Congrès

Le chILD, c’est dans les gènes

Plus de dix ans après les recommandations américaines sur les pathologies interstitielles diffuses de l’enfant (chILD) de moins de 2 ans, l’ATS 2026 a été l’occasion de présenter leur mise à jour 1. Portées par les avancées considérables de la génétique moléculaire et de l’imagerie, ces nouvelles recommandations structurent l’approche diagnostique autour de cinq questions clés.

La définition du syndrome chILD est maintenue, avec la nécessité d’au moins 3 critères parmi 4 : symptômes respiratoires, signes cliniques, hypoxémie et anomalies diffuses à l’imagerie. Certains éléments du bilan initial restent inchangés : l’échocardiographie, la bronchoscopie avec LBA et l’optimisation de la dosimétrie radique lors de la tomodensitométrie. En revanche, les EFR du nourrisson ne font plus partie du bilan diagnostique initial.

La première évolution majeure concerne la génétique. Un panel génétique rapide et étendu est désormais recommandé avant toute biopsie pulmonaire, avec un rendement diagnostique estimé de 26 % dans les chILD spécifiques. Les gènes prioritaires incluent notamment SFTPB et ABCA3 pour les pathologies du surfactant, ainsi que FOXF1 pour la dysplasie alvéolaire capillaire avec mésalignement des veines pulmonaires (ACDMPV), des affections potentiellement fatales dès la première année de vie.

Les recommandations introduisent également un nouvel algorithme radiologique fondé sur l’aspect tomodensitométrique dominant : distorsion architecturale et piégeage aérique (filamine A, maladie chronique du prématuré), opacités en verre dépoli avec kystes (glycogénose pulmonaire interstitielle, pathologies du surfactant de diagnostic tardif), verre dépoli diffus (pathologies du surfactant) ou épaississement des septa interlobulaires (ACDMPV, lymphangiectasie). Cette approche renforce la place centrale du radio-pédiatre expert dans la discussion multidisciplinaire en centre de référence.

Concernant la biopsie pulmonaire, la chirurgie thoracoscopique ou ouverte reste supérieure à la biopsie transbronchique. La notion de « caractéristiques traitables » (infiltration cellulaire, hémorragie alvéolaire, protéinose alvéolaire et fibrose parenchymateuse) devient un nouvel élément guidant les décisions thérapeutiques.

Deux recommandations à fort impact pratique complètent ce texte. Concernant la transplantation pulmonaire, un contact précoce avec un centre spécialisé est recommandé avant 2 ans chez tout nourrisson atteint d’une chILD monogénique potentiellement fatale (SFTPB, ABCA3 homozygote perte de fonction et FOXF1). Le délai de mise sur liste apparaît comme le principal facteur associé à la mortalité en attente, tandis qu’un âge plus jeune au moment de la transplantation semble réduire le risque de syndrome de bronchiolite oblitérante.

Enfin, un tableau recensant 15 indications de répétition de la tomodensitométrie est proposé. Il s’articule autour de critères cliniques (aggravation et hypertension pulmonaire), de critères de prise en charge (aide à la décision thérapeutique et évaluation pré-transplantation) et de sous-types spécifiques de chILD (syndrome sans étiologie identifiée, pathologies disposant d’un traitement et risque de fibrose). Ces recommandations ATS 2026 convergent largement avec l’approche européenne du groupe ERS CRC chILD-EU 2, qui privilégiait déjà la génétique avant la biopsie, renforçant ainsi la place d’une stratégie diagnostique étagée, multidisciplinaire et centrée sur les caractéristiques traitables.

D’après la communication orale de : Matthew D. McGraw (University of Rochester). New ATS Clinical Practice Guidelines: Diagnosis of ChILD in Children Under Two. (B89 From bench to thriving : recent breakthroughs in childhood interstitiel lung diseases)

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Sotatercept dans les HTAP associées aux connectivites : efficace et sans risque ?

Les hypertensions artérielles pulmonaires (HTAP) associées aux connectivites, et en particulier la sclérodermie, restent parmi les formes les plus sévères d’HTAP. Le sotatercept, inhibiteur de la signalisation de l’activine, a déjà démontré des bénéfices cliniques dans plusieurs essais de phase III, au prix toutefois d’un signal hémorragique récurrent, principalement marqué par des épistaxis et des télangiectasies. Une analyse regroupant les données des essais STELLAR, ZENITH et HYPERION s’est intéressée spécifiquement à la population d’HTAP associée aux connectivites.

