Congrès

Nouveautés en 2022

Cette année encore, une session de poster était consacrée à la transplantation pulmonaire. Nous vous proposons un florilège de des communications présentées.

Transplantation des pneumopathies infiltrantes diffuses

Le Dr Saskia Bos a repris de façon rétrospective la cohorte de patients atteints de pneumopathies interstitielles diffuses (PID) dans le programme de Transplantation de Newcastle (UK), entre 1987 et 2020, et s’est intéressée aux facteurs liés à leur pronostic au cours du temps. Deux cent quatre-vingt-quatre patients sont analysés. De façon intéressante, elle rapporte que l’âge des patients à la transplantation a significativement augmenté au cours du temps : de 51 ans [48-60] au cours de la première période (1987 à 2000), il est passé à 54 ans [46-59] entre 2001 et 2010, puis à 56 ans [51-61] entre 2011 et 2020 ; les pratiques ont changé puisque 93,8% des patients de la première période avaient reçu une transplantation monopulmonaire, et seulement 24,3% au cours des dix dernières années. La médiane de survie était de 5 ans. Les deux facteurs associés avec un moins bons pronostics étaient : un âge avancé (au-dessus de 50 ans) et un diagnostic sous-jacent de pneumopathie interstitielle non spécifique.

Complications néoplasiques après transplantation pulmonaire

L’équipe du programme de transplantation pulmonaire de Groningue (Pays-Bas) met en lumière une problématique clinique importante : le tabagisme (et son degré) du donneur, pour l’acceptation des greffons. Dans une étude rétrospective (1990-2018) monocentrique, les auteurs tentent de répondre à la question du risque néoplasique chez le receveur, après implantation d’un greffon d’un patient tabagique. Les 643 receveurs ont été groupés selon le niveau de l’intoxication tabagique de leur donneur : entre 0 et 10 paquets-années (PA), 10 à 20 et au-dessus de 20 PA, et la survenue d’une néoplasie broncho-pulmonaire a été notée. Après un suivi médian de 7 ans [3,3-11,7], 27 patients ont eu un diagnostic de néoplasie pulmonaire. La quantité de tabac consommé n’augmentait pas le risque de survenue d’un cancer broncho-pulmonaire. Il n’y avait pas de différence de survie entre ces groupes. Malheureusement, l’effectif des donneurs qui consommait plus de 10 PA était faible, et ne concernait que 20% des donneurs. De plus, il paraît discutable de grouper des patients qui ont consommé 20 PA, avec ceux qui ont fumé plus de 30 PA. On sait par ailleurs que ce chiffre, obtenu le plus souvent auprès de la famille des donneurs, manque de précision. Enfin, d’autres éléments du pronostic (survenue du CLAD, de dysfonction primaire du greffon…) auraient été intéressants à étudier.

Mieux vaut un greffon masculin pour un homme receveur ?

Les données concernant le « mismatch » de sexe pour le pronostic de la transplantation pulmonaire sont contradictoires. L’équipe de Toronto s’est intéressée à cette question dans une étude prospective monocentrique entre 2017 et 2020 chez les patients transplantés bipulmonaires. Deux cent vingt-quatre patients adultes, transplantés pour la première fois et suivis depuis plus de 3 mois, ont été inclus. La survie sans CLAD des patients M->F était significativement moindre que toutes les autres combinaisons. Les patients M->M avaient les meilleures performances de mécanique respiratoire. L’une des explications mise en avant concerne les incongruences de diamètres des bronches entre donneurs et receveurs, qui pourraient augmenter les complications, et de là, augmenter le risque de CLAD.

Jonathan Messika, Service de Pneumologie et Transplantation Pulmonaire, Hôpital Bichat


D’après la session 147 « Risk stratification in lung transplant patients »et les communications :

  • PA1023 “Lung transplantation for interstitial lung disease: lessons from a UK single centre experience”, de Saskia Bos (Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni)
  • PA1028 “The impact of donor-recipient sex match in the lung function after lung transplant”, de Albert Cheng (Toronto, Canada)
  • PA1032 “Late Breaking Abstract – Donor smoking history does not affect the risk of lung cancer in lung transplantation patients”, de Eline A. van der Ploeg (Groningue, Pays-Bas)

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Nouvelles recommandations ESC/ERS sur l’hypertension pulmonaire

La présentation des nouvelles recommandations ESC/ERS sur l’hypertension pulmonaire, publiées en septembre 2022 dans l’European Respiratory Journal 1, constitue l’événement de ce congrès de l’ERS dans le domaine des maladies vasculaires pulmonaires. Cette session présentait les principales nouveautés des nouvelles guidelines.

