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Choix des normes EFR pour les sujets transgenres

Genre et transidentité

Le sexe biologique est un ensemble de facteurs déterminant si un individu est considéré biologiquement mâle, femelle ou intersexe (les chromosomes sexuels et les gènes qu’ils portent, les hormones sexuelles sécrétées et la présence de récepteurs fonctionnels à ces hormones, la présence d’organes génitaux internes et/ou externes et de caractères sexuels secondaires). Le genre, quant à lui, est une construction sociale, il fait référence à si l’individu s’identifie en tant qu’homme, femme, ou individu non binaire ; mais aussi dans une certaine mesure à comment l’individu est perçu par son entourage et comment il va être socialisé. On va parler d’une personne cisgenre quand le genre et le sexe sont alignés ou globalement alignés, et de personnes transgenres quand ce n’est pas le cas et qu’il y a une incongruence entre le genre et le sexe biologique assigné à la naissance. Si cette transidentité est accompagnée d’un inconfort ou d’une détresse, ce qui n’est pas systématique, il s’agit d’une dysphorie de genre 1, 2, 3.

Selon les chiffres du ministère des Solidarités et de la Santé en 2022, la transidentité concernerait entre 20000 et 60000 personnes en France. Les collectifs de personnes transgenres ou non binaires estiment que ces chiffres sont supérieurs. Il est donc important que la communauté médicale soit formée à recevoir les personnes transgenres pour répondre à leurs besoins. Concernant la santé respiratoire par exemple, la prévalence d’asthme et de BPCO sont augmentées dans cette population, une partie de l’explication résidant dans une consommation tabagique qui y est deux fois plus fréquente que dans la population générale. Il n’est donc pas rare que les personnes transgenres aient recours aux EFR dans leur parcours de soin.

Impact du choix des normes et autres facteurs influençant l’interprétation des EFR

L’interprétation des EFR chez le sujet transgenre peut s’avérer complexe, en premier lieu quant au choix des normes à utiliser. Un avis technique ATS/ERS sur la standardisation de la spirométrie datant de 2019 statue que le sexe assigné à la naissance doit être choisi car il est le principal déterminant des volumes pulmonaires 4. Toutefois cette recommandation n’est probablement pas satisfaisante dans tous les cas, et dans les faits ne semble pas correspondre aux pratiques. Une étude rétrospective étatsunienne sur base de données publiée l’année précédente ayant inclus 160 patient·es transgenres avec trouble ventilatoire obstructif (TVO), 80 femmes et 80 hommes, avait effectivement montré que l’utilisation du sexe assigné à la naissance permettait d’obtenir un Z-score moyen de la CVF proche de zéro, alors que l’utilisation des normes correspondant à l’identité de genre risquait de surestimer les résultats exprimés en % de la théorique chez les femmes transgenres, et des les sous-estimer chez les hommes transgenres, modifiant l’interprétation finale dans 45 % à 70 % des cas 5.

Mais dans ce travail, la prise éventuelle traitement hormonal n’avait pas été renseignée, alors que selon sa nature et l’âge de début, il pourrait potentiellement modifier les résultats des EFR. Par exemple, une étude transversale étatsunienne très récente ayant comparé 24 hommes transgenres sous testostérone à 24 hommes transgenres sans traitement, avait montré que la PEmax était significativement meilleure dans le premier groupe 6. En pratique, une autre étude rétrospective sur base de données réalisée sur un plus petit nombre de sujets (n = 17) avait montré que les normes « sexe féminin » avaient été utilisées chez 3/5 (60 %) des hommes transgenres (cas de figure correspondant à l’avis technique ATS/ERS de 2019) mais également chez 6/8 (75 %) des femmes transgenres (normes correspondant à l’identité de genre) et chez les 2 individus non binaires 7.

D’autres informations sont utiles à colliger, notamment la pratique du bandage (chest binding) chez des hommes transgenres désirant masquer leur poitrine, responsable d’une gêne respiratoire et de douleurs dorsales chez la plupart des utilisateurs, et d’une diminution des volumes respiratoires au moins lors du port du bandage (d’éventuels effets persistants sont controversés) 8, 9 , 10.