Cette analyse incluait 193 patients atteints d’HTAP associées aux connectivites, randomisés entre sotatercept (n=90) et placebo (n=103). Les patients étaient majoritairement des femmes (88 %), âgées en médiane de 62 ans, avec une prédominance de sclérodermie (72,5 %). La plupart présentaient une HTAP avancée : 75% étaient en classe fonctionnelle III et près de 60 % étaient classés à risque intermédiaire-élevé ou risque élevé de mortalité selon le score ESC/ERS en 4 strates. Quarante pourcents recevaient une trithérapie de fond et 26% une prostacycline intraveineuse ou sous-cutanée.

Le critère principal composite de morbi-mortalité comprenait les décès toutes causes, les transplantations pulmonaires et les hospitalisations pour aggravation de l’HTAP d’une durée supérieure à 24 heures. Le sotatercept réduisait de 61% le risque de survenue d’un premier événement de morbi-mortalité par rapport au placebo (HR 0,39 ; p=0,006), avec 12 événements dans le groupe sotatercept contre 25 sous placebo. Cette réduction était principalement portée par une diminution des hospitalisations pour aggravation de l’HTAP (3% versus 19%).

Le profil de tolérance était globalement similaire entre patients avec et sans connectivite. En revanche, le risque d’hémorragie grave sous sotatercept semblait plus marqué chez les patients atteints de connectivite. Dans le sous-groupe connectivite, les événements hémorragiques (principalement des épistaxis) survenaient chez 48% des patients sous sotatercept versus 22% sous placebo, avec des hémorragies graves rapportées chez 10% des patients traités par sotatercept, versus 2% sous placebo. À titre de comparaison, dans la population sans connectivite, ces taux étaient de 41% versus 17% pour les saignements globaux et de 3% versus 2% pour les hémorragies graves. Les télangiectasies et l’augmentation de l’hémoglobine étaient également plus fréquentes.

Ces résultats renforcent la place du sotatercept en escalade thérapeutique dans les HTAP associées aux connectivites, tout en soulignant la nécessité d’une surveillance attentive du risque hémorragique.

D’après la communication orale de Souza R. Efficacy and safety of sotatercept in patients with pulmonary arterial hypertension associated with connective tissue disease: A pooled analysis from STELLAR, ZENITH, and HYPERION. ATS 2026, session A19.

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Accélérez votre recherche bibliographique : “prompt it up” !

La dernière décennie a vu une explosion du nombre de publications médicales 1, alimentée par des pratiques éditoriales intensives et de nouvelles revues. Cette croissance rend la recherche bibliographique longue et fastidieuse avec les moteurs de recherche historiques (principalement PubMed). L’usage des outils d’intelligence artificielle (IA) constitue une solution pour accélérer le processus et augmenter la pertinence des requêtes.

L’initiative AI Lab de l’ATS a pour objectif d’augmenter la littératie des membres de la société concernant l’usage de l’IA. Ainsi, cette année, trois sessions sur la place de l’IA dans l’éducation, la recherche et les applications cliniques étaient programmées. Le principe général des outils d’IA repose sur la rédaction d’un prompt, lui-même fondé sur cinq principes généraux : définir la tâche (et se présenter), préciser le contexte (la question de recherche), fournir les références, évaluer les résultats et surtout itérer afin d’améliorer la réponse. Ces outils sont aujourd’hui largement utilisés par les médecins 2, mais probablement encore maladroitement. Or, meilleure est la requête, meilleure sera la réponse.

Le cas d’usage de la recherche bibliographique permet de balayer l’ensemble des possibilités. Le moteur de recherche de référence reste PubMed, avec des alternatives plus larges ouvertes au monde non médical (dont Google Scholar, Semantic Scholar, BASE ou CORE). Il peut être plus pertinent d’utiliser d’autres outils plus interactifs (tels qu’Elicit, Consensus, OpenScholar ou Scispace), capables de produire des synthèses narratives illustrées de tableaux et de répondre à des questions au lit du patient (comme Open Evidence, qui a des partenariats avec de prestigieuses revues : NEJM, JAMA, Cochrane, NCCN). Une approche intéressante consiste à utiliser des outils de « mapping » permettant d’établir des connexions entre les références et de faire varier graphiquement leur taille ainsi que les nœuds en fonction de leur importance (Connected Papers, Research Rabbit, Scite.ai, Litmaps).

