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Biothérapies chez les patients asthmatiques sévères fumeurs : quelle preuve ?

AAujourd’hui, des analyses du registre européen SHARP (Severe Heterogeneous Asthma Research collaboration, Patient-centred ; https://europeanlung.org/sharp/) nous permettent d’y voir plus clair sur l’impact du tabac sur nos façons de prescrire les biothérapies chez les patients asthmatiques sévères et sur la réponse à celles-ci.

Une enquête sur les conduites tenues en présence d’un tabagisme a tout d’abord été menée auprès des médecins travaillant les centres des 16 pays européens inclus dans l’étude. Celle-ci révélait que 13 % d’entre eux refusaient de prescrire des biothérapies chez des fumeurs actifs, dans un contexte de manque de niveau de preuve, inhérent à l’exclusion de ces patients des études de phase 3 et du peu de données de vie réelle disponibles. Parallèlement, la moitié des répondants assuraient être insatisfaits des recommandations actuelles concernant la population de fumeurs qu’il n’est pas rare de rencontrer en pratique courante.

Il nous a ensuite été présenté des données de réponse thérapeutique aux biothérapies en vie réelle à 1 an. Les données issues de 3 689 patients ont été analysées, incluant 2 282 sujets non-fumeurs (NF), 505 ex-fumeurs de moins de 10 PA (ExF<10), 766 ex-fumeurs d’au moins 10 PA (ExF≥10) et 136 fumeurs actifs (F). Quel que soit le groupe, une amélioration importante des patients étaient observée, sans différence significative en fonction du statut tabagique, notamment concernant la proportion d’obtention du contrôle de l’asthme évalué sur un score ACT ≥ 20 et/ou un score ACQ ≤ 1,5 (NF + 219%, ExF<10 + 220%, ExF≥10 + 215% et F + 200%) et la réduction de la proportion de patients exacerbant plus de 2 fois par an (NF -69 %, ExF<10 -67 %, ExF≥10 -65 % et F – 61%). Les effets bénéfiques sur le VEMS exprimé en variation de % prédit ne différaient pas non plus en fonction du statut tabagique. De manière intéressante, l’AQLQ moyen semblait augmenter en % du total obtenu du score de façon plus importante pour les sujets fumeurs (+ 118%) que pour les autres groupes (de +18 à +23 %). Nous ne disposions pas néanmoins de la proportion de sujets dépassant la différence minimale cliniquement significative de l’AQLQ entre les groupes.

Ces résultats semblent indiquer que malgré des réticences à leur prescription, les effets des biothérapies demeurent intéressants chez les patients asthmatiques sévères ayant une intoxication tabagique active ou antérieure importante (≥ 10 PA). Des études complémentaires de confirmation de ces résultats mais aussi d’exploration de nouvelles pistes de réflexion, notamment sur le lien entre biothérapie/contrôle de l’asthme/obtention du sevrage tabagique, semblent plus que jamais nécessaires.


D’après la Session AD02 Asthme Communication : Efficacité des biologiques en fonction du statut tabagique chez les patients asthmatiques sévères : données du registre européen SHARP

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Cancer broncho pulmonaire et pneumopathie interstitielle diffuse : résultats d’une cohorte rétrospective française

L’association entre cancer broncho-pulmonaire (CBP) et pneumopathie interstitielle diffuse (PID) est rare et de mauvais pronostic. Elle pose des difficultés diagnostiques et thérapeutiques du fait de la fragilité respiratoire et du risque élevé de complications liées aux traitements. La bibliographie existante est issue principalement de cohortes asiatiques.

Il s’agit d’une étude rétrospective monocentrique lyonnaise, ayant inclus 45 patients adultes suivis pour PID et ayant développé un CBP entre 2018 et 2023. Les données cliniques, histologiques, thérapeutiques et évolutives ont été recueillies. L’âge médian au diagnostic du CBP était de 69,7 ans [IQR 62,7–77,0]. La population était majoritairement masculine avec 34 hommes (75,5%) et le tabagisme était fréquent (84,4 % de fumeurs ou ex-fumeurs). Concernant la PID, 33 patients (73 %) présentaient une PID non associée à une connectivite et 12 patients (27 %) une PID associée à une connectivite. Le type histologique le plus fréquent retrouvé était des adénocarcinomes (≈ 35,5%) puis des carcinomes épidermoïdes (≈ 26,5 %). La majorité des patients étaient diagnostiqués à un stade avancé (III–IV : ≈ 55 %) et 33% des patients au stade I. 

