées pour le suivi des maladies cardiovasculaires 1 et s’intéressant à l’impact de la BPCO sur l’espérance de vie et le nombre d’année de vie perdues.

Les participants, âgés de 17 à 98 ans, ont été inclus entre 1983 et 2011 puis suivis jusqu’en 2020. La BPCO était définie par un rapport volume expiratoire maximal en 1 seconde (VEMS)/ capacité vitale forcée (CVF) pré-bronchodilatateur inférieur à 0,70 à la spirométrie initiale.

Au total, 45 886 participants ont été inclus, dont 56,3 % de femmes. L’âge moyen était de 52,4 ans, 48,8 % des sujets étaient non-fumeurs et 21 % des fumeurs actifs. La prévalence de la BPCO était estimée à 17,6 %, majoritairement aux stades GOLD 1 et 2. Au cours d’un suivi médian de 15,2 ans, 13 869 participants (30,2 %) sont décédés. Après ajustement sur l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, le statut tabagique, le diabète, l’hypertension artérielle et la dyslipidémie, la présence d’une BPCO était associée à une augmentation significative du risque de mortalité (hazard ratio : 1,31 ; IC95 % : 1,26–1,36 ; p < 0,001). À titre d’exemple, chez une femme âgée de 65 ans, l’espérance de vie moyenne était estimée à 21,5 ans en l’absence de BPCO. Elle diminuait à 20 ans en cas de BPCO GOLD 1, 16,4 ans en cas de GOLD 2, 13,1 ans en cas de GOLD 3 et 10,7 ans en cas de GOLD 4.

Par rapport aux sujets sans BPCO, le nombre d’années de vie perdues était estimé à 0,7 an pour une BPCO GOLD 1 ; 2,6 ans pour une GOLD 2 ; 5,1 ans pour une GOLD 3 et 7,1 ans pour une GOLD 4. Fait notable, aucune différence significative n’était observée selon le statut tabagique des patients atteints de BPCO.

Le nombre d’années de vie perdues associé à la BPCO était comparable, voir supérieur pour les stades GOLD 2 à 4, à celui observé avec d’autres comorbidités majeures : hypertension artérielle (2,7 ans ; IC95 % : 2,4–3,0), diabète (4,1 ans ; IC95 % : 3,7–4,4), obésité (0,5 an ; IC95 % : 0,1–0,9) ou tabagisme actif (5,5 ans ; IC95 % : 5,1–5,9).

Ainsi, cette étude montre que la BPCO est associée à une réduction importante de l’espérance de vie, y compris chez les sujets n’ayant jamais fumé. Le nombre d’années de vie perdues liées était comparable à celui observé dans l’hypertension artérielle ou le diabète, soulignant le poids pronostique majeur de la BPCO, souvent sous-estimé.

D’après la communication orale de S.Bhatt, Life expectancy in chronic obstructive pulmonary disease (session A16).

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Déficit en alpha 1 antitrypsine : les non-fumeurs sont-ils épargnés ?

Le déficit en alpha-1 antitrypsine (DAAT), maladie génétique liée à des mutations du gène SERPINA1, constitue la principale cause génétique de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).  En France, il concernerait 1 à 2 pour 1000 patients atteints de BPCO en France mais est largement sous diagnostiqué. Les sujets atteints de DAAT, notamment les homozygotes ZZ, présentent un risque accru d’emphysème et de trouble ventilatoire obstructif en particulier lorsqu’ils sont exposés à des agressions pulmonaires telles que le tabagisme ou les infections respiratoires.  Cependant, moins de données sont disponibles chez les non-fumeurs.

Suzanne M.Roche (Irlande), a présenté les résultats d’une étude rétrospective menée à partir du registre national irlandais du déficit en alpha-1 antitrypsine (DAAT), incluant 300 patients homozygotes ZZ. L’objectif était d’évaluer la prévalence, les caractéristiques cliniques, fonctionnelles, scanographiques et l’évolution de la maladie chez les patients non-fumeurs. 

Parmi les 300 patients inclus, 115 (38%) étaient non-fumeurs, définis par une consommation inférieure à 100 cigarettes au cours de la vie. L’âge au diagnostic ne différait pas significativement entre les fumeurs et les non-fumeurs (41 ans vs 47 ans, p=0,08).

Au moment du diagnostic, 34% des non-fumeurs présentaient un trouble ventilatoire obstructif (TVO) ; 18% étaient classés GOLD 2, 7% GOLD 3 et 3% GOLD 4. Une diminution de la capacité de diffusion du monoxyde de carbone (DLCO) étaient observée chez 40% d’entre eux. De plus, 50% présentaient des symptômes respiratoires : 51% rapportaient une dyspnée stade 1 sur l’échelle modifiée du Medical Research Council, 53% avaient un score de symptômes COPD Assessment Test supérieur à 10 et 37% un score de qualité de vie de Saint Georges supérieur à 25. Par ailleurs, 25% des patients présentaient une désaturation à l’effort (saturation inférieure à 88%) et environ 1 patient sur 8 parcourait moins de 350 mètres. La présence d’un emphysème était associée à un risque de TVO multiplié par 12,9 (IC95 % : 2,8–69,6), tandis que l’association emphysème/bronchectasies augmentait ce risque d’un facteur 21,9 (IC95 % : 3,3–219,9). Le poids de la maladie variait selon les circonstances du diagnostic. Les patients diagnostiqués en présence de symptômes respiratoires présentaient plus fréquemment un TVO (52%) et des anomalies scanographiques (85%), suivis de ceux identifiés dans le cadre d’un dépistage familial (34% de TVO et 59% d’anomalies scanographiques), puis de ceux dépistés à l’occasion d’une atteinte hépatique (24% de TVO et 32% d’anomalies scanographiques).