Proposition d’algorithme

L’équipe de Morgantown (West Virginia, USA) a ainsi proposé un algorithme afin d’aider au choix des normes les plus adaptées chez le sujet transgenre. Dans le cas d’un historique de traitement bloquant la puberté et d’un traitement hormonal d’affirmation de genre ayant débuté pendant la puberté, et contrairement à l’avis technique ATS/ERS de 2019, il est conseillé d’utiliser les normes correspondant à l’identité genre. Dans ce cas, un résultat supérieur à la limite supérieure de la normale chez une femme transgenre peut indiquer que les normes « sexe masculin » (sexe assigné à la naissance) aurait été plus adapté. La même remarque peut parfois s’appliquer à un résultat inférieur à la limite inférieure de la normale chez un homme transgenre, mais à mettre en balance avec une authentique altération de la fonction pulmonaire. Si les deux conditions précédemment citées ne sont pas remplies, alors le sexe assigné à la naissance doit être privilégié, tout en gardant à l’esprit qu’il existe un certain degré d’incertitude et que les résultats des EFR doivent être replacés dans le contexte (tableau clinique, indication) et comparé à d’éventuels résultats antérieurs s’ils sont disponibles 11.


D’après la session plénière du vendredi 30 janvier 2026 A01 « Tout comprendre (enfin) sur sexe et genre » ; Présentation « Un peu de physiologie : nos poumons sont-ils genrés ? » (Thomas Gille, Bobigny)

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« Agir vite et fort », un bon adage pour les PID des myosites 

Quand les évoquer ?

Les myopathies inflammatoires idiopathiques (MII) sont des maladies rares dont le pic d’incidence survient vers 50 ans. Les atteintes pulmonaires et cardiaques peuvent être inaugurales et menacent le pronostic vital, tout comme les atteintes du carrefour oropharyngé.  L’atteinte musculaire étant inconstante, le pneumologue doit être particulièrement attentif aux atteintes cutanées qui peuvent orienter le diagnostic : papules de Gottron, ulcérations digitales, érythème lilacé des paupières, signe de la manucure, mains de mécanicien ou syndrome de Raynaud. L’atteinte pulmonaire correspond à une pneumopathie interstitielle diffuse dont le pattern évocateur estcelui d’une pneumopathie interstitielle non spécifique (PINS) associée à une pneumopathie organisée (PO). La recherche d’auto-immunité peut confirmer le diagnostic, bien qu’il existe des formes séronégatives.  Entre 20 et 30% des PID de MII vont adopter une présentation rapidement progressive. Bien qu’il n’existe pas de définition validée, le début est généralement subaigu avec une détérioration respiratoire dans les 3 mois suivant le début des symptômes. Le pneumomédiastin peut être la traduction radiologique de ces formes rapidement progressives.

Quels sont les facteurs pronostiques d’une PID de MII ?

L’âge de plus de 50 ans au diagnostic, la forme amyopathique, la présentation rapidement progressive, le sérotype anti MDA-5, anti-PL7 ou PL12, l’association à des anti-RO52, l’élévation de certains marqueurs sériques (CRP > 1 mg/L, LDH > 300 UI/L, ferritinémie > 1000-1500 µg/l) sont des facteurs de mauvais pronostic à rechercher. Au cours de la MII anti-MDA5, le score pronostique MDA-FI associant sexe masculin, intensité de la dyspnée, âge, présence d’une fièvre et CRP ≥ 10 mg/L est en cours de validation. Le pronostic reste très sombre pour les formes anti-MDA5 rapidement progressive avec 80% de décès à 3 mois.

Quelle prise en charge proposer ?

La prise en charge doit être discutée de façon multidisciplinaire, si possible au cours des RCP d’urgence PID Aiguës des Connectivites (PIDAC).  Elle sera adaptée au risque de PID rapidement progressive et à la sévérité clinique. Le traitement médicamenteux repose sur la combinaison de corticostéroïdes et de traitements immunosuppresseurs dont les options sont le tofacitinib (anti JAK), les inhibiteurs de calcineurine, le mycophénolate mofétil. Les échanges plasmatiques n’ont jusqu’à présent pas démontré leur efficacité. La pneumocystose doit être traitée jusqu’à preuve du contraire.  Enfin, la transplantation pulmonaire doit être envisagée précocement.


D’après la présentation A15 Les PID de présentation sévère pour lesquelles il faut agir vite et fort

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Hospitalisations pour infections respiratoires basses d’origine virale en France : épidémiologie et fardeau (étude VINCA)

Lors de la session du samedi consacrée aux infections respiratoire, l’étude VINCA a apporté un éclairage actualisé sur le poids des hospitalisation liées aux infections respiratoires basses d’origine virale (IRBv) en France. Jusqu’à présent, les données disponibles étaient principalement issues d’études centrées sur un virus spécifique tel que la grippe, le virus respiratoire syncytial (VRS) et plus récemment le SARS-Co-2. VINCA propose offre une vision globale et comparative de ces infections à l’ère post-pandémique.