Les investigations diagnostiques (endoscopie bronchique, ponction trans thoracique…) présentaient un taux de complication de 13,3 % (majoritairement des pneumothorax). La prise en charge thérapeutique pouvait aussi se compliquer : 43 % des patients avec la chirurgie (2 exacerbations de fibrose, 3 bullages prolongés et 1 pneumopathie), 25% avec la radiothérapie (1 exacerbations de fibrose, 1 pneumopathie radique et 1 hémoptysie) et 23% avec la chimiothérapie (toutes des exacerbations de PID). La majorité de ces complications ont nécessité une hospitalisation, dont 4 en réanimation.

La survie globale médiane était de 103,5 mois à partir du diagnostic de la PID et de 39,4 mois à partir du diagnostic du CBP. La survie globale après le diagnostic du CBP était de 32 mois [IC 95 % : 10,9–180]. Un score ILD-GAP ≥ 4 était significativement associé à une diminution de la survie (p = 0,03). Les carcinomes à petites cellules, observés exclusivement chez les patients avec PID de connectivite, étaient associés à une survie particulièrement défavorable, leur médiane de survie globale était de 9.3 mois.

En conclusion, l’association CBP-PID concerne une population majoritairement masculine, tabagique, souvent diagnostiqués à un stade avancé. La proportion d’adénocarcinome est moins importante que dans la population sans PID. La prise en charge diagnostique et thérapeutique est associée à un taux important de complications respiratoires. Une évaluation du pronostique au préalable (score ILD-GAP) et une prise en charge multidisciplinaire individualisée est indispensable.


D’après le poster 118 « description de la prise en charge diagnostique et thérapeutique d’une cohorte de patients atteints de cancers bronchopulmonaires et d’une pneumopathie interstitielle aigue », présentée par C. Bérard (Lyon) lors de la session affiche discussion AD06 du 01 février 2026.

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Étude IFCT‑ELDERLY 1805 : jusqu’où pousser l’immunothérapie chez les patients âgés ?

Le traitement de 1ère ligne du CBNPC avancé chez le sujet âgé reste un défi majeur, à l’interface entre efficacité oncologique, tolérance et fragilité. L’étude de phase III IFCT‑ELDERLY 1805 s’inscrit dans cette problématique en évaluant l’apport de l’immunothérapie à une chimiothérapie standard chez des patients âgés sélectionnés. Il s’agit d’un essai multicentrique randomisé incluant des patients atteints de CBNPC localement avancés ou métastatiques (≥ IIIB), âgés de 70 à 89 ans, PS 0–1, avec un MMS ≥ 24 et sans altération EGFR/ALK. Les patients étaient randomisés (2:1) entre carboplatine–paclitaxel seul ou associé à l’atézolizumab, avec une stratification notamment sur l’histologie, l’âge et l’expression de PD‑L1. Le critère de jugement principal était la survie globale (OS).

La population incluse reflète bien la “vraie vie” : âge médian autour de 77 ans, 30 % de patients âgés de 80 ans et plus, 90 % de stades IV et une large majorité de tumeurs non épidermoïdes. Le nombre médian de cycles de chimiothérapie était identique dans les deux bras (3,5 cycles).

Il n’y avait pas de différence statistiquement significative sur l’OS médiane, respectivement de 18,6 mois dans le bras expérimental et de 15 mois dans le bras contrôle. L’expression de PD‑L1 ressortait comme un facteur pronostique mais non prédictif du bénéfice de l’immunothérapie. L’analyse en sous‑groupes suggère par ailleurs un effet défavorable de l’immunothérapie chez les patients les plus âgés, en particulier après 85 ans. L’absence de gain en OS doit s’interpréter à la lumière des traitements ultérieurs : 58 % des patients du bras contrôle ont reçu une immunothérapie en seconde ligne, seule ou associée à une chimiothérapie.