Plus récemment, les LLM les plus puissants (Claude, ChatGPT, Gemini, Perplexity) constituent une alternative qui nécessite toutefois de savoir travailler avec ces outils via des prompts dont la complexité et l’exhaustivité permettent d’affiner la recherche. Enfin, tous les résultats doivent être vérifiés attentivement, car les hallucinations (création de fausses références) restent possibles. Les autres limites sont liées à la sous-représentation des publications non anglophones, au décalage temporel depuis l’entraînement du modèle, à l’absence de critique fine des résultats et enfin au coût écologique associé.

Demain, des agents IA permettront, une fois correctement paramétrés, de créer une veille scientifique correspondant exactement à vos besoins. Au total, les outils d’IA sont extrêmement puissants et permettent d’accélérer la recherche bibliographique, la réponse aux appels à projets, l’analyse statistique et la rédaction de l’article final… Cependant, même à Orlando, rien n’est magique, et l’appropriation de ces outils nécessite du temps et de nombreuses itérations. Itérons, itérons, mais restons vigilants (cf. référence 1, d’allure crédible, mais la revue m’étant inconnue, l’hallucination reste possible) !

D’après la présentation de CP. Hersh et G. Marchi. AI tools in literature: review & synthesis. Session The Accelerated Researcher: From Hypothesis to Publication.

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Insuffisance respiratoire aiguë : où vont les patients ?

La prise en charge des patients présentant une insuffisance respiratoire aiguë et nécessitant un support ventilatoire non invasif (ventilation non invasive, haut débit nasal, pression positive continue) doit être réalisée en réanimation ou en soins intensifs respiratoires selon les recommandations. On constate fréquemment néanmoins que certaines prises en charge ont lieu dans des services conventionnels.

Une équipe de Baltimore (Etats-Unis) a rapporté 2 études rétrospectives multicentriques incluant des patients nécessitant un support ventilatoire non invasif depuis plus de 6 heures en salle d’urgence. Les patients nécessitant une prise en charge invasive ou des traitements de confort étaient exclus.

Sur un total de 31648 patients répondant aux critères d’inclusion, 16063 (51%) ont été admis en réanimation, 5806 (18%) en unité intermédiaire et 9779 (31%) en service conventionnel. La VNI était la technique la plus souvent réalisée aux urgences, puis le haut débit nasal (28%) et la CPAP (5%). La mortalité à l’hôpital était de 21% en réanimation, 20% en unité intermédiaire et 12% et 16% en service conventionnel (respectivement dans un hôpital avec et sans réanimation). La durée de séjour était de 18,7 jours en réanimation, 15,7 jours en unité intermédiaire et 11,9 jours en service conventionnel. Les unités de soins intermédiaires permettent de diminuer le recours à la réanimation et le devenir y est équivalent.

Même s’il est difficile de transposer le système de santé américain à notre propre fonctionnement, la question d’admettre les patients porteurs d’insuffisance respiratoire aiguë se pose au quotidien, notamment dans les hôpitaux ayant un nombre de lits de réanimation limité. Il est intéressant de voir 1) que les unités intermédiaires, qu’on peut assimiler à nos soins intensifs respiratoires, obtiennent des résultats identiques à la réanimation pour ces patients, et 2) que la prise en charge en unité conventionnelle peut se faire notamment si un service de réanimation est présent à proximité.

D’après Golfarb S et al. Characteristics and outcomes of ED patients requiring non-invasive respiratory support admitted to different levels of care (poster #104, session B104) et Golfarb S et al. Intermediate versus intensive care for patients with moderate-severe acute respiratory failure (poster #105, session B104).

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Urgentistes versus IA : qui gagne ? 

L’intelligence artificielle (IA) gagne du terrain dans tous les domaines. La médecine ne fait donc pas exception. Son utilisation en médecine d’urgence semble inéluctable en raison notamment du nombre exponentiel d’informations à gérer. Vous en avez rêvé, une équipe américaine l’a fait : ePneumonia couplé à CheXED.

Il s’agit d’une interface informatique où sont incrémentées automatiquement les données cliniques, biologiques et radiologiques via CheXED du patient. Elle apporte plusieurs informations : une probabilité de diagnostic d’une pneumonie aiguë communautaire (PAC), une orientation de prise en charge (ambulatoire ou hospitalisation (conventionnelle ou USI) et propose, si PAC, une antibiothérapie selon les recommandations ATS 20251.