Les recommandations proposent de nouvelles définitions hémodynamiques, ainsi qu’une classification clinique des hypertensions pulmonaires (HTP). Un seuil de pression artérielle pulmonaire moyenne (PAPm) de 20mmHg définit désormais une HTP, et un seuil de résistances vasculaires pulmonaires (RVP) de 2WU intègre la définition de l’HTP précapillaire, dans le but de diagnostiquer de façon précoce les HTP débutantes. L’HTP précapillaire est définie par une PAPO normale ≤ 15 mmHg et des RVP élevées > 2WU, alors que l’HTP post-capillaire est définie par une PAPO élevée > 15 mmHg. Cette dernière peut être isolée, avec des RVP normales ≤ 2WU, ou associée à une participation précapillaire (« HTP combinée ») en cas de RVP élevées > 2 WU. L’HTP d’exercice, qui n’était pas définie dans les précédentes recommandations réintègre les nouvelles recommandations et est définie par une pente PAPm/débit cardiaque > 3 mmHg/L/min entre les mesures de repos et d’exercice mesurées lors d’un cathétérisme cardiaque droit.

Une classification clinique de l’HTP en 5 groupes

La classification de l’HTP reste une classification « clinique » en 5 groupes ayant pour objectif de regrouper des étiologies proches en termes de présentation clinique et de mécanismes physiopathologiques, afin d’établir des stratégies thérapeutiques communes. Parmi les nouveautés intégrées depuis les dernières recommandations, on identifie désormais deux sous-groupes d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) idiopathique selon la réponse au test de vasodilatation et la maladie veino-occlusive pulmonaire est intégrée au sein des HTAP. Parmi les HTP du groupe 3, l’hypoventilation alvéolaire reste une cause d’HTP mais les troubles respiratoires du sommeil ne sont plus considérés comme une cause isolée d’HTP. L’objectif de la stratégie diagnostique est la détection la plus précoce possible de l’HTP et l’orientation rapide des patients à haut risque vers les centres de référence.

Des nouveautés dans la prise en charge

L’une d’elle est la prise en compte dans le choix de la stratégie thérapeutique de la présence ou non de comorbidités cardio-pulmonaires, ce qui peut conduire à prescrire une monothérapie en première intention en cas de comorbidités sévères. Un autre point important est la stratification en risque de mortalité, en utilisant la stratification en 3 strates de risque au diagnostic et en 4 strates à la réévaluation. Ainsi, les patients restant à risque intermédiaire haut ou à haut risque à la réévaluation doivent être traités par prostacycline IV ou sous-cutanées et avoir une évaluation pour la transplantation pulmonaire. Certains seuils pour définir la classe de risque ont été modifiés et les données d’IRM cardiaque ainsi que le calcul du stroke volume index ont intégré les critères de risque.

Situations cliniques particulières

Les recommandations ont aussi cherché à répondre à 4 questions importantes formulées selon le format PICO :

  1. Une bithérapie orale initiale ou une monothérapie doit-elle être utilisée chez les patients avec HTAP symptomatique ? Chez les patients avec HTAP idiopathique, héritable ou associée à la prise de médicaments, et à risque faible ou intermédiaire de mortalité, une bithérapie initiale combinant un inhibiteur de phosphodiestérase 5 (iPDE5) et un antagoniste de récepteur de l’endothéline est recommandée.
  2. Les iPDE5 doivent-ils être prescrits chez les patients avec HTP combinée post et pré-capillaire due à une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée ? Les experts ont choisi de ne pas faire de recommandation dans les formes combinées, mais de rappeler que l’utilisation des iPDE5 n’est pas recommandée dans les HTP post-capillaires isolées.
  3. Les iPDE5 doivent-ils être prescrits chez les patients ayant une HTP sévère associée à une pneumopathie interstitielle diffuse ? Leur utilisation peut être discutée en cas d’HTP sévère, en centre expert mais leur prescription n’est pas recommandée dans les HTP non sévères.
  4. Les patients avec une HTP thromboembolique chronique non opérables mais candidats à l’angioplastie pulmonaire doivent-ils recevoir un traitement médical avant la procédure ? Un traitement médical spécifique peut dans ce cas être envisagé avant de réaliser les angioplasties pulmonaires.