A partir de la base PMSI, l’étude à analysé deux années épidémiques (septembre 2022 – août 2024). Sur plus de 930 000 hospitalisations pour infections respiratoires basses, 38% étaient d’origine virale, dominées par le SARS-CoV-2, le VRS et le virus de la grippe. L’âge médian des patients était de 71 ans, avec une légère prédominance masculine, et plus des trois quarts des patients présentaient au moins une comorbidité cardiovasculaire, respiratoire ou immunodépression. Les formes sévères étaient fréquentes : près d’un tiers des patients ont nécessité un passage en réanimation et environ 5% ont présenté une exacerbation de BPCO ou d’asthme.  La durée moyenne de séjour atteignait 10 jours et le taux de réhospitalisation à 90 jours était de 32% dont près de 10% pour une nouvelle infection respiratoire, et une mortalité globale de 10% survenant majoritairement lors du séjour initial. Ces résultats confirment et amplifient les données de la littérature antérieure, qui montraient déjà une mortalité et une durée d’hospitalisation élevée pour le VRS et le SARS-CoV-2, supérieures à celles observées pour la grippe saisonnière. L’étude VINCA met également en évidence une limite majeure de la surveillance actuelle : dans 40% des hospitalisations pour IRBv, aucune étiologie précise n’est identifiée, suggérant une sous-évaluation du fardeau réel.


D’après la session samedi 31 janvier, 11:30-13:00 | Salle 3.1 et 3.2 | Modérateurs KERJOUAN Mallorie, Rennes SCHLEMMER Frédéric, Créteil
Auteurs L. Guilleminault, P. Loubet, C. Fabry-Vendrand, O. Rouxel, D. Leynaud, A. Carlicchi, I. Bureau, C. Nevoret, S. Bouée, N. Pros

Références :

1. Community and Hospital-Based Laboratory Surveillance for Influenza, Respiratory Syncytial Virus, and SARS-CoV-2 During the 2023-2024 Season, Lyon, France. Journal of Medical Virology. 2025. Chauvel C, Casalegno JS, Visseaux B, et al

2. Clinical Features and Outcomes of Viral Respiratory Infections in Adults During the 2023-2024 Winter Season.Scientific Reports. 2025. Rousogianni E, Perlepe G, Boutlas S, et al.

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Différences selon le sexe des caractéristiques et paramètres cliniques chez les patients ayant un diagnostic d’asthme et/ou de BPCO dans l’étude Novelty

L’étude NOVELTY incluait des patients atteints d’asthme et/ou de BPCO, avec un diagnostic effectué par un médecin, suivis pendant une période pouvant aller jusqu’à 3 ans. Parmi les 11 192 patients inclus, 52% étaient des femmes, avec un âge moyen de 59 ans pour les femmes et 61 ans pour les hommes. Les hommes avaient un tabagisme cumulé plus élevée (30 vs 14 paquets-années, p < 0,001). Concernant les symptômes, les hommes signalaient plus fréquemment une toux productive chronique (33% vs 29%, p < 0,001), mais les femmes avaient un score total de qualité de vie de Saint Georges (SGRQ) plus élevé (36 vs 34, p < 0,001). Les hommes avaient un volume expiré maximal en 1 seconde (VEMS) de base plus faible (72% vs 79%, p < 0,001) mais le déclin annuel du VEMS était plus prononcé chez les femmes (−1,6% vs −1,2%, p < 0,001). Les femmes ont présenté des exacerbations moyennes plus élevées que les hommes entre l’inclusion et la troisième année de suivi (p < 0,001).

Résultats spécifiques liés à l’asthme 

L’asthme était plus fréquent chez les femmes que chez les hommes (63% vs 41%, p<0,001). Ces dernières étaient plus souvent hospitalisées au cours des 12 derniers mois que les hommes (0,06 vs 0,03, p < 0,001). En revanche, concernant les marqueurs inflammatoires, les hommes présentaient des taux d’éosinophiles sanguins plus élevés à l’inclusion (0,24 vs 0,21 cellules par µL, p < 0,001) ainsi qu’une fraction exhalée du monoxyde d’azote (FeNO) supérieure (37 vs 30ppm, p < 0,001).