Elle reste une aide à la décision médicale, toutefois les résultats des 1ères expérimentations sont en faveur de la machine en montrant son efficacité sur la mortalité à 30 jours (8,6% pour la prise en charge humaine exclusive versus 4,8% avec l’aide de ePneumonia, p<0,001), une amélioration du taux d’hospitalisation (49% de retour à domicile avant ePneumonia versus 66% avec ePneumonia), sans augmentation du taux d’hospitalisation secondaire, une baisse de la durée moyenne de séjour (3,2 vers 2,6 jours) et in fine une économie estimée de 4 millions de dollar par an. De plus, l’antibiothérapie prescrite était plus souvent conforme aux recommandations avec l’aide à la prescription.

Dans les perspectives, est envisagée une amélioration de l’interface pour intégrer les remarques des cliniciens utilisateurs. Le comité éthique de l’établissement a demandé un prolongement de l’expérimentation d’un an avant d’envisager une diffusion générale mais possibilité d’intégrer 3 centres supplémentaires pour l’expérimentation.

Au total, pour le diagnostic de pneumonie et sa prise en charge, la révolution IA semble en marche rapide avec une aide à la prise en charge donnant des premiers résultats intéressants et sans perte de chance.

D’après la communication orale de  Nathan Dean. SPS10. Implementation of pneumonia practice guidelines through electronic decision suppor

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Sepsis : l’apprentissage en secteur pré-hospitalier permet-il une meilleure prise en charge ?  

Le pronostic du sepsis sévère dépend entre autres de la précocité de l’antibiothérapie (la classique Golden Hour dès l’arrivée dans un service d’urgence).

IMPRESS trial est une étude prospective américaine réalisée sur 3 sites de services de 1er secours évaluant l’intérêt d’un apprentissage et l’utilisation d’un algorithme clinique afin d’évoquer un diagnostic de sepsis. L’apprentissage et la prise en charge ont été effectués prospectivement mais la certitude diagnostique du sepsis et la répartition des patients entre les groupes sepsis/non sepsis ont été faites rétrospectivement.

L’intervention constituait en l’apprentissage à la mise en œuvre du protocole de dépistage clinique du sepsis, une alerte spécifique auprès de la régulation médicale et un passage accéléré « coupe-file » à l’arrivée dans le service d’urgences hospitalier.

Le critère de jugement principal était la diminution du délai de début de l’antibiothérapie.

Le critère de jugement secondaire était l’exposition aux antibiotiques pour les patients non sepsis (faux positifs) et la mortalité hospitalière.

Parmi 248075 interventions, 984 patients ont été randomisés car « considérés » comme ayant un sepsis dont, rétrospectivement, 201 sepsis (95 dans le bras pris en charge en soins standards et 106 dans le bras intervention) et 783 non sepsis (336 dans le bras pris en charge en soins standards et 447 dans le bras intervention).

Pour l’objectif principal, l’étude est positive car s’il y a clairement une pente d’apprentissage, le gain en délai d’introduction de l’antibiothérapie est significativement plus rapide dans le bras intervention. Il n’y a pas de différence de couverture antibiotique entre les groupes sepsis et non sepsis. Dans le groupe sepsis, aucune différence entre le bras intervention et standard sur la mortalité intra hospitalière, la nécessité d’une prise en charge en réanimation/soins intensifs possiblement du fait de la courbe d’apprentissage où le bras intervention s’écarte du bras standard dans le délai à partir de 10 mois de l’apprentissage et d’utilisation de l’algorithme. Une analyse en sous-groupe de patients pris en charge à partir de ce moment post apprentissage aurait probablement été intéressante afin de vérifier si le gain de délai d’antibiothérapie avait un impact clinique sur la mortalité…

Au total, l’apprentissage et l’utilisation d’un algorithme de détection du sepsis permet de diminuer le délai d’administration de l’antibiothérapie sans mise en évidence d’impact sur la mortalité probablement du fait de la courbe d’apprentissage.

Le modèle américain est différent du français par l’envoi d’une équipe non médicalisée en 1ère intention avant transport dans un service d’urgence à la différence de nos services médicaux d’urgence et réanimation. Toutefois, même dans notre modèle, où les 1ers intervenants sont le plus souvent des secouristes (pompiers, Croix-Rouge, ambulances privées…), cette étude pourrait s’appliquer et peut-être permettre un accès « coupe-file » prioritaire lors de l’arrivée aux urgences.