En revanche, l’étude est positive sur l’ensemble des critères de jugement secondaires : survie sans progression (PFS) significativement améliorée (7,4 vs 5,5 mois ; HR 0,55), de même que le taux et la durée de réponse, tous en faveur du bras atézolizumab. L’analyse post‑hoc de survie relative montre par ailleurs une séparation tardive des courbes, significative à 24 mois pour la PFS, suggérant un bénéfice différé chez certains patients sélectionnés.

Le profil de tolérance souligne néanmoins la complexité de l’approche chez le sujet âgé. Les événements indésirables (EI), y compris de grade ≥ 3 et les événements indésirables graves, étaient significativement plus fréquents dans le bras expérimental avec 5 décès toxiques rapportés, dont 3 imputables à l’immunothérapie. Les EI immunomédiés étaient habituels mais avec des conséquences potentiellement plus sévères dans cette population fragile. La fragilité, évaluée par l’IADL, était globalement préservée dans les deux bras et n’était pas associée à la survenue de toxicités sévères. Ce résultat souligne les limites des outils gériatriques actuels pour prédire la tolérance à l’immunothérapie et la nécessité d’approches plus fines.

Cette étude ne démontre donc pas de bénéfice en OS de l’ajout de l’atézolizumab à la chimiothérapie chez les patients âgés atteints de CBNPC avancé, mais met en évidence un gain clair et cohérent sur la PFS, le taux et la durée de réponse. L’importance du recours à l’immunothérapie en 2nde ligne dans le bras contrôle, le signal de toxicité non négligeable et l’hétérogénéité de la population âgée appellent à une interprétation nuancée. Plus que jamais, une analyse approfondie des biomarqueurs et des déterminants de la fragilité apparaît indispensable pour identifier les patients âgés susceptibles de tirer un réel bénéfice de cette stratégie.


D’après la session CO‑04 – Cancérologie thoracique, Présentation 23 Pr C. MASCAUX

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Données sur les infections respiratoires pendant la grossesse

La grossesse modifie la fonction respiratoire et la réponse immunitaire, exposant les patientes à des pneumonies plus graves. Les infections virales, comme la grippe, le SARS-CoV-2, la varicelle ou le VRS, mais aussi les infections bactériennes, à streptocoque du groupe A, peuvent évoluer rapidement vers une forme sévère. Les séquelles incluent un risque de prématurité, une hypoxémie fœtale et un retard de croissance intra-utérine. Les infections respiratoires constituent une cause importante de morbi-mortalité maternelle, avec des taux de létalité variant selon la gravité et l’agent en cause. Des travaux récents mettent en avant le rôle de l’activation immunitaire maternelle et des mécanismes épigénétiques dans les séquelles fœtales à long terme, notamment neurodéveloppementales.

La prévention des infections respiratoires pendant la grossesse repose principalement sur la vaccination. La vaccination antigrippale inactivée, réalisable à tout terme, diminue les formes sévères et protège le nouveau-né par immunité passive. La vaccination contre la COVID-19, avec un rappel si indiqué, réduit les complications maternelles et périnatales. La vaccination contre la coqueluche permet la prévention chez le nourrisson. Une avancée récente majeure est l’introduction de la vaccination maternelle contre le VRS, visant à prévenir les infections respiratoires sévères du nouveau -né, complétée si besoin par les anticorps monoclonaux à longue durée d’action chez les nouveau-nés à risque.

La prise en charge des pneumonies privilégie des antibiotiques à profil materno-fœtal sûr, avec les β-lactamines en première intention et les macrolides en alternative. Les fluoroquinolones sont réservées aux formes sévères. Un traitement précoce, une surveillance étroite et une approche multidisciplinaire sont essentiels en cas de gravité.


D’après la session samedi 31 janvier, 11:30-13:00 | Salle 3.1 et 3.2 | Modérateurs BLANCHARD Elodie, Bordeaux LAGRANGE Aurore, Pontoise pour le GT GREPI
Auteurs : NIZARD Jacky, Paris, GOSSET-WOIMANT Marine, Pontoise, ANDREJAK Claire, Amiens

Références :

1. Viral Pulmonary Infection in Pregnancy – Including COVID-19, SARS, Influenza A, and Varicella. Best Practice & Research. Clinical Obstetrics & Gynaecology. 2022. Maudhoo A, Khalil A.
2. Maternal-Fetal Impact of Respiratory Viral Infections: Immune Mechanisms and Clinical Outcomes. Immunological Reviews. 2025. Parish MA, Klein SL.New
3. Role of Hormones in the Pregnancy and Sex-Specific Outcomes to Infections With Respiratory Viruses. Immunological Reviews. 2022. Cervantes O, Cruz Talavera I, Every E, et al.
4. Pregnancy and Infection. The New England Journal of Medicine. 2014. Kourtis AP, Read JS, Jamieson DJ.