Résultats spécifiques liés à BPCO 

Concernant la BPCO, elle était plus fréquente chez les hommes que chez les femmes (44% vs 25%, p<0,001). Les femmes atteintes de BPCO étaient plus jeunes, plus fréquemment fumeuses actives (34% vs 26%, p < 0,001), mais présentaient une exposition tabagique inférieure à celle des hommes (34 vs 48 paquets-années, p < 0,001).

Ainsi, des différences significatives et cliniquement pertinentes liées au sexe ont été observées dans la présentation clinique et l’évolution de la maladie a la fois dans l’asthme et dans la BPCO.


D’après le poster PO161 « Différences selon le sexe des caractéristiques et paramètres cliniques chez les patients ayant un diagnostic médical d’asthme et/ou de BPCO dans l’étude Novelty ».

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Nouvelles recommandations de prise en charge de l’asthme sévère

Instaurer une biothérapie dans l’asthme sévère

Avant d’instaurer une biothérapie dans l’asthme sévère, une démarche par étape doit être appliquée afin, premièrement, de confirmer le diagnostic d’asthme. Il est donc recommandé, avant une escalade thérapeutique et/ou l’initiation d’une biothérapie, d’adopter une démarche structurée et systématique à la recherche d’un diagnostic différentiel et/ou d’une pathologie associée (Grade A). Il est recommandé de rechercher de manière systématique à l’interrogatoire et à l’examen clinique des éléments évoquant un diagnostic différentiel (dyspnée, toux, sifflements isolés et/ou invariables, signes extra thoraciques) (Grade C) ou une pathologie associée en cas de VEMS <40 %, de déclin rapide du VEMS, de DLCO réduite, d’hypoxémie persistante hors exacerbations (Grade C) ou en cas d’hyperéosinophilie ≥1,5×10⁹/L (Accord professionnel). Enfin, lorsqu’un scanner thoracique est réalisé, il est recommandé de rechercher systématiquement des atypies radiologiques (bronchectasies non cylindriques et/ou de diamètre >1,5 vaisseau, micronodulation bronchiolaire profuse, nodules pulmonaires, impactions mucoïdes denses) (Grade C).

Il est ensuite nécessaire de confirmer la sévérité de l’asthme tout en ayant évalué à chaque consultation, et avant toute modification thérapeutique, l’observance et la technique de prise (Grade C). Le bilan diagnostic d’asthme sévère doit comprendre la recherche d’une sensibilisation allergique et l’exposition domestique et/ou professionnelle aux pneumallergènes (Grade A). Les facteurs aggravant doivent être recherchés tels que l’exposition tabagique (Grade A), l’environnement domestique (irritants, moisissures) (accord professionnel) et professionnel (allergènes irritants respiratoires) (Grade B), une pathologie rhinosinusienne, un RGO, un SAOS, une obésité associée et de proposer les prises en charge adaptées (grade détaillé dans les recommandations).

La troisième étape inclut le phénotypage de l’asthme sévère avec la détermination a la fois du phénotype clinique (histoire de la maladie, comorbidités) et inflammatoire (éosinophiles, FeNO, comorbidités T2 etc) avant de débuter une biothérapie. Ce traitement doit être initié uniquement chez les patients atteints d’asthme sévère défini comme un asthme non contrôlé malgré un traitement de fond inhalé optimisé (CSI à forte dose, BLDA +/- un autre contrôleur), et après prise en charge des facteurs associés de non contrôle (technique d’inhalation, observance, comorbidités, expositions) et en présence d’au moins deux exacerbations sévères dans les 12 mois précédents (Grade A).

Enfin, concernant le choix de la biothérapie, il est recommandé de discuter de l’indication et du choix de la biothérapie au cours d’une Réunion de Concertation Asthme (RCA), de prendre en compte les préférences et les objectifs des patients lors du choix d’une biothérapie, dans le cadre d’une décision médicale partagée et de de prendre en compte les facteurs prédictifs de réponse lors du choix d’une biothérapie (Accord professionnel).

Traitements de fond dans l’asthme sévère

Il est recommandé de considérer comme option thérapeutique une triple thérapie associant CSI, BDLA et anticholinergique de longue durée d’action chez les patients asthmatiques sévères ayant au moins une exacerbation dans les 12 mois précédant (Grade A). En revanche, il est recommandé de ne pas prescrire d’anticholinergique de longue durée d’action en l’absence d’exacerbation au cours des 12 derniers mois chez des patients traités par CSI/BDLA (Grade A). Concernant l’azithromycine, il est suggéré de proposer un traitement par azithromycine en seconde intention aux patients asthmatiques sévères non contrôlés non éligibles aux biothérapies, dans le respect des contre-indications, à la posologie de 500 mg 3 fois par semaine (Grade A).