D’après la communication orale de : Carmen Polito. Impact prehospital sepsis recognition on timely ATB administration. Session B14.

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Infection à mycobactéries non tuberculeuses : et si on pouvait traiter en bithérapie ?

Le traitement des infections à mycobactéries non tuberculeuses repose actuellement sur l’association d’au moins trois antibiotiques pour une durée prolongée (12 mois après négativation des prélèvements). Ce traitement est souvent mal toléré. L’utilisation de la rifampicine est régulièrement remise en cause. Henkle et al. ont fait l’hypothèse qu’une bithérapie sans rifampicine (azithromycine-éthambutol) était non inférieure à une trithérapie classique pour le traitement des infections à M. avium complex (MAC).

Ces auteurs ont conduit une étude randomisée contrôlée de non infériorité (marge de 10%) incluant 239 patients dans le groupe bithérapie et 234 patients dans le groupe trithérapie, tous avec une infection à MAC non cavitaire. L’âge moyen était de 69 ans, avec 80% de femmes. Les patients étaient porteurs de dilatations des bronches non mucoviscidosiques dans plus de 85% des cas. Il s’agissait d’une étude pragmatique qui laissait au clinicien en charge du patient le choix du suivi (modalités de surveillance de la tolérance, rythme des prélèvements de contrôle), mais aussi la possibilité de modifier le traitement s’il le jugeait nécessaire en cours de traitement. Ainsi, une intensification a été proposée à 16% des patients en bithérapie et à 4% des patients en trithérapie. En parallèle, 17% des patients du groupe bithérapie et 27% du groupe trithérapie n’ont pas pu être inclus dans l’analyse, compte tenu soit d’un arrêt précoce du traitement, soit d’un décès soit d’une absence de suivi/données. Enfin, 10% des patients du groupe trithérapie ont fini leur traitement en bithérapie. Le critère de jugement principal était le taux de négativation des cultures à 1 an. En per protocole, en prenant en compte les intensifications, le taux de négativation des cultures était de 50,7% dans le groupe bithérapie versus 65,1% dans le groupe trithérapie. Dans les 2 groupes, la qualité de vie évaluée par le score QOLB-RS s’est nettement améliorée, sans différence significative entre les groupes. La tolérance était globalement meilleure dans le groupe bithérapie. Enfin, il n’y avait pas de différence en termes de sélection de souches résistantes aux macrolides.

Les auteurs n’ont donc pas réussi à démontrer la non-infériorité d’une bithérapie par rapport à la trithérapie de référence dans les infections à MAC non cavitaire. Il faut donc rester pour le moment sur un traitement classique avec trois antibiotiques, y compris dans les formes non cavitaires. Reste le problème de la tolérance de ces traitements, qui rend toujours aussi complexe la prise en charge de ces patients.

D’après la communication de Henkle E, et al. The MAC2v3 randomized pragmatic trial of macrolide-based 2- versus 3-drug treatment for Mycobacterium Avium Complex pulmonary disease: initial results. Session B107.

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Fonction respiratoire des personnes vivant avec le VIH : attention aux éosinophiles !

Les données de l’étude SHIELD (Study of HIV in Etiology of Lung Disease) collectées entre 2009 et 2019 et regroupant 8378 spirométries provenant de 1598 participants ont été analysées en fonction du taux d’éosinophiles sanguins. Les résultats risquent d’en surprendre plus d’un…

L’étude SHIELD a regroupé les données de 494 personnes vivant avec le VIH et de 1104 personnes séronégatives ayant bénéficié d’une spirométrie tous les 6 mois et d’une mesure des éosinophiles sanguins tous les ans. Chez les personnes vivant avec le VIH, seuls 32 (6,5%) avaient des éosinophiles sanguins > 0,3 G/L, vs. 8,9% chez les séronégatifs. Toutefois, le fait d’avoir des éosinophiles sanguins > 0,3 G/L était associé à un VEMS plus bas, y compris après ajustement sur l’âge, le sexe, le statut tabagique, le nombre de paquets-années et l’abus de drogues injectables. De même, ces patients avaient un risque plus élevé d’être hospitalisés par rapport à ceux ayant des éosinophiles normaux. Cette étude américaine est l’une des toutes premières à avoir examiné le lien entre la fonction respiratoire, le taux d’hospitalisations et les éosinophiles sanguins chez les personnes vivant avec le VIH. Elle suggère fortement que l’inflammation de type 2 joue un rôle important chez ces patients et que le VIH lui-même pourrait modifier l’association entre cette inflammation de type 2 et l’altération de la fonction respiratoire. Il est fort probable que d’autres études soient conduites à l’avenir sur le même sujet car on peut évidemment imaginer quelques implications thérapeutiques si ces données se confirment.