Enfin, la définition et le rôle d’un centre expert en HTP ont été redéfinis clairement dans ces recommandations.

Étienne-Marie-Jutant, Service de pneumologie, CHU de Poitiers


D’après les communications 2973 « ERS/ESC guidelines on pulmonary hypertension: clinical approach and changes from the previous Guidelines » de Marius Hoeper (Hannovre, Allemagne) et 2974 « Treatment options and recommendations », de Marion Delcroix (Louvain, Belgique) ; Session 343 « Respiratory medicine meets other disciplines: Update on the diagnosis and treatment of pulmonary hypertension». ERS/ESC guidelines on pulmonary hypertension 2022

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Microplastiques : de la veste à la bronche ?  

Le plastique c’est fantastique ?  Il s’en est passé des choses depuis le tube de l’été de 1990. 30 ans plus tard, c’est plutôt la rengaine « le plastique, c’est dramatique » qui a résonné dans les micros de la salle 8G du palais des congrès de Barcelone. Dans une session consacrée aux conséquences de l’environnement sur la santé respiratoire, les effets des allergènes, microparticules, fumées, diesel, microplastiques ou encore microfibres, ont été détaillés.

Les microplastiques sont des particules de taille comprise entre 100 nm et 5 mm. Ubiquitaires, d’origine multiple, ils sont présents dans l’air extérieur et encore plus dans l’air intérieur, où leur concentration peut être multipliée par un facteur 10 (exposition annuelle jusqu’à 6 kg de microplastiques dans l’air intérieur. Ils constituent par exemple la très grande majorité des vêtements que nous portons au 21ème siècle. A titre indicatif, l’interrogation de l’assemblée a montré que les ¾ des congressites présents dans la salle étaient habillés de polyester ou polyamide.

Alors qu’il n’a été que très récemment démontré la présence de microplastiques dans le sang humain (2 µg de polyester, polyéthylène ou polystyrène par mL de sang), le corollaire pour le compartiment pulmonaire est mal connu. Évidemment dans le domaine des microplastiques, la taille compte et plus la particule est de petite taille, plus profondément elle atteindra le poumon (passage de particules < 5 µm dans les alvéoles alors que les particules qui passent la trachée feront moins de 100 µm), avec une possible toxicité locale. Trente pourcent des employés de l’industrie de flocage du nylon développent des symptômes respiratoires, révélant principalement des cas de bronchiolite et de pneumopathie interstitielle diffuse, et suggérant une toxicité propre de ces microfibres.

Confirmation de la présence de microplastiques dans le poumon

Les travaux de l’équipe du Dr Melgert se sont attachés à détecter la présence de microplastiques dans le compartiment pulmonaire et évaluer les potentielles conséquences.

Les plastiques les plus fréquemment retrouvés dans le poumon sont le polyester, le polypropylène, le polyéthylène et le nylon.

Afin de comprendre les conséquences des microplastiques sur le poumon, des organoïdes bronchiques et alvéolaires ont été cultivés à partir de cellules murines épithéliales, matricielles et de fibroblastes.

Une altération de la croissance cellulaire observée in vitro

La croissance cellulaire de ces organoïdes bronchiques s’est montrée dramatiquement altérée par l’exposition au nylon et, dans une moindre mesure, par l’exposition au polyester (p<0,0001 et p=0,02 respectivement). Ceci a pu être confirmé même en l’absence de contact direct, alors que les microplastiques de nylon étaient positionnés sur un gel surnageant au-dessus de l’organoïde, et suggère un effet indirect du nylon par la fuite de composés. L’inhibition de la croissance cellulaire était encore plus importante lorsque l’organoïde était en cours de développement, suggérant une toxicité majorée des microplastiques sur les poumons de fœtus ou d’enfants.

L’exposition réelle nécessite encore d’être évaluée et quantifiée.

À retenir

Le danger des facteurs environnementaux aéroportés sur le poumon humain constitue donc un vaste et diversifié champ d’intérêt, mis en lumière par le focus actuel de la communauté  internationale sur le changement climatique et la pollution de l’air. Les travaux préliminaires présentés ici suggèrent un dépôt et une toxicité pulmonaire propres des microplastiques présents dans l’environnement. On ne le redira jamais assez : ouvrez vos fenêtres, renouvelez votre air intérieur, et depuis cette session, portez des vêtements en coton plutôt qu’en nylon ou polyester, vos poumons vous en remercieront !