L’évolution de la fonction respiratoire a été analysée au cours d’un suivi médian de 8 ans, pouvant aller jusqu’à 24 ans. Aucune différence significative n’a été observée concernant le déclin annuel du volume expiratoire maximal par seconde (VEMS) entre les patients non-fumeurs (-35mL/an) et fumeurs (-36mL/an, p=0,96), bien que ces derniers présentaient une fonction respiratoire initiale plus altérée. Les auteurs soulignent toutefois l’hétérogénéité de ce déclin, influencé non seulement par le tabagisme mais aussi par les expositions professionnelles, environnementales ainsi que par les exacerbations, qui n’étaient pas documentées dans cette étude. Enfin, les fumeurs présentaient enfin un âge moyen au décès significativement plus précoce que les non-fumeurs (63 ans versus 69 ans ; p=0,0187), ces deux valeurs restant inférieures à l’espérance de vie moyenne en Irlande estimée à 83 ans.

Ainsi, bien que les atteintes cliniques, fonctionnelles et scanographiques soient moins sévères chez les non-fumeurs que les fumeurs, cette étude souligne qu’elles restent fréquentes et cliniquement significatives. Ces résultats soulignent l’importance d’un dépistage précoce et d’un suivi régulier, y compris les non-fumeurs.

D’après la communication orale de Roche S. Severe Alpha-1 Antitrypsin Deficiency – Are Never- Smokers Disease Free ? (Session A16)

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Le GINA 2026 ne manque pas d’AIR

Le rapport GINA 2026, présenté à l’occasion de l’ATS 2026, apporte une nouveauté notable dans la prise en charge de l’asthme de l’enfant. Pour la première fois, la thérapie anti-inflammatoire à la demande (AIR, pour « anti-inflammatory reliever »), associant budésonide et formotérol, est proposée comme option de première intention au palier 1 chez les enfants de 6 à 11 ans, une population jusqu’alors peu couverte par les données randomisées. Cette extension s’appuie principalement sur les résultats de l’étude CARE, publiée dans The Lancet fin 2025, sans pour autant remettre en cause la place du SABA dans l’arsenal thérapeutique.

L’étude CARE, essai randomisé contrôlé en ouvert mené en Nouvelle-Zélande sur 52 semaines chez des enfants de 5 à 15 ans, a démontré une réduction significative du taux de crises d’asthme dans le bras AIR (budésonide 50 μg – formotérol 3 μg à la demande) par rapport au salbutamol seul (0,23 vs 0,41 crise par an ; RR 0,55 ; IC 95 % 0,35–0,86 ; p = 0,012) 1. C’est fort de ces données que le GINA 2026 a intégré l’AIR comme option préférée dès le palier 1 (ou asthme léger), étendant aux enfants de 6 à 11 ans une recommandation jusqu’alors réservée aux adolescents et aux adultes depuis 2019.

Toutefois, nous avions souligné, dans un éditorial publié en réponse à l’étude CARE, plusieurs nuances importantes qui invitent à la prudence avant toute généralisation à grande échelle 2. En premier lieu, la population incluse dans l’essai présentait un profil clinique plus sévère qu’attendu pour un « asthme léger » : un score ACQ-5 moyen de 1,05, un FeNO médian de 41,5 ppb, et 21 % des enfants avaient déjà fait une crise grave dans l’année, un profil qui, selon les recommandations en vigueur, justifie une corticothérapie inhalée de fond plutôt qu’un traitement à la demande seul.

En second lieu, le taux de crises graves (nécessitant des corticostéroïdes systémiques) n’était pas significativement différent entre les deux bras, vraisemblablement en raison du contexte COVID-19 qui a réduit l’incidence des exacerbations. Or, prévenir les crises graves doit rester la priorité en pédiatrie pour protéger la trajectoire de croissance pulmonaire. La corticothérapie inhalée d’entretien à faible dose reste, à ce jour, le traitement disposant du meilleur niveau de preuve pour cet objectif chez l’enfant d’âge scolaire.

Enfin, l’effet-traitement dans l’étude CARE était plus marqué chez les 12 – 15 ans que chez les 6 – 11 ans. Les données spécifiques aux enfants de 6 à 11 ans restent encore limitées pour soutenir une généralisation large de cette stratégie, d’autant que les doses testées dans l’essai ne sont actuellement pas disponibles en Europe. La recommandation GINA 2026 constitue donc une avancée conceptuelle majeure 3, mais son application clinique doit encore être individualisée, en particulier chez les plus jeunes enfants et ceux chez qui la sévérité de la maladie exige un traitement de fond.

D’après la communication orale de Leonard B. Bacharier (Vanderbilt University Medical Center). New Perspectives on the Origins and Management of Childhood Asthma (A81 Pediatric year in review: the magic kingdom of pediatric pulmonary)

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ATS 2026

Retrouvez les brèves des communications rédigées par l’équipe de la Mission ATS

À partir du 17 mai 2026 retrouvez les résumés des communications sous forme de brèves par l’équipe des experts de la Mission ATS 2026

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