Choix des normes EFR pour les sujets transgenres

L’interprétation des EFR chez le sujets transgenre expose à plusieurs difficultés, au premier rang desquelles le choix des normes à utiliser entre sexe assigné à l’identité la naissance ou correspondant à l’identité de genre. On vous explique tout !
Genre et transidentité
Le sexe biologique est un ensemble de facteurs déterminant si un individu est considéré biologiquement mâle, femelle ou intersexe (les chromosomes sexuels et les gènes qu’ils portent, les hormones sexuelles sécrétées et la présence de récepteurs fonctionnels à ces hormones, la présence d’organes génitaux internes et/ou externes et de caractères sexuels secondaires). Le genre, quant à lui, est une construction sociale, il fait référence à si l’individu s’identifie en tant qu’homme, femme, ou individu non binaire ; mais aussi dans une certaine mesure à comment l’individu est perçu par son entourage et comment il va être socialisé. On va parler d’une personne cisgenre quand le genre et le sexe sont alignés ou globalement alignés, et de personnes transgenres quand ce n’est pas le cas et qu’il y a une incongruence entre le genre et le sexe biologique assigné à la naissance. Si cette transidentité est accompagnée d’un inconfort ou d’une détresse, ce qui n’est pas systématique, il s’agit d’une dysphorie de genre 1, 2, 3.
Selon les chiffres du ministère des Solidarités et de la Santé en 2022, la transidentité concernerait entre 20000 et 60000 personnes en France. Les collectifs de personnes transgenres ou non binaires estiment que ces chiffres sont supérieurs. Il est donc important que la communauté médicale soit formée à recevoir les personnes transgenres pour répondre à leurs besoins. Concernant la santé respiratoire par exemple, la prévalence d’asthme et de BPCO sont augmentées dans cette population, une partie de l’explication résidant dans une consommation tabagique qui y est deux fois plus fréquente que dans la population générale. Il n’est donc pas rare que les personnes transgenres aient recours aux EFR dans leur parcours de soin.
Impact du choix des normes et autres facteurs influençant l’interprétation des EFR
L’interprétation des EFR chez le sujet transgenre peut s’avérer complexe, en premier lieu quant au choix des normes à utiliser. Un avis technique ATS/ERS sur la standardisation de la spirométrie datant de 2019 statue que le sexe assigné à la naissance doit être choisi car il est le principal déterminant des volumes pulmonaires 4. Toutefois cette recommandation n’est probablement pas satisfaisante dans tous les cas, et dans les faits ne semble pas correspondre aux pratiques. Une étude rétrospective étatsunienne sur base de données publiée l’année précédente ayant inclus 160 patient·es transgenres avec trouble ventilatoire obstructif (TVO), 80 femmes et 80 hommes, avait effectivement montré que l’utilisation du sexe assigné à la naissance permettait d’obtenir un Z-score moyen de la CVF proche de zéro, alors que l’utilisation des normes correspondant à l’identité de genre risquait de surestimer les résultats exprimés en % de la théorique chez les femmes transgenres, et des les sous-estimer chez les hommes transgenres, modifiant l’interprétation finale dans 45 % à 70 % des cas 5.
Mais dans ce travail, la prise éventuelle traitement hormonal n’avait pas été renseignée, alors que selon sa nature et l’âge de début, il pourrait potentiellement modifier les résultats des EFR. Par exemple, une étude transversale étatsunienne très récente ayant comparé 24 hommes transgenres sous testostérone à 24 hommes transgenres sans traitement, avait montré que la PEmax était significativement meilleure dans le premier groupe 6. En pratique, une autre étude rétrospective sur base de données réalisée sur un plus petit nombre de sujets (n = 17) avait montré que les normes « sexe féminin » avaient été utilisées chez 3/5 (60 %) des hommes transgenres (cas de figure correspondant à l’avis technique ATS/ERS de 2019) mais également chez 6/8 (75 %) des femmes transgenres (normes correspondant à l’identité de genre) et chez les 2 individus non binaires 7.
D’autres informations sont utiles à colliger, notamment la pratique du bandage (chest binding) chez des hommes transgenres désirant masquer leur poitrine, responsable d’une gêne respiratoire et de douleurs dorsales chez la plupart des utilisateurs, et d’une diminution des volumes respiratoires au moins lors du port du bandage (d’éventuels effets persistants sont controversés) 8, 9 , 10.
Proposition d’algorithme
L’équipe de Morgantown (West Virginia, USA) a ainsi proposé un algorithme afin d’aider au choix des normes les plus adaptées chez le sujet transgenre. Dans le cas d’un historique de traitement bloquant la puberté et d’un traitement hormonal d’affirmation de genre ayant débuté pendant la puberté, et contrairement à l’avis technique ATS/ERS de 2019, il est conseillé d’utiliser les normes correspondant à l’identité genre. Dans ce cas, un résultat supérieur à la limite supérieure de la normale chez une femme transgenre peut indiquer que les normes « sexe masculin » (sexe assigné à la naissance) aurait été plus adapté. La même remarque peut parfois s’appliquer à un résultat inférieur à la limite inférieure de la normale chez un homme transgenre, mais à mettre en balance avec une authentique altération de la fonction pulmonaire. Si les deux conditions précédemment citées ne sont pas remplies, alors le sexe assigné à la naissance doit être privilégié, tout en gardant à l’esprit qu’il existe un certain degré d’incertitude et que les résultats des EFR doivent être replacés dans le contexte (tableau clinique, indication) et comparé à d’éventuels résultats antérieurs s’ils sont disponibles 11.
Thomas Gille, service d’explorations fonctionnelles, Hôpital Avicenne, Bobigny
D’après la session plénière du vendredi 30 janvier 2026 A01 « Tout comprendre (enfin) sur sexe et genre » ; Présentation « Un peu de physiologie : nos poumons sont-ils genrés ? » (Thomas Gille, Bobigny)
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