Clairelyne Dupin, Service de pneumologie A, Hôpital Bichat, Paris


D’après la communication 2175 « Microplastics and microfibres in the air we breathe » de Barbro N. Melgert (Groningue, Pays-Bas) ; Session 253 « Dangers in the air we breathe » du lundi 5 septembre 2022.

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Bientôt la fin du phénotypage dans l’asthme ? 

Une des premières séances proposées au congrès était un débat sur le phénotypage dans l’asthme. C’est une question d’actualité avec l’arrivée de nouvelles biothérapies dont les premiers résultats indiquent une efficacité quel que soit le phénotype d’asthme sous-jacent.

Dans cette session, il a été rappelé que le diagnostic d’une allergie comme responsable de l’asthme permet de traiter une rhinite associée et de proposer dans certains cas une immunothérapie anti-allergique. De plus, mesurer les éosinophiles et le FeNO permet de prédire la réponse au traitement et est utile pour le suivi de la maladie et l’adaptation du traitement. Les deux orateurs ont rappelé que les taux des éosinophiles et de FeNO sont abaissés sous traitement par corticoïdes par voie orale, mais aussi par corticoïdes inhalés à fortes doses, ce qui impacte le phénotypage correct des patients et risque d’amener à classer des patients T2 dans le groupe des non-T2. Ce concept de l’asthme non-T2 est par ailleurs de plus en plus remis en question. Enfin, les orateurs s’accordent pour dire qu’en plus des biomarqueurs qui permettent de phénotyper les malades, le diagnostic de l’asthme sévère reste une démarche progressive dans laquelle il est important d’éliminer les diagnostics différentiels.

Les sondages des participants étaient 86% pour le phénotypage et 14% contre au début et de 64% pour et 36% contre après la session, ce qui montre bien que le sujet est en évolution mais encore loin d’être tranché.

Cindy Barnig, Service de pneumologie, Pôle Cœur-poumon, CHU de Besançon


D’après la session 93 “T2 high and T2 low asthma: should we care, or should we only care about asthma?” et les communications Pro-Con debate :

632. « We should phenotype before treating asthma: Pro », présentée par Celeste Michala Porsbjerg (Copenhague, Denmark)

633. « We should phenotype before treating asthma: Con », présentée par Marco Idzko (Vienne, Autriche).

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De nouvelles données sur l’atteinte pulmonaire dans la polyarthrite rhumatoïde, une analyse intermédiaire de l’étude prospective FINDRA

La prévalence des différentes atteintes pulmonaires dans la polyarthrite rhumatoïde (PR) reste incertaine à ce jour en grande partie du fait de l’absence d’évaluation pulmonaire standardisée. Antoine Froidure (Bruxelles, Belgique) a présenté à l’ERS les résultats préliminaires d’une étude prospective pour détecter la prévalence des atteintes pulmonaires (PID, bronchiolites et nodules) dans la PR à un stade précoce de la maladie.

L’étude « Factors of ILD in Newly Diagnosed Rhumatoid Arthritis » (FINDRA, NCT04002765) est un essai prospectif ayant inclu des patients avec une PR nouvellement diagnostiquée selon les critères ACR/EULAR. La maladie est considérée comme précoce en cas de symptômes présents depuis au moins 1 an et au maximum 10 ans. Les patients ont eu une évaluation respiratoire complète consistant en un questionnaire environnemental, un scanner thoracique et des explorations fonctionnelles respiratoires (EFR), ainsi qu’un bilan auto immun. Une relecture centralisée des scanners thoraciques a été réalisée pour détecter la présence d’une PID, de piégeage expiratoire et de nodules.

Au 31 octobre 2021, 245 patients avaient été inclus. Trente-deux patients ont été exclus de la présente analyse en raison en raison d’examens en attente (TDM et/ou EFR). Cent-quarante-huit (59%) des 213 patients étaient des femmes. Quatre-vingt-dix-neuf (53%) étaient d’anciens ou d’actuels fumeurs, avec une médiane de 20 paquets-années et 34 (16%) étaient exposés à un toxique. Une PID était présente chez 25 patients (12%). Les patients avec une PID étaient significativement plus âgés (68 ans vs 54,5 ans, P<0,0001) et 48% étaient des hommes. La DLCO médiane était plus faible chez les patients avec une PID de PR (71% vs 84%, P=0,0003). Un piégeage aérien compatible avec une bronchiolite était présent chez 123 patients (58%). Les patients présentant un piégeage étaient plus âgés (57 vs 49, P<0,0001). Ni le sexe ni le tabagisme n’étaient liés à la présence de piégeage aérien. Enfin, 23 patients (11%) avaient au moins un nodule détecté au scanner.