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Ne pas négliger une PCR prolongée à SARS-CoV-2 en contexte d’hémopathie lymphoïde !

Les patients atteints d’hémopathies lymphoïdes présentent un risque élevé de formes prolongées et sévères d’infection à SARS-CoV-2, en lien avec une immunodépression profonde, fréquemment aggravée par les traitements déplétifs anti-CD20 et une réponse vaccinale souvent incomplète. Le poster de l’équipe du CHU de Caen rapporte 23 cas d’infections chronique à SARS-CoV-2, définie par la persistance d’une PCR positivie au-delà de 15 jours associée à une aggravation clinique respiratoire. La majorité des patients étaient porteurs d’une hémopathie lymphoïde sous traitement anti-CD20. Les manifestations cliniques et scanographiques étaient comparables à celles observées dans la population générale, mais avec une sévérité marquée : 80% des patients ont nécessité une hospitalisation et 75% une oxygénothérapie. Les traitements antiviraux standards se sont révélés peu efficaces, tandis que l’administration de plasma de convalescents a permis une amélioration clinique et radiologique avec négativation virologique chez l’ensemble des patients, sans décès à trois mois. Ce travail souligne l’intérêt de rechercher une réplication virale pulmonaire persistante, y compris en cas de PCR nasopharyngée négative. En pratique, chez les patients avec hémopathie lymphoïde, toute persistance ou aggravation des symptômes respiratoires doit faire évoquer une infection chronique à SARS-CoV-2 et conduire à une prise en charge spécialisée précoce.


D’après la session samedi 31 janvier, 11:30-13:00 | Salle 3.1 et 3.2 |Modérateurs KERJOUAN Mallorie, Rennes SCHLEMMER Frédéric, Créteil Auteurs : D. Kadibanga, S. Chantepie, K. Campbell, L. Seyer, M. Le Gouil, E. Bergot, F. Rivière

Références :

1-Post-Pandemic Recommendations for the Management of COVID-19 in Patients With Haematological Malignancies or Undergoing Cellular Therapy, From the European Conference on Infections in Leukaemia (ECIL-10). Leukemia. 2025. Cesaro S, Ljungman P, Mikulska M, et al.
2- Protracted SARS-CoV-2 Infection in B-Cell Depleted Patients: Immunologic Andiral Characteristics and Response to Dual and Extended Antiviral Therapy. Clinical Infectious Diseases : An Official Publication of the Infectious Diseases Society of America. 2025. Little JS, Edelstein GE, Swank Z, et al.
3- Virological Aspects of COVID-19 in Patients With Hematological Malignancies: Duration of Viral Shedding and Genetic Analysis.Viruses. 2024. Themlaoui A, Ancora M, Ghedira K, et al.

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Ventilation : du réglage technique à l’accompagnement du patient

Ventilation non invasive et ventilation par pression positive continue

Pour la PPC, l’évaluation repose sur l’interrogatoire du sommeil, idéalement complété par un agenda du sommeil, et l’analyse des données de télésurveillance (fuites, IAH résiduel < 5/h). La recherche d’effets indésirables et l’adaptation de l’interface, en co-décision avec le patient, sont essentielles. Toute modification doit être suivie d’une réévaluation clinique et technique.

Pour la VNI, la prescription médicale doit être complète (appareil, mode, paramètres, masque, oxygène, alarmes). À l’initiation, le rôle infirmier est majeur : présence auprès du patient, surveillance des fuites, des alarmes, de la synchronisation patient-machine et accompagnement éducatif. L’efficacité repose sur un équilibre entre amélioration clinique, tolérance et qualité de vie (IAH résiduel < 10/h). Une check-list GAVO₂ peut guider l’éducation thérapeutique. Les difficultés d’adhésion (exemple : troubles cognitifs) peuvent conduire à des situations d’échec, parfois associées à des enjeux éthiques.