Concernant l’immunothérapie allergénique, l’initiation d’une immunothérapie allergénique sublinguale aux acariens dans l’asthme sévère doit être discutée au cas par cas en RCA chez des patients sans exacerbation, contrôlés, avec un VEMS ≥70%, y compris sous biothérapie (Accord professionnel). En dehors d’un essai thérapeutique, il est recommandé en l’état actuel des connaissances de ne pas associer une biothérapie avec une immunothérapie allergénique dans l’objectif d’arrêter la biothérapie  (Accord professionnel).

Enfin, il est recommandé chez les asthmatiques sévères de calculer la dose annuelle de corticothérapie reçue en incluant les cures courtes (Accord professionnel), de diminuer de façon systématique et supervisée la corticothérapie systémique continue en utilisant des marqueurs objectifs d’activité de la maladie (Accord professionnel) et de rechercher systématiquement une insuffisance surrénalienne lors de la diminution ou du sevrage d’une corticothérapie systémique (Accord Professionnel).  

Espacement des biothérapies

Il est recommandé de définir les objectifs médicaux et personnels du patient, intégrant des paramètres objectifs et chiffrés, avant l’instauration d’une biothérapie et d’évaluer la réponse au traitement par biothérapie après 6 mois de traitement sur les objectifs déterminés. Afin d’évaluer la réponse à la biothérapie, il est recommandé d’évaluer par ordre de priorité : (1) la réduction de la fréquence et de la sévérité des exacerbations et des hospitalisations, (2) la diminution du recours à la corticothérapie orale et la diminution de la dose annuelle cumulée puis (3) l’amélioration du contrôle des symptômes et de la qualité de vie, ainsi que (4) l’obtention de la meilleure fonction respiratoire possible (Accord professionnel). La décision de poursuivre ou non le traitement doit rester individuelle, partagée avec le patient, et prendre en compte la satisfaction et la tolérance (Accord professionnel). 


D’après la Session RD02-Recommandations 1. SPLF – Asthme sévère

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La dyspnée d’effort chez les patients asthmatiques sévères à l’ère des biothérapies

Nous avons pris connaissance de nouvelles données issues de la cohorte multicentrique française RAMSES (https://etude-ramses.fr/, NCT04077528, inclusion de 2019 à 2024) initiée par le groupe de travail Asthme et Allergies de la Société de Pneumologie de langue Française et intégrée au réseau de recherche national de recherche clinique dans l’asthme sévère CRISALIS-F-CRIN. Cette cohorte s’intéresse aux problématiques de prise en charge en vie réelle des patients asthmatiques sévères avec actuellement près de 2 000 patients inclus pour une fin du suivi prévue le 09/09/2026.

Les travaux présentés ce matin avaient trait à l’évaluation de la prévalence de la dyspnée d’effort chez les patients asthmatiques sévères, traités ou non par biothérapies. Il s’agit d’une thématique importante car peu de données sont disponibles à ce sujet en vie réelle, au contraire de celles sur le contrôle de la maladie, sur les exacerbations et sur la réduction du recours à la corticothérapie orale.

La dyspnée d’effort était évaluée par le score modified Medical Research Council. L’objectif principal était la détermination de la prévalence des patients asthmatiques sévères présentant un score mMRC ≥ 2. Les objectifs secondaires comprenaient l’identification des facteurs associés à la dyspnée d’effort et l’impact du traitement par biothérapie.

Parmi les 2041 patients inclus dans la cohorte RAMSES, 569 présentaient des données suffisantes pour répondre à l’objectif principal. Cette population était représentative de la population de patients asthmatiques sévères avec une majorité de sujets féminins (63,1 %), un âge médian de 57.4 ans (IQR à 21,2 ans) et un mauvais contrôle de l’asthme dans 65.5% des cas (défini sur un score Asthma Control Test < 20). Un total de 307 patients étaient traités par biothérapie, cohérent avec des patients principalement suivis en CHU.