Ainsi, dans cette analyse intermédiaire, ont été détectés une PID et des signes de bronchiolite chez 12% et 58% des patients, respectivement. L’âge était un facteur de risque pour les deux et la PID était plus fréquente chez les hommes.

Lucile Sesé, Service de physiologie, Service de pneumologie, Centre de référence maladies pulmonaires rares, site constitutif, Hôpital Avicenne, Bobigny


D’après la communication orale OA1455 « Lung involvement in early rheumatoid arthritis, interim analysis of the FINDRA prospective study “, présentée par Antoine Froidure (Bruxelles, Belgique) – Session 185 « Hot topics in connective tissue disease-associated interstitial lung disease » du dimanche 4 septembre 2022.

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Technologie eNose, l’équipe Erasmus de Rotterdam persiste et signe !

Après avoir montré son utilité en 2020 dans le diagnostic et l’orientation éthiologique des PID, le nez électrique, ou eNose, est aujourd’hui envisagé comme outil pratique pour prédire la réponse au traitement.

En 2020, quand l’ERS était encore virtuel, l’équipe de l’Institut Erasmus de Rotterdam a présenté des données marquantes sur une technologie non invasive mesurant des composés organiques volatiles dans l’air expiré de patients : le nez éléctrique ou eNose (SpiroNoseâ). Une fois la correction appliquée pour s’affranchir de l’air ambiant, la signature recueillie apportait une sensibilité et une spécificité permettant les diagnostics positifs de pneumopathie interstitielle diffuse (PID) et une orientation étiologique (distinction sarcoïdoses des FPI, IPAF, PHS, PINS et PID de connectivite).

En 2022, et lors d’une session particulièrement riche sur les sujets chauds du moment dans les PID, la thématique a été déroulée par le Dr Van der Sar en s’intéressant cette fois ci à l’eNose comme marqueur pronostique de traitement. Dans un domaine où il n’y a actuellement aucun biomarqueur suffisamment performant pour prédire la réponse à des thérapeutiques coûteuses ou risquées, l’apport de l’eNose pourrait être un outil pratique de premier plan pour le clinicien.

Ainsi, ont été inclus des patients atteints de PID avant l’initiation d’un traitement anti-fibrosant (n=24 patients, 71% nintedanib, 29% pirfenidone) ou immunosuppresseur (n=29 patients, 46% prednisone, 28% mycophenolate mofetil, 21% méthotrexate). Une mesure de leur air exhalé via le dispositif eNose était pratiquée. Ils bénéficiaient ensuite d’un suivi clinique et spirométrique sous traitement, la réponse à 3 mois étant définie par une perte de CVF inférieure ou égale à 2,5% (anti-fibrosants) ou un gain de CVF supérieur ou égal à 5% (immunosuppresseurs).

L’analyse comparative des patients, répondeurs versus non répondeurs, a permis d’identifier 2 profils aériques différents (cf. Figure 1). Les spécificité et sensibilité de l’eNose ont été évaluées par une analyse ROC. Ainsi, avec une aire sous la courbe de 0,81 (IC95% [0,64- 0,99]) pour les anti-fibrosants et de 0,77 (IC95% [0,59-0,95]) pour les immunosuppresseurs, l’analyse de l’air expiré par le dispositif eNose pourrait prédire la réponse au traitement avant même son initiation chez les patients atteints de PID.

Evidemment, des études de plus large envergure avec des populations plus homogènes sont nécessaires pour confirmer cette preuve de concept. Nul doute que nous en entendrons de nouveau parler dans l’avenir !

Clairelyne Dupin, Service de pneumologie A, Hôpital Bichat, Paris


D’après la presentation orale OA1391 « Predicting treatment response in patients with interstitial lung disease using electronic nose technology » par le Dr Iris G. Van der Sar – Session 173 “What is hot in interstitial lung diseases”, du dimanche 4 septembre 2022.

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Prévention et traitement de l’embolie pulmonaire associée à la COVID-19 : de la prise en charge au début de la pandémie aux données actuelles

L’objectif de cette présentation était d’analyser le risque de thrombose associé à la COVID-19, de décrire les modalités d’anticoagulation utilisées en préventif et en curatif et de définir les meilleures stratégies d’anticoagulation à partir des données actuelles de la science.