L’oxygénothérapie à haut débit ne dispose pas encore d’indication formelle à domicile, hors soins palliatifs, mais fait l’objet d’études dans la BPCO. La prescription doit être précise et le suivi centré sur l’observance, la tolérance et l’autonomie du patient.

En ventilation, l’éducation thérapeutique et le repérage précoce des freins à l’observance constituent un levier majeur du soin infirmier.

Repères pratiques :

TechniqueSurveillance principale
PPCFuites, IAH, tolérance
VNIFuites, synchronisation, symptômes
OHDFR, SpO2, tolérance

D’après l’atelier : AT07 ; VNI-PPC, 02 à haut débit

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Imprégnation hormonale, asthme et fonction respiratoire : du nouveau ?

Aujourd’hui, nous avons eu l’occasion d’en apprendre plus sur les relations entre l’imprégnation hormonale au cours de la vie chez les femmes et l’asthme. Les auteurs se sont basés sur les données de CONSTANCES (https://www.constances.fr/), cohorte épidémiologique française de grande envergure (220 000 sujets) menée de 2012 à 2021. L’objectif principal était d’étudier les associations entre l’exposition hormonale d’une part et la fonction respiratoire et l’asthme d’autre part. L’exposition hormonale était explorée par le biais de l’exposition endogène (ménarche-ménopause) mais aussi exogène (utilisation de la pilule contraceptive et traitement hormonal de la ménopause).

Les données d’un total de 61 921 femmes d’une moyenne d’âge de 46 +/- 12,9 ans ont été analysées. La prévalence de l’asthme, définie ici par auto-déclaration ou survenue d’une crise d’asthme/symptômes asthmatiques ou par la prise d’un traitement inhalé, était de 10,3 %, plus élevée que la prévalence retrouvée dans la même cohorte sur la période 2013-2014 1.

De manière intéressante, certaines expositions plus importantes aux œstrogènes, représentées ici par une ménarche précoce ou l’utilisation actuelle d’une pilule œstroprogestative étaient associées à un risque plus important d’asthme selon la définition choisie par les auteurs. Paradoxalement, le statut ménopausique (ménopausée ou non) et l’âge de survenue de la ménopause n’était pas associée significativement à la présence d’un asthme suggérant des mécanismes allant au-delà de la simple durée de la vie reproductive (âge ménarche-âge ménopause). Ceci était aussi valable pour les symptômes d’asthme (somme sur 5, questions posées non précisées) qui étaient d’autant plus présents que la ménarche était tardive (> 14 ans) mais moins présents en présence d’une vie reproductive de durée longue (> 39 ans).

Sur le plan fonctionnel respiratoire, des données ont été présentées sur le lien entre les imprégnations hormonales et les variables spirométriques (VEMS/CVF et CVF) exprimées en z-score (GLI-2012 2) sur la cohorte entière. De manière intéressante, une exposition œstrogénique prolongée (âge précoce de la ménarche, prise de pilule, parité élevée) était associée à une augmentation du z-score de la CVF et une diminution de celui du rapport VEMS/CVF. Ces données sont néanmoins d’interprétation délicate car les z-scores impliquent une confrontation à une population saine de référence, pour laquelle les imprégnations hormonales ne sont pas contrôlées. Des analyses complémentaires sont en cours sur leurs impacts sur l’identification de profils spirométriques anormaux, en particulier l’obstruction, et l’estimation de la sévérité du VEMS et de la CVF.

Bien que l’étude présente des biais inhérents à la méthodologie de la cohorte (identification de l’asthme, quantification des symptômes par un score non consensuel) et des limites quant à l’évaluation de l’imprégnation hormonale (critères indirects), elle soulève néanmoins de nouvelles questions sur les spécificités de la présentation de l’asthme chez les femmes au cours de la vie. Des données longitudinales au cours des différentes étapes de la vie hormonale des sujets féminins aideront probablement à affiner notre vision de ce sujet.

Rappelons, comme cela l’a été tout au long des sessions de cette édition 2026, que les spécificités féminines de la présentation des maladies respiratoires dépassent probablement les seules considérations hormonales et que d’autres dimensions, sociales, professionnelles, environnementales seront tout aussi importantes à explorer.