La prévalence de la dyspnée d’effort (mMRC ≥ 2) était de 48.5% (IC 95% : 44.4 à 52.6 %). Dans le cadre d’un modèle de prédiction par régression logistique, les auteurs identifiaient comme facteurs significativement associés à la dyspnée d’effort un index de masse corporel ≥ 30 kg.m²avec un Odds Ratio (OR) à 4,72 (IC95% 2,13 ; 10,88) et une durée prolongée de présence d’un asthme sévère avec un OR estimée à 1,7 (1,27 ; 2,35) pour chaque décennie supplémentaire. A l’inverse, les facteurs suivant étaient considérés comme protecteurs : type de centre de suivi (centre hospitalier général vs universitaire) avec OR à 0,29 (0,17 ; 0,75) ainsi que l’amélioration du contrôle de l’asthme (score ACT, chaque +1 point/25) avec OR à 0,8 (0,74 ; 0,86). Bien que non significatif, une tendance d’association existait entre le genre féminin et la dyspnée d’effort avec un OR à 1,82 (IC95% 0,92 ; 3,65) chez les patients inclus.

L’utilisation d’une biothérapie n’était pas associée à une amélioration de la dyspnée dans le cadre d’un modèle intégrant le score ACT (OR 0,75 ; IC95% 0,38 à 1,49). Cependant, dans l’hypothèse que les effets des biothérapies sur la dyspnée d’effort passeraient par le biais d’une amélioration du contrôle de la maladie, une analyse de médiation a été réalisée. Il était ainsi estimé qu’environ 63 % de l’effet de la biothérapie sur la dyspnée d’effort était médié par le score ACT (IC 95 % : 5,1–254,2). Cet effet était toujours présent même après retrait de l’item n° 2 du score ACT (« Au cours des 4 dernières semaines, avez-vous été essoufflé(e) ? ») avec une médiation estimée à 57.9 % (IC 95 % : 15,8–292,2). L’amplitude des intervalles de confiance limite néanmoins la précision de ces estimations.

Cette étude nous rappelle que la dyspnée d’effort demeure un symptôme fréquemment rapporté par les patients asthmatiques, même à l’ère des biothérapies. Si celle-ci est améliorée sous biothérapie, principalement par le biais de l’amélioration du contrôle de la maladie, nous devons continuer à l’évaluer et à proposer à nos patients d’autres modalités de prise en charge, qu’il s’agisse de la pratique d’activité physique, de séjours de réadaptation respiratoire ou d’accompagnement à la perte pondérale.


D’après la Session AD02 Asthme Communication n°61 : Prévalence de la dyspnée d’effort et facteurs associés dans l’asthme sévère :  données de la cohorte française RAMSES à l’inclusion.

Présentée par le Pr C. CHENIVESSE (Lille)

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Le site d’injection d’oxygène influence-t-il la FiO2 en VNI ?

Il s’agit d’une étude sur banc comparant trois positions d’apport de l’oxygène : au niveau du raccord du masque, au niveau de la sortie du ventilateur et au « cul » de la machine.

Le critère de jugement principal était la FiO₂ au niveau du poumon artificiel. L’impact du débit d’oxygène et des différents montages a aussi été testé (monobranche avec masque à fuite intégrée, monobranche avec valve à fuite, double branche sans fuites intentionnelles).

Le principal résultat est qu’il existe une réduction de la FiO₂ lorsque l’O₂ est injecté au niveau du raccord du masque, et cette différence se creuse avec l’augmentation des débits, quel que soit le montage utilisé.

Lorsque l’O₂ est injecté à la sortie du ventilateur ou au « cul » de la machine, il ne semble pas exister de différence franche de FiO₂, quel que soit le débit d’O₂ ou le montage utilisé.

En conclusion, mettre l’O₂ près du masque ne semble pas être une bonne idée. En plus, ce n’est pas franchement pratique !

Bien évidemment, ces résultats sur banc nécessitent une poursuite des analyses afin d’évaluer l’impact clinique que cela peut avoir dans notre pratique quotidienne.


D’après le poster 135 – Le site d’injection d’oxygène influence la FiO2 en VNI : près du patient, loin d’être optimal
Session poster PO01 appareillage samedi 31/01 10h00-11h30 – L. Palazzolo, ML. Arango-Cortes, A. Mendoza-Ruiz, J. Gonzalez-Bermejo

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Traitement anticoagulant de la MTEV : que faire après 6 mois ?

Plusieurs situations cliniques doivent être distinguées :

Évènement thromboembolique provoqué par un facteur majeur transitoire

Lorsqu’un premier événement TEV survient dans un contexte de facteur de risque majeur transitoire (chirurgie, immobilisation prolongée, traumatisme, contraception œstroprogestative ou grossesse), le risque de récidive est faible (< 5%).