La maladie thrombo-embolique veineuse (MTEV) est une complication fréquente de la COVID-19, avec une prévalence de 31% chez les patients hospitalisés pour COVID-19 (19% d’embolie pulmonaire (EP), 20% de thrombose veineuse profonde (TVP)) et constitue un facteur de gravité associé à un risque de mortalité accrue, notamment chez les patients les plus sévères 1 2.

Dans les recommandations initiales de 2020, tous pays confondus, une anticoagulation préventive à dose préventive standard, à dose préventive intermédiaire et à dose curative étaient proposées respectivement dans 63%, 32% et 5% des recommandations pour la prise en charge ambulatoire et dans 54%, 30% et 16% pour la prise en charge en soins intensifs. L’objectif était de traiter à la fois les mécanismes classiques d’embolie pulmonaire et la microthrombose pulmonaire in situ.  Ces recommandations reposant sur des avis d’experts, de nombreuses études ont ensuite été lancées pour déterminer la place de l’anticoagulation dans la COVID-19.

Parmi les patients hospitalisés en médecine conventionnelle, il a été montré que l’anticoagulation à dose curative pourrait être bénéfique sur le taux de décès et le délai pour nécessiter une ECMO chez des patients sélectionnés, mais au prix de plus de complications hémorragiques. Chez les patients hospitalisés en réanimation, aucun bénéfice de l’anticoagulation n’a été rapporté dans les études, que ce soit à dose curative ou à dose intermédiaire, mais plusieurs études ont rapporté un risque hémorragique plus élevé. Les résultats sur l’effet d’une dose préventive intermédiaire chez les patients hospitalisés en médecine conventionnelle ne sont pas encore disponibles.

Chez les patients pris en charge en ambulatoire, aucun effet bénéfique de l’anticoagulation, à dose curative ou préventive, n’a été observé sur la survie ou la durée d’hospitalisation.

Pour les patients déjà anticoagulés pour une MTEV antérieure, les propositions sont de privilégier les HBPM dans les COVID-19 graves, tandis que les anticoagulants habituels peuvent être continués dans les COVID-19 non sévères.

Au total, de nouvelles recommandations publiées en 2022 par la société internationale de thrombose et d’hémostase ISTH donnent une conduite à tenir basée sur ces données : les HBPM sont indiquées à dose préventive chez les patients hospitalisés en médecine traditionnelle et en soins intensifs pour COVID-19, et on peut discuter de l’anticoagulation curative, par HBPM, seulement, chez des patients sélectionnés traités en médecine conventionnelle pour leur COVID-19 3.

Étienne-Marie-Jutant, Service de pneumologie, CHU de Poitiers


D’après la communication 1473 « Prevention and treatment of pulmonary embolism related to COVID-19” présentée par Stéphane Zuily (Nancy, France) – Session 189 «Update on pulmonary embolism management », 8C live streamed.

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La réhabilitation au secours du COVID-19 long

Même si les modalités thérapeutiques de prise en charge des COVID-19 longs ne sont pas encore clairement établies, la réhabilitation y tient une large place. Plusieurs équipes ont présenté l’efficacité à moyen terme de programmes spécifiques de réhabilitation dans ce cadre.

Après une infection à SARS-CoV-2, la persistance de symptômes, dont les plus fréquents sont la dyspnée et l’asthénie, est fréquente et concerne aussi les patients jeunes ou les infections modérées, qui n’ont pas nécessité d’hospitalisation. Au-delà des séquelles tissulaires à long terme, des différents organes cibles, des éléments physiopathologiques ont été récemment publiés, suggérant le rôle d’une persistance virale, d’une réponse inflammatoire pathologique, d’une dysimmunité, d’une dysautonomie ou encore d’une dysfonction mitochondriale. Plus spécifiquement, une hyperventilation inappropriée est impliquée chez environ la moitié des patients présentant une dyspnée prolongée post-COVID.

Dans un premier essai randomisé contrôlé, 150 patients, dont 81% de femmes, âgées en moyenne de 49 ± 12 ans, ont été inclus en moyenne 320 ± 127 jours après l’infection à SARS-CoV-2 1 . La moitié d’entre eux ont bénéficié d’un réentrainement respiratoire basé sur le chant en vidéoconférence. L’intensité de la dyspnée et la qualité de vie ont été significativement améliorées. Par ailleurs, la technique a été perçue très positivement par les patients. C’est une activité agréable, qui travaille le souffle, sans en être conscient, tout en connectant le patient à ses émotions. Toutefois, 22% des patients ne complètent pas le programme.