D’après la Session AD02 Asthme Communication n°72 : Expositions hormonales au cours de la vie, asthme actuel et fonction respiratoire des femmes : données de la cohorte CONSTANCES Présentée par Oufella A.

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Dépistage du cancer bronchique : IMPULSION vers une prévention intégrée

Le cancer du poumon (CP) demeure une urgence majeure de santé publique. Responsable d’1 décès sur 20 en France, c’est la 2nde cause de mortalité toutes causes confondues. Chaque jour, près de 145 nouveaux cas sont diagnostiqués — l’équivalent d’un Airbus A320 — et 83 décès surviennent, soit une rame entière de TER. Face à ce fardeau, la session A24 a mis en lumière l’ambition du programme IMPULSION : structurer un dépistage organisé du CP chez des patients à risque, indissociable d’une stratégie de prévention prim aire centrée sur le sevrage tabagique.

Après un rappel explicite sur le programme IMPULSION par le Pr COURAUD, le Pr URBAN a rappelé que, malgré une amélioration lente, 24 % des sujets majeurs fument de manière quotidienne. La consommation des 50–74 ans, cœur de la population cible du dépistage, reste élevée, en particulier avant 60 ans. Le tabac demeure le principal déterminant de mortalité par CP, mais aussi BPCO, maladies cardiovasculaires et autres cancers, pour un coût social de 156 milliards d’euros en 2019.

Si le sevrage tabagique améliore l’espérance de vie à tout âge, son impact sur la mortalité par CP est lent : la mortalité évitée est faible avant 10 ans de sevrage, atteint 50 à 65 % après 10 à 20 ans, et jusqu’à 80 % au-delà. Ces données soulignent les limites d’une stratégie reposant exclusivement sur la prévention secondaire et justifient pleinement l’association du sevrage au dépistage.

Le dépistage par scanner low dose apparaît ainsi comme un déclencheur puissant du sevrage tabagique. Les participants au dépistage sont plus motivés pour arrêter de fumer, avec davantage de tentatives d’arrêt, en particulier en cas de mise en évidence d’une anomalie scanographique (vrais et faux positifs). En outre, la réduction de mortalité liée au dépistage est significativement plus importante chez les patients sevrés, suggérant un effet synergique entre dépistage et sevrage.

C’est le cœur du programme IMPULSION : proposer systématiquement une aide au sevrage tabagique, dès l’inclusion et idéalement en amont du scanner. Les objectifs sont clairs : augmenter l’acceptation de l’aide, améliorer les taux d’abstinence, réduire les rechutes et tester différentes intensités d’intervention. Une aide proposée de façon structurée est en effet acceptée par 80 % des participants, avec environ 15 % d’arrêts confirmés à 1 an, et jusqu’à 30 % à 6 mois pour les stratégies les plus intensives. Le programme repose sur une mobilisation des ressources de proximité : IDE formés, IDE tabacologues territoriaux IPA, médecins de soins primaires ou secondaires, voire UCT.

Le Pr GOUNANT a ensuite rappelé que le dépistage ne se limite pas au cancer et que les principales causes de mortalité — maladies cardiovasculaires, cancers et BPCO — sont souvent asymptomatiques et fréquemment détectées sous forme de lésions incidentes. Ces lésions sont fréquentes au TDM de dépistage : emphysème (43 %), anomalies interstitielles pulmonaires (ILA, 20 %), calcifications coronariennes (CC, 12 %), masses rénales ou anomalies osseuses. L’emphysème et les ILA sont associés à une surmortalité globale et par CP, justifiant une prise en charge structurée. Dans IMPULSION, leur détection conduit à des parcours dédiés (spirométrie, avis pneumologique, imagerie ciblée). Les CC permettent une stratification du risque cardiovasculaire, orientant la prise en charge vers le médecin traitant ou le cardiologue. La détection d’ostéoporose rappelle enfin le rôle central du radiologue dans l’identification et la hiérarchisation des anomalies cliniquement pertinentes.

Avec IMPULSION, le dépistage du CP devient un véritable outil de prévention globale, associant détection précoce, sevrage tabagique et prise en charge des lésions incidentes. Au-delà du nodule, c’est une vision intégrée du patient à risque qui se dessine, à l’interface de la pneumologie, de la radiologie et des soins de premier recours. Un changement d’échelle indispensable pour espérer infléchir durablement la mortalité liée au tabac.