Une anticoagulation curative de 3 à 6 mois est alors suffisante, sans indication à une poursuite prolongée.

Événement thromboembolique non provoqué

Près d’un événement TEV sur deux survient sans cause apparente. Dans cette situation, le risque de récidive est élevé dès le premier épisode non provoqué, atteignant 30 à 40% des cas à l’arrêt du traitement anticoagulant, avec un risque annuel estimé à 9%.

Par ailleurs, le risque de décès par récidive après arrêt du traitement est environ 4 fois plus élevé pour un premier épisode d’embolie pulmonaire (EP) qu’après une thrombose veineuse profonde (TVP) isolée.

Dans ce cas, la décision de prolonger ou non l’anticoagulation au-delà de 6 mois repose sur plusieurs paramètres : la sévérité de l’épisode initial, la présence de facteurs de risque de récidive et le risque hémorragique.

Quels patients peuvent interrompre le traitement ?

Les facteurs en faveur d’une non-prolongation du traitement (au-delà de 6 mois) après un premier épisode de MTEV non provoquée sont : le fait d’être une femme < 50 ans avec un score HERDOO2 ≤ 1, un évènement déclenché par un facteur transitoire mineur, une TVP sans EP et l’absence de facteurs de risque persistants.

Quels patients doivent poursuivre l’anticoagulant au long cours ?

Les facteurs en faveur d’une prolongation du traitement sont un syndrome des antiphospholipides (SAPL), un déficit en antithrombine, une EP non provoquée à haut risque de mortalité ou une MTEV non provoquée récidivante.

Question de l’anticoagulation prolongée à dose réduite

D’après les résultats de l’étude RENOVE publiée dans le Lancet en 2025 [1], chez la majorité des patients nécessitant une anticoagulation au long cours, la réduction de moitié de la dose d’anticoagulants oraux directs (AOD) constitue l’option à privilégier, à l’exception de certains sous-groupes tels que les patients en situation d’obésité. Cette stratégie est associée à une réduction relative de 39 % du risque de saignement.

Et dans les événements thromboemboliques associés au cancer ?

Actuellement, les recommandations internationales préconisent de poursuivre l’anticoagulation chez les patients atteints de cancer qui développent un événement TEV, tant que le cancer reste actif ou que le traitement du cancer est en cours.

L’étude API-CAT publiée dans le NEJM en 2025 [2] a montré que chez des patients atteints d’un cancer actif ayant reçu au moins six mois de traitement anticoagulant pour un événement TEV, un traitement prolongé avec une dose réduite d’anticoagulant par apixaban ne s’accompagne pas d’augmentation du risque de récidive d’événement TEV, et permet de réduire le risque de saignement de 25 % par rapport à une dose pleine.

Perspectives

Dans l’avenir, le projet européen MORPHEUS « AMéliORation du Pronostic de la maladie tHrombo-Embolique veineUSe non provoquée au moyen d’un traitement anticoagulant personnalisé », coordonné par le Pr Couturaud sous l’égide du réseau français F-CRIN INNOVTe », visera à éclaircir cette question en développant un outil de prédiction de risque de récidive de MTEV, multidimensionnel et adaptatif, décliné au moyen d’un modèle de décision médicale partagée. La deuxième étape du projet visera à valider l’outil développé dans le cadre d’un essai randomisé en cluster.


D’après la présentation du Pr Francis Couturaud Session A14 – Actualités, samedi 31 janvier 2026

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Les nouveaux outils diagnostiques du SAHOS : l’avenir à la porte du présent

L’évolution des techniques de diagnostic des troubles du sommeil, arrive en réponse à un problème majeur : 80 % des patients atteints de troubles du sommeil ne sont pas diagnostiqués, en raison de limitations d’accès des outils traditionnels (ex : polysomnographie en laboratoire, coûteuse et chronophage). Les innovations technologiques (capteurs, IA) pourraient permettre d’améliorer l’accessibilité et l’efficacité du diagnostic, tout en soulignant l’importance de maintenir l’expertise médicale au cœur du processus.
La polysomnographie en laboratoire, longtemps considérée comme l’examen de référence, est confrontée à des défis : coût élevé, disponibilité limitée, et stress du patient (dormir en laboratoire affecte la qualité du sommeil mesuré).
Les outils traditionnels sont aujourd’hui inadaptés aux besoins en ne répondant pas à l’ampleur du problème actuel (ex : 30 millions de cas potentiels non diagnostiqués), et leur utilisation massive n’est pas viable.