Des programmes plus proches de programmes classiques de réhabilitation respiratoire, tels que validés dans la prise en charge de la BPCO et basés sur le réentrainement à l’effort, ont également démontré leur efficacité avec une évolution plus rapidement favorable de la dyspnée, de la tolérance à l’exercice et de la qualité de vie 2,3. Les troubles neurocognitifs, ainsi que les symptômes d’anxiété et de dépression, sont également améliorés .5

Il en est de même pour la fatigue 6. Un programme digital de réhabilitation délivré via un site Internet dédié, centré sur la gestion des symptômes et la promotion de l’activité physique, a eu des résultats similaires 4

Il est désormais établi que la réhabilitation est un élément capital de la prise en charge 7 des patients souffrant de symptômes persistants après une infection à SARS-CoV-2. Le congrès apporte un début de réponse aux deux principales questions en suspens : quelles doivent être les composantes d’un programme de réhabilitation destiné aux patients COVID-19 ? Quelles modalités utiliser pour adapter la capacité d’accueil des services de réhabilitation aux besoins ?

Marjolaine Georges, Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, CHU Dijon Bourgogne


D’après les communications

Session 63 : Best abstracts in pulmonary rehabilitation and chronic care

1. OA135 “Impact of an online breathing and wellbeing programme (ENO Breathe) in people with persistent symptoms following COVID-19: a randomised controlled trial”, présentée par Philip Keir (Londres, Grande-Bretagne)

Article en lien avec la communication :

Philip KEJ, Owles H, McVey S, Pagnuco T, Bruce K, Brunjes H, Banya W, Mollica J, Lound A, Zumpe S, Abrahams AM, Padmanaban V, Hardy TH, Lewis A, Lalvani A, Elkin S, Hopkinson NS. An online breathing and wellbeing programme (ENO Breathe) for people with persistent symptoms following COVID-19: a parallel-group, single-blind, randomised controlled trial. Lancet Respir Med. 2022 Sep;10(9):851-862.

Thematic poster session 77 : Pulmonary rehabilitation in clinical conditions beyond COVID

2. PA366. Effects of pulmonary rehabilitation on major symptoms of long COVID (post-COVID-19 syndrome), Esperance Moine (Lodève, France)

3. PA362. Rehabilitation facilitates the natural recovery of symptoms, mental health and quality of life outcomes post COVID-19, Andreas Asimakos (Athènes, Grèce)

4. PA364. Early experiences of the your COVID recovery® programme for individuals with long COVID

Nikki Gardiner (Leicester, Grande-Bretagne)

Thematic poster session 158 : Physiology and pulmonary rehabilitation

5. PA1230. Benefits of rehabilitation on neuropsychological symptoms in patients acquiring COVID-19 in the workplace : a longitudinal study, Katrin Mueller (Chemnitz, Allemagne)

6. PA1228. The effect of COVID rehabilitation on fatigue and post-exertional symptom exacerbation, Enya Daynes (Leicester, Grande-Bretagne)

Thematic poster session 86 : The lung after COVID : functional recovery after SARS-CoV-2 infection

7. PA531. Exercise responses in those with vs. without persistent fatigue post-COVID-19, Michele Schaeffer (Leuven, Belgique)

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Cryobiopsie transbronchique et biopsie pulmonaire chirurgicale dans le cadre des pneumopathies interstitielles diffuses

L’obtention d’une preuve histologique est souvent nécessaire pour poser un diagnostic définitif dans le cadre des pneumopathies interstitielles diffuses. Les nouvelles recommandations émises par l’ERS ont été présentées et discutées par leurs auteurs.