D’après la Session A24 – Vers un dépistage organisé du cancer bronchique : l’expérimentation IMPULSION

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Recherche en transplantation pulmonaire

Les résultats d’une étude multicentrique évaluant l’impact de la survenue d’une microangiopathie thrombotique (MAT) après transplantation ont été présentés par Pierre Gazengel (CCML).

4565 patients, suivis dans 8 centres de transplantation pulmonaire ont été inclus. Parmis eux, 82 (1,8%) avaient présenté une MAT dans un délai médian de 19 mois post transplantation.

Un surdosage en inhibiteurs d’anticalcineurines était retrouvé dans 48% des cas de MAT, l’association d’inhibiteur de mTOR au traitement anticalcineurines  dans 23%, et une infection dans 9% des cas. Chez 9 patients, un relais du traitement immunosuppresseur par Belatacept a été initié. L’initiation de Belatcept était associé à une meilleure fonction rénale, mais a une fréquence plus élevée d’infections respiratoires (pneumopathie bactérienne et aspergillose pulmonaire invasive)

Cette présentation souligne également l’absence de recommandation de prise en charge standardisée en cas de survenue d’une MAT, notamment sur le choix de la reprise ou non d’un inhibiteur d’anticalcineurines.

Qualité de vie sexuelle chez les patients avant et après transplantation pulmonaire

Gaelle Weisenburger a présenté un travail mené avec Mme Alice Savary, psychologue, au sein de l’hôpital Bichat. L’impact de l’insuffisance respiratoire sur la dysfonction sexuelle est bien décrite, ainsi que l’impact de la transplantation d’organes solides, mais encore non décrite en transplantation pulmonaire. L’objectif de ce travail était de décrire la qualité de vie globale et la qualité de vie sexuelle chez les patients avant et après transplantation pulmonaire. Les patients inclus étaient soit les patients évalués en pré transplantation pulmonaire, soit les patients transplantés pulmonaires au-delà de 6 mois post transplantation et après un retour à domicile supérieur à 3 mois. La qualité de vie globale et la qualité de vie sexuelle étaient évalués par plusieurs questionnaires, certains spécifiques au genre.

209 patients ont répondu à tous les questionnaires et ont été analysés. 28,6% des patients répondaient non à la question « êtes-vous satisfaits de votre sexualité ». 

Après transplantation, il était constaté une amélioration de la qualité de vie globale, mais l’absence d’amélioration sur les questionnaires spécifiques de l’anxiété et de la qualité de vie sexuelle. L’altération de la qualité de vie sexuelle était associée à l’âge et au sexe féminin ; il n’y avait pas d’association avec le délai post transplantation, ni avec la fonction respiratoire évaluée par le VEMS.

Le sujet reste peu abordé avec le personnel soignant, ce qui pourrait souligner l’intérêt d’un atelier d’ETP dédié au sujet.

Impact de l’exposition aux immunosuppresseurs pré transplantation sur le pronostic après transplantation chez les patients suivis pour PID.

Karim Tazibet a présenté ce travail rétrospectif.

Les PID sont la première indication de transplantation mais sont associées à la moins bonne survie à 5 ans. La corticothérapie haute dose est un facteur connu de mauvais pronostic, qui reste contre indiqué dans certains centres si supérieure à 20mg/jour. 209 patients ayant été exposés à au moins un immunosuppresseur biologique ou non ont été inclus. Les patients exposés étaient plus jeunes (56 vs 58 ans), et plus souvent atteints de connectivite.

L’exposition aux immunosuppresseurs pré greffe était associée à une diminution de la survie à 12 mois (HR 2,21, 1,30 – 1,76, p=0.003). En post opératoire précoce, il existait également une augmentation des transfusions, et à une surreprésentation de la dysfonction primitive de greffon (OR 3,20) et des complications bronchiques notamment des fistules bronchovasculaires (OR 9,43). Les complications infectieuses étaient également supérieures dans le groupe exposé avec notamment plus de pneumonies et plus de réactivations CMV sous prophylaxie (20% vs 5%). Il n’était pas retrouvé d’association avec la survenue d’un rejet humoral, d’un rejet aigu cellulaire ou d’une dysfonction chronique de greffon.