De nouveaux dispositifs ont été développés ces dernières années ayant déjà fait preuve de leur efficacité diagnostique. Parmi eux, nous retrouvons :
–  le WatchPAT : Dispositif remboursé actuellement en France (comme la polygraphie ventilatoire), mesurant la saturation en oxygène, les mouvements et les micro-éveils. Comparé à la polysomnographie, il présente une fiabilité acceptable pour les cas évidents, bien qu’imparfait pour les cas complexes.
– les capteurs mandibulaires type Sunrise : Détectent les mouvements de la mâchoire et l’effort respiratoire, utiles pour caractériser les apnées et les résistances des voies aériennes.

_ Le matelas type Sleep Analyser : non utilisé actuellement dans la pratique médicale. Mais intérêt certain dans les études épidémiologiques

A ces dispositifs, est associée l’intelligence artificielle (IA) permettant une assistante dans l’analyse des données brutes (ex : détection des événements respiratoires), mais la décision finale reste médicale. Il sera donc nécessaire de regarder les données brutes et d’intégrer le contexte clinique ( symptômes, comorbidités)  s’il existe une discordance entre expertise clinique et les résultats des enregistrements. En cas de doute, un examen en laboratoire reste nécessaire.
En pratique il est intéressant de prioriser l’enregistrement à domicile éventuellement avec ces nouvelles technologies notamment pour les patients avec forte suspicion et sans contre-indications, afin de réduire les délais d’accès au traitement.
L’intérêt supplémentaire de ces techniques est de faciliter les enregistrements sur plusieurs nuits. Ceci permet d’améliorer la fiabilité des enregistrements, en particulier chez les patients avec une variabilité inter-nuit importante (ex : saisonnalité, stress).
Ces techniques peuvent également permettre l’intégration de données environnementales (température, position corporelle) et de biomarqueurs digitaux (rythme cardiaque, activité musculaire).
Il sera probablement important à terme d’avoir une harmonisation internationale afin de définir des recommandations pour standardiser l’utilisation de ces outils (ex : critères de remboursement, formation des professionnels).
 
En conclusion, nous assistons à une transition majeure dans le diagnostic du sommeil : de l’examen en laboratoire vers des outils portables et à domicile, soutenus par l’IA. L’enjeu est de concilier innovation technologique et expertise médicale, afin d’améliorer l’accessibilité et la précision du diagnostic, et finalement de réduire les conséquences sanitaires des troubles du sommeil.


D’après l’atelier « Nouveaux outils diagnostiques du SAHOS » par Jean-Louis Pépin (Grenoble), AT11

Les nouveaux outils diagnostiques du SAHOS : l’avenir à la porte du présent Lire la suite »

Le test de marche comme outil de suivi  

Le test de marche de 6 minutes est le test de référence pour l’évaluation de la capacité fonctionnelle. Les conditions de réalisation du test sont importantes pour garantir la validité et la reproductibilité. Elles nécessitent d’être respectées.

Un couloir plat, sans obstacle, d’au moins 30 m est requis. Le test démarre après un repos. Il n’y a pas d’affichage visible du temps mais il est énoncé toutes les minutes oralement. Le patient peut s’arrêter mais le chronomètre continue. Le test consiste à marcher non pas le plus vite mais la plus longue distance possible en 6 minutes. Aucun encouragement n’est prodigué et le thérapeute ne marche pas à côté du patient.

La saturation pulsée en oxygène et la fréquence cardiaque sont mesurées tout au long du test. Le patient doit être arrêté lorsque la saturation pulsée en oxygène descend sous 80% et il est autorisé à redémarrer une fois repassée au-dessus de 85%. Le test s’arrête après 2 minutes de repos pour évaluer la récupération.

Les propriétés psychométriques du test sont bonnes et en font le test de référence pour évaluer la capacité fonctionnelle à l’exercice. La reproductibilité montre une excellente valeur Test‑retest tant chez l’enfant que chez l’adulte (r=0,94 et r=0,95). La distance est bien corrélée avec la VO₂peak (r=0,62) dans l’insuffisance cardiaque. Le plus petit changement cliniquement pertinent varie de 20 à 40m en fonction des conditions pathologiques.

Grégory Reychler, service de kinésithérapie et de pneumologie, Cliniques Universitaires Saint-Luc (CUSL), Bruxelles


D’après la session AT19 « Quel test de terrain choisir pour évaluer la capacité physique chez les patients adultes ? » et l’exposé de Marc Beaumont

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