Le diagnostic de la pneumopathie interstitielle diffuse repose sur l’analyse des résultats cliniques, biologiques et radiologiques au cours d’une discussion multidisciplinaire. Lorsqu’un diagnostic définitif n’est pas possible, les directives recommandent d’obtenir un résultat histologique 1. La biopsie pulmonaire chirurgicale (BPC) est considérée comme l’examen de référence, mais de nombreux patients sont trop à risque de complication pour permettre la réalisation de cette procédure invasive. De plus, les effets indésirables, la durée de l’hospitalisation et les coûts associés sont considérables. Une récente étude française a montré que lorsqu’elle est réalisée dans un centre expert, la BPC n’est associée à aucune complication grave ni au décès, et modifie considérablement le diagnostic et le traitement des PID 2. Néanmoins, pour les patients ne pouvant bénéficier de cet outil diagnostique, des alternatives sont nécessaires. La cryobiopsie pulmonaire transbronchique (CPT) est une nouvelle technique de prélèvement de tissu pulmonaire pour le diagnostic des maladies pulmonaires interstitielles diffuses qui pourrait être une alternative à la BPC. Bien que les études disponibles comparant la cryobiopsie et la BPC soient très rares, les experts concluent que le rendement diagnostique de la cryobiopsie est inférieur à celui de la BPC, mais que les effets indésirables graves et la durée d’hospitalisation sont réduits3. La CPT est suggérée chez les patients qui ne sont pas éligibles pour subir une BPC. Et la BPC est suggérée comme test complémentaire chez les patients dont la CPT n’est pas informative. Le niveau d’expertise de l’opérateur a un rôle majeur dans la rentabilité de l’examen et justifie la nécessité d’un entraînement des endoscopistes. Enfin, les auteurs ont insisté sur la possibilité de réaliser la cryobiopsie de manière ambulatoire, contrairement à la BPC. Dans le cadre des tensions qui pèsent et s’aggravent dans les structures de soins, cet argument semble non négligeable pour être intégré dans la discussion médicale.

Louise Bondeelle, Département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse


D’après la session 107 du dimanche 4 septembre 2022, Guidelines session : Transbronchial (cryo)biopsy and surgical lung biopsy in intersticial lung biopsy. Discussion and Q&A présentée par Daniël Korevaar (Pays-Bas) et Venerino Poletti (Italie).

Cryobiopsie transbronchique et biopsie pulmonaire chirurgicale dans le cadre des pneumopathies interstitielles diffuses Lire la suite »

Nouvelles molécules et traitements dans la tuberculose

Depuis plus de deux ans, le devant de la scène de l’infectiologie est occupé par la pandémie de COVID-19. Il en a résulté une diminution du nombre de cas identifiés de tuberculose conduisant à un retard diagnostique majeur. Néanmoins, la recherche se poursuit et les nouveautés thérapeutiques ont été présentées par Christoph Lange.

Jusqu’au début des années 1990, avec la découverte de la clofazimine, le spectre du traitement de la tuberculose a peu évolué. Le traitement de référence repose sur une quadrithérapie pour une durée de six mois. Les drogues ciblent principalement la paroi bactérienne, ainsi que l’ARN polymérase en ce qui concerne la rifampicine qui est le pilier du traitement. Les nouvelles molécules en développement ciblent principalement le transport des électrons (bédaquiline et clofazimine). Deux études récentes, chez l’enfant et l’adulte, ont prouvé la non infériorité d’un traitement raccourci à 4 mois incluant la moxifloxacine, l’isoniazide, le pyrazinamide et la rifapentine 1, 2 . Malheureusement, la disponibilité de la rifapentine est limitée en Europe, ce qui rend l’application des nouvelles recommandations impossible 3. Les nouveautés concernent également le traitement des souches résistantes de tuberculose ayant conduit à la mise à jour des recommandations de l’OMS en mai 2022. Elles comprennent de nouveaux schémas d’une durée de 6 mois, pour le traitement de la tuberculose multirésistante avec ou sans résistance supplémentaire aux fluoroquinolones et en l’absence d’exposition aux traitements anti-tuberculeux. Ce schéma court inclut la bédaquiline, le linézolide (600mg/j), la moxifloxacine et le prétomanid. En cas d’indisponibilité du prétomanid, le traitement sera poursuivi 9 mois. Dans les autres cas (échec, résistance aux fluoroquinolones ou tuberculose extra-pulmonaire sévère), le traitement devra être poursuivi 18 mois. L’inadéquation entre la disponibilité de ces drogues sur le marché du médicament et leur disponibilité sur le terrain est un problème actuel majeur. En effet, il s’avère que moins de 40% des molécules ciblant les souches extra-résistantes sont disponibles pour les patients. Actuellement 17 molécules sont en étude de phase 1 ou 2 : il reste de l’espoir !

Louise Bondeelle, Département de microbiologie et de biologie moléculaire, Université de Médecine de Genève, Suisse


D’après la Communication « New drugs and regimens in tuberculosis » présentée par Christoph Lange (Allemagne) ; Session 167 « State of the art session: Respiratory infections”, dimanche 4 septembre 2022.

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