D’après Enoh S. et al. Higher eosinophils are associated with lower lung function among people living with HIV. Session B70.

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Cryobiopsies vs. biopsies transbronchiques à la pince : un essai randomisé contrôlé

Une équipe américaine a présenté et publié dans le JAMA l’étude FROSBITE-2, un essai contrôlé randomisé comparant la cryobiopsie à la biopsie à la pince dans les biopsies trans-bronchiques pulmonaires.

En effet, la méthode standard actuelle pour obtenir des prélèvements tissulaires durant une bronchoscopie avec biopsies transbronchiques est l’utilisation de la pince à biopsie. Malgré les récentes innovations telles que la bronchoscopie robot permettant une navigation pulmonaire de haute précision, le rendement diagnostique des biopsies transbronchiques reste estimé à 50-70% selon les indications. Une technique plus récente est celle de la cryobiopsie utilisant une congélation localisée pour obtenir des échantillons par cryoadhésion. De précédentes études utilisant une cryosonde de 1,9 mm pour la réalisation de biopsies transbronchiques chez des patients suspects de pneumopathie interstitielle avaient déjà montré un meilleur rendement diagnostique qu’avec les pinces à biopsies. En revanche, certaines études portant sur l’utilisation de sondes de 1,9 mm à 2,4 mm rapportaient un risque accru de pneumothorax et de saignement. FROSBITE-1, une étude mono-groupe menée sur 50 patients avait permis d’évaluer un nouveau type de sonde à cryobiopsie de calibre 1,1 mm et concluait à un taux de complications similaire à celui des pinces à biopsie.

L’étude FROSBITE-2, présentée lors de la session commune NEJM/AJRCCM/JAMA, a comparé le rendement diagnostique de ces cryosondes de 1,1 mm aux pinces à biopsies classiques (diamètre de 1,7 à 2,0 mm).  Menée dans 9 centres aux États-Unis, l’étude a inclus 500 patients entre février 2023 et septembre 2024. Les patients ont été randomisés (ratio 1:1) avec une stratification selon trois indications : transplantation pulmonaire, masse/nodule pulmonaire, et PID. Seuls les anatomopathologistes travaillaient en aveugle. Le recours au bronchoscope rigide a été laissé à la discrétion du praticien, tout comme la réalisation complémentaire d’un lavage broncho-alvéolaire ou d’une cytoponction. L’utilisation de techniques de navigation (comme la bronchoscopie robot-assistée) était autorisée dans les deux bras, compte tenu de leur compatibilité avec les cryosondes de 1,1 mm et les pinces de 2,0 mm. Le nombre de biopsies était standardisé à 10 dans le sous-groupe « transplantation » et à 5 dans les sous-groupes « masse/nodule » et « PID ». Tous les patients ont bénéficié d’une radiographie thoracique post-geste pour dépister un pneumothorax. Les effets indésirables à 30 jours ont été recueillis via le dossier médical ainsi que par appel téléphonique. Les prélèvements ont d’abord été examinés par l’anatomopathologiste local, puis numérisés pour une double lecture centralisée. Dans chaque bras, ont été randomisé 250 patients dans les sous-groupes suivants : 125 transplantations pulmonaires, 100 masses/nodules, 25 PID. 10 patients ont été perdus de vues, laissant des effectifs totaux de 245 patients pour chaque bras. Dans le bras cryobiopsie, les perdus de vue sont uniquement du sous-groupe nodule/masse. La répartition dans le bras pince à biopsies est de 1 dans le sous-groupe transplantation, 3 dans le sous-groupe masse/nodule, 1 dans le sous-groupe PID. Les caractéristiques démographiques étaient similaires entre les deux bras (âge moyen : 62,6 ans ; 50,4 % d’hommes). Le rendement diagnostique était significativement meilleur dans le groupe cryobiopsie que dans le groupe pince à biopsies, avec des valeurs respectives de 88,6% et 78,8% (p=0,003).