La mortalité à 1 an était supérieure dans le groupe exposé aux immunosuppresseurs.

Ce travail soulève un impact potentiel sur les pratiques, sur la stratégie d’intensification pré-inscription ou sur une dose seuil de corticothérapie chez les patients inscrits. 


D’après la session « Maladies vasculaires et transplantation pulmonaire »

Gazengel P, Bunel V, El-Husseini K, Zaidan M, Lefevre E, Kessler R, Demant X, Falque L, Eschapasse E, Villeneuve T, Dauriat G, Pradère P, Mercier O, Fadel E, Picard C, Le Pavec J. Thrombotic Microangiopathy After Lung Transplantation: A Retrospective Observational Multicenter Cohort Study. JHLT Open. 2025 Jul 8;9:100335. doi: 10.1016/j.jhlto.2025.100335. PMID: 40735634; PMCID: PMC12305175.

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Grossesse et respiration : de la physiologie aux situations à haut risque

Grossesse et respiration

Impact physiologique de la grossesse

Cette intervention portait sur la grossesse simple, non pathologique. La grossesse entraîne des modifications morphologiques thoraciques (élargissement de la cage thoracique, raccourcissement du thorax) sans modification du volume thoracique global. Sur le plan fonctionnel, on observe principalement une diminution de la capacité résiduelle fonctionnelle, sans altération de la compliance pulmonaire, ni du VEMS ou de la CVF. Les échanges gazeux et la force des muscles respiratoires restent globalement préservés.

Sur le plan ventilatoire, la grossesse s’accompagne d’une augmentation de la ventilation minute et du volume courant, d’une participation diaphragmatique accrue et d’une activation de la musculature expiratoire. Il existe une hyperventilation alvéolaire physiologique responsable d’une hypocapnie persistante, associée à une augmentation de la commande centrale ventilatoire.

Impact de l’asthme sur la grossesse

L’asthme est la pathologie respiratoire la plus fréquente pendant la grossesse. Son évolution est variable : 1/3 des patientes s’aggravent, 1/3 restent stables et 1/3 s’améliorent. La gravité de l’asthme avant la grossesse est un facteur prédictif d’aggravation, associée à davantage d’exacerbations, d’inobservance et d’asthmes difficiles.

Les exacerbations exposent à des complications materno-fœtales (prééclampsie, prématurité, retard de croissance intra-utérin). Elles doivent être traitées sans retard ni sous-dosage. Pourtant, les données montrent une moindre prescription de corticoïdes oraux chez les femmes enceintes à gravité égale lors d’un passage aux urgences, augmentant le risque d’hospitalisation. Un asthme mal contrôlé pourrait également avoir un impact sur la santé respiratoire future de l’enfant. Enfin, il y a un risque accru d’exacerbation lors de l’accouchement.

            Grossesse post-transplantation pulmonaire

La grossesse après transplantation pulmonaire est possible mais reste à haut risque. La fertilité est souvent restaurée dans les mois suivant la greffe, alors que plus de la moitié des grossesses ne sont pas planifiées. Une préparation rigoureuse est indispensable : stabilité clinique prolongée, absence de rejet récent, fonction respiratoire satisfaisante et adaptation préalable des traitements immunosuppresseurs.

Les risques concernent la mère (infections, rejet aigu, diabète gestationnel, HTA) et le fœtus (prématurité, retard de croissance, tératogénicité). L’allaitement est contre-indiqué. Les retours d’expérience soulignent un besoin accru d’information, de soutien psychologique et de coordination entre équipes de transplantation et obstétricales. En France, près d’un tiers des grossesses post-transplantation n’aboutissent pas, probablement par défaut d’anticipation. La grossesse doit donc être pensée, préparée et accompagnée dans le cadre d’un parcours éducatif structuré.


D’après la session : A22 ; Grossesse et respiration impact de la grossesse sur la physiologie respiratoire PLANTIER Laurent, Tours
Impact de l’asthme sur la grossesse BOULOUSSA Samia, Toulouse Grossesse post-transplantation : suivi et prise en charge CETTOUR-ROSE Carole, Le Plessis-Robinson

Grossesse et respiration : de la physiologie aux situations à haut risque Lire la suite »

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