L’analyse par sous-groupe retrouve une plus grande différence absolue dans le sous-groupe nodule/masse : 83,2% vs 70,1% en faveur du bras cryobiopsie. Dans le sous-groupe transplantation, les rendements étaient de 96% dans le bras cryobiopsie et de 88,7% dans le bras biopsie à la pince. On ne retrouve pas de différence significative dans le sous-groupe PID : 72% de rendement diagnostique dans le bras cryobiopsie, 62,5% dans le bras biopsie à la pince.  Concernant la qualité histologique des prélèvements, les biopsies étaient de tailles plus élevées dans le bras cryobiopsie. Le score d’évaluation histologique était meilleur et les artefacts d’écrasement moins importants. Concernant les effets secondaires, il n’a été rapporté aucun pneumothorax dans le bras cryobiopsies contre 6 dans le bras biopsies à la pince. Aucun saignement significatif n’a été observé dans les 2 bras.

Cet essai démontre un meilleur rendement diagnostique de la cryobiopsie face aux traditionnelles biopsies à la pince. il semblerait d’une plus grande taille d’échantillon et d’un écrasement moindre lors du prélèvement. Les résultats n’étaient cependant pas significatifs dans le sous-groupe des PID. L’essai suggère également une certaine sécurité de la technique avec les cryosondes de 1,1 mm, étant donné l’absence de pneumothorax et de saignement majeur. Ces conclusions prometteuses se heurteront sans doute aux difficultés d’accessibilité de la technique, qui reste actuellement limitée à des centres majeurs de pneumologie. Son adoption sera sans doute plus rapide dans le suivi des transplantations pulmonaires, une activité par nature centralisée dans des structures de référence disposant déjà d’un accès facilité aux dernières innovations endoscopiques.

D’après Thiboutot J et al. Cryobiopsy vs forceps for bronchoscopic lung biopsy: The FROSTBITE-2 randomized clinical trial. JAMA, publication en ligne anticipée, 18 mai 2026. https://doi.org/10.1001/jama.2026.7908, session B14.

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Quelle place pour l’oxygénothérapie à haut débit au domicile dans les bronchectasies ?

Au-delà de sa place indiscutable dans la prise en charge de l’insuffisance respiratoire aigüe hypoxémique, l’oxygénothérapie à haut débit (OHD) a démontré des bénéfices physiopathologiques, notamment le rinçage de l’espace mort, la diminution du travail respiratoire et l’amélioration de la clairance mucociliaire, laissant supposer que l’OHD pourrait bénéficier aux patients atteints de bronchopathie. Toutefois, son efficacité clinique dans la prise en charge de l’insuffisance respiratoire chronique stable au domicile reste à définir.

Une étude multicentrique randomisée en cross-over réalisée dans 14 hôpitaux japonais a inclus 31 patients atteints de bronchectasies symptomatiques (CAT score > 20), au stade de l’insuffisance respiratoire chronique (PaO2 < 70 mmHg ou PaCO2 ≥ 45 mmHg ou hypoxémie nocturne) et à l’état stable. Vingt-sept patients ont finalement été analysés. Chaque participant recevait soit six semaines d’OHD associée aux soins habituels puis six semaines de traitement standard seul, soit la séquence inverse. Le critère principal était l’évolution du score total du questionnaire de Saint George.

Les résultats sont en faveur de l’OHD au domicile. L’OHD améliorait significativement le score de qualité de vie de Saint George respiratoire d’en moyenne de 4,4 points (IC 95% : 0,9-8) par rapport au traitement standard seul (p=0,02). Une amélioration de l’hypercapnie était également observée avec une diminution moyenne de la PaCO₂ de 4 mmHg (IC 95% : 1-6). En revanche, aucun bénéfice significatif n’était retrouvé sur les explorations fonctionnelles respiratoires, le test de marche de six minutes ou la dyspnée. La nature des expectorations et la présence de bouchons muqueux à l’imagerie thoracique n’était pas non plus modifiées par l’OHD. Aucun signal de sécurité particulier n’a été rapporté. Ces résultats suggèrent que l’OHD au domicile pourrait devenir une option thérapeutique intéressante chez les patients atteints de bronchectasies sévères symptomatiques.

D’après la présentation de Hirabayashi R et al. Home high-flow therapy for stable and severe bronchiectasis patients: a multicenter randomized crossover trial (FLOBE). Session B14 : Whole new world of discovery: late-breaking clinical trials.

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